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 L'Étrange est à bord

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Nostera
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MessageSujet: L'Étrange est à bord   Dim 10 Aoû 2014, 21:29

A quoi avons-nous affaire cette fois, Lieutenant Data ?
- Une station, monsieur. Qui  s’apparente à une ancienne colonie terrienne.
- Des signes de vie ?
- Je n’enregistre aucun signe de vie. D’après mes registres, il s’agissait d’une station orbitale. Probablement déviée de l’orbite de la planète en question.

Le Capitaine Jean-Luc Picard fit le tour de la console du Lieutenant Data pour m’aviser :
- Commandeur Barclay, vous lancerez le diagnostic complet de la station. Je tiens à savoir avant toute expédition ce qui l’a repoussée de l’orbite planétaire où elle se situait.
- B… Bien, monsieur, ce sera fait.
- Monsieur, il se peut que des substances dangereuses se trouvent à bord.

Le Capitaine tapota l’épaule du Lieutenant Data :
- Exact. Monsieur Worf, appliquez la quarantaine. Que rien n’entre ni ne sorte de l’Entreprise.
- A vos ordres, monsieur.
Les portes de la passerelle se refermèrent derrière moi.
- Un diagnostic sans tenter une approche…



C’était la première fois que je devais lancer une telle procédure, et j’ignorais comment j’allais bien pouvoir m’y prendre. Il ne me restait plus qu’à me reposer sur mon équipe…
- Enseigne Werm, lancez le diagnostic à distance aux coordonnées que je vais vous communiquer.
Werm se plaça aux consoles, prêt à cibler les coordonnées. Le temps de transférer, et la procédure pouvait commencer.

 

 

 

 

Je décidais alors de m’asseoir : la journée avait été épuisante. Ma présence sur la passerelle avait été requise pratiquement toutes les heures, et je n’avais eu aucun moment pour me reposer…
- J’ai ciblé la station à notre portée, Commandeur !
- Parfait… Lancez le diagnostic de détection des substances nocives.
Werm se remit à son travail.

Il n’y avait personne d’autre dans la salle des machines : c’était une journée de formation pour tout le personnel ingénieur, d’où mes multiples déplacements. Heureusement qu’on m’avait laissé au moins une personne pour me seconder.
- Aucune substance nocive détectée, Commandeur.
- Rien ? Démarrez le diagnostic des systèmes mécaniques pour connaître les dommages.

Werm acquiesça de nouveau et s’exécuta.
- Barclay à la passerelle : Aucune substance nocive détectée sur la station.
Bien reçu, continuez le diagnostic à distance. Picard terminé.
- Commandeur, les systèmes de navigation de la station sont complètement détruits, mais j’ai détecté d’autres systèmes qui sont, eux, parfaitement opérationnels.

En m’approchant, je le questionnais :
- Quelles sortes de systèmes ?
- Je l’ignore… Mais ils ressemblent un peu à des systèmes de survie…
- Vous voulez dire… Comme de la cryogénie ?
- Eh bien… Oui, ça ressemble, Commandeur… Que faire ?

Je me retournais pour réfléchir, un peu tendu : s’il y avait des hommes congelés là-dedans, que les systèmes de survie fonctionnaient encore à cent pour cent, cela voulait dire qu’il y avait peut-être encore des hommes en vie !
- Informez la passerelle de votre découverte, je vais pousser le diagnostic.
- Bien, Commandeur.



Tandis que Werm détaillait la vision des scanners, je m’attelais à la tâche, un peu perturbé : d’après toutes les données qui m’apparaissaient là, il était de plus en plus évident qu’on avait affaire à une station de cryogénie. Mais l’absence de signes de vie m’inquiétait. Les scanners pouvaient repérer les plus infimes signes de vie, même sans les décoder… Pourquoi rien ?
Bien reçu, Enseigne. Picard terminé.

Je me suis alors retourné pour partager mes nouvelles impressions avec Werm, mais il avait l’air totalement abattu.
- Quelque chose ne va pas, Enseigne Werm ?
- Pourquoi m’appelle-t-on encore « Enseigne » ? Pourquoi suis-je le seul qu’on colle tout le temps au boulot quand les autres s’amusent… ?

Je quittais le poste de contrôle pour me rapprocher de lui :
- Vous pensez qu’on vous met à part exprès ?
- Bien sûr que c’est exprès ! Je suis bétazoïde, et personne ne supporte les bétazoïdes !
- Mais c’est totalement faux ! Prenez le Conseiller Troi…
- C’est une femme.

Je me mordis la lèvre inférieure : touché.
- Ecoutez, Werm… Vous savez, j’ai moi-même été mis à part au début… On se moquait de moi…
- Pourquoi ?
- Ehm… J’étais un peu… Bizarre, selon eux. Mais j’ai changé, d’autant que le Commandeur Laforge avait décidé de me prendre sous son aile.

 

 

 

 

 

En me relevant, je lui tapotais l’épaule :
- Je vais faire la même chose avec vous, d’accord ?
- V… Vraiment ?
- Puisque je vous le dis ! Mais pour l’heure, nous avons du travail. Je devine qu’ils vont m’envoyer là-bas par navette avec un copilote, et vous savez quoi… ?

Je lui ai adressé un sourire :
- Puisque les autres ne sont pas là, c’est vous, Werm, qui allez venir avec moi.
- Pour vrai ?
- Ah, c’est autre chose que d’être ici… Et puisqu’il n’y aura personne en salle des machines, c’est un autre qui fera le boulot ennuyeux pour vous !

Je vis comme de la reconnaissance dans les yeux du jeune bétazoïde. Pour un être de son ethnie, j’avoue n’avoir encore jamais rencontré quelqu’un d’aussi timide et renfermé que lui… C’était un peu comme voir mon équivalent tout droit débarqué de Bétazed. Cela m’avait un peu angoissé, pour le coup, je n’avais jamais essayé de m’en rapprocher.
- Merci, Commandeur… Je voudrais… Vous dire quelque chose.

Et là, il fit quelque chose qu’il n’avait encore jamais fait :
« Vous êtes le premier à avoir pris du temps pour m’écouter. Depuis que je suis ici, j’ai l’impression que tout le monde m’ignore. Si vous voulez bien, je vais partager mes souvenirs avec vous… »
J’ai acquiescé, souriant :
« Et je veux bien partager les miens aussi. », ai-je pensé.

Werm eut un air plutôt indescriptible, sans doute partagé entre le respect de ma vie privée et la joie de voir la confiance que je lui accordais. Et pendant quelques minutes, nous avons échangé nos vies, nos mémoires, nos sensations… Et j’admets assez facilement qu’à quelques détails près, tout était parfaitement identique…
Passerelle à salle des machines ! Répondez !



Je sortis de la léthargie provoquée par l’échange surprenant que nous venions d’effectuer :
- Barclay à passerelle.
Où étiez-vous donc ? Nous essayons de vous joindre depuis un quart d’heure !
- Sûrement une défaillance des communicateurs, mentis-je. Quels sont vos ordres ?
Rendez-vous en salle d’embarquement. Une navette vous attend.

J’acquiesçais, jetant un regard à Werm :
- Je ne suis pas fait en copilotes en ce moment. Dois-je y aller seul ?
Prenez qui vous voulez avec vous. Vous avez carte blanche.
- Bien reçu. Terminé. Werm, je crois bien que ça sera vous et moi.
- Dites, Commandeur… Pour l’échange…

Il avait l’air désolé. Je lui souris :
- Eh bien quoi donc ?
- J’espère que je n’y suis pas allé trop fort… Comprenez, c’est la première fois que j’ouvre mon esprit et que je partage des pensées avec quelqu’un…
- Oui, ça explique pas mal de choses... Attendez ! La première fois de votre vie ?

Il opina lentement du chef. Vraiment, il me ressemblait de plus en plus.
- Bien, on n’a pas beaucoup de temps : on les a  suffisamment fait attendre. Venez !
Je l’entraînais avec moi vers la navette. Le Lieutenant Worf nous attendait, prêt à ouvrir :
- Tout est prêt, monsieur. Vous pouvez monter à bord.
- Merci, Worf. Allons, dépêchons…

 

 

 

 

 

 

Une fois aux commandes, je vis le sas béant devant moi, et l’espace qui nous tendait les bras :
- Vous êtes paré, Werm ?
Il confirma d’un signe de tête, et je pris le large. A notre gauche flottait la station à la dérive. Vraiment, je me demandais ce qu’on allait trouver là-dedans…
- Au fait, Werm. Etant donné le degré d’intimité entre nous, que diriez-vous de m’appeler Reg’ ?

Werm m’adressa un regard oblique, comme s’il n’y croyait pas :
- Vous m’appelleriez Elloran ?
Il le fallait bien : son prénom complet était impossible à mémoriser.
- Bien sûr, Elloran.
Je lui tendis les doigts, et il m’accorda une poignée de main un peu angoissée.

Ses pensées, ses sentiments, ses sensations m’habitaient encore. Elles semblaient m’appartenir d’autant plus qu’elles étaient si proches de ce que j’avais pu endurer moi-même. A cet instant précis, je savais qu’il n’arrivait pas à croire que son Supérieur fraternise à ce point avec lui.
- Ah, nous allons aborder la station. Préparez-vous, Elloran.
A ces mots, les machines stoppèrent pour éviter la collision.

Je me tournais vers le système de balayage :
- Nous allons tenter de trouver une entrée et forcer l’ordinateur de la station à ouvrir.
- Je suis en train d’effectuer une recherche rapide : c’est de la vieille facture, je ne pense pas que l’ordinateur soit très évolué non plus…
- Vous avez raison. Cette bâtisse n’a pas l’air très récente… Je n’ai rien. Et vous ?

Aussitôt, j’eus la visualisation d’Elloran dans mon esprit.
- Ah, Elloran, soyez gentil de ne pas faire ça sans me prévenir.
- Faire quoi ?
- Vous ne venez pas de partager votre visuel avec moi ?
- Non… Attendez… Vous avez vu ce que j’ai vu ?



Je secouais la tête : non, un bétazoïde ne peut pas transmettre ses pensées sans s’en apercevoir… Concentrons-nous plutôt sur la porte.
- Montrez-moi où se situe votre entrée… ?
- Mais… Je ne vous ai pas dit que j’avais trouvé une entrée…
- Non, c’est vrai. Mais vous en avez une ?

Il acquiesça et me transféra les coordonnées… Juste au point précis où je l’avais « vue ».
- On va se rapprocher de là. Essayez de forcer l’ouverture.
- C’est déjà fait, Reg’…
- On peut dire que vous perdez pas de temps. Bon, engageons-nous là-dedans…
La navette passait tout juste, mais je réussis à ne pas lui faire d’égratignures.

Une fois la navette entièrement passée, je me tournais vers Elloran :
- Bien, maintenant, croyez-vous que vous pouvez…
Le sas se referma derrière nous.
- Fermer la porte… ?
- Vous me l’avez demandé il y a dix minutes, Reg’. Vous êtes sûr que tout va bien ?

Je me pinçais l’arête du nez, sentant la migraine me prendre : non, je n’avais pas demandé la fermeture auparavant, j’en suis certain. Il y a forcément une explication.
- Bon, d’après les scanners, il règne une atmosphère terrestre. Nous allons sortir explorer.
J’ouvris le sas de la navette, et Elloran sortit avec le matériel.
- Ce n’est pas très grand, ici… C’était plus imposant vu de dehors…

 

 

 

 

 

En effet, c’était à-peine la moitié de la salle des machines. Il ne semblait y avoir qu’une annexe, sans doute le poste de pilotage qui avait permis la mise en orbite.
- Je vois des tubes pour la cryogénie, là-bas !
Je suivis Elloran jusque-là. Passant nos scanners, nous n’avions pas d’excellentes nouvelles.
- Aucun signe de vie. Sur aucun d’entre eux…

Dix existences potentielles, et rien… Je m’assis, défait, quand Elloran s’écria :
- Celui-ci est en vie !
Je me suis dépêché de le rejoindre au bout de la pièce :
- Comment va-t-il ?
- Eh bien… Je détecte des fonctions vitales dangereusement ralenties… Mais il vit.

Au moins un survivant. Je pouvais respirer.
- Parfait ! Définissons vite les paramètres de sauvegarde pour le maintenir dans cet état, Elloran : nous le ramenons avec nous !
- Vous rendez-vous compte, Reg’… Cette station doit dater des premiers lancers…
- Notre survivant doit en être un contemporain, c’est inespéré !

Nous parvînmes à charger le tube sans compromettre la conservation de son occupant. Une fois bien installés à bord, j’ordonnais à Elloran d’attendre :
- Barclay à Enterprise.
Ici le Capitaine Jean-Luc Picard. Votre rapport, monsieur Barclay.
- L’Enseigne Werm a trouvé un survivant. Il est en tube de cryogénie.

Mon communicateur grésilla :
Pouvez-vous le rapporter ?
- Je… J’ai pris la liberté de le charger à bord de la navette dans les meilleures conditions.
Bien reçu, rapportez le survivant. Picard terminé.
- Bon, on a le feu vert. Ouvrez la porte, Elloran.


Le sas nous laissa repartir, et Elloran referma derrière nous. Quant à moi, je me demandais ce qu’il pouvait bien se trouver dans ce tube…
- Nous approchons. Informez la passerelle que nous allons aborder le navire.
Quelques minutes plus tard, la navette passait de nouveau le bouclier, et déjà une équipe soignante nous attendait de pied ferme pour prendre en charge notre invité.

Même le Capitaine était là. Il m’aborda pour me serrer la main :
- Beau travail, monsieur Barclay. Votre rapport ?
- Eh bien… Q… Quand l’Enseigne Werm a découvert que la station possédait des systèmes de survie parfaitement opérants, nous avons pensé à la cryogénie…
- J’ai été informé du coup d’éclat de l’Enseigne.

Je me suis fermé :
- Il s’appelle Elloranarxuanirethramernian Werm. Et c’est lui, je pense, qui a le plus à dire au sujet de la station qui vous intéresse. Il semble très bien informé sur l’époque de facture de celle-ci, de plus, c’est lui qui a fait les découvertes majeures de cette mission, celle du survivant comprise.
- Bien, je m’entretiendrai donc avec l’Enseigne Ellorana… Werm.
Le Capitaine préféra partir, me laissant bras croisés sur la poitrine.

Elloran m’approcha, l’air stupéfait :
- Reg’… Vous… Vous avez réussi à citer mon prénom… En entier, d’un coup, sans vous tromper... Le simple fait que vous ayez essayé, même sans succès, m’aurait comblé, mais…
- C’est naturel. Vous méritez d’avoir votre article en-dehors des faits divers. Venez…
- Merci tout de même… Jamais je n’ai vu quelqu’un défendre mon honneur de la sorte.

 

 

 

 

 

 

Mais je n’avais rien à faire de ses remerciements : j’avais fait ce qui me semblait juste, et je n’ai pas l’habitude de m’approprier les succès d’un autre.
- Entre nous, Reg’… Vous n’êtes pas curieux de savoir ce qu’il y a là-dedans ?
- Pour être honnête, la question me démange depuis que vous m’avez dit que c’est en vie.
- Vous croyez que c’est une femme ou un homme ? Adulte ?

J'ai haussé des épaules :
- Comment le savoir…
- En tous cas, c’est un être vivant provenant de la Terre. Contemporain de la conquête spatiale.
- Vous avez l’air d’en savoir beaucoup…
- Je suis assez passionné par l’antiquité Terrienne.

Comme nous eûmes du temps pour se reposer, j’invitais Elloran dans mes quartiers pour qu’il me partage ses connaissances sur l’ère présumée de notre visiteur. Après vingt heures de connexion mentale absolue, je me sentis trop faible, et Elloran m’aida à m’allonger.
- Vous en savez tellement plus que les Terriens eux-mêmes… C’était passionnant.
- Merci, Reg’. Personne ne s’était intéressé à mes histoires jusqu’à-présent…

Je lui pris l’épaule, un peu tremblant :
- Vos intérêts sont les miens, maintenant. Si vous saviez quelle époque me passionne…
- Mais je le sais déjà, Reg’… Et je trouve cela très romanesque. Je vais vous laisser vous reposer. Même entre Bétazoïdes, une connexion d’une telle intensité de cette longueur est dangereuse.
- Vous pouvez rester ici si vous voulez. Je vais seulement faire un petit…

… Au final, je dormis trois bonnes heures. A mon réveil, je me rendis compte qu’Elloran m’avait soigneusement bordé. Il y avait même une tasse de lait encore chaud sur ma table de chevet.
- Elloran ?
- Je suis là, Reg’.
- Ah, parfait… Personne ne m’a appelé ?



Je pris la tasse et but mon lait. Elloran me rapporta seulement la conférence qu’il avait dû donner en salle de réunion, et je sentais à la fréquence de sa voix que ç’avait été une terrible expérience pour lui. Je reposais la tasse vide et m’excusais :
- Je n’aurais pas dû vous envoyer seul en première ligne. Je ne sais que trop bien ce que c’est…
- Ils m’ont écouté au moins…

Je souris pour le mettre à l’aise :
- Bien sûr qu’ils vous ont écouté. Vous êtes intéressant.
L’on sonna à ma porte.
- Entrez ?
- Monsieur Werm ? Ah, Monsieur Barclay, nous vous cherchions !

Je tournais la tête vers le visiteur :
- Docteur Crusher ?
- C’est à-propos de l’être vivant que vous avez ramené…
- Il n’a pas résisté ?
- Oh si, si, il vient juste de se réveiller… Mais vous devez voir ça, vous ne le croiriez pas…

A-travers les couloirs, le Docteur Crusher m’exposa la technique :
- Les systèmes de survie pompaient trop pour alimenter des morts, vous avez eu le bon sens de le déconnecter juste à temps et utiliser les moteurs puissants de la navette pour alimenter le patient. Avant de pouvoir le sortir, il a fallu assurer la stabilité de son état, puis ramener progressivement ses fonctions vitales à la normale. Ensuite, il a fallu s’assurer qu’ouvrir le tube n’allait pas le tuer.

 

 

 

 

Nous arrivâmes près de l’infirmerie :
- Ensuite, le déconnecter du tube a été plutôt simple, et nous l’avons sorti de la glace. C’est là que…
- QUOI ?!
La porte de l’infirmerie venait d’ouvrir, et celui qui se tenait juste derrière…
- Mais c’est moi…

Trois infirmiers accouraient, l’air un peu sonnés :
- Revenez ici immédiatement ! Vous n’êtes pas autorisé à sortir !
- Salut ! Dites-donc, je vous connais, ou mon miroir m’a poursuivi ?
Il avait un véritable faciès d’extravagant. De plus, il ne semblait pas s’être aperçu qu’il était nu.
- Je… Je suis… Le Commandeur Reginald Barclay…

Il avança la main :
- Capitaine Henri Murdock, dit Looping !
Je voulus lui donner une poignée de main, mais il se retira en levant le pouce :
- Raté ! Ah-héhéhéhéééé !
- Docteur… Il est bizarre…

Les infirmiers s’emparèrent de « Looping » pour l’attacher à un lit.
- Cet homme a probablement subi un choc traumatique. Il ne semble pas se souvenir de comment il est arrivé dans ce tube. Mais l’exubérance affichée de son comportement est, elle, parfaitement naturelle, en réalité.
- Qui est-il, par-rapport à moi ?

Je pus m’approcher, comme ils l’avaient maîtrisé.
- Eh mon pote… T’es sûrement un cousin, tu peux pas leur dire que je suis déjà à l’hôpital des vétérans du Viet-Nãm, et que c’est inutile de me retenir ici ?
- L’Hôpital de quoi ?
- Maison de fous… Electrochocs… Militaires cinglés. Tu vois le tableau ?



Devant ma consternation, « Looping » souffla :
- Eh ben où j’ai atterri…
- Monsieur Murdock, puisque vous semblez calmé, j’ai quelque chose de très sérieux à vous dire.
- Oh nan, j’veux pas la cellule capitonnée… J’suis pas assez fou pour ça.
- Il ne s’agit pas de cela…

Le Docteur Crusher s’apprêtait sûrement à lui révéler « où il avait atterri ».
- Monsieur Murdock, vous êtes en ce moment au vingt-sixième siècle. Vous comprenez ça ?
« Looping » resta un instant interdit, regardant alternativement le Docteur et les autres. Puis il éclata de rire :
- Vous me faites marcher ! BON C’EST OK ! J’AI COMPRIS LA LECON, BARRACUDA !!!

Mais le Docteur insista, posant la main sur son épaule :
- Monsieur Murdock, c’est extrêmement sérieux. Vous avez survécu dans ce tube pendant des siècles pratiquement sans vieillir. Celui que vous appelez Barracuda est mort depuis longtemps.
Il parut soudain prendre l’information pour argent comptant :
- Mort… Et Futé ? Hannibal ?

Le Docteur Crusher acquiesça :
- Tous ceux que vous avez connus sont bien décédés, Monsieur Murdock. Plus aucun de vos contemporains n’existe depuis plusieurs siècles…
- Oh… Vous me faites marcher… Pitié, dites-moi que vous me faites marcher…
- Je regrette, Monsieur Murdock. Tout ceci est réel.

 

 

 

 

 

 

« Looping » eut un hoquet visiblement douloureux et cligna des yeux :
- Où suis-je ?
- Vous êtes à bord de l’Entreprise, un Vaisseau Spatial loin du système solaire. Mon Vaisseau.
Le Capitaine venait d’arriver.
- Ouah, je vois, vous êtes le grand manitou, ici. Ils peuvent pas me lâcher, siouplait ?

Le Capitaine fit un large mouvement, et on détacha « Looping ».
- Coopérez de votre mieux, et nous vous ferons bon accueil.
Ils se serrèrent la main :
- Docteur Crusher… Y a-t-il un lien entre notre invité et le Commandeur Barclay ?
- Il y en a un, c’est évident. Mais nous n’avons pas encore pu analyser son ADN.

Le Capitaine houspilla le Docteur :
- Pourquoi est-ce-si long ?
- C’est un fauve à l’état sauvage, Capitaine ! Vous n’avez pas idée de la force et de la vivacité qui sont les siennes !
- Eh bien il est parfaitement calme, maintenant.

Le Docteur avança une paire de ciseaux, mais « Looping » sauta aussitôt sur une table :
- Vous ne m’aurez pas ! Ouste !
- Monsieur Murdock, il ne s’agit que de vous prendre un simple cheveu, après vous serez libre…
- Un cheveu ? Oh, mais j’ai que ça ! Mais avant de vous prêter ma tignasse, juste une faveur.
- Je vous écoute…

Il ne voulait que ses vêtements. On réussit à les trouver par-hasard, dans un compartiment caché du tube où il avait séjourné. Etrange accoutrement, par ailleurs.
- Merci, je déteste être nu devant des médecins… Voilà un cheveu.
Il passa la main derrière sa nuque et tendit les doigts.
- Merci infiniment, Monsieur Murdock.



Je décidais tout naturellement de prendre « Looping » dans mes quartiers.
- Eh bien, je… Je pense que vous serez bien ici… Au fait, le Conseiller Troi va venir ici sous peu.
- Troi ? Conseiller ? Oh nan, vous avez pas encore des psys barbus et intéressés par tout ce qu’il peut se trouver de sexuellement affligeant dans votre caboch…
- Bonjour, Monsieur Murdock.

« Looping » ne bougeait plus, comme si Deanna l’avait figé.
- Vous vous sentez bien, Monsieur Murdock ?
- Eh… Eh ça alors… Vous… vouzzz… Zêtes... Ouah…
- Monsieur Murdock, vous venez d’apprendre la mort de tous vos amis et vos proches parents, votre traumatisme doit être inexprimable, en plus de comprendre où vous vous trouvez…

« Looping » acquiesça, l’air totalement happé par les paroles de Deanna :
- Voui-voui…
- Vous n’avez pas envie d’en parler un peu… Vous libérer ?
« Looping » sourit bizarrement :
- Je crois pas que j’ai besoin d’un psy… Mais la compagnie d’une dame aussi charmante…

Deanna leva les yeux vers moi :
- Je crois avoir déjà entendu ça quelque part… Je vais peut-être vous laisser, si vous avez besoin, vous pouvez toujours demander à Monsieur Barclay de m’appeler.
Et elle s’en alla. « Looping » trépignait, complètement fou :
- Elle est superbe ! C’est ça vos psys ? Ouhlà, il doit y avoir foule aux asiles !

 

 

 

 

 

Je tentais de le calmer :
- N’y pensez surtout pas. C’est le Conseiller, et vous êtes son patient. Elle ne voudra pas.
- Pff… Dommage, une si belle femme…
Il semblait avoir le cœur brisé :
- Ecoutez, c’est une vraie mauvaise idée. Moi aussi, j’ai voulu sortir avec elle.

« Looping » me dévisagea :
- Et alors ?
- Elle n’a accepté que parce que j’étais devenu l’être humain le plus intelligent de l’univers.
- D’accooooord… Et maintenant ?
- Je ne le suis plus, j’étais « programmé » par une sonde extra-terrestre.

« Looping » se gratta la nuque, ingurgitant l’information. L’on sonna à ma porte :
- Entrez ?
C’était le Docteur Crusher :
- Ah, Monsieur Murdock. J’ai une excellente nouvelle pour vous. Ecoutez, Monsieur Barclay…
Je prêtais oreille, curieux de savoir le fin mot de l’histoire.

Crusher se tourna vers « Looping » :
- Monsieur Murdock, nous avons établi avec certitude que vous avez toujours de la famille vivant dans notre siècle…
« Looping » sourcilla :
- De la famille ? Directe ?

Crusher acquiesça vivement.
- Quand pourrais-je les rencontrer ?
- Mais c’est déjà fait…
Elle le tourna vers moi :
- Monsieur Murdock, permettez-moi de vous présenter votre cinq fois arrière-petit-fils



- Et ça m’est tombé dessus comme ça, alors que je n’y croyais absolument pas.
- Ce « Looping » vous ressemble si parfaitement que vous pourriez vous faire passer l’un pour l’autre seulement en échangeant vos habits. Il était évident que vous aviez un lien de parenté.
- Mais il n’est pas du tout comme moi ! Vous l’avez vu ? Il est complètement fou !
- Asseyez-vous, allons…

J’obéis, et Deanna se rapprocha de moi :
- Reg’, cette nouvelle est un choc, et je peux le comprendre. D’autre part, il est vrai que c’est un personnage assez excentrique, et mon premier contact m’a laissée plutôt dubitative concernant sa santé mentale, mais je ne pense pas qu’il soit réellement aussi fou que vous le pensez.
- Fou ou pas, il ne me ressemble pas.

Deanna sourit :
- Je n’irais pas aussi vite à votre place. Je suis persuadée qu’il a choisi de masquer certaines de ses difficultés en adoptant un tel comportement.
- Vous l’avez perçu ?
- C’est un esprit assez puissant, pour quelqu’un de son époque, mais j’en ai vu quelque chose.

Elle cligna des yeux :
- Et je ne vous dirai rien. Il ne m’a pas donné la permission de divulguer quoi que ce soit.
- Il ne sait même pas que vous lisez dans les pensées !
- C’est vrai. Et je compte bien l’en informer lors de notre séance juste après la vôtre. A ce propos, j’ai reçu l’Enseigne Werm, et il m’a dit des choses étonnantes sur votre relation professionnelle.

 

 

 

 

 

Je lui ai adressé un regard surpris :
- Il vous a parlé de notre amitié ?
- Il n’a pas employé ce mot. « Fraternité » serait plus proche.
- Au contraire de mon soi-disant ancêtre, Elloran me ressemble beaucoup. Et je me suis pris d’affection pour lui : c’est un garçon très intéressant.

Deanna acquiesça :
- Je n’en doute pas une seconde. Sinon, pourquoi auriez-vous bâti aussi vite une relation aussi fusionnelle, allant jusqu’à partager vos secrets directement par connexion mentale ?
- Je me sens bien avec lui. Il me comprend.
- En tant que bétazoïde, je veux bien le croire. Mais même sans l’être, ç’aurait été pareil.

Cette conversation m’angoissait quelque peu.
- Excusez-moi, mais… Je ne tiens pas à parler de ça.
- Je peux comprendre. Votre trisaïeul attend, je vais devoir le prendre de toute façon.
Je repassais alors la porte, saluant Deanna, et il était là.
- Ben alors, tu m’en veux toujours ?

Je ne pus même pas lui jeter un regard. Il entra, penaud, dans la salle de consultation. C’est à cet instant que j’entendis distinctement Elloran appeler au secours. J’ai couru, couru, comme si je savais précisément d’où ces cris venaient. Personne d’autre ne semblait l’entendre, mais tant pis, j’y étais presque arrivé. Je l’ai trouvé, coincé sous un poste de commande usé qui était tombé.
- Reg’ ? Comment avez-vous…

Je l’obligeais à rester allongé sans bouger, tentant de trouver un point d’attache :
- Je vous ai entendu. Laissez-moi faire…
- Entendu… Mais je peux… A peine parler…
J’ai considéré l’évidence : en effet, le poste lui écrasait complètement la poitrine. Difficile de hurler aussi fort dans ces conditions.



Je réussis à faire basculer le poste :
- Barclay à Infirmerie. Un blessé grave en salle des machines.
Bien reçu, nous faisons le nécessaire.
Elloran reprit son souffle :
- Vous m’avez sauvé la vie… J’allais étouffer là-dessous…

J’ai barré ses lèvres de l’index :
- Chhh… Calmez-vous, Elloran. On va vous soigner, vous pourrez parler plus tard.
Je me suis positionné de telle façon qu’il put poser la tête sur mes jambes. Quand l’équipe médicale arriva, je les priais de faire très attention, et dit « au revoir » à mon cher ami. Je ne m’expliquais pas comment j’avais pu l’entendre alors qu’il n’était pas en mesure de crier.

Mais l’essentiel, c’est qu’il était vivant. J’arpentais les couloirs jusqu’à mes quartiers…
- Commandeur Barclay ? Il me semblait vous avoir informé qu’on vous appelait sur la passerelle ?
- Data… ? Je… Je ne me souviens pas de ça, non…
- C’était il y a à-peine cinq minutes.
- C’est impossible, j’étais aux côtés de l’Enseigne Werm, à ce moment. Mais j’y vais !

Je courus à la passerelle, m’inquiétant de ce qui pouvait bien requérir ma présence.
- Ah, Monsieur Barclay. La station a été étudiée en fonction des informations fournies par l’Enseigne Werm, et cette station semble avoir subi une altération quadridimensionnelle.
- Un voyage à-travers le temps ?
- Exact. Elle est bien de l’année de votre ancêtre, mais elle a été déportée ici il y a peu.

 

 

 

 

 

Le Capitaine se tourna vers l’écran, d’où la station semblait nous dévisager.
- Et les autres hommes à bord ?
- Leur ADN est totalement décomposé et inexploitable. Seul votre ancêtre a survécu.
- Pourquoi aurait-on pris des hommes des années 1980 pour les amener ici ?
- C’est ce que nous nous efforçons de comprendre.

Data arriva à cet instant sur la passerelle :
- J’ai couplé les informations de l’ordinateur… Commandeur Barclay ?
- Quelque chose ne va pas ?
- Je viens à l’instant de rencontrer Le Commandeur Barclay… Avant de prendre le turbolift…
- Passons, Monsieur Data. Qu’avez-vous trouvé ?

Data lui exposa le caractère sombrement lacunaire du peu de données encore lisibles sur la mémoire de l’ordinateur. Autrement dit, les tenants et les aboutissants de ce transfert étaient toujours aussi mystérieux.
- Bien, continuez de travailler là-dessus. Monsieur Barclay, vous pouvez retourner à vos quartiers, nous vous appellerons si nous avons du nouveau.

Je me suis retiré, obéissant, et je pris la route de mes quartiers. Ni Elloran, ni « Looping »…
- Il est long, l’entretien avec Deanna…
Je me suis laissé tomber sur le lit, épuisé. Mais à-peine une heure plus tard, on sonna :
- Entrez ?
- Commandeur Barclay, le Capitaine vous fait réclamer dans son bureau.

Je n’aime pas beaucoup ce ton-là… Quittant péniblement mon lit, je suivis Worf et son équipe de sécurité jusqu’au bureau, où le Capitaine me reçut froidement :
- Monsieur Barclay, je ne sais pas si c’est la présence de votre ancêtre à bord qui vous pose à ce point problème, mais je vous suggère d’en parler avant de faire plus de dégâts.
- Des dégâts ? Je ne vois pas de quoi…



Le Capitaine avait tourné son écran vers moi : un enregistrement sur la passerelle. Un fou furieux renversait tout et terrorisait les gens. Il s’approcha de la caméra, et le Capitaine stoppa :
- Je… Je ne sais pas quoi dire… C’est moi. Mais je suis sûr que c’est une erreur…
Ce « Looping » vous ressemble si parfaitement que vous pourriez vous faire passer l’un pour l’autre seulement en échangeant vos habits

Mais oui !
- C’est mon ancêtre ! Il a pris l’un de mes uniformes et se fait passer pour moi !
- Je vous demande pardon ?
- Capitaine… Cet homme est tout, sauf équilibré. Il est fou, et dangereux.
- Il m’a paru tout-à-fait sympathique et même agréable. Soyez honnête, vous ne voulez pas de lui ?

Je pris un temps pour comprendre, et je ne pus le supporter :
- Capitaine ?! Vous ne croyez tout de même pas que je vais faire croire que mon ancêtre se fait passer pour moi en causant des destructions gratuites dans tout le Vaisseau, tout ça pour qu’il ne soit plus à bord ?
- Pour moi, ça se tient. Même si prendre ses habits aurait été plus convaincant.

Il me fit placer sous garde solide, le temps d’éclaircir cette affaire.
« Reg’… Ne désespérez pas, je vais leur prouver que vous n’avez rien fait. »
« Elloran ? »
« Oui, c’est moi. Vous m’avez sauvé la vie, je vais sauver votre honneur. »
« Où êtes-vous ? »

 

 

 

 

 

 

 

Mais la réponse m’apparut aussitôt, comme si mon cerveau était directement relié au sien : sur la passerelle, il examinait les équipements endommagés. Quel carnage…
« Personne ne s’est inquiété de ça avec ce qui m’était arrivé, mais cela fait des heures qu’on n’a pas de trace de votre ancêtre. Il semble se balader dans le vaisseau sans se faire remarquer. »
« Vous croyez qu’il s’est habillé comme moi ? »

Elloran mit un temps pour me répondre :
« Je suis passé à côté de vous il y a deux heures… Et ce n’était pas vous, je suis formel. »
« Alors j’avais raison… »
« Je ne vous ai pas ressenti proche de moi, vous étiez comme à des kilomètres plus loin. Je vais vous sortir de là, mais je dois encore faire poids pour que l’on accorde du crédit à ma parole. »

Il se tut alors.
« Elloran ? »
Plus rien. La vision de la passerelle sens-dessus-dessous s’était évanouie.
- Monsieur Barclay ?
- Conseiller Troi…

Deanna s’assit près de moi, l’air désolée :
- Je crains que tout ceci ne soit de ma faute... Je pense que votre ancêtre a très mal supporté votre rejet massif à son encontre, et son esprit était déjà trop instable pour se trouver ainsi repoussé par l’unique famille qui lui reste en ce monde.
- Ce serait seulement pour ça… Mais alors, vous savez que ce n’est pas moi qui…

Deanna acquiesça :
- Oui, je le sais. J’ai parlé au Capitaine, qui m’a dit qu’un autre lui avait déjà exposé ses doutes, mais il préfère vous garder sous surveillance pour éviter de vous confondre encore tous les deux.
- Ah je vois… Juste pour être sûr…
- Je sais que c’est une terrible épreuve que vous avez traversée. Mais nous vous croyons.



Elle me regardait étrangement, comme si elle tentait de lire mes pensées :
- Quelque chose vous perturbe, cela dit. Certains mystères vous préoccupent depuis quelques temps, et vous n’avez aucun indice pour obtenir un début de résolution.
- Oui… J’aimerais vous demander… Un bétazoïde peut-il transmettre des pensées sans le savoir ?
- Sans le savoir ? Que voulez-vous dire ?

J’ai haussé des épaules, perdu :
- Je… Je ne sais pas… Arrive-t-il que les pensées d’un bétazoïde soit entendues à son insu ?
- Oh oui, sur Bétazed, c’est une pratique courante, personne n’y fait vraiment attention…
Je l’interrompis, m’efforçant d’être aussi clair que possible :
- Non, vous ne comprenez pas… J’entends les pensées d’Elloran.

Deanna me fixa comme si j’avais proféré une aberration :
- C’est impossible : vous n’avez rien de bétazoïde, Reg’.
- Mais j’entends parfois alors qu’il ne s’adresse pas à moi ! Et lui aussi !
- Là, oui, c’est logique, car Elloran est totalement bétazoïde, mais vous ne pouvez pas.
- Je vous assure ! Quand j’ai trouvé Elloran, je l’avais entendu m’appeler, mais il ne le faisait pas !

Deanna acquiesça :
- Il vous a appelé par télépathie…
- Non ! Il ne m’a pas appelé ! Si son esprit m’a appelé au secours, il m’a assuré qu’il ne s’en était absolument pas aperçu !
- Reg’, c’est impossible qu’un terrien entende les pensées d’un bétazoïde à son insu.

 

 

 

 

Elle se rapprocha :
- Soyez honnête : vous avez effectué une longue connexion mentale avec lui, n’est-ce-pas ?
- Oui… Deux fois, même. Vous croyez que mon esprit est altéré ?
Elle secoua la tête :
- Non. Je crois que vous et Elloran avez tissé un lien spirituel qui dépasse les lois de la télépathie.

L’on sonna à ma porte.
- C’est lui ! C’est Elloran !
La porte s’ouvrit, et en effet, c’était lui.
- Bonsoir Conseiller Troi… Reg’, je sais où est votre ancêtre !
- Oh, ça a l’air grave…

Elloran acquiesça vivement et me tira par la manche :
- Vous êtes autorisé à sortir, venez, c’est urgent !!!
Je le suivis, talonné de près par Deanna, quand enfin…
- Holodeck 3 ?
- Il est là-dedans ! Il faut le sortir de là et vite !

Que pouvait-il bien risquer dans le Holodeck ?
- Je crois comprendre l’urgence : votre ancêtre vient d’une époque très dangereuse, mais le bloc Holodeck l’a recréée à-partir de ses souvenirs, et votre ancêtre est sans doute trop perturbé pour s’apercevoir ou même imaginer que tout ce qu’il y voit n’est qu’une simulation…
- Et avec un esprit aussi farfelu que le sien, je n’ose imaginer ce qui se trouve là-dedans…

Les portes du Holodeck s’ouvrirent, et à peine ai-je passé le pas qu’une sorte de sonde faillit me tomber dessus, mais Elloran me repoussa à temps :
- Courez ! C’est explosif !!!
J’obéis, cherchant un endroit abrité en tirant Deanna derrière moi. Au dernier moment, l’engin éclata en mille morceaux, dégageant un puissant souffle brûlant.



Je m’assurais alors que tout le monde allait bien :
- Elloran ? Conseiller Troi ?
- Je vais bien, Reg’…
- Je crois que cette chose ne m’a pas touchée…
- Bon sang, mais c’était quoi, ça ?

Elloran s’approcha du cadavre de la sonde :
- Une bombe bourrée de plastic. Facture Américaine, probablement l’armement du Pentagone.
- De quoi parlez-vous ?
- Cet engin est un explosif datant des années 1980, conçu par l’armée des Etats-Unis.
- Passionnant… Et ça fait des dégâts ?

Elloran acquiesça :
- Oh oui. Le tiers de ce navire serait parti en fumée, si cette bombe avait été réelle.
- Terrifiant, dites-donc… C’est une époque violente…
- A ce moment, il y a une grande guerre entre l’Union Soviétique et les Etats-Unis. Une guerre qui ne touche pas ces régions du globe, car ils s’affrontent sur le territoire des autres.

Deanna haussa du sourcil :
- C’est plutôt lâche d’agir ainsi…
- C’est le style de l’époque…
VRPVRPVRPVRPVRPVPRRR
- Et ce bruit ?

 

 

 

 

 

 

Elloran avait levé les yeux au plafond : une espèce de coléoptère géant qui volait en tournant les ailes au lieu de les faire battre l’air, planait au-dessus de nous.
- JE MONTERAI PAS AVEC CE CINGLE ! JE VOUS PREVIENS !!!
- Allons, Barracuda, ne fais pas l’enfant…
- Qui sont ces gens ?

Elloran sourcilla :
- Des simulations du Holodeck basées sur le souvenir des connaissances de votre ancêtre.
- Avez-vous idée de qui il s’agit en vrai ?
- Absolument pas. Mais que font-ils ?
Le grand noir baraqué qui refusait de « monter avec le cinglé » tomba à plat ventre.

L’un des deux hommes qui l’accompagnait produisit une flamme et fit brûler un cigare :
- Okay, Futé. On se dépêche, le Mexique c’est pas à côté.
- Dis ça au vieux coucou qui nous survole !
- Looping, tu nous reçois ?
Krtsh… Fort et clair, Colonel ! J’amorce la descente…

A cet instant, un cri puissant parvint à mes oreilles :
- Yiiiiiiiiiiiii-Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah !!!
Et le coléoptère géant fit un cercle dans les airs avant de se poser.
- Un hélicoptère russe ! Et celui-ci n’est qu’un prototype secret !!! Reg’, vous rendez-vous compte ? S’il a un souvenir aussi précis de cet engin, c’est qu’il l’a piloté : c’est un pilote expérimenté !

Je ne savais pas vraiment si cela m’emplissait de fierté ou d’angoisse. « Looping » sortit effectivement de l’appareil :
- Prêt à embarquer l’ours, Hannibal !
- C’est étrange, il ne porte pas vos vêtements…
- Oui, je me demande ce qu’il en a fait…



Je me suis dressé à cet instant :
- Ordinateur, fin de programme.
- Ordinateur, annule cet ordre.
C’était Deanna.
- Pourquoi laisser faire ça ?

Deanna soupira :
- Comprenez-le, Reg’ : il a appris il y a peu qu’il est loin de son temps, il a perdu ses amis, et il est actuellement dans l’illusion d’avoir rêvé tout ça. Il croit sincèrement s’être réveillé d’un mauvais rêve et vivre comme il a toujours vécu : avec ses amis, dangereusement.
- Mais on ne peut pas le laisser dans le déni aussi longtemps…

Deanna secoua la tête :
- En effet. Mais il faut lui faire comprendre qu’il est dans une illusion. Tout couper brutalement pourrait aggraver son état de santé mentale et le traumatiser définitivement.
- Looping ! Looping !
- Tu connais des gens, ici ?

« Looping » se tourna vers moi et secoua la tête :
- Non. C’est sûrement une erreur, montons !
- Grand-père, je regrette de t’avoir traité comme un fou ! Mais tu dois m’écouter, je t’en prie !
« Looping » grinça :
- Ordinateur, mets le programme sur pause.

La simulation se suspendit, à mon grand étonnement. Il s’avança vers moi, exaspéré :
- Bon, je suis débordé, que veux-tu ?
- Tu… Tu sais te servir du Holodeck ?
- Evidemment que je sais. Une fois que ce truc a compris ce que tu veux, c’est facile.
- Tu sais que c’est une illusion ?

Il acquiesça, souriant :
- Que croyais-tu ? Que je m’imaginais que tout ça était vrai ? Je ne suis pas aussi fou...
- Conseiller Troi, vous prétendiez qu’il y croyait… ?
- J’ai ressenti très clairement qu’il y croyait, je ne comprends pas…
- J’ai la faculté de croire à mes propres fantaisies, chère madame la psy.

Je pris l’épaule de mon ancêtre, un peu hésitant :
- Ecoute, je sais que nous sommes différents, mais je n’avais pas le droit de te rejeter pour ça.
- Pourquoi viens-tu me parler de ça et me déranger, alors que je suis avec mes amis ?
- Je sais que tu as besoin de vivre ta vie, mais quand j’ai vu ce que tu as fait… J’ai eu très peur.
- Tu m’as sûrement pris pour plus fou.

J’ai secoué la tête :
- Je me suis surtout rendu compte à quel point ça t’avait affecté. Je suis tellement désolé…
« Looping » me sourit et me serra contre lui sans prévenir :
- Bah, mon petit, je peux pas t’en vouloir, va : je faisais peur à mes propres amis !
- Tu me pardonnes ?

Il acquiesça et m’étreignit encore :
- Ordinateur, fin de programme.
Toute la simulation à l’arrêt s’évanouit, et je m’aperçus qu’il portait un double de mon uniforme.
- Pourquoi avoir voulu te faire passer pour moi ?
- Oh ça ? Eh bien… Disons que j’ai sali mes frusques, alors j’ai pris ça à la place ! Il me va bien ?



Elloran et moi avons dû endurer un long test psychique pour éprouver notre « liaison » mentale… Nous l’avons d’ailleurs passé avec brio. Nous fûmes officiellement déclarés « premier tandem terrien-bétazoïde » ayant la faculté de lire mutuellement les pensées l’un de l’autre. Il ne fut plus question de nous séparer dès lors, notre efficacité commune ayant été par la même occasion prouvée un bon milliard de fois.

Le Capitaine permit à mon ancêtre, ou plutôt, mon jumeau comme je l’appelle maintenant, l’accès à une formation accélérée pour le pilotage depuis la passerelle. Il réussit plutôt aisément et put rester ainsi à bord de l’Entreprise
« Reg’, passes-moi la clef BXZ-16… »
« La voilà ! »

Elloran et moi-même avons définitivement renoncé à l’usage de la parole entre nous. A présent, nous communiquons sans la moindre entrave, et jamais je n’aurais cru me sentir aussi à l’aise en sachant que la moindre de mes pensées parvient directement à quelqu’un d’autre… Sans doute parce que l’inverse était également vrai.
- Commandeur, nous tous sommes assez surpris de votre façon de communiquer…

Je me suis tourné vers le Lieutenant Larson, qui avait émis cette quasi-question :
- Nous ne communiquons pas, Larson, nous échangeons.
- Mais que pouvez-vous bien vous dire ?
- Trop de choses à la fois pour que j’arrive à tout vous dire à la suite.
« Reg’, ce n’est un mystère pour personne, alors vas-y… »

Je souris à Elloran :
- Nous nous disons tout, Larson. En permanence. Tout est question de confiance.
Et je revins vers Elloran pour échanger notre poignée de main.
« Ils sont jaloux, hein ? »
« Atrocement… Ils voudraient tes faveurs, et ne supportent pas que ce soit moi que tu as choisi. »

J’acquiesçais, amusé :
« J’en étais certain. »
- Si vous parlez de nous, ce serait honnête de nous le dire en face !
- Va falloir vous y habituer, Larson. A votre grade, j’avais l’habitude qu’on parle tout le temps dans mon dos, et de préférence quand je ne pouvais pas entendre.

Et je m’en suis retourné à mon travail. Elloran était à l’autre bout de la pièce. Aujourd’hui était un grand jour pour nous : il allait passer au grade de Sous-Lieutenant. Nous dissimulions tout notre enthousiasme aux autres, mais entre nous, ça n’arrêtait pas. Je dis « pour nous », car tout ce qui l’affectait lui m’affectait directement aussi. J’avais appuyé activement son avancement, et ça avait porté ses fruits assez vite.

Je ne sais pas si la tension dans nos échanges se ressentait, mais nous étions survoltés. Après avoir pris pleinement conscience de notre étroite relation mentale, nous avons été plus qu’encouragés à développer ce lien et nous en servir autant que l’envie nous le commande. Et ne nous en étions pas franchement privés, pour être honnêtes.
Passerelle à salle des machines. Le Commandeur Barclay est demandé sur la passerelle.

J’ai acquiescé :
- Ici Barclay, bien reçu, j’arrive. Lieutenant Larson, je vous laisse la salle des machines.
Je quittais la pièce en laissant une pensée à Elloran :
« On reste en contact, je reviens très vite. »
« Salue ton jumeau de ma part. »



Enfin parvenu à la passerelle, je reçus une marque chaleureuse de la part du Capitaine :
- Monsieur Barclay, pouvez-vous interrompre quelques secondes les communications… ?
J’ai sourcillé, un peu hésitant. Mais c’était sûrement un ordre…
« Désolé, Elloran, ça doit être confidentiel… »
« Pas de souci, Reg’. J’attendrai que tu reprennes l’échange. »

Je me suis concentré, et brutalement, je ressentis un vide immense, que je n’avais plus ressenti depuis des mois… Le vide que la présence d’Elloran comblait.
- C’est bon, Monsieur Barclay ?
- Ou… Oui, Monsieur…
- L’Enseigne Werm a obtenu le grade de Sous-Lieutenant, et je sais comme ça vous importe.

J’ai acquiescé :
- Werm est bien plus qu’un simple collègue de travail, Monsieur…
- Nous avons pensé faire une petite surprise ce soir, et nous avons besoin que vous l’orientiez sans qu’il ne sache ce qui se passe, pour être sûrs qu’il y sera. Voici le plan… Vous pourrez lui cacher ça ?
- Ce sera très difficile de lui interdire l’accès à cette information… Mais je vais essayer.

Je m’efforçais d’enterrer ça dans un endroit bien replié de mon cerveau, et j’ai relâché mon attention, sentant Elloran revenir aussi vite qu’il était parti.
« Eh bien, qu’y avait-il de si secret ? »
« C’est toujours un secret. J’ai l’ordre de ne le révéler à personne, alors je t’en prie, n’essaie pas de savoir de quoi il s’agit. »

 

 

 

 

 

Elloran ne parut pas tenter de forcer mon esprit. J’abordais alors mon jumeau :
- Eh, Looping !
- Bien l’bonsoir, petit frère !
- Tu as le bonsoir d’Elloran.
- Je te demande pas de lui transmettre le mien, je sais que c’est fait en direct.

Je repris la route vers la salle des machines, tâchant de mon mieux de bloquer l’accès à la petite fête-surprise. Heureusement, ça n’allait pas rester longtemps secret. Ce qui me peinait, c’était qu’Elloran semblait mal prendre le fait que j’aie verrouillé ma conversation d’avec le Capitaine.
- Larson, vérifiez le pulseur d’énergie. La conversion du champ semble perturbée.
- Tout de suite, Commandeur !

Larson se précipita au pulseur. Elloran tâchait de se concentrer sur son travail, mais il finit par apposer ses paumes sur sa console :
« Reg’, qu’est-ce-que je t’ai fait ? »
« Mais… Rien. Le Capitaine m’a transmis une information confidentielle, que je n’ai pas le droit de communiquer, que ce soit à toi ou à qui que ce soit d’autre. Les ordres sont les ordres. »

Elloran soupira, l’air appesanti par ce mystère :
« Je ne vais pas aller le répéter à tout-venant, tu le sais… On se dit tout. »
« Oui, mais ça je ne peux vraiment pas. Nos deux grades sont en jeu : si on apprend que j’ai désobéi, je peux être dégradé, et toi, tu pourras rêver encore des années à ton nouveau grade. »
« A ce point-là ? Oh, désolé… Je… Je ne vais pas en reparler. »

Il reprit son travail comme si rien n’était, pourtant je sentais la peur et la frustration s’entremêler dans un curieux cocktail de sentiments déphasés. Bien, cela me dégoûtait de lui mentir de la sorte, mais je voulais vraiment laisser la pleine surprise. Et puis, je pense qu’il me pardonnerait : une fête avec le Capitaine est une fête réussie. Non, ça ne peut pas rater.
- J’ai trouvé la faille dans le champ, Commandeur. Prêt pour la réparation.



J’opinais lascivement du chef :
- Effectuez la réparation, Larson, et ne venez pas me rendre compte toutes les trois minutes du plus petit mouvement de votre auriculaire gauche. Vous me ferez un rapport complet une fois l’incident résolu, et c’est bien suffisant.
Larson repartit, visiblement vexé.

Mais Elloran avait l’air inquiet :
« Je ressens quelque chose d’étrange, Reg’… C’est quelqu’un de triste. »
« Qui est-ce ? »
« Je ne sais pas… Tout ce que je sais, c’est qu’il est en profonde dépression, et qu’il se déplace dans le couloir, à quelques mètres de la salle des machines… De nous. »

Je me suis tourné vers la porte, et c’est alors que je vis « Looping », mains calées dans les poches, tantôt sifflotant, tantôt chantonnant des vers incohérents. Elloran le désigna du doigt.
« Mon jumeau ? Il a l’air très bien… »
« Non, je te jure, il est très mal dans sa tête… Quelque chose de très profond le perturbe. »
- Sweeeeeeet Laaaaand of Liberty…

Elloran acquiesça :
« Il est malheureux, Reg’. Tu devrais aller lui parler. »
« Tu ne voudrais pas plutôt me dire ce qu’il a ? J’ai un peu de mal à discuter avec lui… »
« T’es fatigant… »
« C’est un ordre, Enseigne Werm. »

 

 

 

 

 

 

 

Il me fit un salut irrévérencieux et quitta la salle pour rattraper « Looping » :
- Eh, Monsieur Murdock !
- Tu peux m’appeler Looping, mon gars, on est entre adultes.
- Vous sentez-vous bien ?
- Oui, tout-à-fait. Je trouve mon poste fascinant et je m’amuse bien dans cette époque.

Elloran sourit et le laissa partir :
- Bien le bonsoir, Monsieur Murdock.
Il revint vers moi, et je sentis clairement son incrédulité :
« Il ment. Son époque lui manque, et il trouve que piloter cette boîte en fer volante, ça craint. »
« Il en est à ce point-là… »

***


- Ooooooh… Quel mal de crâne… Quel cauchemar…
- Tout va bien, Looping ? Tu as dormi au moins dix heures.
- Hannibal ? Futé ? Barracuda ?
Je me pends au cou de Barracuda, sentant mon cœur bondir dans ma poitrine :
- Tout ça avait l’air tellement vrai !

Hannibal me tapote l’épaule :
- Tu as l’air de ne pas nous avoir vus depuis des mois… Tu es sûr que ça va ?
- Je… J’ai bien l’impression que c’est ça… Oh, mon p’tit Barracuda…
- Lâche-moi, imbécile, t’as juste fait un de tes rêves de cinglé.
J’obéis, le serrant juste contre moi, et Hannibal indique qu’il est temps de partir.

***


- Il a l’air heureux, ici.
- Oui. C’était une bonne idée, finalement… Quelque chose ne va pas ?
- Je ne sais pas… Il va me manquer, j’ai fini par m’habituer à travailler avec lui…
- Je sais que c’est difficile. Mais il ne risque rien dans ce Holodeck, et il vivra jusqu’à la fin de sa vie entouré de ses amis, en croyant que toute cette histoire n’était qu’un rêve étrange…
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MessageSujet: Chapitre 2 : Un Rival Inattendu   Dim 10 Aoû 2014, 21:31

Au début, ce n’était qu’une amitié entre hommes du même bois… Puis c’est devenu quelque chose de plus profond, d’intense… Une relation basée sur la communication permanente…
- Est-ce-que cela vous perturbe ?
- Non ! Je ne me sens jamais seul, chaque seconde me rappelle qu’il y a dans cet univers, un être proche de moi, qui me ressemble et qui sait ce que je ressens… C’est la première fois…

Le Conseiller Troi se leva de son siège et sourit :
- En tant que Betazoïde, je comprends parfaitement qu’il y ait eu un immense vide à combler… D’ailleurs, celui dont vous me parlez était comme vous. Je crois utile de le préciser, même si vous en avez pleinement conscience depuis longtemps… Mais votre relation l’affecte pareillement.
- L’affecte ? Il me cache quelque chose ?

Le Conseiller Troi secoua la tête :
- Non… Il en est aussi heureux que vous, et il m’a largement autorisée à vous le dire.
- Il n’est rien qui le gêne ?
- Absolument rien. J’ai ressenti qu’il gérait très bien le fait de partager son intimité avec vous. Selon mon opinion, il vous considère comme une partie intégrante de sa propre conscience.

Une partie de sa conscience ?
- Il vous l’a dit comme ça ?
- Cela ressortait de son discours. Mais je me demande quelle utilité vous pouvez avoir à me poser des questions, alors que vous échangez tout entre vous ?
- Je ne sais pas… J’ai parfois l’impression qu’il me cache des choses embarrassantes.

 

 

 

 

Le Conseiller acquiesça :
- Je peux dissiper vos doutes. J’ai ressenti une pleine ouverture à votre égard… Monsieur Barclay ne vous dissimule rien de ses sentiments, vous pouvez en être sûr.
- Vraiment… ? Alors, je… Merci, Conseiller. Merci infiniment !
Je me suis levé immédiatement pour rejoindre Reginald.

Il devait être dans ses quartiers à cette heure-ci… Mais sorti du bureau du Conseiller Troi, je me rendis compte de mon erreur : il se trouvait dans un couloir, devant la porte du Holodeck 3.
« Reg’ ? Tout va bien ? »
« Elloran ? Ta séance avec le Conseiller s’est bien passée ? »
« A merveille ! Que fais-tu là ? »

désignait précisément l’endroit situé à quelques mètres de moi, alors que je marchais aussi vite que possible pour le rejoindre. Une fois que je fus arrivé à sa hauteur, il détourna les yeux d’un écran holographique :
« Je suis venu voir mon grand-père. Il a l’air heureux, et il ne semble s’être aperçu de rien. »
« Je peux jeter un œil ? »

Il se poussa et me laissa regarder. La caméra suivait les déplacements de Monsieur Murdock afin de ne pas le perdre de vue au cas où il lui arriverait quelque chose.
« Oui, il a l’air très bien. Il agit exactement comme s’il croyait avoir rêvé. »
« Je trouve cette barrière télépathique imposée par Troi insupportable. Pas toi ? »
« Elle tient à ce que rien ne sorte de son bureau, c’est une professionnelle… »

Je me suis tourné vers Reginald, souriant :
« Mais tu m’as manqué, vieux frère ! »
Nous nous sommes enlacés chaudement, puis Reginald dit « au revoir » à son ancêtre avant de me suivre jusqu’à mes quartiers. Je me rendis compte qu’il n’y avait jamais vraiment mis les pieds.
« Oui, c’est vrai, tu ne m’as jamais invité chez toi… »



Il avait perçu ma pensée, bien sûr. Je le pris par la main pour l’entraîner à l’intérieur :
« Je te présente ma cuisine ! Tout le confort moderne : nano-ondes, anti-odeurs… »
« Et un synthétiseur dernier cri. Arrête ton char, et coupe ces illusions. »
Je cessais de lui transmettre ma vision de la cuisine parfaite.
« C’est mieux comme ça. On est tous logés à la même enseigne, pas la peine d’en rajouter. »

Il s’assit sur le bord de mon matelas en soupirant. Il était perturbé à-cause de son ancêtre.
« Reg’, qu’est-ce-qui ne va pas avec ton jumeau ? »
« Je suis sa seule famille, et je lui laisse croire qu’il n’en a jamais eue. Je me sens mal… »
« Il est mieux comme ça, Reg’. Mieux qu’en sachant que tous ceux qui comptaient sont morts. »
« Oui, tu as raison… Merci, Elloran. »

Il se laissa tomber sur le côté et ferma les yeux. Il était particulièrement exténué, et je savais bien pourquoi, ayant partagé un bon morceau de sa semaine :
« Tu peux dormir un peu ici, tu sais. Cela ne me dérange pas du tout. »
« Et toi, que vas-tu faire ? »
« Ohf… Mettre un peu d’ordre, je suppose ? Allez, dors, tu en as besoin… »

Je l’incitais alors à rouler sur le dos et le bordais soigneusement :
« Bonne nuit, Reg’. Ne te soucie de rien, je m’occupe de tout… »
Il ne put même pas me remercier qu’il s’écroula de fatigue, plongeant directement dans la phase onirique de son sommeil. Je m’interdisais de violer ses rêves, c’était d’ailleurs un pacte entre nous, aussi me suis-je empressé de couper les ponts et penser à autre chose.

 

 

 

 

Je l’ai observé quelques instants, en fait de m’occuper : il avait l’air tellement apaisé… Sans doute un rêve agréable qui peuplait son sommeil… Je ne l’avais pas vu ainsi depuis quelques mois pour être honnête…
- N… Non… Je…
J’ai sourcillé : là, c’était un cauchemar.

Il commençait soudainement à s’agiter. J’ai tenté d’ignorer son état, mais était-ce la bonne façon d’agir face à cette situation ? Après tout, entre humains, quand quelqu’un fait un mauvais rêve particulièrement agité, le premier réflexe de l’éveillé est de le tirer du sommeil…
- Reg’… Reginald… Eh, tu m’entends ?
Je l’ai secoué en douceur, mais il semblait prisonnier du songe.

Ou alors, c’est qu’il avait le sommeil incroyablement lourd, et je n’avais pas encore eu l’occasion de le remarquer. Après cinq tentatives ratées pour le réveiller, j’ai inspiré profondément :
« Pardonne-moi, Reg’, mais je n’ai pas le choix… »
J’ai rétabli une communication entre nous… Pour atterrir à la salle des machines, le jour où je me suis retrouvé sous la table de commandes.

Je m’en souviens très bien, il n’y avait une fois de plus personne dans la salle, et je n’arrêtais pas de penser tristement : « Si seulement Reginald pouvait lire dans mes pensées, il arriverait à temps… »
CLONG !
- AAAAAH !!!
J’ai fait volte-face.

La table de commandes venait de tomber sur un double de moi. Il ne semblait pas me voir, ce qui semblait logique, car ce rêve n’était ni plus ni moins que le souvenir de Reginald couplé au mien. Pourquoi ce jour-là, d’ailleurs ?
« Attendons, on verra bien ce qui va se passer… »
Et j’ai attendu. Mais Reginald n’arrivait pas, et mon double écrasé commençait à étouffer.



Ce n’était pas normal. Il aurait déjà dû arriver… Où était-il ?
- Aaaah…
J’ai tourné la tête : mon double avait cessé de bouger. C’est à cet instant que Reginald parvint à la salle des machines, courant aussi vite qu’il le pouvait…
- Oh non…

Il s’agenouilla à-côté de mon double, lui tenant la main :
- Non… C’est trop tard…
Sa main tremblait tellement qu’elle finit par lâcher celle de mon double. Il se cacha, mais je voyais bien qu’il pleurait.
« Reginald… »

Je ne pouvais pas lui parler directement, apparemment… Je me suis rapproché de lui, prenant son épaule aussi doucement que je le pouvais…
« Reginald. »
- Hein ?! Qu’est-c’que c’est ?!
Il s’était réveillé en sursaut.

J’avais touché son épaule autant en vrai qu’en rêve, et ma voix dans sa tête semblait l’avoir surpris.
- Elloran… ?
« Je suis désolé, Reg’… Je n’arrivais pas à te réveiller… »
Mais au lieu de me rejeter, il s’accrocha à mon cou :
« Elloran… Je croyais que tu étais mort… »

Je n’ai pas très bien compris son soudain geste d’affection, mais il était clairement perturbé :
« Reg’, j’ai dû venir dans ton rêve pour t’en sortir… J’ai vu de quoi il s’agissait. »
« Alors… Ce n’est pas du tout ce que tu crois… Je… »
« Je ne crois rien, Reg’, je constate que tu as peur de me perdre. »
« Je fais sans arrêt ce même rêve depuis des mois… Je suis tellement fatigué… »

Il se rallongea, un peu las.
« Tu ne m’en veux pas ? »
« Non… Le pire moment du cauchemar était encore à venir. »
« Parce qu’il y avait pire que ça ? »
« Oui… En général, après ça, le Docteur Crusher m’expose son rapport d’autopsie… »

Je n’ai pu faire autrement que le serrer contre moi : c’était atroce.
« Elloran… Il y a quelque chose ces derniers temps… Quelque chose que je ne comprends pas… »
« Tu veux qu’on en parle ? »
« Je ne sais pas trop… Toi qui as accès à mes pensées, tu n’as rien remarqué ? »
« Je t’avouerai que si… Mais c’est très diffus, incohérent… Je ne le comprends pas non plus. »

Je me suis assis au bord du lit, près de lui :
« Nous devrions pousser un peu le dialogue. Ce serait plus simple. »
« Tu es sûr ? Ce n’est pas trop risqué ? »
« Non, ne t’inquiète pas… »
Et nous avons fusionné de nouveau.

Au début, tout était confus et embrouillé, puis les choses, les émotions, les perceptions, tout ça s’est structuré graduellement comme un vêtement en train de se tisser de lui-même… J’ai ouvert les yeux, tombant directement dans ceux de Reginald : il avait compris comme moi.
« Reg’… Croyais-tu que ça allait arriver ? »
« Tu sais bien que non… »

J’ai posé mes lèvres sur les siennes, et il ne se défendit pas une seconde de mon étreinte…
« Je t’aime… Je voudrais être toujours près de toi, pour te protéger… »
« Tu m’as déjà sauvé la vie… Passer la mienne à tes côtés pour te rendre heureux serait le moins que je puisse faire pour toi… »
« Alors fais-le… »

Il y avait quelque chose d’enivrant dans le fait d’entendre les pensées de l’autre pendant un baiser. Je savais bien que ce n’était pas coutumier pour un humain, et chez les Bétazoïdes c’était monnaie courante malheureusement, ce qui rompait le charme en fonction de l’état d’esprit du couple…
Mais là, nous ne pensions qu’à l’amour que nous nous étions découvert l’un pour l’autre…



Systèmes parés pour distorsion, Capitaine.
- Distorsion maximum, Data. En avant toute.

Le contrôle des flux d’antimatière ne présentait aucun défaut, mais je me tenais tout de même à ma console : cet androïde avait une fâcheuse tendance à pousser mécaniquement les manettes, ce qui provoquait une secousse désagréable en salle des machines.

La secousse se déroula comme je le prévoyais, et j’ai lâché ma prise.
- Nous sommes en distorsion, Capitaine. Aucun incident reporté.
« Parle pour toi, robot-laitier… »
« Elloran, calme-toi, je t’entends… »
« Et alors ? »

La pensée de Reginald trahissait un léger fou rire réprimé :
« Et alors, je vais devoir expliquer au Capitaine pourquoi je souris bêtement. »
Robot-laitier est un surnom que nous avions trouvé au Commandeur Data en raison de son teint étrangement crayeux. Je ne sais pas pourquoi Reginald trouvait cela aussi drôle, mais le fait d’avoir l’intéressé à proximité ne devait pas arranger le ridicule de ce surnom.

 

 

 

 

 

 

C’était parfois pénible de passer mes journées en salle des machines, alors que Reginald restait sur la passerelle, mais nous n’avions pas précisément le même rang, ni les mêmes fonctions.
- Commandeur Barclay, nous venons d’accueillir un nouveau technicien à bord. Pourriez-vous aviser le Sous-Lieutenant Werm de sa présence ? Il aurait besoin d’être pris en main.
Je cherchais déjà des yeux quelqu’un que je n’aie encore jamais vu…

Et l’ai trouvé : juste derrière une grosse console hors d’usage, il portait une sorte de couvre-chef que je pus identifier comme étant une chapka, un chapeau d’origine Terrienne, plus précisément Russe selon mes connaissances.
« Je l’ai repéré, Reginald, tu peux dire au Capitaine que je m’en occupe. »
- Le Sous-Lieutenant m’affirme à l’instant qu’il a repéré le technicien.

Je me suis approché de la grosse console, souriant au technicien :
- Bonjour…
Bong
Apparemment, mon intervention l’avait effrayé au point qu’il se cogne la tête : j’ai entendu l’impact et il se tenait le crâne, ouvrant la bouche comme s’il souffrait et criait…

Mais il ne criait pas. Il me prit le poignet et me fixa dans les yeux :
« Pardonnez-moi, Sous-Lieutenant… Je ne suis pas très à l’aise avec les gens… »
- Je vous comprends aisément. Apparemment, vous êtes télépathe… Quel est votre nom ?
« Raejian Glex, Enseigne Raejian Glex. »
- Vous êtes Betazoïde ?



Le technicien eut l’air un peu inquiet et acquiesça.
- Je suis Betazoïde aussi, c’est un plaisir de rencontrer un autre Betazoïde que Troi.
« Troi ? Deanna Troi, la fille de Lwaxanna Troi ? »
- Oui, elle est Conseiller à bord du vaisseau. Vous la connaissez ?
« Je connais plutôt sa famille… De réputation ! »

Il semblait s’être rétracté.
- Vous savez, vous pouvez me lâcher…
Il conserva sa prise sur mon poignet.
- Que faisiez-vous, Enseigne Glex ?
« Je… Réparais cette unité compromise… »

J’ai considéré l’unité en question :
- Elle devait être remise à Starfleet pour un recyclage complet. Je m’étonne de la trouver encore dans cette salle. Vous n’en tirerez rien, Enseigne Glex, vous savez…
« Je suis confiant, Sous-Lieutenant… »
- Werm. Elloranarxuanirethramernian Werm. Mais vous pouvez m’appeler Elloran.

Raejian me dévisagea, probablement surpris :
« Je peux réellement vous appeler Elloran ? »
- Oui, mais pas trop souvent, les autres pourraient entendre, et ils ont déjà montré une certaine jalousie lorsque j’ai développé un lien particulier avec le Commandeur Barclay…
« Ne vous en inquiétez point, Sous-Lieutenant Werm. Je vous garantis qu’ils ne l’entendront pas. »

 

 

 

 

Il me lâcha le bras et se remit à son ouvrage.
- Ils ne l’entendront pas ? Comment cela ?
Il ne répondit pas.
- Enseigne Glex, je vous ai posé une question.
Il secoua la tête et désigna sa gorge de l’index.

J’ai sourcillé : cela voulait-il dire que…
- Vous êtes muet ?
Il acquiesça d’un air de dire : « maintenant, vous savez pourquoi ».
- Je suis désolé, je ne pouvais pas le deviner. Je pensais que vous usiez de la télépathie par pure habitude, comme n’importe quel autre Betazoïde.

Il travaillait sans paraître affecté par ma découverte de son infirmité.
« Le nouveau est Betazoïde muet ? »
« Oui, Reginald. Heureusement pour lui, il est d’une espèce télépathe. »
« Il croit vraiment pouvoir réparer cette vieillerie bonne pour la casse ? »
« Il semble très sûr de lui… Oh, ça alors ! »

L’écran de la console venait de s’allumer.
- Vous l’avez remis en état… Vous êtes à bord depuis une demi-heure tout au plus, et vous avez réparé une console qui devait partir au recyclage…
L’Enseigne Glex me toucha le poignet :
« J’étais confiant quant aux réparations de cet appareil, Sous-Lieutenant. »

Il se releva, me permettant de constater qu’il était bien plus grand que moi. Il y avait quelque chose d’étrange chez lui, mais j’ignorais quoi exactement…
- Pourquoi portez-vous cette chapka ?
« Si vous faites référence à mon couvre-chef, il dissimule une difformité. »
- N’en dites pas plus, j’ai été suffisamment indiscret.



Alors, il porte une chapka parce qu’il est difforme, et en plus il est muet… »
« Et il a toujours tendance à me toucher le poignet dès qu’il veut me parler. »
« Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas été gâté par la nature. »
« Au contraire, c’est un génie : il a réparé en moins d’une heure tout ce qui ne fonctionnait plus en salle des machines. »

Reginald sourcilla :
« Tout ? »
« Oui. Je n’avais jamais vu ça… On dirait qu’il parle le langage des machines… »
« Si c’est un androïde, je préfère garder mes distances. »
« Oh, ça m’étonnerait, je lui ai fait peur en lui adressant la parole. »

Reginald haussa des épaules :
« Oui, un androïde nerveux, ça n’existe pas. »
« En fait, il est généralement très anxieux, sauf quand il travaille sur une machine hors d’usage… Là, il est très détendu et apaisé… J’ai pu le sentir en étant à proximité de lui. »
« Détendu en travaillant. Plutôt inhabituel. »

J’ai penché la tête sur le côté :
« Même si ça me ressemble en réalité, et justement : je cumule les comportements inhabituels. »
« Il m’a même confié son malaise avec les gens. »
Un sourire identique se dessina simultanément sur nos lèvres :
« Comme nous... »

 

 

 

 

 

 

 

 

« Enseigne Glex ? »
Raejian tourna la tête et parut surpris de me voir accompagné. Il retira ses gants et toucha le poignet de Reginald de son index gauche, et le mien de l’index droit :

« Je travaille sur un relais optronique défectueux. Comment avez-vous su que je me trouvais dans ce Holodeck ? Je n’ai en aucun cas fait état de mon intention de… »


J’ai apaisé l’Enseigne :
« Nous vous avons cherché, en réalité. Je voulais vous présenter le Commandeur Barclay. »
« Commandeur ? C’est un réel honneur pour moi. Le Sous-Lieutenant Werm m’a parlé de vous. »
« Je suis également ravi de vous rencontrer, Enseigne Glex. Werm vous a parlé de notre lien. »
« Oui, même s’il n’a pas précisé sa nature exacte, et il serait indiscret de ma part de le demander. »

Reginald semblait un peu perturbé que Raejian lui touche le poignet. Je l’étais un peu aussi, au début, mais on s’habitue, après une journée à « communiquer » avec lui…
« Dites-moi, pourquoi touchez-vous ceux à qui vous voulez parler ? »
« Je souffre d’un handicap dans ma télépathie. Si je n’ai pas de contact physique, je suis comme un Terrien atteint de mutisme. »

Reginald et moi avons échangé un regard compatissant : décidément, il n’était pas gâté…
« Bien, je suis donc le Commandeur Reginald Endicott Barclay. »
« Enseigne Raejian Glex. »
Par réflexe, Reginald lui serra la main, ce qui provoqua une réaction surprenante chez Raejian…
« Euh… Enseigne Glex… Vous êtes sûr que ça va ? »

Raejian ne bougeait plus, fixant Reginald dans les yeux comme s’il avait vu un ange atterrir avec grâce devant lui.
« Raejian… ? Tout va bien ? »
« Reg’, je crois que tu devrais lui lâcher la main. »
Reginald suivit mon avis, et Raejian parut atterrir lui aussi.



Il secoua la tête et me toucha le poignet, n’osant apparemment plus toucher celui de Reginald :
« Pardon, je… Je ne me sens pas très bien… Commandeur… Permission de… Me retirer dans mes quartiers… Je vous prie… »
« Accordé, Enseigne. »
Raejian s’en alla -un peu vite, il est vrai-, et disparut à l’angle d’un couloir.

Reginald et moi nous sommes dévisagés :
« Il est décidément très étrange… Les Betazoïdes sont-ils aussi sensibles au toucher ? »
« Non. Et quelque chose cloche dans ce qu’il a dit… Un Betazoïde n’use pas de télépathie en touchant quelqu’un… »
« Et il porte toujours cette chapka dont tu m’avais parlé… »

J’ai haussé des épaules :
« Je me demande s’il est réellement ce qu’il prétend être. »
Reginald me caressa la joue et m’embrassa :
« Ne nous inquiétons pas de ça. Tant que tout va bien entre nous… »
« Oui, je sais… Mais j’ai un pressentiment… Assez angoissant… »

***


« Enseigne Glex ? »
Je le vis sortir de derrière le bar. Je l’avais cherché des heures avant d’arriver à l’Abordage.
« Que faites-vous ici, Enseigne ? Pourquoi n’êtes-vous pas en salle des machines ? »
Raejian me toucha le poignet comme à son habitude :
« Pardonnez-moi, Sous-Lieutenant, mais ces relais de communication… »

 

 

 

 

J’ai hoché de la tête :
« Etaient défectueux, j’ai compris. Vous semblez avoir le don de détecter la moindre défaillance à des kilomètres à la ronde… »
« Je ne suis réellement à mon aise qu’avec des machines, monsieur. Je sais que je suis rarement à mon poste, et cela constitue un motif suffisant pour me limoger, mais… »

J’ai tenté de l’apaiser d’un signe de la main :
« Il ne s’agit pas de cela. En réalité, vous n’êtes pas concentré sur votre travail. Vous repérez des défaillances que certes, vous réparez avec une efficacité indéniable, dans le seul but de ne pas vous trouver en salle des machines. J’ai de plus remarqué que vous n’alliez jamais à la Passerelle, où votre expertise désormais reconnue a pourtant été réclamée à plusieurs reprises. »

Raejian resta impassible :
« Je suis parfaitement concentré sur mes tâches, au contraire. Aucun détail ne m’échappe. Le fait que je n’œuvre pas où on l’on attend de moi que je le fasse n’est en rien significatif d’un manque de concentration de ma part. »
« Alors, concentration mise à part, vous désobéissez à des ordres directs. »

Raejian acquiesça :
« La passerelle est encore plus bondée que la salle des machines. Comme vous le savez, je suis mal à l’aise avec les gens. »
« Vous n’êtes tout de même pas agoraphobe à ce point ? »
« Cela se pourrait, monsieur. Je n’ai pas encore éprouvé cette possibilité. »

Je n’appréciais pas vraiment le ton qu’il employait, mais bon, il faut savoir être tolérant…
« Je souhaiterais au moins que vous soyez à votre poste la majeure partie de votre temps. »
« Oui, monsieur. Je finis de réparer ce relais, et… »
« Maintenant, Enseigne. Et vous ne quitterez votre poste qu’en-dehors de vos heures de travail, ou si on vous l’ordonne, compris ? »



Vous souhaitez savoir pourquoi je veux que vous preniez l’Enseigne Glex en main…
- Oui, Capitaine. Je crois avoir perçu le problème, mais j’apprécierais une confirmation…
- Très simple : il a tendance à se disperser. Il ne tient pas en place… Son instructeur prétend qu’il est « attiré par les machines », spécialement celles qui fonctionnent mal.
- De plus, il est agoraphobe et muet.

Le Capitaine Picard acquiesça :
- En effet. Je souhaitais aussi qu’il se sente moins exclu à-cause de ses handicaps particuliers.
- Et vous pensiez que j’étais apte à remplir cette mission ?
- Etant donné vos précédents, oui. Ai-je eu tort ?
- Non, Capitaine. Je souhaitais seulement connaître les aspects de ma mission.

Le Capitaine quitta son bureau, m’autorisant à reprendre la communication avec Reginald et retourner à mon poste… Et sans grande surprise, je dus encore chercher l’Enseigne Glex :
« Ah, vous êtes là… »
« Je sais, monsieur, je ne suis pas à mon poste… »
« Mais vous êtes en salle des machines. Il y a du progrès, persévérez… »

Je lui ai tapoté l’épaule du plat de la main en lui souriant : il avait l’air étonné de ma réaction.
« Elloran, ça s’est bien passé ? »
« Oui, et le Capitaine a confirmé tout ce que nous pensions. »
« Alors, tu dois apprendre à ce garçon à rester à son poste, et à contrôler son agoraphobie ? »
« En résumé, c’est ça. »

 

 

 

 

J’ai regardé dans la direction de Raejian.
« Tu vas avoir besoin de mon aide, et je comprends pourquoi. Retrouve-moi ce soir dans mes quartiers après le service. »
« Faut-il vraiment une raison pour cela ? »
« Non… Mais c’est une excellente excuse. »

Raejian réussit à rester à son poste deux heures de suite… Jusqu’à ce qu’on me le réclame pour une réparation sur la Passerelle :
« Enseigne Glex, vos talents sont requis au seul endroit où vous ne désirez pas vous rendre. »
« La Passerelle ? »
« Souhaitez-vous être accompagné ? »

Raejian sourcilla :
« Vous m’accompagneriez pour une réparation, abandonnant votre poste sur le seul motif que cette réparation doit s’effectuer sur la passerelle ? »
« Je peux déléguer. »
« Eh bien… Merci, monsieur. Je tâcherai de persévérer dans mes efforts. »

J’ai suivi Raejian jusqu’à la Passerelle. Aucun besoin bien sûr de lui indiquer l’endroit où se situait la panne : il était effectivement attiré par les machines défectueuses.
- J’ai entendu vanter ses talents exceptionnels, mais je ne l’avais pas encore vu à l’œuvre…
- Vous allez voir, Capitaine : c’est un véritable génie…
« Réparation accomplie, monsieur… », indiqua Raejian en touchant nos poignets.

Data observa les circuits et acquiesça :
- Tous les relais défectueux sont en parfait état de fonctionnement, Capitaine.
- Excellent travail, Enseigne Glex. Vous pouvez retourner à votre poste.
« Merci, Capitaine. C’est un honneur de vous… »
- Commandeur Barclay au rapport… La… La mission d’étude de la sonde inconnue… Est achevée…



Le Capitaine se retourna en même temps que moi : Reginald venait de faire son entrée sur la Passerelle. Raejian s’était apparemment figé en le voyant.
- Enseigne Glex, est-ce-que tout va bien ?
« Je… Je suis un peu… Fatigué, avec toutes les tâches que j’ai accomplies… »
- Vous avez largement effectué vos heures de travail. Allez donc vous reposer.

Raejian acquiesça :
« Merci, Capitaine… »
Il se retira, faisant le grand tour de la passerelle comme s’il voulait éviter d’approcher Reginald.
« C’est décidément de plus en plus étrange… »
« Il n’a eu aucun mal à travailler ici, et il semblait en pleine forme, pourtant… »

Le soir venu, j’ai retrouvé Reginald comme prévu, et nous avons réfléchi sur le cas de Raejian… Disons, environ une demi-heure :
« Nous avons si peu de temps ensemble. Ne le gâchons pas, nous pouvons bien échanger nos impressions pendant le service… »
« Je suis parfaitement d’accord. Mais j’ai toujours cette sensation… »

***


- Enseigne Glex, veuillez réparer l’unité défectueuse.
Raejian fila directement vers la console sans même demander de laquelle il s’agissait et commença à travailler dessus. Quelques secondes plus tard, je ressentis une profonde souffrance. Quelqu’un s’était blessé à proximité, mais il ne criait même pas…
- Tout le monde va bien ?!

 

 

 

Personne ne répondit.
« Enseigne Glex ? »
Le signal de détresse se fit plus intense, comme pour me répondre, et je me suis dirigé vers la console, glissant sur un liquide verdâtre qui coulait sous l’appareil.
« Enseigne Glex ? »

Je l’ai trouvé, à terre, baigné dans ce fluide étrange.
- Sous-Lieutenant Werm à infirmerie. Soins d’urgence en salle des machines requis.
Nous venons au plus vite, Sous-Lieutenant.
- Werm, terminé.
Je me suis agenouillé, et le Docteur Crusher arriva.

Elle examina l’Enseigne Glex, mais elle haussa des épaules :
- Il n’a rien. Ce liquide est probablement un lubrifiant mécanique.
- Pourtant, il a souffert, il suffit de le regarder…
- Il s’est peut-être simplement cogné. Il n’a rien d’alarmant, rassurez-vous…
- Bien… Vous pouvez reprendre vos fonctions, Enseigne Glex ?

Raejian acquiesça et se releva, me touchant le poignet :
« Oui, monsieur… Je ne sais pas comment ça se fait… Mais je me suis comme endormi, et j’ai guéri de ma blessure en quelques secondes… »
Un Betazoïde ne peut pas guérir aussi vite, pourtant…
- Bien… Vous reprendrez votre travail après qu’on ait nettoyé ce fluide.

Raejian s’exécuta, et réussit tout de même à réparer quarante défaillances pendant que le fluide était évacué.
« Un véritable ordinateur… Il a l’air de pouvoir raisonner et traiter plusieurs tâches à la vitesse d’une intelligence artificielle. »
« Cette histoire est très étrange, Elloran, j’aimerais qu’on en parle ce soir. »



Reginald achevait de m’enlever mon uniforme, mais cette sensation étrange… Elle ne pouvait plus me quitter depuis le jour où il avait serré la main de Raejian…
« Je t’aime, Elloran… Ne t’inquiète pas, tout ira bien… »
« Quelque chose me dit qu’il va nous faire du mal… »
« Pourquoi nous ferait-il du mal ? Il n’a aucune raison pour ça... »

La sonnerie indiqua que quelqu’un voulait entrer :
- Un instant !
« Rhabillons-nous, et fais comme si tu allais partir, notre relation n’est pas encore connue. »
« Et c’est mieux ainsi. »
- Oui, entrez.

Les portes s’ouvrirent :
- Enseigne Glex ?
« Je suis désolé… Je vous dérange peut-être ? »
- Que voulez-vous, Enseigne Glex ?
« Je souhaitais voir le Commandeur Barclay seul-à-seul… S’il le veut… »

Comme il ne touchait que mon poignet, je l’ai retiré de son étreinte :
- Vous n’avez qu’à vous adresser directement à lui.
- Bien, ça ira, Sous-Lieutenant Werm. Vous voulez un entretien ? Pourquoi ?
Reginald tendait son poignet pour lui permettre d’établir le contact, mais Raejian garda les mains dans son dos.

 

 

 

 

Reginald sourcilla :
« Cela ressemble à une technique de self-control… Mais où ai-je déjà vu ça ? »
« Je ne sais pas, mais ça n’est pas plus Betazoïde que le reste de ses assertions. »
- Bien, si vous désirez un entretien seul-à-seul, mais que vous refusez de me parler, cet entretien risque fort de tourner court…

Raejian fit brutalement volte-face et quitta les quartiers de Reginald. Nous avons échangé un regard un peu partagé entre la curiosité et l’étonnement :
« Il est vraiment très bizarre… »
« Oui. Je devrais aller le voir, il me semble que tu l’intimides… »
« Tu es obligé de partir maintenant ? »

J’ai acquiescé :
« J’ai ressenti une forte tension tant qu’il se trouvait ici… Ce n’est pas normal… »
« Bien… Bonne soirée, alors… »
Il m’embrassa :
« Je t’aime… Fais attention à toi… »

Je me rendis aux appartements de Raejian, un peu inquiet encore… Il se passa quelques minutes avant qu’il n’enclenche l’ouverture des portes, et parut surpris :
« Sous-Lieutenant Werm ? »
« Votre comportement dans les quartiers du Commandeur me laisse à penser que vous avez un réel problème avec lui. Et j’aimerais savoir lequel. »

Raejian baissa la tête :
« Si mon attitude a blessé le Commandeur, sachez que j’en suis sincèrement désolé, et que telle n’était pas mon intention… »
« Non, il est simplement surpris. Voulez-vous en parler avec moi ? »
« Je ne crois pas que vous soyez une personne adéquate… Pour ce que j’ai à dire… »



J’ai enclenché mon communicateur :
- Conseiller Troi, ici le Sous-Lieutenant Werm. Veuillez me rejoindre dans les quartiers de l’Enseigne Glex.
Je viens au plus vite, Sous-Lieutenant Werm…
- Merci, Conseiller. Werm, terminé.

Deanna entra et nous salua :
- Sous-Lieutenant Werm… Enseigne Glex…
- L’Enseigne Glex est muet. Mais c’est un Betazoïde.
- J’avais cru le comprendre… Ne vous inquiétez de rien, nous allons parler un peu…
- Je vais vous laisser… Conseiller, Enseigne…

Je suis reparti vers les quartiers de Reginald, qui m’accueillit à bras ouverts :
« Alors, Deanna va s’en occuper ? »
« Oui, je pense qu’il pourra se confier plus facilement à quelqu’un d’extérieur qui lui garantira le secret professionnel. Il me semble cacher certaines choses qui le perturbent beaucoup. »
« Le problème sera vite réglé, Deanna est la meilleure… Viens près de moi… Imzadi… »

 


 

 

 

- Alors, vous avez pu déterminer le problème ?
- Oui, mais je ne sais pas encore comment le régler. Cet homme a un problème identitaire sans même le savoir.
- Il est bipolaire ? Schizophrène ?
- Non, il ne s’agit pas de ça…

Deanna organisa sa pensée :
- En fait, il ne sait pas qui il est vraiment, et il croit fermement être autre chose.
- Vous voulez dire qu’il est persuadé d’être un Betazoïde, mais qu’en réalité, il ne l’est pas ?
- Cela pourrait se résumer à cette idée… Avez-vous déjà vu la difformité qu’il prétend cacher sous son chapeau ?

J’ai haussé des épaules :
- Non, jamais. Il ne l’enlève pas. Il vous a dit autre chose ?
- Rien qu’il ne m’ait autorisé à vous dévoiler, qui mette en danger imminent le vaisseau ou se répercute de façon dommageable sur son travail.
- Rien au sujet du Commandeur ?

Deanna sourit :
- C’est cela qui vous préoccupe ?
- Il vous en a parlé ! Qu’a-t-il dit ?
- Désolée, c’est sous le sceau du secret qu’il s’est confié à moi sur ce sujet.
- Je comprends. Merci, Conseiller…



Nos soupçons se confirment : le Conseiller pense que l’Enseigne Glex n’est pas Betazoïde. »
« Ah ? Alors pourquoi prétend-t-il l’être ? »
« Parce qu’il en est convaincu. D’une façon ou d’une autre, on lui a fait oublier ses origines, et croire qu’il était de Betazed. »
Reginald songeait.

J’ai sourcillé :
« Tu comptes réellement faire ça ? »
« Je pense que c’est le seul moyen d’être sûrs de ce qu’il est. Et de lui faire voir la vérité en face. »
Je l’ai embrassé, lui prenant la main :
« Allons-y, je sais qu’il y a un relais défectueux sur le Holodeck 4. Il y est probablement. »

Nous nous sommes levés, et Reginald me dévisagea :
« Tu as saboté ce relais pour t’assurer de savoir où il est ? »
« J’ai provoqué une panne fictive. Rien de bien dangereux, et il le saura assez vite. »
Nous avons retrouvé l’Enseigne, comme je l’avais prévu, occupé à réparer la soi-disant panne. En voyant que nous étions là, il faisait la même tête que quand je l’ai pris à quitter son poste.

Je lui ai tapoté l’épaule :
« Vous êtes exactement où je voulais que vous soyez. »
« Le Conseiller vous a parlé de mon apparent trouble identitaire ? »
« En effet. Et le Commandeur et moi-même sommes ici pour vous aider. »
« Comment le pourriez-vous, si je ne sais pas qui je suis moi-même ? »

Je me suis approché :
« J’ai mon idée là-dessus… Ordinateur, verrouille les portes du Holodeck. »
« Pourquoi m’enfermer ? »
« Pour que personne d’autre ne le sache, à moins que vous ne le souhaitiez. »
- Retirez votre chapka, Enseigne Glex.

Raejian parut terrorisé à cette idée :
« Non ! Je ne peux pas ! »
- C’est un ordre direct de votre Commandeur, Enseigne Glex.
« J’ai une horrible difformité, je ne veux pas… »
- Je suis persuadé que ce n’est pas une véritable difformité, faites-moi confiance…

Raejian hésita, porta les mains à sa chapka et la retira lentement en tremblant…
- Des oreilles pointues !
Il parut désespéré à l’idée que cela soit aussi flagrant, mais Reginald acquiesça :
- Je savais que j’avais déjà vu ça quelque part… Vous êtes un Vulcain !
- Je sens que vous ne savez pas ce qu’est un Vulcain… Ordinateur, crée un hologramme.

L’ordinateur répondit :
Spécifications du sujet.
- Paramètres mémoire, physique et psychique de l’Ambassadeur Spock.
Création en cours.
L’Ambassadeur Vulcain se retrouva devant nous.

Raejian parut fasciné par la représentation immobile :
« C’est un Vulcain… ? Et ses oreilles… Elles sont comme les miennes… »
- Ordinateur, crée une interaction avec l’hologramme.
L’Ambassadeur se mit à bouger :
- Oh, bonsoir, messieurs… Ambassadeur Spock, de la Fédération des Planètes Unies.

Il fit le signe bien connu de « longue vie et prospérité ».
- Mes respects, Ambassadeur Spock, nous avons des questions à vous poser.
- Bien sûr. Quel sujet de conversation souhaitez-vous aborder ? Philosophie ? Sciences ?
- Ethnologie. Que pouvez-vous nous dire sur les Vulcains ?
- J’irai dans les lignes principales, en prenant les Terriens pour référence, si vous le permettez.

Reginald acquiesça, et l’Ambassadeur sourit :
- Les Vulcains sont originaires d’une planète nommée Vulcain, dont la force de gravité est supérieure à celle de la Planète Terre. Ils sont naturellement plus forts et rapides que les Terriens, et possèdent une membrane protectrice sur les yeux, à cause des nombreux Soleils de Vulcain. Hormis les oreilles qui nous distinguent des humains, notre sang est basé sur le cuivre, non le fer.



Reginald acquiesça :
- Ce qui le rend vert au lieu d’être rouge.
- En effet. Nous sommes également dotés de télépathie, qui ne s’exerce que par le toucher. Pour cette raison, les contacts physiques nous sont des choses très délicates.
- L’Enseigne Glex a une question un peu personnelle…

L’Ambassadeur se tourna vers moi :
- Ce garçon serait-il muet ?
- Oui. Il voudrait vous demander… Ce qui se passe quand on tient la main d’un Vulcain…
L’Ambassadeur sourcilla :
- Se toucher deux doigts pour un Vulcain est l’équivalent d’un baiser humain…

Raejian parut un peu angoissé.
- Alors, tenir la main à un Vulcain, que l’on soit Vulcain soi-même ou non, équivaut à un acte sexuel chez les Terriens.
J’ai dévisagé Reginald : alors, c’était donc ça…
- Une telle chose s’est donc produite… Lequel de vous deux a fait cela à ce pauvre garçon ?

Reginald s’avança :
- C’est moi. Je lui ai… Simplement serré la main…
- Vous ignorez donc tout des Vulcains ?
- Il pensait être un Betazoïde, nous ignorions qu’il était Vulcain : il cachait ses oreilles.
- Ce pauvre garçon a subi un choc violent en vous serrant la main. Je crains que…

 

 

 

 

 

L’Ambassadeur secoua la tête.
- Il est amoureux ?
- Ce contact inapproprié peut avoir déclenché un dérèglement neurochimique comparable au Pon Farr. Il est encore trop jeune pour savoir le maîtriser, sans compter que s’il ignorait totalement son identité réelle, il n’a jamais eu l’occasion d’en parler.

Reginald recula, loin de Raejian, l’air terrifié :
- Le Pon Farr ? Vous n’êtes pas sérieux ?
- Quelque chose d’assez proche, qui déclenche les mêmes symptômes, mais sans risque de décès pour ce jeune garçon… Du moins, je ne crois pas.
« Je ne le crois pas ! Mes parents sont Betazoïdes ! Je suis Betazoïde ! »

Je notifiais le déni de Raejian, et l’Ambassadeur pencha la tête sur le côté :
- Ah, vraiment. Alors, blessez-vous, jeune homme, et voyez de quelle couleur est votre sang.
Raejian, assuré de ce qu’il disait, n’hésita pas à se couper, et de l’hémoglobine bien verte s’écoula de sa plaie.
- Les Betazoïdes n’ont pas le sang vert, jeune homme.

L’Ambassadeur dévisagea Raejian :
- Mais vous êtes comme moi, un hybride. Vous n’êtes qu’à-moitié Vulcain.
- Il demande si vous pouvez lui dire quel est l’autre versant de son origine…
- Très simple : vous n’étiez pas tout-à-fait dans l’erreur, car vous êtes aussi à-moitié Betazoïde. Cette teinte d’iris intégralement noire très particulière en est la preuve.

L’Ambassadeur sourit :
- Il n’est déjà pas aisé d’être moitié-humain et moitié-Vulcain comme moi… Alors, je n’ose imaginer ce que vit un être à la fois Betazoïde et Vulcain tel que vous.
- Il demande comment le guérir de ce « Pon Farr ».
- Elloran… Un Pon Farr classique peut être réglé de deux façons : l’accouplement ou le combat…



Raejian baissa le regard :
« Je me doute que vous ne serez pas d’accord, Commandeur… Mais je me sens… Si mal… »
- C’est l’effet du Pon Farr, Enseigne Glex. Ecoutez… Je ne suis pas réellement célibataire…
« Alors, j’ai une rivale à affronter… C’est pire que ce que je redoutais… »
- Ehm… Pas exactement une rivale

Reginald tourna la tête vers moi :
- Mais je préfèrerais vous affronter moi-même.
« Je n’oserais jamais vous faire de mal ! »
« Il vaut mieux qu’il le sache, Imzadi. »
« Tu as raison, Elloran… Dis-le. »

Je me suis tourné vers l’Enseigne Glex :
- Je vous affronterai, Enseigne Glex.
« Pardon ? Vous et le Commandeur, vous… »
- Oui. Mais nous ne l’avons dit à personne à part vous… Et le Conseiller Troi.
« Je… Non, je ne veux pas vous affronter, Sous-Lieutenant... vous êtes comme un ami… »

Je me suis dressé, fixant Raejian droit dans les yeux :
- Raejian Glex, j’accepte de vous affronter.
« Tu n’as pas la moindre idée de là où tu mets les pieds. Les Vulcains sont peut-être pacifiques, mais ce dont un jeune Vulcain en plein Pon Farr est capable en combat est loin de ressembler à une partie d’échecs ! »

Cela m’indifférait : je n’allais pas laisser Reginald se faire agresser sauvagement. Et puis, ce garçon n’avait pas conscience d’être Vulcain il y a moins de dix minutes, alors que pouvait-il bien me faire dans l’état de confusion où il se trouvait… ?
« Elloranarxuanirethramernian Werm, j’accepte de vous affronter. »
Son ton avait changé, et son regard était celui d’un homme déterminé à vaincre ou mourir.

Reginald tremblait intérieurement :
« Il ne plaisante pas, Elloran. Je crois qu’il est entré dans la phase culminante du Pon Farr… »
- Alors, allons-y. Ambassadeur Spock, pouvez-vous nous parler du combat en règle dans ce genre de situation ?
- Vous allez affronter un être au moins trois fois plus fort et plus rapide que vous, vous le savez ?

J’ai acquiescé :
- J’en suis conscient.
L’Ambassadeur holographique nous expliqua comment configurer le Holodeck, et Reginald suivit ses spécifications étape par étape, créant des armes Vulcaines virtuelles…
- Ce sont précisément celles que James Tiberius Kirk et moi-même utilisions pour nous affronter.

Reginald se saisit de l’une d’elles :
- Entre amis, vous n’étiez pas très tendres. Mais je sais que c’était le seul moyen pour vous guérir de votre Pon Farr…
- Vous savez cela ?
- Je connais bien votre histoire, Ambassadeur. Que les combattants prennent une arme !

Raejian et moi-même avons pris les curieuses armes dont la partie tranchante formait un croissant de lune.
- Je crois me souvenir qu’il y a des protocoles de sécurité dans les Holodecks.
- En effet…
- Vous devez les désactiver.



Reginald resta immobile.
- Très bien. Ordinateur, désactive les protocoles de sécurité du Holodeck.
Protocoles de sécurité désactivés.
« Tu es fou ? Tu peux être blessé, ou même tué ! »
« Il est bien question d’un combat à mort, alors faisons-le dans les règles. »

L’Ambassadeur incita Reginald à prendre place avec lui en retrait de la zone de combat, et j’ai regardé Raejian droit dans les yeux : ce n’était plus le technicien timide et tremblotant que j’avais rencontré il y a une semaine… Comme une schizophrénie, comme si le fait d’apprendre qu’il était un autre avait fait de lui cette autre personne… Ou peut-être s’agissait-il d’un état second que ce fameux Pon Farr provoquait chez les jeunes Vulcains…

Un gong retentit, et Raejian m’asséna un premier coup au bras avant que je n’aie pu réagir :
« Ouh, c’était pas loin de l’artère ! »
Il m’avait entaillé le bras sous l’épaule. Un demi-centimètre plus haut, et c’était l’hémorragie fatale. J’ai empoigné mon arme, et esquivant le coup suivant, ai profité de me trouver proche du sol pour toucher son talon.

Pas loin du tendon d’Achille ! Raejian boitait un peu, mais il semblait encore vaillant, faisant tournoyer son arme au-dessus de sa tête. J’ai tenté une attaque, mais Raejian tendit son arme sans cesser de la faire tourner, produisant une sorte de bouclier qui me fit lâcher prise.
« Oh, ça alors ! »
Raejian avait rattrapé mon arme au vol.

 

 

 

 

 

C’était fini… J’allais perdre…
« Quoi que… »
Je l’ai laissé approcher au pas de course, et ai plongé entre ses jambes, me saisissant des manches des deux armes en même temps :
« Alors, qui c’est le plus malin ? »

Je ne lui avais pas arraché les armes, mais je les tenais fermement pour m’assurer qu’il ne puisse pas les utiliser contre moi. Brutalement, il en lâcha une et posa les doigts sur mon épaule…
« La prise spéciale des Vulcains… »
S’il était une chose que je savais sur les Vulcains, c’est bien cette technique de neutralisation.
« Ah non, pas question ! »

J’ai profité qu’il avait lâché une arme pour lui frapper le bras de toutes mes forces. Il n’eut pas le temps de m’endormir, et je l’ai de nouveau touché à l’autre bras pour qu’il lâche l’autre arme. Me saisissant de celle-ci, je lui ai sectionné le tendon d’Achille pour l’obliger à tomber à genoux, et l’ai couché sur le dos en lui bloquant la poitrine avec l’une des deux armes, comme cela se faisait :
- J’ai gagné, Raejian Glex. Mon partenaire ne sera pas le tien.

Le Raejian que j’ai connu parut soudainement refaire surface, apeuré.
- Touchez mon poignet…
« Qu’avons-nous fait, monsieur ? Qu’ai-je fait ? Je vous ai provoqué en duel ? »
- Nous avons guéri votre Pon Farr, Enseigne Glex. Tout va bien, maintenant…
« J’ai si mal… Mais vous saignez ?! »

J’ai enclenché mon communicateur :
- Sous-Lieutenant Werm à l’infirmerie : deux blessés dans le Holodeck 4.
Nous arrivons au plus vite, monsieur.
- Très Bien. Werm, terminé. Ordinateur, sauvegarde et coupe le programme.
Programme enregistré sous le numéro 57.



Nous fûmes transportés à l’infirmerie, où nos blessures furent rapidement soignées. Raejian me dévisageait curieusement depuis son lit. J’ai acquiescé :
« Ne me remerciez pas. Vous êtes sous ma responsabilité, je devais vous aider. »
Il me toucha le poignet :
« Merci néanmoins… J’aurais pu vous tuer, je n’étais plus moi-même… »

J’ai nié de la tête :
« Au contraire. Vous étiez vous-même bien plus que vous ne l’avez sans doute jamais été. Vous êtes à-moitié Vulcain, Raejian Glex. Il est temps que vous preniez la mesure de ce que cela implique. »
« A dire vrai, j’en conçois les différents aspects, et cela m’attriste : ma vie est un mensonge… »
« Parce que vos parents vous ont menti sur votre identité ? »

Raejian baissa les yeux :
« Ils savaient que j’étais à-moitié Vulcain. Cela se voit. Au lieu de me le dire, ils m’ont simplement répété que je n’étais pas normal… Pendant toute mon enfance… »
« J’imagine combien ça peut être difficile d’entendre ça chaque jour… »
« Merci de m’avoir fait découvrir qui je suis réellement… Et de m’avoir sauvé de mon Pon Farr. »

Reginald entra à ce moment, et Raejian fut un peu tendu.
« Imzadi… »
« Tout va bien, Elloran ? »
« Je vais bien. Et Raejian aussi. Il est désolé de ce qui s’est passé, et te prie d’accepter ses excuses pour avoir cru une seule nanoseconde qu’il pouvait t’avoir pour partenaire. »

 

 

Reginald sourcilla :
« Il te dit tout ça ? »
« A peu près mot pour mot. »
- Vous n’y pouviez rien, Enseigne Glex. Votre nature Vulcaine a pris le dessus quand j’ai accidentellement établi un contact physique inapproprié avec vous.

Raejian sourit.
« Il te remercie d’être aussi compréhensif. »
- Je connais bien les Vulcains. Je peux vous apprendre certaines choses qui vous seront très utiles pour éviter de nouveaux incidents.
« Il te remercie pour ton aide. Et craint de ne pouvoir te parler directement avant un temps. »

Reginald sourit à Raejian :
- Je peux concevoir que cela vous présente une certaine difficulté. Mais il n’était pas question de se retrouver seul-à-seul, rassurez-vous.
« Raejian te remercie. »
- Arrêtez de me remercier.

Reginald me prit la main et ajouta :
- Considérez que nous sommes amis, alors, appelez-moi Reginald.
« Raejian accepte, si tu l’appelles Raejian. »
- C’est d’accord.
« Imzadi… »

Il m’embrassa et adressa un clin d’œil à mon voisin de lit :
- A plus tard, Raejian.
Il quitta l’infirmerie, et Raejian soupira sans un bruit :
« Il est vraiment très compréhensif, ton partenaire. »
« Pourquoi crois-tu que je l’ai choisi ? »



Il sait, Monsieur et Madame Glex. Mais il voudrait avoir des réponses à certaines questions.
Nous sommes prêts à répondre…
- Il veut savoir pourquoi il est à-moitié Vulcain, alors que vous êtes tous deux Betazoïdes.
C’est une vieille histoire, mon chéri… Elle ne te plaira pas…
- Il tient à l’entendre.

La mère Betazoïde soupira et acquiesça :
Quand j’étais jeune, j’ai connu un Vulcain. Nous avons fait ce que tu imagines aisément, mais il n’a pas pu rester à mes côtés pour t’élever…
- Il veut savoir pourquoi.
J’ai voulu te cacher cela, mon chéri… Ton père biologique a été… Assassiné.

Raejian était interdit, complètement figé jusque dans ses pensées.
J’ai connu Reientan Glex, et un mois plus tard, tu es né. Reientan savait ce qui était arrivé, et il avait dès le début accepté de t’élever avec moi… Et nous avons décidé de te cacher l’ambivalence de ton origine… Afin de te protéger de la vérité.
- Raejian souhaite se rendre sur la tombe de son père biologique. Il veut connaître son nom…

***


- Alors, c’est lui… Assassiné par un opposant politique.
« Mon père était un personnage politique… Ambassadeur Solak ? »
- Solak… ?
Raejian se retourna : un Vulcain plutôt âgé le dévisageait curieusement :
- Vous n’êtes pas Solak… L’émotion, sans doute…

Je me suis avancé :
- Mon ami Raejian Glex est muet. C’est un descendant de Solak. Il demande qui vous êtes.
- Un descendant… Permettez que j’opère une fusion mentale, Raejian Glex, ce sera plus simple.
Reginald lui avait parlé de la fusion mentale. Raejian acquiesça et laissa faire le Vulcain.
- Bien… Vous savez maintenant qui je suis. Et je suis honoré de rencontrer mon unique neveu.

Reginald sourcilla :
- Vous êtes le frère de l’Ambassadeur Solak ?
- Sinek, simple citoyen Vulcain de la Fédération.
- Votre frère est mort si jeune… Comment pouvait-il être Ambassadeur ?
- Solak possédait une très forte personnalité. Un vrai meneur… C’est ce qui l’a mené à sa perte.

Raejian était heureux de savoir qu’il avait tout de même une famille du côté de son père.
- Je me rends sur la tombe de mon frère toutes les semaines. Vous êtes probablement la seule descendance qu’il ait pu engendrer durant sa courte vie…
- Raejian en est conscient.
- Je souhaite vous inviter chez moi, pour que vous puissiez connaître… Le reste de ma famille.

Raejian releva la tête.
- Il demande combien vous êtes dans cette famille.
- J’ai une épouse, j’ai eu un garçon et une fille, et eux-mêmes en ont eu respectivement quatre et deux enfants…
Raejian me laissait ressentir ce que cette perspective provoquait en lui.

Des cousins, des neveux… Toute une famille…
- Il accepte.
Sinek sourit :
- A la bonne heure ! Venez donc, messieurs… Et toi aussi… Mon neveu
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MessageSujet: Chapitre 3: Entre Rêve et Illusion   Dim 10 Aoû 2014, 21:33

Nous irons inspecter les relais des déflecteurs pour la soirée… »
« Je n’ai détecté aucune défaillance, Ellora… »
« Je sais. Mais c’est notre mission officielle, Raejian. Alors, nous irons les inspecter. »
« Oui, Sous-Lieutenant Werm. »
« Tu dois apprendre à accepter les tâches sans intérêt aussi. Tu ne peux pas décider. »

Bien sûr que je devais me plier aux règles… Mais il y avait cette défaillance majeure dans le relais des communicateurs cinq ponts plus bas…
« Raejian, j’ai déjà prévenu quelqu’un, il s’en occupera. »
« Je sais… Merci. »
« Nous y voilà... Commence le rapport, j’inspecte la section d’en face. »

J’ai laissé Elloran faire le travail de son côté, ignorant de mon mieux le magnétisme que ce pont exerçait sur tout mon corps. Pourvu que cet ingénieur corrige le problème au plus vite : je n’ai jamais été capable de résister très longtemps à l’appel d’une machine défectueuse. Comme si j’étais un médecin Terrien pris par le serment d’Hippocrate à proximité d’un patient dans un état critique, et qu’on m’interdisait de le soigner…

J’ai grincé des dents :
« Sous-Lieutenant Werm, la défaillance ne semble pas s’estomper. Je détecte une large diversification des complications préexistantes dans le relais du pont… »
« Larson est un bon ingénieur, il faut le laisser faire son travail. »
« Ce n’est pas ce que pense Reginald. »

 

 

 

 

 

 

Elloran me dévisageait : même si je lui tournais le dos, je le sentais bien…
« Qu’en sais-tu ? »
« Reginald pense que Larson est un incompétent qui tente de se faire bien voir en informant son supérieur direct du moindre mouvement de son auriculaire. Pour tout dire, il ne le supporte pas. »
« Vous en avez parlé ? Quand ça ? »

Je n’ai pas répondu, évitant de penser à autre chose que mon travail. Il était généralement bien pratique de me trouver en tandem avec un être à cent pour cent Betazoïde : cela ne m’obligeait pas à lui toucher systématiquement le poignet pour communiquer. Mais il avait la fâcheuse tendance de fouiller constamment mes pensées. Probablement parce qu’il était déjà entièrement connecté par télépathie avec le Commandeur Barclay…

Je sentis sa main sur mon épaule :
« Raejian, je t’ai posé une question. »
« Je te serais reconnaissant d’éviter tout contact physique, incluant également ceux au-travers des vêtements de quelque épaisseur que ce soit. »
« Excuse-moi, il m’arrive d’oublier à quel point tu es sensible. »

Sensible était un bien faible mot : en tant que Vulcain, j’étais télépathe par contact physique, et l’on sait bien que les Vulcains sont hypersensibles sur la majorité de leur corps, et de plus, en tant que Betazoïde, je souffrais d’une forte empathie. Difficile de conserver cette sacro-sainte logique…
« Nous avons commencé à communiquer électroniquement, mais peu. »
« Je vois… Il fallait bien que tu sois capable de lui parler directement un jour. »

Ce fut très difficile pour moi, après ce qui s’était passé le jour de notre rencontre, mais j’avais réussi à éloigner toute pensée inappropriée touchant de près ou de loin au Commandeur Barclay. Notre amitié devint alors possible, grâce à sa grande compréhension et… Un peu de logique toute Vulcaine pour soutenir mes efforts.
« Aucune défaillance dans ma section. Tu repères quelque chose ? »



J’ai secoué la tête :
« Tout comme je l’avais dit, aucune défaillance. Tout fonctionne selon des paramètres optimaux. »
« Je sais que tu veux te rendre au pont où les relais sont défaillants. »
« Le problème n’a toujours pas été réglé, et il s’intensifie. »
« Nous avons terminé le travail. Je t’autorise à y aller. »

Je croyais bien que je ne pourrais jamais m’y rendre…
« Merci, Elloran. »
Je me suis dirigé vers le turbolift en direction du pont qui m’appelait, et aussitôt que la cage de métal s’arrêta, je sentis un profond malaise émanant de tout le pont.
« Ordinateur… »

Oui, c’est vrai, l’Ordinateur ne lit pas dans les pensées. Tant pis… Oh, ça alors ! Mais que s’est-il passé… C’est comme si un fauve avait arraché tous les relais…
« Larson… »
L’ingénieur était à terre, apparemment inconscient. J’opérais une fusion mentale afin de savoir ce qui l’avait mis lui et le pont dans cet état…

Non… C’est impossible… C’était le Commandeur ?
« Quelque chose ne va pas… »
Je ne savais pas quoi exactement, mais ça ne pouvait pas être lui. J’ai marché vers le relais le plus endommagé pour savoir d’où était arrivée la menace:
« Un Holodeck ? »

Les portes du Holodeck en question étaient en morceaux, comme si une puissante explosion s’était produite à proximité, et tous les relais de communication sur le chemin entre elles et la moitié du couloir avant le turbolift à l’autre bout étaient arrachés…
- Rattrapez-le !
La Sécurité du vaisseau courait après un homme habillé comme dans le souvenir de Larson.

Il tenait un phaser dans sa main droite et tirait peu, mais touchait à chaque fois quelqu’un.
- Vous, là-bas ! Arrêtez-le !
Comme il courait vers moi, je me suis mis sur son chemin pour le stopper… Puis j’ai vu son visage : « Commandeur Barclay ? »
- Vous ne m’aurez pas ! Laissez-moi passer !

Il n’avait pas la même voix que le Commandeur. Je l’ai réceptionné, initiant la prise spéciale que les Vulcains utilisent pour neutraliser sans douleur : j’ignore où je l’avais apprise exactement, c’est comme si je savais l’utiliser de façon innée. J’ai profité de ce contact pour communiquer :
« Vous seul pouvez m’entendre. Je suis obligé de vous neutraliser, mais cela ne vous tuera pas. Croyez bien que je ne vous veux aucun mal. Laissez-moi m’occuper du reste. »

Un peu surpris sans doute d’entendre ma voix dans son esprit, le jumeau étrange du Commandeur me regarda dans les yeux, l’air terrifié.
« Faites-moi confiance, c’est tout ce que je vous demande. »
Quelque chose dans son regard me tourmentait. J’ai serré pour provoquer l’évanouissement.
- Félicitations, Enseigne. Vous venez d’arrêter un homme quasiment impossible à contenir.

Le Capitaine venait de faire son apparition derrière le Lieutenant Worf. Je lui ai touché le poignet :
« Pardonnez-moi, Capitaine, mais… Qui est cet individu ? »
- Il s’agit de Monsieur Henri M. Murdock.
« Je ne l’avais jamais rencontré. Est-il sur ce vaisseau depuis longtemps ? »
- Assez longtemps, oui. Mais il n’a nulle part où aller. Messieurs, ramenez-le au Holodeck 3.



Un prisonnier ? Pourquoi le retenait-on sur l’Entreprise ? Il n’était clairement pas d’ici…
- Capitaine Picard à infirmerie, nous avons un homme à terre dans la section endommagée.
Krssht… Nous… Krsht… Arrivons… Krssssshitaine...
- Picard, terminé. Enseigne, je crois savoir que vous êtes un réparateur hors-pair. Veuillez remettre les relais de communication de ce pont en état.

J’ai acquiescé, retardant un peu le Capitaine :
« Pardonnez-moi encore, monsieur, mais… Pourquoi cet homme reste-t-il dans le Holodeck 3 ? »
- Interrogez le Commandeur Barclay ou le Sous-Lieutenant Werm. Je crois savoir que vous avez développé un lien relationnel particulier avec eux. Ils vous en diront plus, je n’ai pas le temps…
Le Docteur Crusher arriva et fit emmener Larson, et je me mis au travail.

Je réussis à réparer rapidement les relais, commandant au synthétiseur les pièces de rechange pour les panneaux arrachés. J'ai pu accéder au Holodeck 3 afin de le remettre en état tandis que l'on y opérait le dénommé Murdock. Que pouvait-on bien lui faire…
- Où en sont les réparations, Enseigne Glex ?
Les relais optroniques étaient en état de fonctionner, mais pas de façon continuelle…

J’en avisais le Lieutenant Worf, qui eut l’air surpris de cette précision.
« Il est évident que ce Holodeck a fonctionné en continu sur le même programme plusieurs mois. »
- Pouvez-vous déterminer ce qui a détruit les portes ?
« Ce programme semble conçu pour entrainer une race guerrière. Je ne serais pas surpris que l’engin explosif qui a fait sortir les portes de leur cadre provienne du programme lui-même. »

 

 

Le Lieutenant Worf croisa les bras :
- Cela suppose que les protocoles de sécurité du Holodeck ont été désactivés, sans quoi un engin explosif holographique reste sans effet réel.
« Mais c’est le cas, Lieutenant Worf. Les protocoles de sécurité étaient inactifs. Je viens tout juste de les réactiver. »

Le Lieutenant Worf acquiesça :
- Je ferai le rapport de cette défaillance au Capitaine. Contentez-vous de réparer.
« Bien, monsieur… »
Une défaillance… Il était bien loin de la réalité. Le Holodeck n’avait pas été victime d’un problème dans ses protocoles de sécurité…

En inspectant la mémoire-tampon, j’avais trouvé la trace d’une commande vocale récente : quelqu’un les avait intentionnellement désactivés. Mais pourquoi ?
- LAISSEZ-MOI ! JE VEUX PARTIR !
- Calmez-vous, Monsieur Murdock, c’est pour votre bien…
- Docteur, avez-vous achevé l’encryptage ?

Le Docteur Crusher semblait un peu angoissée, pianotant sur une commande portative :
- Presque, Data… Et… Voilà !
Murdock parut désorienté, et le Docteur Crusher lui apposa une seringue hypodermique sur la carotide, ce qui l’endormit aussitôt.
- Je vais parachever l’opération, et nous pourrons le laisser dans ce Holodeck…

Elle se tourna vers moi :
- Enfin, dès que l’Enseigne Glex aura réparé les relais.
J’ai acquiescé. J’avais déjà terminé, en réalité, mais je voulais en savoir plus. De quel encryptage était-il question ? Que lui avaient-ils fait ? Et pourquoi voulaient-ils le garder ici ?
« J’ai terminé, Lieutenant Worf. »



Je me suis relevé, quittant le Holodeck. Je restais en retrait pour savoir ce qu’ils allaient faire :
- Ordinateur, réactive le programme dédié à Monsieur Murdock.
Programme en cours d’ouverture.
J’ai hasardé un coup d’œil : cela ressemblait étrangement à ce que j’avais vu dans de vieux livres d’Histoire Terrienne. Pourquoi un tel programme juste pour une personne ?

Le Lieutenant Worf tint son phaser, intimant aux autres de sortir :
- Nous pouvons le laisser se réveiller seul, je fermerai les portes du Holodeck.
Je me suis retiré pour éviter qu’on me remarque, réfléchissant à ce qui s’était passé :
« On le laisse se réveiller seul dans un programme aussi dangereux ? Si c’est bien celui qui a tourné en continu pendant tout ce temps, je trouve cela risqué, même avec les protocoles de sécurité… »

Et son regard… Il était terrorisé, et pas seulement à-cause de ma voix dans son esprit, je l’avais bien ressenti quand je tenais à deux doigts la jonction entre son cou et son épaule… Etait-ce la première fois qu’on effectuait cette mystérieuse opération sur lui… ?
« Je dois savoir ce qui se passe là-dedans… »
J’attendis que le pont soit désert, et j’ai commandé manuellement l’ouverture du Holodeck.

C’était gigantesque… Comme si le programme reproduisait toute la planète... Et où donc était Monsieur Murdock ? Il ne pouvait pas être parti aussi loin en cinq minutes… Avant d’avancer d’avantage dans la reproduction holographique, je me suis constitué manuellement un léger déguisement afin de dissimuler mes oreilles pointues et mon uniforme. Quelque chose me disait qu’il valait mieux que Monsieur Murdock croie que je suis humain.

 

 

 

 

J’ai commandé la fermeture des portes pour que ma présence dans le Holodeck passe inaperçue aux yeux de ceux qui passeraient devant, et me trouvant une arme parmi les modèles stockés dans le programme, je me suis aventuré dans ce territoire hostile…
- Mais qu’est-c’qu’il fabrique, ce cinglé ?!
- Je suis là, mon Barracuda !

J’ai levé les yeux : Monsieur Murdock pilotait une sorte de véhicule volant. Un homme de couleur à la musculature développée et un jeune prêtre semblaient l’attendre. Il se posa, emmenant les deux hommes à son bord, et je le vis s’éloigner…
« Une illusion… On lui fait vivre une illusion en boucle… »
Pourquoi ? Il n’avait donc plus de vie ?

J’ai regardé autour de moi : n’importe qui se serait perdu dans ce décor grandeur nature, mais je ressentais la présence des machines… Et quelque chose me perturbait…
« Les protocoles de sécurité… »
Je me suis dirigé vers le panneau central du Holodeck, inspectant les relais :
« Quelqu’un a désactivé certains protocoles de sécurité… Pourquoi ? »

Je sentis du métal glacé contre ma nuque :
- Qui êtes-vous, et que faites-vous ?
J’établis un contact physique discret, mais je pus sentir qu’il s’agissait d’un hologramme. J’ai alors commandé à l’ordinateur de suspendre l’activité du personnage, et me suis retourné : un homme d’âge mûr tenait une arme et un curieux bâton incandescent entre ses dents.

L’ordinateur me renseigna sur les spécifications du sujet, et il apparaissait qu’il était tiré des souvenirs de Monsieur Murdock. J’ai inspecté les autres hologrammes…
« Toute cette simulation provient des souvenirs de Monsieur Murdock ! »
Alors, c’était sa propre vie… Il venait donc…
« Du vingtième siècle ?! Cet homme est d’une autre époque ? »



« Raejian ! J’ai appris ce qui s’était passé, heureux de constater que tu n’as rien ! »
« Elloran, qui est Monsieur Murdock ? »
« Personne ne t’en avait parlé… Viens avec moi, on va en discuter avec Reginald... »
Elloran me mena jusqu’aux quartiers du Commandeur Barclay, et ils s’embrassèrent.
- Alors, tu sais pour Monsieur Murdock…

Il m’invita à m’asseoir et fit de même, tenant la main d’Elloran :
- Elloran et moi avons trouvé Monsieur Henri M. Murdock dans une station orbitale cryogénique transportée depuis le vingtième siècle à-travers le temps et l’espace. C’était le seul survivant du groupe placé en hibernation dans la station. Une analyse ADN a permis de déterminer sans aucun doute permis que Monsieur Murdock n’est autre que… Mon ancêtre.

C’était donc ça, l’explication… Un ancêtre du Commandeur…
« Pourquoi lui fait-on croire qu’il vit toujours dans son époque ? »
- Nous avons tenté de l’intégrer à l’équipage, mais il souffrait trop de la perte de ses amis.
« Comment une telle chose est-elle possible, alors ? »
- Un encryptage spécifique de sa mémoire permet de lui fermer l’accès aux souvenirs du vaisseau.

Encryptage mémoriel… Barbare et plutôt peu efficace…
« Monsieur Murdock a-t-il eu conscience de cela auparavant ? »
- Il possède un esprit très puissant… Mais pas à ce point.
« Pourtant, il s’est échappé du Holodeck 3 après avoir commandé à l’ordinateur une bombe pour détruire les portes, et il a arraché les relais de communication sur la moitié du pont. »

 

 

 

 

 

Le Commandeur Barclay eut l’air gêné :
- Oui, il est un peu brutal… On peut même penser qu’il est fou…
« Il n’est pas fou. Il a simplement conscience d’être au centre d’une sorte de conspiration. »
- Tu l’as touché ?
« J’ai été contraint de le neutraliser, et j’ai opéré une fusion mentale avec Larson qu’il a agressé. »

Elloran voulut me tapoter l’épaule, mais il se retint probablement au dernier moment :
« Si je peux te donner un conseil… Ne t’approche pas trop de lui, il vaut mieux qu’il continue de se croire à son époque, parmi ses amis. »
« Commandeur… Comment pouvez-vous le laisser ignorer qu’il a une descendance ? »
- Je m’y suis résolu avec difficulté, mais c’est pour son bien.

Elloran m’incita à sortir des quartiers du Commandeur :
« Reginald est fatigué, et cette décision n’a pas vraiment été de son ressort. Ne l’accable pas de reproches concernant son ancêtre, car au fond… Il l’apprécie beaucoup. Bonne nuit… »
Les portes se refermèrent derrière lui. Ne pas l’approcher…
« Il s’agit d’un conseil, et non d’un ordre… Je suis donc libre de l’ignorer. »

Je suis retourné au Holodeck 3, commandant l’ouverture des portes : j’avais intégré mon arme et mon déguisement au programme, ainsi se transposa-t-il par-dessus mon uniforme aussitôt que j’eus passé les portes, et je tenais cette arme archaïque, prêt à en user.
« Bien… Alors, où est Monsieur Murdock ? »
Je suis parti à sa recherche : apparemment, le programme avait changé de Continent.

La température ambiante était tellement basse que je frissonnais. Les portes se refermèrent, me laissant seul dans cette terre de glace.
« Il y a quelqu’un, là-bas ! »
Un homme était allongé sur le sol. Je tins fermement mon arme, méfiant : il pouvait s’agir d’une ruse du Holodeck. Il était programmé pour simuler le danger permanent.



M’imaginer que c’était là son style de vie éveillait une certaine compassion en moi : je vivais à une époque sans grands risques, dans le confort d’un vaisseau intergalactique… Et lui, devait éviter à tout instant mille dangers, en ne comptant que sur ses habits et ses talents pour survivre…
« Monsieur Murdock ! »
Il ne bougeait pas. J’ai abaissé mon arme et opéré une fusion mentale.

Il était en hypothermie, et ses amis n’avaient pas la moindre idée de sa localisation. Lui tenant le poignet, j’ai tenté d’accéder à son esprit pour le rassurer :
« Je vais vous aider, faites-moi confiance… Je vais vous sortir de cet endroit… »
Je l’ai soulevé dans mes bras et emmené jusqu’aux portes du Holodeck, laissant le programme continuer à tourner pour ne pas éveiller les soupçons.

Ce programme était probablement surveillé pour s’assurer que Monsieur Murdock restait bien dans le Holodeck. Je décidais alors de me rendre dans un autre Holodeck pour simuler une infirmerie Terrienne de son époque et y soigner mon protégé de mon mieux…
- Aaah… Qu’est-c’qui s’est passé…
« Tout va bien, Monsieur Murdock. Vous étiez en choc thermique, je vous ai évité le pire. »

Il se releva sur le lit rudimentaire et se massa les tempes :
- Ma tête… Merci, doc’… Mais comment vous m’avez trouvé ?
« Je ne peux vous l’expliquer. J’ai certaines directives qui m’en empêchent. »
- Vous avez un problème aux oreilles ?
« Je porte toujours cette chapka. Ne vous souvenez-vous pas d’où nous sommes ? »

 

 

 

Monsieur Murdock parut réfléchir et acquiesça :
- Ah oui, en Russie... Dites, vous n’avez pas vu un grand noir costaud, un type avec une belle gueule de séducteur, et un fumeur de cigare aux cheveux gris ?
« Désolé, mais ils n’étaient pas dans le proche secteur. Vous étiez seul. »
- J’ai une sacrée veine, alors.

Je l’incitais à se rallonger : il était encore faible.
- Dites, doc’…
« Oui ? »
- Il m’arrive de faire des rêves étranges… Vous allez penser que je suis un peu fou…
« Je ne juge pas, Monsieur Murdock. »

Il soupira :
- Je rêve que je suis sur un vaisseau spatial, en l’an deux-mille-je-sais-plus-combien, avec des extraterrestres et des engins sophistiqués, et même que…
« Même que… ? »
- J’ai un cent ou je sais plus combien de fois arrière-petit-fils…

Il se souvenait donc de ce qu’il avait vécu sur l’Entreprise…
« Et il a un nom ? »
- Je ne sais plus trop… Raynald… Romuald… Régis… Rémi…
Il claqua des doigts :
- Réginald ! C’est ça, il s’appelle Réginald !

Il tourna les yeux vers moi :
- Mais ce n’est qu’un rêve… Quel dommage…
« Vous semblez triste de ne pas avoir de descendance… »
- C’est que ce Reginald est un peu le fils dont je rêvais… C’est le cas de dire, non ?
« Je comprends… »



Monsieur Murdock me dévisageait curieusement :
- On se serait pas déjà vus quelque part ?
« Je ne peux répondre à cette question sans déroger à mes directives. »
- Ce qui veut dire que la réponse est oui.
« Vous êtes perspicace. Oui, nous nous sommes déjà rencontrés. Mais je vous serais reconnaissant de ne pas me demander où ni dans quelles circonstances… »

Il parut comprendre que j’étais contraint au silence.
- Je vous dois une vie. Je peux faire quelque chose pour vous ?
« Ne plus me poser de questions sur notre première entrevue me serait agréable. »
- C’est okay, doc’. Je peux vous poser une petite question ?
« Excluant ce que vous savez, oui. »

Il me regarda droit dans les yeux :
- C’est quoi votre nom ?
« Raejian Glex. »
- Ouah, c’est de quelle origine, ça ?
« Pas la même que la vôtre, c’est tout ce que je peux vous dire… »

Il m’attrapa soudain la main et la serra :
- Enchanté, alors, Raejian ! Tu peux m’appeler Looping !
Oh non… Cette puissante sensation qui m’envahit de nouveau… Mais c’était très différent de la première fois… Comme si…
- Oh, c’est bizarre… Je me sens… Tout drôle…

Une seconde, je crus qu’il ressentait tout comme moi l’effet de ce contact physique, mais c’était impossible : un Terrien n’a pas la même sensibilité qu’un Vulcain…
« C’est probablement le choc thermique que vous avez subi. Il est possible que vous en souffriez par intermittences pendant quelques temps encore… »
- Bien, doc’… Glex… Raejian…

Il ne m’avait pas lâché la main, me regardant comme s’il était sous euphorisants :
« Monsieur Murdock… Je vous promets que si vous êtes en danger, je serai là pour vous sauver. »
- Ah oui… ? C’est vrai… ? Mais pourquoi, nous nous connaissons à-peine…
« Ne cherchez pas à comprendre… Je tiens à vous savoir hors de danger. »
- Et j’apprécie de vous savoir à mes côtés… Même si c’est probablement en pensées…

Il me tenait toujours la main, et je ne ressentais pas le besoin de me défaire de son étreinte. J’ai même posé la main droite sur la sienne :
« En pensées, toujours. Et physiquement, à chaque fois que je vous saurai en danger… »
- Comment vous pourriez le savoir ?
« Vous avez un mode de vie dangereux, Monsieur Murdock. »

Il me sourit :
- J’te l’fais pas dire, doc’ Raejian. Mais appelle-moi Henri, ou Looping, si tu veux.
« Très bien… Henri, alors… »
- Dis… Raejian… Pourquoi on se tient la main comme ça ?
« Je ne songe pas sincèrement à vous lâcher. Et vous ? »

Henri posa l’autre main sur la mienne :
- Moi non plus…
« Je souhaiterais tellement que mes directives ne m’obligent pas à vous dissimuler certaines informations importantes… »
- Cela peut rester entre nous… Je promets de ne pas le répéter…



J’ai secoué la tête, retirant ma main droite :
« Désolé, Henri… »
Sans trop y réfléchir, j’ai caressé sa joue du dos de la main… Avant de le neutraliser comme tout bon Vulcain sait le faire.
« … Mais je suis obligé de garder le secret pour le moment… »

Je l’ai remis dans le Holodeck 3, refermant avec anxiété les portes. J’avais reprogrammé de façon subtile le scénario pour que ses amis le retrouvent dans la même infirmerie que j’avais recréée… Mais je le savais tout de même en grand danger quasi-permanent…
- Enseigne Glex, que faites-vous ici ?
« Je… J’ai détecté une désactivation de certains protocoles de sécurité dans ce Holodeck… »

Le Lieutenant Worf tenait encore son phaser avec nervosité, comme s’il s’attendait à voir Henri sortir en furie du Holodeck.
- Le Holodeck 3 sert à un programme d’entrainement spécial.
« Bien, je me retire. Je ne prendrai plus cette modification en considération… »
Je sentais que le Lieutenant me regardait partir, comme pour s’assurer que je n’allais pas revenir…

… Mais je reviendrai. Je l’ai promis, je serai là quand Henri sera en danger…
« Raejian, tout va bien ? »
J’ai secoué la tête : ma main était coincée dans les circuits primaires de la console !
« Je vais t’aider, attends… »
Elloran réussit à m’extraire le poignet en douceur.

 

 

 

 

 

Comme je m’étais légèrement coupé sans m’en rendre compte, il me pansa :
« Tu as l’air un peu ailleurs et très fatigué depuis quelques jours… Tu dors assez, la nuit ? »
« Ne t’inquiète pas pour moi… »
« La seule autre fois que tu t’es blessé, j’ai vu ton sang vert… Et je me suis demandé… »
« Je sais, je sais… Je vais bien, merci de m’avoir porté assistance. »

Je me suis remis au travail. Elloran insista tout de même :
« Tu es retourné au Holodeck 3 ? »
« Je ne peux rien te cacher, n’est-ce-pas ? Monsieur Murdock ne sait pas qu’il est à bord d’un vaisseau spatial… Il ne sait pas qu’il y est réellement… »
« Comment ça, réellement ? »

J’ai haussé des épaules :
« Il fait des rêves reliés à ses souvenirs de l’Entreprise… Et il regrette de ne pas avoir de descendance, parce que Le Commandeur Barclay est le fils dont il a toujours rêvé. »
Elloran parut troublé par ma déclaration. Il se ressaisit :
« Il vaut mieux que Reginald ne le sache pas… »

J’ai croisé les bras :
« C’est illogique. Le Commandeur apprécie sincèrement son ancêtre, et Monsieur Murdock désire que ce qu’il pense être le rêve du descendant parfait soit la réalité. La logique voudrait que l’on réunisse cette famille. »
« La présence de Monsieur Murdock ici est le fruit d’une altération du continuum espace-temps. »

Je n’avais pas grand-chose à faire de ces considérations éthérées. Pour moi, il serait mieux que Henri et le Commandeur puissent de nouveau s’adresser la parole et partager des moments ensemble, comme le feraient un père et son fils… Même si, tout bien considéré, ils avaient à peu près le même âge.
« Au fait, si tu sais tout cela, c’est que tu es entré en contact direct avec lui ! »



Je ne pus que soupirer à cette affirmation :
« Tu es perspicace, ça ne fait aucun doute. »
« Je suis tout de même ton supérieur, ne dépasse pas les bornes ! »
« Oui, Sous-Lieutenant Werm. »
« Bien, puisque tu le prends sur ce ton… »

Il me fixa droit dans les yeux :
« Enseigne Raejian Glex, je vous ordonne de ne plus jamais vous approcher du Holodeck 3 et de ne rien tenter pour que Monsieur Murdock soit averti de la vérité, ou que le Commandeur Barclay désire l’en informer. Suis-je bien clair ? »
« Oui, monsieur. Vous êtes très clair. »

Elloran s’en vint, furieux. Oui, il avait été très clair… Mais il oubliait qu’une chose essentielle me différenciait notablement de l’Ambassadeur Spock…
« Je me moque totalement d’obéir ou non. »
J’ai quitté la salle des machines après mon service, retournant discrètement au Holodeck 3. Entrant de nouveau, je remarquais que cette fois, le programme situait l’action au Mexique.

J’avais pris un peu de temps pour étudier la Terre à l’époque de Monsieur Murdock, afin de savoir à quoi je pouvais m’attendre quand je remettais les pieds dans le Holodeck 3. Fort heureusement, d’ailleurs, car la plupart de mes sauvetages auraient pu provoquer mon propre décès…
- Ne bougez pas, vous !
Encore ce métal glacé… J’étais trop loin des relais pour le paralyser…

Il fit cliqueter son arme :
- Je vous ai déjà vu… Qui êtes-vous ?
- HANNIBAL, ARRETE !
« Henri ! »
Il accourait, l’air exténué.

Il obligea l’homme au cigare à abaisser son arme :
- Je t’ai parlé de lui, Hannibal, c’est le médecin qui m’a sauvé la vie en Russie !
- Ah, c’est lui… Désolé, docteur, je ne vous avais pas reconnu, de dos.
Me reconnaître ? Comment aurait-il pu me reconnaître, il ne m’avait pas vu à l’infirmerie…
- Looping nous a tellement parlé de vous. De face, j’aurais pu savoir qui vous êtes.

Henri me tendit la main, et ce fut un nouveau moment extatique où j’eus cette même impression qu’il partageait mon plaisir de Vulcain.
- Comment as-tu dit qu’il s’appelait, déjà ?
- Raejian… Docteur Raejian Glex…
Il ne me quittait pas des yeux.

Et moi non plus :
« Ma joie de vous revoir est indescriptible, Henri… »
- La mienne l’égale au moins, Raejian…
- De quoi parles-tu ? Il n’a même pas ouvert la bouche.
- Ben, Hannibal… Je sais pas comment t’expliquer ça… Mais j’crois que j’lis dans ses pensées…

Le grand noir fit son apparition de derrière un buisson :
- Lire dans les pensées ? Encore une de tes bêtises… T’entends des voix et c’est tout…
« Dites-leur que je suis muet. »
- Il vient de me demander de vous dire qu’il est muet.
- Ah, d’accord, c’est pour ça qu’il ne me répond jamais.



Henri me montra alors le jeune homme qui venait de nous rejoindre :
- Raejian… Je te présente mes amis… Futé, Barracuda, et Hannibal. Futé, Barracuda, c’est le Docteur Raejian Glex, qui m’a sauvé en Russie.
- Heureux de vous rencontrer, doc’, mais que faites-vous au Mexique ?
« Je voyage beaucoup. »

Henri répéta mon explication évasive, et j’ai posé la main gauche sur la sienne :
« Et, entre nous… Je vous avais promis d’être près de vous. »
- Alors, tu savais que j’étais ici ?
« En quelque sorte, oui. »
- Ben, je suis pas spécialement en danger, mais tu m’as déjà sauvé vingt fois en une semaine.

Le nommé Futé sourcilla :
- Vingt fois en une semaine ? Comment se fait-il qu’on ne vous ait jamais rencontré ?
- C’est un grand discret. Et j’croyais qu’il était juste dans ma tête… Comme ce vaisseau, là…
- Oh non, tu ne vas pas encore nous raconter tes histoires d’aliens et de voyage dans le temps !
- Sans compter ton soi-disant descendant parfait…

Henri grinça :
- Ben quoi, même les fous ont l’droit d’rêver, non ?
« Si vous le permettez, Henri, j’aimerais vous parler sérieusement. »
- Un peu plus loin, tu veux dire ?
« En privé, oui. »

 

 

 

 

Henri haussa des épaules :
- Aucun souci ! Les gars, je reviens dans un instant !
- Il est bizarre, son Docteur…
- Ouais, j’me demande comment il peut se trouver au bon endroit tout le temps…
- Ils ne comprennent rien…

J’ai relevé la tête d’Henri en posant le poing sous son menton :
« Moi, je vous comprends, Henri. »
- Tu voulais me dire un truc spécial ?
« Oui. Je suis venu parce qu’il m’a été ordonné de ne plus vous approcher. »
- C’est pas logique… Ou alors, tu as désobéi !

La logique… J’ai souri :
« C’est exact. J’ai désobéi pour deux raisons : j’ai du mal à vous abandonner à cette vie trop dangereuse, et j’ai encore des choses importantes à vous révéler. »
- Alors, on va parler de notre première rencontre ?
« Je vais faire quelque chose de plus parlant. »

J’ai avancé la main pour opérer une fusion mentale, et une fois que nos esprits se furent rejoints, Henri me dévisagea :
- Eh, c’était comme dans mes rêves… Et je me souviens, maintenant… Tes oreilles…
Je retirais ma chapka pour lui laisser voir la forme réelle de mes oreilles.
- Elles sont pointues, c’est ça !

J’ai remis mon chapeau, l’incitant au silence :
« Je ne suis pas humain. Je ne suis pas non plus docteur. »
- Et tu t’appelles comment, alors ?
« Le nom que je vous ai donné est mon vrai nom. Je suis une créature extraterrestre mi-Betazoïde, mi-Vulcain, je suis muet mais doué de télépathie, Enseigne à bord de l’Entreprise. »



Henri cligna des yeux : il était évident qu’il doutait de la situation.
« Je suis parfaitement sérieux. Mais je n’étais pas censé vous dire tout cela, je ne suis qu’un tout petit ingénieur dans une fourmilière dont les chefs œuvrent à vous faire croire que vous vivez toujours à votre époque d’origine, parmi vos amis… »
- Tu n’étais pas censé me le dire ? Pourquoi l’avoir fait, alors ?

J’ai soupiré :
« Je vis dans le confort et la sécurité, et vous, vous risquez mille morts, dans l’inconfort de la survie le plus total chaque jour… Je ne pouvais plus supporter cette idée… »
J’ai posé la main gauche sur sa joue :
« Et votre descendant… Reginald Barclay… Il existe réellement… Vous lui manquez… »

Henri acquiesça : il avait ressenti tout cela lors de la fusion mentale, mais il se demandait bien sûr d’où lui étaient venues toutes ces pensées et ces émotions…
- Reginald… Tout était vrai, alors, et ça… C’est un Holodeck… Ordinateur, coupe le programme !
Programme interrompu.
« Vous savez vous en servir ? »

Henri acquiesça :
- Ce n’est pas si compliqué. Bien, c’est quoi le plan, maintenant ?
« Je n’ai pas vraiment de plan. Je voulais simplement vous dire la vérité avant de ne plus pouvoir vous revoir… »
- Tu allais obéir et ne plus m’approcher, alors ?

 

 

 

 

 

 

J’ai haussé des épaules :
« Je n’en sais rien. Vous m’attirez à vous autant qu’une table de commandes hors d’usage. »
- Euh… Je sais pas si c’est un compliment…
« Venant de moi, c’est plutôt une façon d’exprimer mon souhait de rester près de vous. »
- Au fait, pourquoi tu me prends la main comme ça ?

J’ai souri :
« D’abord parce que je ne peux communiquer par télépathie que si je touche la personne… Mais aussi parce qu’avoir ce type de contact physique avec vous m’est très agréable… »
- J’vais te faire une confidence, ça me plait aussi. J’ai l’impression de… Je sais pas, c’est un peu bizarre, mais…

Je lui ai maintenu la main entre les miennes :
« C’est comme échanger un baiser lors d’un acte sexuel passionné ? »
- Oui, voilà ! Mais… Comment tu sais ça ?
« Vous m’en voudrez peut-être de vous avoir caché ce détail… Mais… »
- Mais quoi ?

J’ai apposé mon index et mon majeur gauche sur les siens :
« Ceci est l’équivalent du baiser pour un Vulcain… »
J’ai saisi de nouveau sa main :
« Et ceci, l’équivalent d’un acte sexuel. »
- Ouah… Je comprends, maintenant…

Il n’avait pas du tout l’air choqué.
« Vous ne m’en voulez pas ? »
- Nan, tu pouvais pas me dire ça, à cause de tes directives. Et puis, la première fois, c’était un peu accidentel, non ? Si j’ai recommencé et que je t’ai laissé faire, c’est que ça me plait !
« Et maintenant, en sachant ce que ça implique ? »



Henri passa la main derrière ma nuque et m’embrassa, gardant en plus deux doigts en contact avec les miens :
- Comme ça, c’est un double-baiser…
« Mais alors… Vous… »
- Eh ouais, comme tu le penses, mon grand… Mais c’est la première fois, te méprends pas.

Il m’embrassa de nouveau, me tenant par la taille. Je ne pus que lui rendre son étreinte…
Enseigne Raejian Glex, où que vous soyez, allez immédiatement au Holodeck 3. Le programme dédié à Monsieur Murdock a été désactivé.
Le Capitaine… Comment voulait-il que je lui réponde, sérieusement ?
« Raejian, où es-tu ? »

C’était Elloran. J’ai souri, regardant Henri au fond des yeux :
« Je suis sur place, je m’occupe du problème. »
« Très bien. Content de constater que tu es toujours aussi efficace. »
« Henri… Je suis désolé, mais il faut que vous fassiez comme si vous croyiez à cette simulation. »
- Pourquoi ? Je veux sortir de ce rêve et revoir mon Reginald… Et puis… Je croyais que tu…

J’ai acquiescé, ne pouvant nier l’évidence :
« Ce que vous croyez est correct. Mais s’ils savent que vous êtes conscient de la situation, ils vont vous ré-encrypter la mémoire pour que vous n’accédiez plus aux souvenirs concernant ce vaisseau, votre descendant… »
- Et toi aussi ?

 

 

 

 

 

Je lui ai pris les mains :
« Vous m’oublierez aussi, en quelque sorte. Et moi, je risque fort d’être muté sur un autre vaisseau, afin que l’on s’assure que je ne puisse plus jamais vous reparler. »
- T’oublier ? Après tout ce que tu as fait pour moi ?
« Dans votre sommeil, vous vous rappellerez peut-être encore de moi et de ces moments… »

Je retenais mes larmes :
« Mais moi, éveillé ou non, je me souviendrai toujours de vous. »
- Je… Je sais pas quoi dire…
« Jouez le jeu, sans quoi nous pourrions être séparés pour toujours. »
- Mais comment tu feras pour revenir vers moi, si on te l’interdit ?

J’ai souri, heureux qu’il décide de me faire confiance :
« Je m’occupe de cet aspect du problème. Je vais vous neutraliser et relancer le programme avant de quitter le Holodeck. Vous, vous devez agir comme si c’était la réalité pour vous. »
- Par neutraliser, tu veux dire le même truc qu’à notre première rencontre ?
« C’est une ancienne technique Vulcaine. Prétendez qu’on nous a agressés. »

J’ai posé la main gauche sur sa joue et lui ai rendu ses baisers, à la manière humaine comme à la manière Vulcaine, glissant doucement les doigts de ma main droite vers la jonction entre sa gorge et son épaule :
« Je vous aime, Henri… »
Et il s’évanouit sous la pression de mes doigts.

J’ai relancé manuellement le programme et quitté la salle en commandant la fermeture des portes derrière moi.
« Elloran, j’ai réglé le problème. Monsieur Murdock est neutralisé, il croira probablement à un assaut ennemi faisant partie du programme. »
« Bravo, Raejian. Reviens en salle des machines, j’ai besoin de toi à ton poste. »



Je suis revenu plusieurs fois, profitant de moments seul-à-seul pour interagir de façon très intime avec Henri, lui sauvant parfois la vie… Il se moquait pas mal de ce qui pouvait se passer : il savait que ses « amis » n’étaient pas réels, et il n’attendait que ma visite. Je le ressentais à chaque baiser qu’il m’accordait, au moindre contact entre nous…
« Henri… Je suis à bout… J’ai besoin de quelque chose de très… »

Henri barra mes lèvres de son index et commença à me dévêtir :
- Je sais… Moi aussi.
Je sentais le désir monter en moi chaque seconde qui passait, depuis notre premier baiser, et je n’avais aucun contrôle sur cette attraction qu’il exerçait sur chaque nucléotide de mon ADN…
Enseigne Raejian Glex, vous êtes demandé sur la Passerelle…

Henri était à-présent à-demi nu, maintenant mes jambes entre les siennes, et nous échangions un baiser Vulcain qui le faisait frémir autant que moi.
« Je ne peux pas répondre : n’oublie pas que je suis muet. »
« Raejian, c’est Elloran. Tu n’es même pas à ton poste, alors vas sur la Passerelle ! »
« Bien reçu, Elloran, je suis en chemin… »

Je me suis relevé, reprenant le haut de mon uniforme.
- Il faut vraiment que tu partes maintenant ?
« A mon profond regret, oui… Ils risquent d’avoir des soupçons. »
- Tu continueras à simuler des pannes ?
« Bien sûr. Tant que ça fonctionnera. »

Je l’ai de nouveau embrassé :
« Je t’aime, Henri… »
- Moi aussi, je t’aime, Raejian…
Il tomba évanoui dans mes bras : je l’avais neutralisé afin que l’on croie de nouveau que j’avais réparé la panne fictive du Holodeck.

Je l’ai posé à terre et quitté le Holodeck 3, prévoyant de provoquer une autre panne sur un Holodeck différent afin qu’on ne fasse pas le rapprochement avec Henri.
- Ah, vous êtes là, Enseigne Glex…
« Commandeur ! »
J’ai acquiescé, tentant d’ignorer l’image d’Henri à-demi nu, couché sur moi…

C’était difficile de ne pas regarder le Commandeur Barclay sans me le rappeler… Mais j’ai réussi à réparer la console défectueuse tout en gardant mon calme :
« Voilà, Commandeur, elle est prête à fonctionner selon les paramètres normaux. »
- Je vous remercie, Enseigne Glex. Retournez à votre poste.
« Bien, Commandeur. »

En salle des machines, j’ai accédé discrètement aux contrôles du Holodeck 5, programmant une panne fictive des relais optroniques pour la prochaine demi-journée. J’ai dissimulé mon opération dans un dossier crypté invisible, et repris mes fonctions.
« Tout ce temps loin d’Henri… Sans pouvoir lui donner de nouvelles… Avec la vie qu’il mène… »
« Ah, Raejian, tu es à ton poste. »

J’ai confirmé d’un signe de la tête :
« Le Commandeur me l’a expressément ordonné. »
« A propos d’ordres… Tu as suivi celui que je t’ai donné au sujet de Monsieur Murdock ? »
« Je fais en sorte à ce qu’il me croie partie intégrante du programme. »
Elloran me regarda au fond des yeux.

 

 

Il haussa des épaules :
« Les Vulcains ne mentent pas… Bien, c’est mieux comme ça pour nous tous… »
Il s’en retourna à son poste, convaincu par mes allégations. Car en effet, c’est vrai, les Vulcains ne mentent jamais… Or, je suis à-moitié Betazoïde… Et j’avais un amour sincère à protéger…
« Henri… J’espère que tu vas bien… »

J’ai achevé mon travail une heure en avance et ai demandé une permission pour me reposer. Je savais que la panne fictive du Holodeck 5 allait bientôt se produire, justifiant ma présence sur le même pont, aussi me suis-je empressé de rejoindre Henri…
« Ces heures m’ont paru des jours… »
- A moi aussi… Tu es glacé… Laisse-moi te réchauffer…

Je lui offrais un baiser Vulcain en répondant :
« En réalité, les Vulcains ont une température corporelle plus basse que les humains… »
- J’avais remarqué… C’est juste un prétexte…
Il m’embrassa en me serrant contre lui. J’étais totalement prisonnier, et je sentais mon envie pour cet homme me consumer intérieurement…

Je réussis à renverser la situation, n’y tenant plus :
« Je sais que ça va te faire peur… Mais je crois que je suis en plein Pon Farr… »
Il passa le bras autour de mes épaules :
- J’suis trop fou pour avoir la trouille. Viens là, mon p’tit Vulcain d’amour !
Enseigne Glex, veuillez vous rendre au Holodeck 5.

Ah, la panne fictive que j’avais programmée…
- Tu ne vas pas y aller tout de suite ?
« J’ai provoqué une fausse panne du Holodeck 5 afin de donner une raison à ma présence sur ce pont sans qu’il y ait de lien direct avec toi. Il n’y a pas de véritable urgence… »
- Petit malin... Tu es un sacré coquin, toi...

J’ai souri :
« Je t’avais bien dit que je trouverais des moyens de revenir… »
« Raejian, tu es au Holodeck 5 ? »
J’ai grincé : qu’il est agaçant…
« J’y vais, je ne suis pas loin… »

Je me suis relevé :
« Désolé, Henri… Dès qu’Elloran s’en mêle, je… »
Il posa ses lèvres entre mes épaules en me caressant les hanches :
- T’as pas le choix, je comprends très bien…
J’ai remis ma chemise et donné un baiser Vulcain d’une main, tenant son autre main.

J’ai quitté le Holodeck 3, prêt à me rendre deux portes plus loin…
« Raejian… »
Je me suis retourné : Elloran était là, les bras croisés, tapant du pied :
« Ta présence sur ce pont est justifiable… Mais comment expliques-tu le fait que tu sortes du Holodeck 3, alors que les relais défaillants sont dans le Holodeck 5 ? »

Il me suivit jusqu’aux relais, attendant que je règle le problème :
« Tu as provoqué cette panne imaginaire, n’est-ce-pas ? »
« En effet. »
« Raejian, tu as désobéi à mes ordres. Et je sais que ce n’est pas du tout la première fois. »
« C’est exact. »



Elloran me retint alors que je voulais quitter le Holodeck :
« Juste une question : pourquoi aller aussi souvent dans cette simulation ? »
« Cela ne vous regarde pas, monsieur. »
« Oh que si. Cela interfère avec votre travail, et vous programmez de fausses défaillances afin de vous rendre en secret dans un endroit du vaisseau qui vous est interdit. »

Il me fixa dans les yeux :
« En tant que votre supérieur direct, ça me concerne, je suis responsable des répercussions que les actions de mes subalternes peuvent avoir sur la sécurité du vaisseau. »
« Mes actions ne causent aucun problème de sécurité. Toute panne réelle obtient mon attention pleine et entière jusqu’à réparation effective, et je respecte mon temps de travail journalier. »

J’ai remis un pad à Elloran :
« J’ai préalablement référencé mes actions, afin que vous puissiez voir que les véritables pannes sont comptées sur mon temps de travail, et les fausses pannes exclues de mon décompte. »
Il consulta mon pad et opina du chef :
« Ce rapport est acceptable. Bien… Je n’ai donc aucune raison de vous questionner. »

Elloran me rendit mon pad :
« Mais en tant qu’ami, je te le demande : que se passe-t-il dans le Holodeck 3 ? »
« Il se passe que Monsieur Murdock risque sa vie à chaque instant dans ce programme violent, survit en permanence grâce à ses seuls talents, et je supporte mal cette idée. »
« Es-tu intervenu ? »

 

 

 

 

J’ai acquiescé, me moquant bien de ce qu’il en penserait :
« A de multiples reprises, je lui ai sauvé la vie in extremis. »
« Tu es amoureux de lui, n’est-ce-pas ? »
« Je ne te demanderai pas comment tu l’as compris. »
« L’empathie ne sert à rien quand on a des yeux, dans le cas précis… »

J’ai baissé le regard : je portais la chemise d’Henri à la place du haut de mon uniforme.
« Je me suis trompé, dans l’empressement… »
« Ce qui compte, c’est que ça soit réciproque, et cette petite erreur le prouve. »
« Oui… Henri Murdock et moi, nous nous aimons en secret depuis près de quatre semaines. »
« As-tu conscience que c’est l’ancêtre de Reginald ? »

J’ai haussé des épaules :
« Qu’est-ce-que cela peut changer ? »
« Tu n’as pas pu conquérir Reginald, tu as conquis son ancêtre. Es-tu sûr que… »
« Henri est très différent du Commandeur Barclay, psychiquement. Et il ressent… Les mêmes choses qu’un Vulcain… Quand nos mains se touchent… »

Elloran sourcilla :
« C’est impossible. »
« Le lien télépathique entre toi et le Commandeur l’est également. Pourtant, il existe. »
« C’est vrai... Et il sait que… »
« J’ai opéré une fusion mentale avec lui. Il sait tout, mais il reste tranquille. »

Elloran ne parut pas comprendre :
« Pourquoi ? Pourquoi ne cherche-t-il pas à fuir le Holodeck comme avant ? »
« Parce que cela pourrait provoquer à court terme le ré-encryptage de sa mémoire, et ma mutation sur un autre vaisseau. Et il ne tient ni à m’oublier, ni à me perdre. »
« Tu lui as donc dit ce qu’on lui faisait… Je ne sais pas quelle attitude adopter. »



J’ai cligné des yeux :
« La logique voudrait que tu écrives un rapport consignant mes multiples désobéissances, mes programmations de pannes factices, le fait que j’ai entièrement compromis le plan du Capitaine consistant à laisser Henri Murdock dans l’ignorance de la réalité… »
« Tu n’as pas mis le vaisseau en danger. Et tu as voulu sauver Monsieur Murdock. »

Il me tapota l’épaule :
« Cela restera entre nous. Je vais déposer une requête pour que le programme du Holodeck 3 soit moins violent et dangereux, mon meilleur technicien ayant déterminé qu’il pouvait entraîner le décès accidentel d’une personne que nous sommes censés protéger. »
« Merci, Elloran. »

Elloran me lança un regard qui soufflait : « à charge de revanche… »
« Respecte tes heures de travail, arrête ces fausses pannes, et tu auras une permission tous les soirs pour te rendre au Holodeck 3. Je ne préciserai pas pour quelle raison. »
« Bien, Elloran… Je ferai de mon mieux. »
« Retourne là-dedans pour récupérer ton uniforme, et reviens à ton poste. »

Je ne pouvais que remercier Elloran pour couvrir ainsi mes escapades dans le Holodeck. Je faisais de mon mieux pour rester à mon poste tant qu’on ne me réclamait pas ailleurs, sachant qu’Henri ne risquait plus de mourir à toute heure du jour et de la nuit : la requête d’Elloran pour renforcer sa sécurité avait été acceptée…
- Enseigne Glex, puis-je vous parler en privé ?

 

 

 

 

Je me suis approché, touchant le poignet du Commandeur Barclay :
« Je suppose que le Sous-Lieutenant Werm vous a informé de ma liaison avec votre ancêtre… »
- Je n’ai rien contre, et je sais que la question vous a déjà été posée… Mais sincèrement, vous ne pensez pas que c’est pour vous consoler par-rapport à… ?
« Non. Votre ancêtre est très différent de vous. Et ce que je ressens pour lui également. »

J’ai lâché le poignet de mon interlocuteur : j’en avais assez qu’on s’imagine que je me « rabattais » sur Henri en lieu et place du Commandeur Barclay. J’avais oublié les sensations de mon simulacre accidentel de Pon Farr depuis longtemps.
- Bien, j’ai compris… Travaillez de votre mieux, Enseigne Glex.
A vos ordres, Commandeur

Il se retourna soudain et me sourit :
- Merci, Enseigne Glex… Grâce à vous, il sait que j’existe réellement…
J’ai dévisagé le Commandeur : il semblait profondément soulagé.
- Je serai sur la Passerelle, si vous me cherchez.
Je me suis remis au travail, un peu surpris par les propos du Commandeur.

Libéré de mon temps de travail obligatoire, je profitais de ma permission du soir pour retourner au Holodeck 3… Et y trouvais le Commandeur, qui observait un écran holographique sur la porte.
- Ah, c’est toi, Raejian…
Je me suis approché : une caméra suivait Henri à l’intérieur du programme.
« C’est ainsi que vous prenez de ses nouvelles ? »

Reginald acquiesça tristement :
- J’ai reçu l’interdiction de l’approcher et de lui parler, il y a bien longtemps… Tu t’es chargé de faire ce que je ne pouvais faire. Merci encore… Monsieur Worf ?
Le Lieutenant Worf nous tenait en joue avec son phaser :
- Commandeur, Enseigne Glex, suivez-moi sans opposer de résistance…



Dans ma carrière, j’ai rarement connu un membre d’équipage aussi désobéissant. Et vous donc, Sous-Lieutenant, et vous, Commandeur… Vous l’avez couvert…
- Capitaine, Monsieur Murdock possède un esprit suffisamment puissant pour se rendre compte par lui-même qu’il était au centre d’une simulation.
- Vous m’avez fait part de cette inquiétude lors de l’élaboration du projet, Conseiller Troi.

Deanna s’avança tout de même :
- L’Enseigne Glex a trouvé injuste que l’on oblige une famille à rester séparée, et que l’on garde un être humain sensible prisonnier de l’impression qu’il passe à côté d’une vie meilleure…
- Aussi a-t-il désobéi, attenté à la sécurité du vaisseau et décidé de compromettre un plan délicat.
- Il n’a fait que précipiter l’inévitable.

Elle désigna Henri :
- Monsieur Murdock a subi une quinzaine de ré-encryptages mémoriels. Ce nombre trop élevé d’opérations pourrait d’ores et déjà altérer son cerveau de façon irréversible. De plus, l’Enseigne Glex a découvert que le programme était potentiellement mortel pour Monsieur Murdock, et a fait ce que tout membre de Starfleet aurait fait dans son cas : il a décidé de lui porter secours.

Le Capitaine éleva la paume :
- J’ai bien compris cet aspect du problème.
- Désobéir dans l’intérêt d’une personne en danger ne vaut-il pas un pardon ? De plus, l’Enseigne Glex n’a pas réellement compromis la sécurité du vaisseau : les pannes fictives qui sont rapportées ici ont été sans incidence, et il a évité que Monsieur Murdock ne provoque d’autres catastrophes.

Le Capitaine dévisagea Henri :
- Je sais que chaque évasion de Monsieur Murdock a été accompagnée par la destruction de la moitié d’un pont, voire même d’un pont entier.
- Vous serez alors d’accord que maintenir le projet en l’état était plus préjudiciable pour la sécurité du vaisseau, que les actes de l’Enseigne Glex, qui ont incité Monsieur Murdock à rester tranquille.

Le Capitaine réfléchit et acquiesça lentement :
- Vous avez raison, Conseiller. Nous allons tenter de réintégrer Monsieur Murdock à l’équipage… Si toutefois vous le souhaitez…
- Vous me demandez mon avis ? C’est bien la première fois en presque une année…
- Vous avez exactement une minute pour réfléchir à ma proposition. C’est ça, ou le Holodeck 3.

Henri croisa les bras :
- C’est okay, mais je veux piloter des navettes, pas ce cercueil intergalactique.
- Accordé. Vous serez le pilote par défaut pour chaque mission d’exploration hors du vaisseau…
Il fixa Henri droit dans les yeux :
- Mais pliez-vous aux ordres… Et n’insultez plus mon vaisseau.

Henri exécuta un salut particulier :
- A vos ordres, Capitaine !
- Enseigne Glex, veuillez loger Monsieur Murdock jusqu’à ce qu’on lui attribue des quartiers, et lui donner un uniforme adapté à sa fonction… Disposez, maintenant, je retourne sur la Passerelle.
J’acquiesçais, accompagnant Henri jusqu’à mes appartements…
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MessageSujet: Chapitre 4 : Perfectionnement Génétique   Dim 10 Aoû 2014, 21:34

Je croyais que l’étude de cette sonde était terminée ?
- Oui, nous en avions conclu que l’appareil était désactivé… Mais quand nous l’avons déplacé de la salle de chargement à la salle des machines, quelque chose l’a déclenchée.
Le Manitou Jean-Luc observa l’engin : ça clignotait et ça bipait dans tous les coins.
- Quand cela s’est-il produit ?

Reginald haussa des épaules :
- Dès que nous l’avons apportée à l’Enseigne Glex pour qu’il détermine si elle était effectivement hors d’usage, et s’il pouvait le cas échéant la réparer.
- Enseigne, pensiez-vous être capable de remettre en état de fonctionnement une sonde issue d’une technologie étrangère dont nous ignorons tout ?

Raejian me tenait la main discrètement : il le fait toujours quand on était côte-à-côte.
« Par simple curiosité, je souhaitais étudier moi-même la sonde. »
- Il dit qu’il était juste curieux d’étudier la sonde.
- Je vois... Et vous l’avez fait ?
« Je suis attiré en priorité par les machines inopérantes. Et celle-ci, à l’évidence, ne l’est pas. »

Je sais, c’est un peu bizarre, mais bon, il est comme ça, mon p’tit Vulcain…
- Il dit qu’il est attiré par les engins qui ne marchent plus, et que ce truc-là marche.
- La réponse est non, alors… Enseigne Glex, je vous ordonne d’étudier cette sonde.
« Signifie au Capitaine que j’ai l’intention d’exécuter son ordre. »
- En clair, il a dit « A vos ordres »…

 

 

 

 

 

Raejian resserra ses doigts :
« Cependant, je tiens à le mettre en garde : cette sonde pourrait contenir des composants explosifs destinés à la protéger des curieux ou d’ennemis potentiels. Comme il l’a souligné, nous ignorons tout de cette technologie, aussi je recommanderais de l’étudier à distance de l’Entreprise. »
- Euh… Capitaine…

Le Manitou me fixa, un peu agacé :
- Oui, Enseigne Murdock ?
- Il dit que la sonde pourrait exploser si on essaie de la désosser. Il dit qu’il préfère l’étudier hors du vaisseau…
- Cette remarque est pertinente, Enseigne Glex.

Il se tourna vers le robot aux yeux jaunes :
- Monsieur Data, localisez un site désert où l’Enseigne pourrait procéder à l’étude approfondie de la sonde en toute sécurité. Enseigne Murdock…
J’ai resserré les doigts autour de ceux de Raejian : il allait le dire…
- Vous piloterez la navette qui amènera l’Enseigne Glex sur le site.

Yes ! Une mission avec mon p’tit Vulcain !
« Contiens ton excitation, Henri, je t’en conjure, j’éprouve des difficultés à rester impassible… »
« Héhé, désolé… »
- Ce sera tout, je retourne sur la Passerelle.
- A vos ordres, Cap’taine !

Raejian me lâcha la main et se mit à caresser l’engin de ses longs doigts fins.
- Dis… Tu fais quoi, là ?
Il me toucha brièvement le poignet :
« Je tente une étude de surface préliminaire pour déterminer si ses systèmes fonctionnent selon des paramètres habituels. »



J’ai haussé des épaules :
- Et comment tu peux savoir si c’est habituel, si c’est la première fois que ça marche devant toi ?
« Toute machine aux systèmes corrompus émet une signature faussée. Je tente de la ressentir… »
- Tu déconnes pas quand tu dis que tu parles la langue des machines, alors ?
« Je suis parfaitement sérieux… Rien. »

J’ai sourcillé : comment ça, rien ?
« Cette machine est en parfait état, à première vue. »
- Et pourquoi elle s’est mise à jouer les guirlandes de Noël quand on te l’a amenée, alors qu’elle faisait rien du tout avant ?
« Je ne saurais rien affirmer à ce sujet tant que je ne pourrai ouvrir la sonde. »

Je sentais son impatience : même s’il se dit attiré par les engins cassés, ce truc-là retenait tout autant son attention.
- Enseigne Glex, nous avons localisé le site où vous procéderez à l’étude de la sonde.
« Signifie-lui que je le remercie de m’en informer, et que je me tiens prêt à l’embarquement. »
- Il vous dit merci, et il est prêt à décoller… Moi aussi, à ce propos.

Le robot s’en alla, et j’ai serré Raejian contre moi :
- Notre première mission ensemble ! J’attends ça depuis des semaines !
« Je vais être contraint de te neutraliser, si tu ne parviens pas à te contenir en public. »
- Tu n’oserais pas…
« Ah, tu crois cela ? »

 

 

 

Il me fixait droit dans les yeux : oups… Il ne plaisante pas…
- Okay, okay, j’attendrai qu’on soit peinards dans le désert.
« Cette mission ne consiste pas à profiter de notre isolement, Henri. Elle implique des éléments potentiellement mortels. »
- Je sais… Excuse-moi…

Le Klingon armé m’indiqua une navette, et Raejian me rejoignit, escorté par deux gros bras qui faisaient venir la sonde sur une palette volante.
- Sonde chargée dans la navette.
- J’initialise l’ouverture du sas.
- Attache ta ceinture, mon p’tit Vulcain d’amour, on va décoller !

Raejian restait impassible. Parfois, il me faisait un peu peur… J’avais lu quelques trucs sur les Vulcains, et ce fameux Pon Farr dont il m’avait parlé. Il réagissait réellement comme un alien à cent pour cent Vulcain. J’avais du mal à m’imaginer qu’il était à-moitié de la même espèce que cette psy… Diana, je crois… Délicieuse, mais trop professionnelle…
- On a décollé.

J’ai senti les doigts de Raejian glisser sur le dos de ma main :
« Parfait… »
Il tapota sur les contrôles, enclenchant le pilote automatique et désactivant les systèmes de communication de la navette :
« Profitons de cet interlude, ils ne peuvent plus savoir ce que nous faisons… »

Il me tira hors de mon fauteuil et m’embrassa sauvagement :
- Ouah… Alors, tu fais semblant pour la galerie ?
« Cela me dévore chaque seconde que je ne peux interagir avec toi comme je le souhaite. »
- Désolé de ne pas te faciliter la tâche, alors…
« Je te pardonne si tu fais une petite chose pour moi… »



Il me murmura télépathiquement à l’oreille, et j’ai frissonné :
- Oh, mais pas besoin de demander !
Entreprise à navette. Vos systèmes de communication ont été coupés, nous vous contactons sur un canal d’urgence. Répondez, Enseigne Murdock !
« Ce canal d’urgence, je l’avais oublié… »

Raejian me laissa répondre :
- Tout est normal, Cap’taine, vous en faites pas pour nous !
Vous serez sur l’orbite de la planète naine dans vingt-cinq secondes. Je vous conseille de vous préparer à l’atterrissage.
- Bien reçu.

J’ai coupé la communication, remettant les systèmes en marche.
- Désolé, mon p’tit Vulcain d’amour… On va bientôt arriver…
« Retournons alors à la mission… Puisqu’il le faut… »
Je sentais qu’il avait attendu tout comme moi, et qu’il était peiné de devoir remettre ça.
- On est sur orbite, je vais initier l’atterrissage…

Une fois posés, j’ai ouvert la porte arrière de la navette, et Raejian amena la sonde dehors.
- Tu ne veux pas que je reste près de toi ?
Il secoua la tête, me caressant la joue :
« Si cette sonde devait exploser, je veux que tu décolles immédiatement et rejoignes le vaisseau. »
- Quoi ?! Tu veux que je t’abandonne ?

Raejian ne répondit pas, commençant à fouiller l’engin avec ses instruments de technicien.
- Il est hors de question que je te laisse crever ici avec ce truc, tu entends ?!

 

 

Raejian fit mine de m’ignorer. Je savais bien qu’il m’entendait : il était muet, pas sourd.
- Dis, tu m’écoutes ?
« Je te demande un peu de silence, Henri, je tente de comprendre cette technologie. »

J’ai croisé les bras : parfois, je me demandais s’il ne préférait pas les machines à moi. Il tripotait cet engin comme si c’était une nana sensuelle, et fouillait ses recoins avec…
Clong.
Bon, j’ai rien dit. Je ne crois pas qu’on arracherait les côtes à une super-nana.
- Alors, tu y comprends quelque chose ?

Il acquiesça, rejetant la tôle à ses pieds, et commença à étudier les circuits mis à nu. Il semblait fasciné par ces trucs qui flashaient et bipaient de partout.
- Eh, regarde, il y a comme une ouverture, là…
Il me signifia d’un regard qu’il l’avait remarquée.
- Et t’es pas curieux de savoir ce qu’il y a dedans ?

Il nia de la tête :
« Ce pourrait être dangereux. Je préfère étudier autour pour traquer d’éventuels mécanismes de défense qui s’enclencheraient si on s’avisait d’y mettre la main. »
Il était très prudent. Je n’avais pas vraiment appris à étudier, je fonçais tête baissée, en général…
Ce truc pouvait bien lui arracher un bras…

Mais il sait ce qu’il fait…
Clong.
Enfin, je crois…
« Aucun composant potentiellement explosif… Aucun mécanisme de défense... »
- Alors, tu vas faire quoi ?



Raejian ne répondit pas, longeant du doigt le rebord de l’ouverture.
- Eh, tu fais quoi ?
« Tu me l’as demandé, et il est vrai que j’éprouve une grande curiosité… »
Il passa un outil à-travers l’ouverture :
« Aucune réaction… »

Il était toujours méfiant. Je pouvais sentir qu’il trouillait sous ses airs de Vulcain cool :
- Tu comptes faire comment pour l’étudier ?
« Il y a des composants fort intéressants au-delà de cette ouverture. »
- Comment tu peux le savoir ?
« Ils émettent une signature particulière… Je perçois une fonction bien précise… »

Il secoua la tête :
« Ce n’est pas une sonde de guerre. C’est une machine scientifique. Mais à quoi peut-elle servir ? »
- A analyser des trucs, un peu comme celle qui a rendu mon Reg’ super-intelligent… ?
« A quelle sonde fais-tu allusion ? »
- Ben, mon p’tit-fils m’a raconté qu’une sonde alien lui avait donné une intelligence absolue…

Raejian parut d’autant plus fasciné par l’engin devant nous :
« Que peux-tu me dire d’autre ? »
- Eh bien, en fait, c’était une sonde qui explorait l’Univers à la place de ceux qui l’ont fabriquée.
« Passionnant… Il se pourrait que ceci soit d’une utilité similaire… »
- Je n’en sais pas plus, on n’en a parlé qu’une fois…

 

 

 

Raejian passa juste l’index dans l’ouverture, un peu tremblant :
« La logique voudrait que je ne me risque pas… »
- Au diable, la logique ! Tu veux faire quoi, toi ?
Il grinça des dents, partagé entre la logique et la curiosité :
« Très bien ! »

Il passa le bras dans l’ouverture et sourcilla :
« Il n’y a rien… »
Tching.
Il ouvrit la bouche comme s’il hurlait de douleur, essayant de retirer son bras : l’engin s’était refermé sur lui, et chaque tentative pour se dégager le faisait saigner.

Je n’avais encore jamais vu de sang de Vulcain autrement que dans les bouquins, et c’est assez impressionnant, cette rivière vert émeraude…
- Tu vas t’ouvrir les veines, si tu continues, calme-toi !
Je voyais bien qu’il souffrait, mais je ne savais pas du tout quoi faire. Il écouta mon conseil et parut moins saigner, tout-à-coup.

La machine bipa en continu pendant quelques minutes, et Raejian parut s’assoupir.
- Eh, ça va… ? Raejian… Oh non… T’es pas mort, hein ?! Eh !
Tching.
La machine venait de le relâcher. Je l’ai allongé, la tête sur mes genoux :
- Raejian… Eh, mon p’tit Vulcain d’amour…

Je n’avais pas vraiment envie de rire : il ne réagissait pas. Je lui ai pris la main :
- S’il-te-plait, réponds-moi…
Il ne saignait même plus, comme s’il était déjà mort…
- Oh non… Il est encore plus glacé que d’habitude…
- Je te l’ai déjà dit, la température corporelle des Vulcains est plus basse que celle des humains.



J’ai lâché sa main, surpris d’entendre le son de sa voix en-dehors de ma caboche :
- Raejian ?
Il ouvrit les yeux : ses iris étaient devenus aussi verts que son sang.
- Eh dis… Il y a un truc bizarre avec toi…
- Je ne vois pas de quoi tu parles.

Evidemment qu’il ne le voyait pas…
- Mais tu peux l’entendre, non ?
- Que veux-tu dire ?
- Tu parles, Raejian ! Tu n’es plus muet, tu t’en es rendu compte ?
- Totalement absurde… Oh… Je souffre d’un étrange mal de gorge…

Il était né muet, pas étonnant que ça lui fasse mal de parler pour la première fois.
- Je te jure, tu parles…
Entreprise à navette. Répondez, que s’est-il passé ?
- Ici l’Enseigne Murdock. Je… Je sais pas comment expliquer ça… La sonde a… « agressé » l’Enseigne Glex… Et… Enfin, il a changé…

Le Manitou Jean-Luc parut s’impatienter à l’autre bout des ondes subspatiales :
Soyez plus précis : quel type d’agression, et quel type de changement ?
- Euh… Elle s’est refermée sur son poignet, l’a fait saigner à blanc… Et pour les changements, ben, c’est plutôt physique, faudrait que vous voyiez ça…
Revenez sur le vaisseau avec la sonde, le Docteur Crusher examinera l’Enseigne Glex.

Raejian ramenait déjà la sonde à bord de la navette.
- Bien, la sonde est en cours de chargement. Murdock, terminé.
J’ai refermé les portes après Raejian, me tournant vers lui :
- Eh, dis… Tu te sens bien ?
- Un peu engourdi, et encore ce mal de gorge… Mais sinon, je vais bien. Sois tranquille…

 

- Je ne comprends pas comment une telle chose est possible.
- C’est pas grave, au moins ? Il est pas malade ?
- Au contraire, il est guéri. Pour une raison que j’ignore, le mutisme inscrit dans ses gènes Betazoïdes a disparu…
- Alors, c’est sa moitié Betazoïde qui le rendait muet ?

La doctoresse acquiesça :
- Toute affection génétique n’est présente que sur un seul et unique gène, et le gène affecté a disparu de son ADN.
- Et pour ses yeux ? Ils étaient complètement noirs, j’en suis sûr…
- Je vais pousser mes examens, je vous informerai des résultats. Mais il n’est pas en danger.

J’ai remercié la doctoresse, tout de même un peu inquiet pour Raejian. Qu’il parle était une excellente chose, mais pourquoi avait-il changé comme ça ?
- Alors, grand-père, comment va-t-il ?
- Le docteur dit qu’il n’est pas en danger. Mais je ne sais même pas ce que cet engin lui a fait…
- Je comprends que cela t’inquiète. Fais confiance au Docteur Crusher…

La voix du Capitaine résonna à-travers les communicateurs du vaisseau :
Enseigne Murdock, au rapport sur la Passerelle.
- Bien reçu, Capitaine, j’arrive. Murdock, terminé.
- Je t’accompagne, je vais aussi sur la Passerelle.
Reginald appela leur ascenseur bizarre qu’ils appelaient « turbolift » et me laissa passer le premier.



Sur la Passerelle, le Manitou Jean-Luc serra la main de Reginald et me tapota l’épaule :
- Pour une première mission, cela semble s’être assez mal passé…
- Je vous le fais pas dire. J’aimerais bien savoir ce que cette sonde lui a fait.
Il s’assit dans son grand fauteuil de chef et hocha de la tête :
- Expliquez-moi le déroulement de la mission, Enseigne…

Je lui ai raconté l’histoire avec le plus de détails que je pus me rappeler, et il parut réfléchir :
- Donc, la sonde aurait exécuté une fonction automatique dès que l’Enseigne Glex a passé le bras dans son ouverture principale ?
- Vous croyez que c’était programmé pour faire ça ?
- Possible. Qu’en dit l’Enseigne Glex ?

J’ai haussé des épaules :
- En fait, il a toujours du mal à croire qu’il est capable de « dire » quoi que ce soit.
- Il serait assez curieux que cette sonde n’aie fait que détruire le gène responsable de son mutisme et coloré ses iris en vert.
- En effet, Monsieur Data.

Le robot aux yeux jaunes hasarda une théorie :
- Il s’agit peut-être d’une sorte de sonde de reprogrammation génétique.
- Parce que ça existe, ces trucs-là ?
- Nous savons que l’Enseigne Glex a vu son ADN modifié par la sonde, deux caractéristiques divergentes de son état d’origine nous le montrent de façon évidente.

 

 

 

 

 

 

Le Manitou Jean-Luc passa le doigt sur sa bouche :
- Oui… Mais pourquoi serait-elle restée inactive jusqu’à se trouver à proximité de l’Enseigne ?
- Je peux émettre l’hypothèse que la sonde a détecté une anomalie génétique chez l’Enseigne Glex, et que sa fonction potentielle serait de rééditer les gènes défectueux. Et pour répondre à l’Enseigne Murdock, une telle technologie est apparue sur Terre aux alentours du vingt-et-unième siècle.

Un siècle après qu’on m’ait congelé ?
- On nommait CRISPR la machine capable de rééditer les gènes. La technique n’était pas encore totalement au point, mais des civilisations extraterrestres peuvent l’avoir développée bien avant.
- Et que faisait ce truc à rééditer l’ADN en suspension dans l’espace ?
- Le vaisseau qui le transportait l’aura peut-être perdu, ou aura subi une attaque…

Le robot revint à sa console :
- Il n’est pas rare que certaines civilisations préfèrent désactiver et abandonner leurs technologies les plus précieuses, plutôt que de les laisser tomber entre les mains de leurs agresseurs.
- C’est bien joli, tout ça, mais comment peut-on savoir à quel point cet engin a…
Infirmerie à Passerelle. Les examens de l’Enseigne Glex sont terminés.

Le Manitou Jean-Luc répondit :
- Ici la Passerelle. Quelles sont les conclusions ?
Je vous conseille de venir ici… Avec le Commandeur Barclay et l’Enseigne Murdock.
- Très bien, nous arrivons. Picard, terminé.
Pour qu’elle ne le dise pas en public, ça devait être important…

Non… ?
- Ne t’inquiète pas, grand-père. Si c’était grave, elle l’aurait dit.
- Tu la connais mieux que moi… D’après toi, elle a trouvé quoi ?
- Silence, le Capitaine ne nous a pas donné la parole.
A propos de parole, je me demande comment se sentait Raejian…



Aussitôt entré à l’infirmerie, je le vis complètement figé sur la couchette.
- Que lui arrive-t-il ?
- La nouvelle que je lui ai annoncée l’a surpris.
- Il est comme ça depuis longtemps ?
- Environ vingt minutes.

J’ai posé la main sur la sienne :
- Raejian, mon p’tit Vulcain d’amour, ça va… ?
- Henri… Je suis à cent pour cent Vulcain
- C’est exact. Il semblerait que la sonde ait effectué la séparation de ses gènes, supprimant tous les gènes Betazoïdes de son ADN.

Le Manitou observa Raejian :
- Ce qui explique ces modifications notables…
- En effet. Les iris intégralement noirs sont une caractéristique des Betazoïdes, et le seul gène responsable de son mutisme était également Betazoïde.
- Et vous pensez que ces changements sont stables ?

Le Docteur haussa des épaules :
- Rien ne permet de le dire, pour le moment…
- Eh, ça veut dire quoi ? Il risque de mourir, ou quoi ?
- Il lui manque une bonne partie de son ADN, si ce n’est la moitié, c’est bien cela ?
- Non. En fait, son ADN de Vulcain est complet.

 

 

 

 

 

 

Raejian cligna des yeux :
- La sonde a extrapolé sur la base de mes gènes Vulcains et complété mes séquences ADN en remplacement des gènes Betazoïdes.
- C’est ce qui semble s’être produit. J’ignore si cela aura un effet quelconque sur son organisme, sur le long terme… Mais la sonde a été capable de faire de lui un Vulcain complet.

J’ai haussé des épaules :
- Elle ne pouvait pas juste corriger le gène qui déconnait ? A quoi ça peut servir de détruire tout ce qu’il y avait de Betazoïde, pour ne laisser que du Vulcain ?
- Je l’ignore, mais c’est probablement ainsi que la sonde a été programmée.
- Puis-je sortir de l’infirmerie, docteur Crusher ?

Elle acquiesça, me laissant lui prendre la main pour l’accompagner vers le couloir.
- Comment tu te sens, alors ?
- C’est étrange de sentir mes cordes vocales vibrer… Et j’ai perdu mon empathie de Betazoïde… Mais je me sens plus calme, justement…
- Tant mieux. Dis, ça te fait quoi de savoir que tu es totalement Vulcain ?

Raejian me prit la main :
- Rien de particulier. Je ne me sens pas fondamentalement différent…
- Ah ? Alors, pourquoi tu es resté figé pendant vingt minutes ?
- J’étais fasciné par les implications scientifiques et philosophiques de la situation.
- Je vois… Eh, tu vas où ?

Il venait de changer de direction, me lâchant la main :
- A la navette. Je veux poursuivre l’étude de la sonde.
- Mais tu n’en as pas reçu l’ordre !
- Tous les Vulcains n’ont pas un problème d’obéissance compulsive… Et même si génétiquement, je suis à cent pour cent Vulcain, je n’ai pas changé psychiquement.



Quelle tête de mule ! Mais c’est comme ça que je l’ai connu, non… ?
- Attends-moi !
Le Klingon était encore en salle de chargement, à garder la navette avec son gros phaser.
- Il n’y a pas d’ordre d’embarquement vous concernant.
- Il y a probablement erreur, je vais vous le présenter…

Il fouilla sa poche, et comme le Klingon se penchait, il le « neutralisa » de l’autre main.
- Bon sang, mais qu’est-ce-qui te prend ?
- Il allait m’empêcher d’approcher la sonde, je devais agir en conséquence.
- Arrête tout de suite, le Manitou Jean-Luc ne va pas apprécier ta conduite.
- Je ne m’inquiète pas du « Manitou Jean-Luc ». Cette sonde est potentiellement dangereuse.

Il monta à bord, me laissant tout juste le temps de le suivre :
- Dangereuse ? Comment ça ?
- Une sonde capable de supprimer des gènes peut tuer. Si son programme ne fonctionne pas correctement, elle peut décider de supprimer tous les gènes de sa victime.
- Ah oui… Et ça, c’est… Potentiellement dangereux…

Il commença à fouiller la sonde, mais elle semblait totalement désactivée.
- Tu crois que tu arriveras à quelque chose ? Tu ne la fais plus réagir…
- Parfaitement logique, elle a supprimé mes défaillances génétiques. Je ne représente plus une erreur de la nature à corriger, pour elle.
- C’est comme ça que tu te vois… ?

 

 

 

 

 

Une erreur de la nature…
- Mes parents me l’ont répété durant toute mon enfance. Maintenant que je suis normal, je peux totalement oublier cette partie de mon histoire.
- Tu étais juste muet, et ils ne voulaient pas te dire que tu étais à-moitié Vulcain ! Tu n’étais pas anormal du tout !

Raejian me dévisagea :
- Parce que je suis anormal, maintenant ?
J’ai croisé les bras :
- Pour moi, tu ne l’as jamais été. Ni avant, ni maintenant.
Il me serra brutalement dans ses bras, un peu tremblant.

Je lui ai tapoté l’épaule, sentant une larme couler.
- Tu es le premier à m’avoir dit que je suis normal… Tu ne sais pas ce que ça signifie pour moi…
- Oh si… Tu peux me croire, je le sais…
- Bon… Je… Je vais continuer d’étudier cette sonde…
Je l’ai embrassé avant de le relâcher : il était tout chamboulé, il fallait bien que je le calme…

Il fouilla la sonde encore dix minutes, et une équipe de sécurité encercla la navette :
- Sortez sans opposer de résistance, sur ordre du Capitaine !
- Eh, Raejian, ça chauffe un peu, là…
- Essaie de gagner du temps, j’atteins le cœur des systèmes…
- Gagner du temps ? Pour ça, j’suis champion !

Je suis sorti de la navette, levant les bras en l’air :
- Eh, les gars, on est cool, hein ! On fait rien d’mal !
- L’Enseigne Glex a agressé le Lieutenant Worf, et vous le soutenez, vous serez sanctionnés.
J’ai sauté hors de la navette, courant vers l’extérieur de la salle de chargement :
- Okay, j’me rends, mais d’abord, faudra m’attraper !!!



Je regardais derrière moi tandis que je courais : ils étaient tous après moi, mission accomplie ! Restait plus qu’à trouver un point de repli… Là !
- Ciao, les gars !
J’ai foncé vers le Holodeck 3 :
- Ordinateur, enclenche le programme dédié à Henri M. Murdock !

Les portes se refermèrent derrière moi.
Programme en cours d’ouverture.
La jungle Amazonienne prit forme autour de moi. J’ai couru afin de me cacher :
- Ordinateur, refuse toute modification ou suspension du programme que je n’aie pas ordonnée.
Restriction d’accès appliquée.

Alors que je grimpais à un arbre géant, je vis une ouverture sur le couloir au loin :
- Il est entré ici !
- Ordinateur, coupe le programme.
Accès aux modifications et suspensions du programme en cours restreint. Commande refusée.
- Nous allons être obligés de le chercher.

Je profitais qu’ils entraient pour les compter : il n’en manquait pas un seul, Raejian pouvait travailler tranquille…
- Hello, les gars !
- Il est là-haut ! Attrapons-le !
- Désolé, mais ici, c’est mon territoire ! Je le connais comme mes All Stars, alors, Ciao !

 

 

 

 

J’ai sauté de branche en branche pour arriver sur un arbre voisin :
- Alors, vous abandonnez déjà ?
- Laissons-le batifoler, l’Enseigne Glex est dans la navette. C’est lui qu’il faut attraper en priorité.
Zut, le plan tombe à l’eau…
- Ordinateur, verrouille les portes du Holodeck.

Les portes se refermèrent.
- Ordinateur, ne rouvre les portes du Holodeck que sur mon ordre.
Restriction d’accès à l’ouverture des portes appliquée.
- Restriction d’accès ?
- Eh ouais, désolé les gars, mais vous allez me t’nir un peu compagnie.

J’ai sauté sur une autre branche pour éviter un tir de phaser :
- Ordinateur, contacte l’Enseigne Raejian Glex.
Connexion établie.
- Mon p’tit Vulcain, dis-moi que t’as fini, ça commence à chauffer pour moi !
J’ai atteint le cœur du système. C’est plus grave que je ne pensais.

J’ai encore sauté, évitant un autre tir de justesse :
- « Plus grave » dans quel sens ?
Elle est programmée pour supprimer toute anomalie. Elle a considéré à l’évidence que l’ambivalence de mon origine était une anomalie en elle-même.
- Alors, ça peut tuer ?

Ouhlà, c’était pas loin !
Est-ce qu’ils te tirent dessus ?
- Oui, et je tiens pas à tomber raide de mon cocotier !
Leurs phasers sont réglés sur « paralysie », ça ne te tuera pas.
- Peut-être pas le phaser, mais la chute, oui !



Ouah ! A un cheveu près !
Pour répondre à ta question, elle peut tuer, oui. Si elle décide que l’ADN de sa victime est une anomalie en elle-même, et que la victime n’est pas un hybride, elle peut mourir désintégrée chromosome par chromosome.
- En effet, ça peut tuer ! WAAAAH !

Je me suis rattrapé à une branche : j’avais perdu l’équilibre un quart de seconde de trop.
Tout va bien, Henri ?
- Oui, t’en fais pas…
Rejoins-moi, je peux justifier nos actes à-présent.
- Okay, mon p’tit Vulcain d’amour, j’arrive !

Je réussis à retourner au sol :
- Ordinateur, interromps le programme en cours, et ouvre les portes !
Programme interrompu.
Les portes apparurent et s’ouvrirent. Je me trouvais face au groupe de sécurité, dans cette petite pièce pleine de carrés…

J’étais plus près qu’eux de la porte. Décidément, c’est à en perdre le sens de l’orientation… J’ai fait un pied-de-nez au Klingon :
- Ciao, les gars !
J’ai couru de nouveau en direction de la salle de chargement :
- Je suis là, Raejian !

Je remontais à bord de la navette :
- Je possède tous les éléments pour justifier de l’urgence de ma démarche.
- Excellente nouvelle, héhé… Et si tu disais ça aux types qui ont les phasers ?
- Suivez-nous sans opposer d’avantage de résistance…
- Nous vous suivons, messieurs. Permettez que je formule une requête.

Le Klingon tenait Raejian en joue. C’était la première fois qu’un Vulcain le neutralisait, ou quoi ?
- Formulez.
- Je demande à ce que la sonde soit emportée avec nous.
- Requête accordée.
- J’espère que tu es sûr de toi…

Raejian me prit la main :
« Je sais ce que je fais, Henri, sois tranquille… »
C’était réconfortant d’entendre de nouveau sa voix dans ma tête. J’en oubliais presque la situation :
- Je te fais confiance…
Je lui ai donné un baiser Vulcain discret, suivant l’équipe de sécurité…

Le Manitou Jean-Luc nous reçut dans son bureau, très agacé :
- Bien, j’ai fait l’impasse sur la libération de Monsieur Murdock, mais là, vous allez m’expliquer pourquoi vous avez agressé mon chef de la Sécurité, alors qu’il aurait été simple de me demander une autorisation pour étudier la sonde !
- Il y avait urgence, Capitaine. La sonde est dangereuse.

Le Capitaine acquiesça :
- Dangereuse à quel point ?
- Mortelle. Elle peut détruire intégralement l’ADN de tout être vivant en contact avec son processeur central. Si je n’avais pas été un hybride, elle aurait pu tout aussi bien me tuer.
- Quelles preuves avez-vous pour m’en convaincre ?



Raejian haussa des épaules :
- Toutes les preuves dont j’ai besoin pour cela se trouvent sur la sonde elle-même… Que j’ai demandé à faire apporter ici.
Il posa la main sur la sonde :
- Ceci n’est pas un reprogrammateur génétique. Il détruit les anomalies, mais ne les corrige pas.

Il montra l’ouverture :
- Il me faudrait un être hybride pour prouver ce que j’avance… Un hybride spécial…
- A qui pensez-vous ?
- Le Lieutenant-Commandeur Data.
- Et vous croyez que je vais lui demander de mettre la main dans cette sonde mortelle ?

Raejian sourit étrangement :
- Elle ne le tuera pas plus qu’elle ne m’a tué, moi… Je vous le garantis…
- Bien… Data, venez dans mon bureau.
J’arrive immédiatement, Capitaine.
L’on sonna à-peine cinq secondes plus tard.

Le Manitou Jean-Luc le laissa entrer, et Raejian lui expliqua ce qu’il attendait de lui.
- Je saisis l’intérêt de l’expérimentation, mais quels sont les risques ?
- Une désintégration partielle de vos tissus vivants. Mais vous n’en mourrez pas, c’est pour cela que je vous ai désigné.
- Bien, si je suis le seul à pouvoir survivre à cette expérience…

Le robot passa le bras dans l’ouverture, mais rien ne se produisit.
- Eh bien… Il n’y a probablement aucun défaut dans votre ADN de base…
- Je vous ferai remarquer que ma présence n’active en rien le programme de la sonde, Enseigne Glex, aussi n’est-il pas étonnant qu’elle ne réagisse pas d’avantage maintenant.
- Oui, c’est plutôt logique… Mais j’ai une autre idée à soumettre…

Il s’avança vers le Manitou et déclara :
- Exposez-moi à des radiations nocives dans une salle hermétique, et téléportez la sonde après décontamination dans la salle.
- Hein ? Tu veux te faire irradier ?
- Si mon ADN est détérioré, ma présence activera la sonde, qui tentera de supprimer les anomalies.

Je lui ai pris la main : il n’était pas sérieux, c’est pas vrai…
- Tu peux pas faire ça, dis-moi que tu déconnes…
- Capitaine, je tiens à prouver ce que j’avance. Et je ne demanderai à personne de faire cela à ma…
- Moi, je vais le faire ! Irradiez-moi à sa place !
- Les Vulcains sont plus résistants que les humains. La logique veut que je sois exposé, et non toi.

Je lui ai lâché la main, croisant les bras :
- Toi et ta stupide logique ! Tu es une vraie tête de mule !
- Informez le Docteur Crusher qu’elle devra soigner un irradié. Et que la téléportation se tienne prête à recevoir la sonde. Accompagnez l’Enseigne Glex jusqu’à la salle de chargement 4.
- Bien, monsieur.

Le Klingon escorta Raejian, qui marchait si vite que je parvenais à-peine à le suivre :
- Ne fais pas ça… Il y a un autre moyen, non ?
- Je crains que non, Henri… Et il est trop tard pour reculer, je perdrais toute crédibilité.
- J’espère vraiment que tu es sûr de ta théorie…
- Je suis sûr à quatre-vingt pour cent. Il reste des probabilités élevées pour que je meure irradié.



On le fit entrer dans une pièce hermétique, m’obligeant à rester en retrait :
- Et c’est censé me rassurer, ça… ?
Raejian se tint debout, immobile, au centre de la pièce, et un ingénieur en combi se présenta :
- Je viens procéder à l’irradiation. Veuillez vous mettre à l’écart…
On me fit encore reculer, et l’ingénieur pianota sur le tableau de commandes.

Je n’arrivais pas à croire que je laissais faire ça… Mais c’était Raejian, et je ne pouvais pas lui refuser grand-chose. De toute façon, que je sois d’accord ou non, il s’en fichait…
- J’augmente de dix pour cent.
Raejian était toujours debout.
- Aucune réaction notable de l’organisme. J’augmente de vingt pour cent.

Raejian ne bougeait pas.
- Aucune réaction. La surveillance de l’ADN ne révèle rien. J’augmente de trente pour cent.
L’ingénieur pianota :
- Aucune réaction. L’ADN est stable. J’augmente de quarante pour cent.
Passez directement à soixante-dix pour cent.

Je pense que tout le monde resta interdit quelques instants dans la salle :
- Soixante-dix pour cent ?! Vous êtes sûr ?
Ne perdons pas de temps. Allez à soixante-dix pour cent.
- Bien… J’augmente de soixante-dix pour cent.
Raejian resta impassible…

 

 

 

 

 

 

Et les parois devinrent opaques !
- Eh, que s’passe-t-il ?
- Cette augmentation du taux de radiations fait courir un risque. J’ai dû bloquer la transmission visuelle pour des raisons de sécurité. Enseigne Glex, vous m’entendez toujours ?
Bien sûr que je vous entends. Je ne suis ni sourd, ni muet.

Je sentais de l’agacement dans sa voix. Etait-il affecté par les radiations ou seulement impatient ?
- L’ADN commence à se déstructurer. L’organisme ne semble pas réagir…
Augmentez à quatre-vingt pour cent.
- Vous avez entendu ce que j’ai dit ? Votre ADN perd sa structure initiale !
Et moi, j’ai dit d’augmenter !

L’ingénieur croisa les bras :
- Je ne peux pas. Votre ADN risque de se désintégrer totalement.
Alors, préparez la décontamination, et augmentez !
- Bien, c’est vous qui décidez…
- ARRETEZ !!!

L’ingénieur se tourna vers moi :
- Pourquoi ?
- Il n’est pas maître de lui-même ! Il ne s’arrêtera pas !
- Vous en êtes sûr ?
- Oui ! Décontaminez la pièce, et faites téléporter la sonde !

L’ingénieur se sentit visiblement soulagé que quelqu’un intervienne, et arrêta les radiations :
Ne te mêle pas de ça, Henri ! Augmentez !
- Raejian, ton ADN se déforme ! Il suffit d’attendre que les radiations le compromettent assez !
Je ne veux pas attendre !
- Raejian, tu es à cent pour cent Vulcain, et cette démarche est profondément IL-LO-GI-QUE !



Raejian ne répondit pas.
- Eh, ça va… ?
Clong.
- Qu’est-c’qui s’passe ?!
- Je l’ignore, la décontamination n’est pas encore terminée… Enseigne Glex ?

Aucune réponse. Les parois redevinrent translucides :
- Raejian !
Il était par terre, complètement inerte. Je me suis précipité vers la pièce hermétique :
- Raejian, ça va… ?
- Je crois qu’il est inconscient, monsieur… Téléportation, envoyez la sonde !

Oh non… J’étais arrivé trop tard…
Ici la téléportation, nous envoyons la sonde dans la pièce hermétique.
- Le plan était prévu pour qu’il s’occupe lui-même d’interagir avec la sonde de la façon appropriée. Dans son état, il ne pourra pas le faire…
- Moi, je sais ce qu’il comptait faire. Passez-moi une combi, j’y vais.

L’ingénieur me donna une combi toute neuve et me laissa entrer :
La sonde est à l’intérieur. Vous pouvez procéder.
- Bien compris.
Je me suis approché de Raejian : il ne bougeait plus du tout. J’ai pris son pouls :
« Il bat encore… Raejian, tu m’entends ? »

 

 

 

 

 

 

J’ai senti un léger choc électrique :
« Je me sens si faible… Que s’est-il passé... »
« Je crois que tu étais sous contrôle, tu as failli y passer… »
« Je me souviens juste d’avoir passé le bras dans la sonde… Et cette douleur au bras… »
« Quoi ? C’est tout ce dont tu te rappelles ? »

Que faire ? Je ne pouvais pas lui remettre le bras dans cet engin, et le condamner à être de nouveau le zombie téléguidé de ces aliens !
« Tu as parfaitement raison, Henri… Je pourrais compromettre la sécurité du vaisseau… »
« Là, tu es logique… Mais il doit bien y avoir un moyen… »
« Sors avec la sonde, le Docteur Crusher pourra me soigner… »

Je lui ai serré la main :
« Tu en es sûr ? »
« A trente-sept pour cent… »
« Pas suffisant. »
« Henri… Mes chances sont peut-être peu élevées, mais… »

Je me suis relevé :
- Dites au Docteur Crusher d’établir un champ de force à l’infirmerie, et prévenez la téléportation qu’il faudra envoyer l’Enseigne Glex dans ce champ de force !
Bien compris, je relaie les indications.
« Henri… Que comptes-tu faire… »

Je lui ai pris l’autre main :
« Je vais faire la seule chose logique à faire… »
Je lui ai mis le bras droit directement dans l’ouverture de la sonde :
« Je vais te sauver la vie et empêcher que tu ne la mettes en danger de nouveau ! »
L’infirmerie et la téléportation sont prêts, monsieur…



J’ai regardé le bras de Raejian : la sonde le maintenait encore.
- C’est pas encore fini, attendez.
Nous restons en attente de l’ordre de téléportation.
« Merci, Henri… J’ignore ce que j’ai fait, mais je n’ose l’imaginer… »
« Je te raconterai tout ça, mais j’expliquerai tout au Manitou Jean-Luc, te tracasse pas… »

Raejian tressaillit télépathiquement :
« Le Capitaine… Ce doit être d’une gravité… »
« Raejian, tu es encore avec moi ? »
La sonde venait de le relâcher. Elle l’avait sans doute endormi comme la première fois.
- Initiez la téléportation de l’Enseigne Glex !

J’ai donné un baiser Vulcain à Raejian avant qu’il ne disparaisse :
- Je m’occupe du Manitou… Guéris, c’est tout ce que je te demande…
Vous allez être décontaminé avant de quitter la pièce hermétique et votre combinaison.
- Okay, ça marche !
J’ai attendu au moins une bonne heure, assis, les bras croisés…

Et l’ingénieur se manifesta :
Vous pouvez sortir, monsieur.
- C’est pas trop tôt ! Infirmerie, ici l’Enseigne Murdock, comment ça se passe ?
L’Enseigne Glex est sous sédatifs, son ADN se régénère de façon encourageante.
- Je peux venir le voir ?

J’étais déjà en chemin, mais je posais la question pour la forme.
Cela ne présente aucun risque. Mais il est sous sédatifs, je vous le rappelle.
- J’ai bien entendu.
J’ai passé les portes de l’infirmerie, accourant auprès de Raejian :
- Alors, Docteur Crusher, comment va-t-il ?

La doctoresse sourit -un peu pour me rassurer, je le sentais- :
- Je vais vous montrer la surveillance de son ADN, ce sera plus simple et parlant.
Elle me désigna un écran :
- Voici sa séquence ADN lorsque j’ai déterminé qu’il était à cent pour cent Vulcain. Ici, c’est au moment où il est arrivé dans le champ de force… Là, c’est sa séquence ADN il y a cinq minutes.

C’était assez rapide, en effet :
- Alors, la sonde ne corrige pas les anomalies pendant l’interaction ?
- Non, il semblerait qu’elle envoie des sortes de sondes microscopiques dans le corps…
- Des nano-sondes ?
- Capitaine… ?

Le Manitou était entré dans l’infirmerie :
- Le Lieutenant Worf m’a expliqué que l’Enseigne Glex était apparemment sous le contrôle de la sonde extraterrestre. Selon vos dires… Et ce détail sur les nano-sondes le confirme…
- C’est quoi, une nano-sonde ?
- De la technologie qui nous est connue. Qui m’est intimement connue…

La doctoresse acquiesça :
- Oui, Capitaine… Cette sonde est un appareil Borg.
- Euh… C’est quoi, un Borg ?
- Le consommateur ultime. Il assimile et ingère technologie, entités vivantes, cultures…
- Et ça assimile l’Enseigne Glex ?



Le Manitou me tapota l’épaule :
- Vous n’avez pas idée de ce qu’est l’assimilation par les Borg. J’ignore pourquoi cette sonde corrige les anomalies génétiques, mais ce que je sais, c’est que les Borgs ne tolèrent pas l’imperfection…
- Cet engin a cessé de contrôler Raejian tout à l’heure, ce n’est que temporaire… Hein ?
- Une assimilation n’est jamais temporaire. Quelque chose a affecté les nano-sondes.

C’était évident !
- Les radiations. Raejian commençait à être affecté par les radiations…
- Et les nano-sondes ont eu à maintenir de l’ADN en pleine désintégration…
- Alors, ça veut dire qu’on ne peut rien faire pour sauver l’Enseigne Glex ?
- Nous n’en savons pas assez pour le dire.

J’avais condamné Raejian en voulant le sauver…
- Vous connaissez ces trucs de Borgs… Vous savez comment la détruire…
- Je regrette, mais les nano-sondes affectent jusqu’aux chromosomes de leur victime.
Raejian avait dit qu’elle était dangereuse… Il n’était pas complètement contrôlé, en fait !
- Capitaine… Je crois que l’Enseigne Glex est capable de combattre ces nano-sondes…

Le Manitou me dévisagea.
- Il a voulu démontrer que la sonde était dangereuse, et se faire irradier était une façon pour lui de détruire la menace qui était en lui, parce qu’il avait conscience au fond qu’il était contrôlé !
- Nous ne pouvons pas prendre le risque qu’il ne se contrôle plus. Les Borgs sont dangereux et capables de retracer le signal de leurs appareils. Avoir la sonde ou l’Enseigne à bord…

 

 

Il tourna la tête vers Raejian, qui dormait encore :
- Ce champ de force est salutaire. J’ai fait placer la sonde dans un champ d’isolement, mais cela ne suffira pas : ils viendront chercher la sonde et l’Enseigne. Ils sont sûrement déjà sur nos traces.
- Ils vont prendre Raejian ?
- Ils l’ont assimilé une fois, et vous leur avez permis de l’assimiler une seconde fois. Ils le voudront.

Le Manitou fit un mouvement vers la porte.
- Capitaine ! Attendez…
- Oui, Enseigne ?
- Parlez-moi de l’assimilation… Et des Borgs… Je vous en prie…
- Bien… Mais pas ici. Dans mon bureau…

Je lui ai emboité le pas, et il verrouilla les portes de son bureau derrière nous :
- Je ne vais pas mâcher les mots, Monsieur Murdock. J’ai moi-même été assimilé par les Borgs.
- Vous… Alors, on peut le sauver ?
- Oui. Le Docteur Crusher sait ce qu’elle doit tenter en ce sens.
- Alors, l’assimilation, les Borgs… Vous pouvez m’en dire plus ?

Le Manitou acquiesça :
- Les Borgs forment un esprit collectif à-moitié biologique, à-moitié technologique.
- Comme le robot qui s’appelle Data ?
- Le Lieutenant-Commandeur est un androïde, il a été conçu ainsi. Les Borgs étaient tous à l’origine des êtres vivants, de chair et de sang, transformés de force en demi-machines…

J’ai acquiescé :
- Et l’assimilation, c’est quand ils transforment quelqu’un en demi-machine...
- En effet. C’est difficilement réversible, mais heureusement pour lui, l’Enseigne Glex n’est pas totalement assimilé. Le Docteur Crusher peut lui venir en aide.
- Elle arrivera à détruire ces nano-sondes ?



Le Manitou Jean-Luc hocha de la tête :
- Elle y arrivera. J’étais totalement assimilé, et je suis à ce jour un être humain.
- Merci, Capitaine.
- Les Borgs peuvent retracer et suivre le signal de leurs nano-sondes. Ils ne doivent pas être très loin du vaisseau, à l’heure qu’il est…

Brutalement, des lumières rouges clignotèrent dans tout le bureau, et une sirène un peu stressante me vrilla les tympans.
- Picard à la Passerelle, que se passe-t-il ?
Les Borgs, monsieur. Ils nous ont retrouvés.
- Bien reçu Commandeur, j’arrive immédiatement. Picard, terminé.

Il me pressa à le suivre, ordonnant l’ouverture des portes :
- Vous allez faire la rencontre des Borgs, Monsieur Murdock…
L’écran principal était connecté à bâbord arrière, et un énorme cube de métal qui ressemblait à un César défraîchi prenait toute la vue :
- Ceci est l’un de leurs vaisseaux les plus puissants… Un Cube Borg

Reginald était debout devant l’écran :
- Ah, monsieur… Je… Ils viennent d’apparaître… De nulle part…
- Cela leur ressemble bien. Data, ouvrez une fréquence de communication.
Le robot pianota :
- Fréquence ouverte.

Le Manitou se dressa, l’air parfaitement calme :
- Ici Jean-Luc Picard, Capitaine du vaisseau intergalactique Entreprise, représentant de la Fédération des Planètes Unies. Nous savons ce que vous venez chercher. Sachez que je ne permettrai pas que vous en preniez l’intégralité.
Vous serez assimilés. Toute résistance est inutile.

Le Manitou grinça :
- Mon vaisseau et sa technologie ne présentent aucun intérêt pour vous, laissez tomber ça. Nous téléporterons l’artefact de votre conception, et vous nous laisserez l’entité en cours d’assimilation.
La négociation est sans valeur. Vous serez assimilés.
- Dans ce cas, nous détruirons l’artefact et l’entité que vous êtes venus chercher.

J’ai fixé le Manitou de là où j’étais : détruire Raejian ? Il est pas sérieux ?
Initiez la téléportation du module de perfectionnement génétique.
Ah, c’est comme ça qu’ils l’appelaient ?
- Vous devrez attendre.
Il fit signe de rompre la communication.

Le Lieutenant Data le dévisageait :
- Capitaine, je crois déceler que vous avez un plan derrière cette négociation.
- L’Enseigne Glex a déterminé que cette sonde était dangereuse, et je m’en remets à son jugement éclairé sur les machines. Le fait qu’elle soit Borg ne m’encourage pas à la laisser entière. Picard à infirmerie, répondez, Docteur Crusher…

La doctoresse prit la parole :
Ici le Docteur Crusher, qu’y a-t-il, Capitaine ?
- J’ai besoin de l’Enseigne Glex conscient. Pouvez-vous le réveiller ?
Oui, bien sûr, il n’est plus en danger.
- Bien, procédez. Picard, terminé. Picard à salle des machines : écoutez attentivement…



L’artefact est transporté à la téléportation. Vous devrez attendre.
Cette négociation est sans valeur.
- Et la mener malgré cela n’a rien de logique.
La logique est sans valeur.
- Tout le monde n’est pas de cet avis.

Cette conversation tournait un peu court, mais le Manitou semblait vouloir gagner du temps.
Ici la téléportation. La sonde est prête.
- Bien reçu, initiez la téléportation. Picard, terminé. L’artefact sera rapidement à votre bord.
La sonde a été téléportée selon les paramètres établis, Capitaine.
- Bien reçu.

Le Cube se mit soudainement à tirer sur nous.
- La négociation s’est déroulée selon nos clauses !
Cette négociation était sans valeur. Vous serez assimilés.
- Je m’en doutais…
Capitaine, plus que vingt secondes.

Vingt secondes avant quoi ?
- Bien reçu, salle des machines. Data, paré à distorsion maximum.
Presque aussitôt, le Cube explosa.
- Data, entrée en distorsion !
- Distorsion initiée, Capitaine.

 

 

 

 

 

Le Vaisseau fila à-travers l’espace, et le Manitou Jean-Luc contacta l’infirmerie :
- Docteur Crusher, comment se porte l’Enseigne Glex ?
Il est sous sédatifs légers. Le processus d’inversion s’annonce bien, il combat à lui tout seul l’effet de l’assimilation avec une force mentale surprenante. Il peut recevoir des visites.
- Bien reçu. Picard, terminé.

Le Manitou me sourit :
- Allez-y, Enseigne Murdock. Le Docteur le permet.
- Merci, Cap’taine !
Je me suis précipité vers l’infirmerie. Raejian était encore dans un champ de force :
- Mon p’tit Vulcain… Tout va bien ?

Raejian acquiesça :
- Je serai bientôt sauvé… Grâce à toi.
- J’ai failli te faire assimiler, ouais…
- Sans ton intervention, les radiations m’auraient tué. L’assimilation est apparemment réversible, mais pas la mort.

Je me suis approché du champ de force :
- Dis, tu sais ce qui s’est passé avec le Cube ?
Il se massa le poignet : les stigmates de sa seconde assimilation étaient encore visibles.
- On m’a réveillé pour obtenir mon expertise au sujet de la sonde. Elloran a pu placer un engin hautement explosif à l’intérieur de la sonde en toute sécurité…

Le Docteur leva le champ de force :
- Cet engin était programmé pour se déclencher durant la téléportation et exploser à bord du Cube. Enseigne Glex, si vous ressentez les symptômes que je vous ai décrits à l’avenir, revenez me voir.
- Entendu, Docteur Crusher. Henri…
Raejian m’accorda un double-baiser et m’incita à le suivre hors de l’infirmerie…
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MessageSujet: Chapitre 5 : Vie de Drone   Dim 10 Aoû 2014, 21:36

Les Borgs n’en resteront pas là. Leur vaisseau n’a subi que des dommages mineurs, il est probablement en pleine reconstruction. Nous n’avons fait que les ralentir pour leur échapper. »
« Tu as l’air de bien les connaître… »
« Disons que… L’Entreprise les a déjà affrontés. Le Capitaine a même été l’un d’eux. »
« Il a été assimilé ? »

J’ai acquiescé. Elloran n’avait pas la moindre idée de ce dont les Borgs étaient capables.
« En effet… Mais le Docteur Crusher l’a sauvé, et… »
- Commandeur Barclay.
- Euh… Oui, monsieur… ?
- Si l’Enseigne Glex est dans ses parages, dites au Sous-Lieutenant Werm que j’ai besoin de lui.

Le Capitaine ne prenait même plus la peine de contacter Elloran ou Raejian quand j’étais sur la Passerelle à ses côtés. Certes, c’était bien pratique…
« J’ai entendu, Reginald. Raejian n’est pas en salle des machines. »
« Mais où est-il ? »
« Probablement en train de réparer un relais défectueux. »

J’ai soupiré :
« Tu l’as contacté, au moins ? »
« Oui, mais il ne me répond pas. »
« Tu as tenté de contacter mon grand-père ? Il sait peut-être où il est, lui… »
« Qu’est-ce-qui te fait penser ça… ? »

 

 

 

 

 

 

- C’était une idée du tonnerre !
- J’ai toujours de très bonnes idées, Henri, tu le sais…
- Tu crois qu’ils vont le remarquer ?
- J’évalue les chances pour que nous nous fassions prendre à quatre-vingt-quinze pour cent.
- Autant que ça ?

Il posa l’index et le majeur sur les miens :
« Mais c’est justement ça, le plus amusant ! »
Nous l’avions pensé en même temps.
« Henri, nous avons besoin de Raejian sur la Passerelle. L’avez-vous vu ? »
- Que se passe-t-il ?

J’avais tressailli : je n’étais pas encore tout-à-fait habitué à entendre une autre voix que celle de Raejian dans ma tête :
- Elloran me contacte. Il dit qu’ils ont besoin de toi sur la Passerelle…
Raejian grinça :
- Oh, ce qu’ils m’ennuient ! Ils ne peuvent pas utiliser les communicateurs, comme tout le monde ?

Il se releva et pressa son communicateur pour appuyer son opinion :
- Ici l’Enseigne Glex, je répare un relais défaillant d’une navette en salle de chargement 4.
Comment se fait-il que vous soyez informé de notre communication ?
- La défaillance m’a été signalée par l’Enseigne Murdock, je travaille avec lui là-dessus.
Présentez-vous au plus vite sur la Passerelle. Votre expertise est requise par le Capitaine.

Raejian était de plus en plus agacé, je le sentais :
- Bien reçu, je fais vite. Glex, terminé.
- Tu vas vraiment faire vite ?
- Tu veux rire ? On n’a pas eu une seconde ensemble depuis des mois, et il faudrait que je me précipite comme un petit toutou obéissant dès qu’on m’appelle ? Ils peuvent attendre…



Il ne devrait plus tarder, monsieur… C’est un excellent réparateur…
- Enseigne Glex au rapport, Capitaine.
- Ah, vous avez pris votre temps. Vous ne savez donc pas que nous sommes en guerre ouverte ?
- Contre les Borgs ?
- Exactement.

J’ai croisé les mains dans mon dos : contrôle, contrôle… Restons calme…
- Je l’avais remarqué, Capitaine.
- Vous avez étudié le module de Perfectionnement Génétique. Vous avez eu accès à la technologie Borg et l’avez donc comprise. Seriez-vous capable de la saboter ?
- Je répare, Capitaine. Je ne détruis pas.

Le Capitaine me dévisagea : mon attitude ne lui plaisait pas, mais c’était bien de sa faute.
- Eh bien, vous changerez un peu de fonction, pour une fois. Nous avons balayé le secteur, et il semblerait que pas moins de cent cinquante signatures de distorsion Borg partent de différents points éloignés pour se disperser dans les environs. Nous sommes dans un véritable nid.
- J’évalue les probabilités pour qu’ils reviennent dans cette zone à quatre-vingt-dix-huit pour cent.

Le Capitaine sourcilla :
- Comment pouvez-vous être aussi catégorique ?
- Le nombre de signatures, les attaques que nous avons déjà évité de justesse, l’explosion de l’un de leurs meilleurs vaisseaux ainsi que la destruction d’un module d’une technologie qu’ils venaient tout juste de mettre au point…

 

 

 

 

 

 

Là, je l’avais bluffé.
- Qu’ils venaient de mettre au point ?
- Le module de Perfectionnement Génétique était un prototype destiné à être reproduit et testé à large échelle dans la Ruche. J’ai pu déterminer qu’il a été mis en service très récemment.
- Je suis surpris que vous ne m’en ayez rien dit auparavant.

J’ai haussé des épaules :
- Toute mon expertise a été retenue pendant des mois pour réparer les défaillances sur divers relais et approximativement tous les ponts du vaisseau, durant les différents face-à-face impromptus.
- Cela sonne comme un reproche.
- Je n’ai pu bénéficier que de cinq heures de sommeil par semaine depuis ce temps.

Je gardais les mains croisées dans mon dos :
- J’ai fait état de ceci dans mon rapport. Si vous souhaitez vérifier, j’en serais ravi.
- Je vous crois sur parole. La franchise des Vulcains est légendaire.
Sauf que je n’ai pas toujours été à cent pour cent Vulcain, il a tendance à l’oublier… Mais il est vrai que je n’avais pas beaucoup dormi…

Le Capitaine parut réfléchir :
- Bien, alors je vous le redemande : seriez-vous capable de saboter la technologie Borg ?
- Dans l’absolu, oui.
- Très bien. Nous allons tenter une attaque discrète sur un des vaisseaux Borgs. Et vous ferez partie du corps expéditionnaire chargé de cette mission.

J’ai serré les doigts :
- Et qui d’autre en fera partie ?
- L’Enseigne Murdock pilotera une navette furtive basée sur vos travaux sur nos boucliers.
- Je n’ai pas été tenu informé de cette utilisation de mes travaux.
- Vos travaux sur ce vaisseau lui appartiennent. Le Sous-Lieutenant Werm supervisera.



Elloran ? Que pouvait-il avoir de spécial qui fasse de lui le chef du commando ?
- Sa capacité à vous relier télépathiquement tous les quatre sera utile pour une attaque discrète.
- Tous les quatre ? Cela signifie-t-il que le Commandeur fera partie de l’expédition ?
- Il est hors de question de défaire le tandem que lui et le Sous-Lieutenant forment. Ils sont trop efficaces ensemble pour se permettre le luxe de les séparer.

J’ai serré les doigts : il semblait sous-entendre que celui que je formais avec Henri n’était pas aussi performant que le leur.
- Et qui d’autre en fera partie ?
- Le Lieutenant-Commandeur Data. Il a lui-même été assimilé, et en tant qu’androïde, il pourra s’interposer pour vous protéger en cas d’affrontement. Il s’est porté volontaire sur ces critères.

Ce sera tout, alors… Cinq membres de Starfleet contre un vaisseau Borg, et par extension, la Ruche toute entière…
- Bien, Capitaine.
- Rompez, Enseigne.
Je me suis retiré, allant directement en salle de chargement pour informer Henri de la situation…

***


- Vous avez donc décidé de nous servir de bouclier humain…
- Cette formulation des faits est incorrecte. Je ne suis pas humain. Je suis un androïde.
- Disons un bouclier vivant, alors. Cela ne vous chagrine pas ?
- Je tente de ressentir des émotions, Enseigne Glex. Mais je ne sais pas ce qu’être chagriné signifie.
- J’en déduis que vous n’êtes pas non plus terrifié à cette perspective.

 

 

 

Le robot-laitier haussa des épaules :
- J’ai déjà été assimilé. Je ne suis pas mortel à proprement parler. Je ne sais vraiment ce que j’aurais à craindre de cette expédition. Et si je m’avançais, je pourrais croire que vous tentez de m’écarter de la mission.
- Oh, non… Où allez-vous chercher ça ?

Je décidais de réorienter la conversation sur la mission elle-même :
- Alors, il parait qu’on a mis au point une navette furtive ?
- L’Enseigne Glex a travaillé durant quatre semaines sur les boucliers de l’Entreprise. Il a trouvé le moyen de rendre nos signatures de distorsion intraçables, et d’occulter de façon très efficace tout le vaisseau pour une durée limitée. Ces avancées ont servi à modifier une navette standard.

Décidément, Raejian était très doué. Pas étonnant que le Capitaine l’ait choisi pour assurer le point central de la mission…
- Et vous pensez qu’il sera capable de saboter un vaisseau Borg ?
- Ses aptitudes à la réparation sont surprenantes, et il a eu accès à la compréhension de leur technologie, l’on peut donc raisonnablement croire qu’il saura défaire ce qui a été fait…

Data buvait un composé lubrifiant, ce qui me dégoûtait un peu, alors que je tentais d’apprécier ma glace au café… J’ai détourné les yeux du comptoir.
- Est-il vrai que l’Enseigne Glex manque considérablement de sommeil ?
- J’ai constaté qu’il travaillait quasiment vingt-quatre heures sur vingt-quatre depuis quatre mois… L’équipe de nuit m’a rapporté qu’il est généralement debout quand l’équipe de jour se retire.

Data cligna des yeux :
- Un être vivant mortel peut-il raisonnablement se passer de sommeil ainsi ?
- Non. Mais l’Enseigne Glex est une véritable machine… Sans vouloir me moquer…
- Je ne m’en vexerai pas.
- Il travaille comme un ordinateur, il a une faculté à se concentrer sur l’objectif…



Data termina son composé verdâtre :
- Malgré son état actuel ?
- Il n’a pas montré le moindre signe de fatigue. Il me semble juste… Constamment agacé.
- L’agacement est parfois la manière que certains humanoïdes adoptent pour rester en éveil. J’ai pu constater que les individus les plus colériques étaient souvent au bord de l’évanouissement.

Il reposa son verre :
- Et l’Enseigne a une tendance à la dissipation et la désobéissance, ce n’est pas un fait récent. Cependant, son attitude diffère notablement de l’habitude. Il fait très régulièrement preuve d’insolence face au Capitaine.
- Il est insolent ? Je vais y mettre bon ordre…

Data me retint alors que je quittais le comptoir :
- Donnez-lui plutôt quelques heures de repos. Nous aurons grand besoin qu’il soit pleinement opérationnel pour la mission.
- Oui, vous avez raison. Merci, Lieutenant-Commandeur…
J’ai quitté l’Abordage, décidant de retrouver Raejian au plus vite.

Et comme d’habitude, il n’était pas à son poste. Je ne pouvais pas lui en vouloir, on l’appelait constamment sur n’importe quel pont, à toute heure de la nuit et du jour…
- Enseigne Glex, ici le Sous-Lieutenant Werm…
Pas de réponse.
- Enseigne Glex, où êtes-vous ?

Rien. J’ai appuyé sur mon communicateur une troisième fois :
- Enseigne Glex, rapport immédiat en salle des machines !
Chht… Faites pas de bruit…
- Enseigne Murdock ? Pourquoi utilisez-vous le communicateur de l’Enseigne Glex ?
Une partie de la réponse était évidente.

Mais pourquoi chuchotait-il ?
Il n’est pas… Disponible…
- Où êtes-vous ?
En salle de chargement 4, dans la navette furtive… Mais ne faites pas de bruit…
- Bien reçu, j’arrive. Werm, terminé.

Je me suis rendu en salle de chargement, un peu inquiet… Pour me rendre compte que Raejian dormait profondément, veillé comme un enfant malade par Henri Murdock :
« Que lui est-il arrivé ? »
« Il a voulu me rejoindre ici pour me briefer sur la mission, et il a tout juste eu le temps de m’en parler dans les grandes lignes… Il est tombé dans les pommes, je l’ai rattrapé de justesse… »

Et je n’avais pas remarqué qu’il était au bord de l’épuisement… Data avait vu juste.
« Il est solide, mon p’tit Vulcain, mais faut pas pousser… »
« Je suis désolé… Je voulais justement lui accorder une permission pour qu’il prenne du repos. »
« Eh ben, ça arrive un peu tard. »
« Continuez de veiller sur lui. S’il a besoin de quoi que ce soit, appelez-moi en priorité. »

Je me suis retiré, mais Murdock me suivit :
« Eh, Elloran… On est toujours amis, ou quoi ? »
« Bien sûr, Henri. On est un peu une famille, tous les quatre… »
« Une famille ? »
« Prenez bien soin de lui. Je n’en ai pas été capable, vous êtes bien meilleur que moi pour ça… »



J’ai demandé au Sous-Lieutenant s’il avait localisé l’Enseigne Glex, monsieur…
- Et alors ?
- Il semblerait que l’Enseigne soit en train de… Dormir…
- On lui a confié plusieurs réparations importantes pour cette journée. Pourquoi le laisse-t-on dormir malgré son emploi du temps ?

J’ai baissé la tête :
- D’après l’Enseigne Murdock, Raejian Glex se serait évanoui alors qu’il lui faisait part de la mission de sabotage.
- Evanoui ?
- D’épuisement, monsieur. Il n’est plus en mesure d’assurer les réparations qu’on lui réclame.

Le Capitaine acquiesça :
- Qu’on surveille son état. Je ne tiens pas à ce que le membre le plus important de la mission soit incapable de distinguer une puce isolinéaire d’une tubulure de plasma.
- Bien, monsieur…
- Et trouvez d’autres ingénieurs pour le remplacer sur les réparations.

Pour remplacer Raejian, il fallait bien trois ou quatre ingénieurs. Je ne sais vraiment pas comment il arrivait encore à être aussi efficace, à deux doigts de tomber de fatigue…
« Elloran, tu l’as vu ? Comment va-t-il ? »
« Il dort comme un ours en pleine hibernation. »
« Tu peux me trouver des remplaçants ? »

Elloran ne répondit pas tout de suite : il était embêté d’avoir à faire cela au pied levé :
« Raejian est quasiment irremplaçable. Mais je ferai de mon mieux. »
« Je vais le voir. Grand-père a sûrement besoin de soutien. »
« Bien, on reste en contact. »
Je suis entré en salle de chargement 4.

Grand-père était assis auprès de Raejian, soigneusement bordé sur une couchette de la navette furtive dont avait parlé le Capitaine.
- Alors, c’est ça, le résultat de ses travaux…
- Oui, un vrai petit bijou. On m’a mis dessus pour que je m’habitue aux nouveaux contrôles…
- J’ai du mal à m’imaginer que c’est grâce à lui qu’on en est arrivé à ça…

Raejian ne bougeait pas. Seule sa respiration soulevait le drap.
- Il a permis énormément de progrès. Et il ne le sait même pas.
- Tu as l’impression qu’on lui a volé ses travaux ?
- Un peu, ouais. On ne le respecte pas beaucoup, pas étonnant qu’il ne respecte rien.
- Que veux-tu dire ?

Grand-père tourna la tête vers Raejian :
- Il s’est rebellé contre l’autorité. Moi, je dis qu’on le prend pour une bête de somme.
- Ce n’est pas entièrement faux. Ce qu’il répare en une heure, nécessite une demi-journée et quatre hommes hautement qualifiés pour un résultat similaire. Et que fait-il pour se rebeller ?
- Il refuse parfois d’aller à certaines réparations, et vient me rejoindre ici alors qu’on l’attend ailleurs.

Il soupira, un peu anxieux sans doute de me révéler tout cela :
- Comprends-le… Il n’a presque pas dormi depuis des mois, et on se voit encore moins… On n’est pas en contact télépathique permanent, comme Elloran et toi…
- Je comprends, ne t’inquiète pas… Nous dépendons entièrement de lui pour le succès de la mission, je pense qu’il a bien mérité un peu de repos : sans lui, la mission n’aurait même pas pu être mise sur pied.



J’ai souri pour le rassurer :
- Je n’en dirai rien au Capitaine. Ce sera un secret entre nous.
- Merci, fiston… Mais ce serait bien si on lui en demandait un peu moins, et qu’on arrêtait de lui piquer systématiquement toutes ses trouvailles.
- Je tâcherai de faire passer l’information de façon… Acceptable. Prends bien soin de lui…

Je suis reparti vers la Passerelle, croisant Data sur mon chemin :
- Ah, Commandeur… J’ai appris pour l’Enseigne Glex. Vous venez de lui rendre visite ?
- Oui, monsieur. Il est profondément endormi.
- J’avais noté des signes évidents de fatigue physique et mentale depuis quelques jours. Il est heureux que ceci ne survienne pas durant la mission, ou au cours d’une réparation vitale.

Stupide robot-laitier. Il ne pensait qu’au bien de l’Entreprise…
- Parce que si tel était le cas, il serait en danger de mort… Ou d’assimilation. Et je sais à quel point l’Enseigne Murdock tient à lui. Et il n’est pas le seul.
- Nous sommes en quelque sorte une famille.
- Je le sais. Ma curiosité m’a mené à saisir ce lien particulier entre vous quatre.

De la curiosité ? Chez un robot ?
- Je ne souhaite pas m’imposer dans le corps expéditionnaire, croyez-le bien.
- Vous vous êtes porté volontaire pour nous protéger. Vous méritez des remerciements.
- Je n’ai encore rien fait. Je pourrais tout aussi bien faillir à ma tâche… Mais j’ai beaucoup de considération pour les travaux de l’Enseigne Glex. Il est un membre de grande valeur.

 

 

 

 

 

 

J’ai dévisagé le Lieutenant-Commandeur :
- Alors, vous ne devez pas apprécier qu’on se serve de ses travaux sans son consentement ?
- Tout bien considéré… Non, en effet. Mais je n’ai pas à discuter les ordres du Capitaine.
- Vous auriez beaucoup à apprendre de l’Enseigne Glex sur la désobéissance…
- Il me semble, oui. Si on le traitait moins comme un drone Borg, il obéirait sans faillir...

***


- Henri…
- Chht… Ne bouge pas… Tu as besoin de repos…
- Que s’est-il passé ?
- Tu t’es évanoui. Est-ce-que tu veux à manger ?
- Je suis affamé… Je n’ai quasiment rien mangé depuis deux semaines…

Je le savais bien : tout ce qu’il avait avalé, c’est moi qui le lui avais donné dans la navette...
- Tiens… Prends-en un peu, il m’en reste encore…
- Merci, Henri…
Je lui donnais un genre de complément alimentaire que je commandais régulièrement aux synthétiseurs quand je savais que j’aurai une grosse journée de boulot.

Il ne mit pas longtemps à l’ingurgiter et me sourit :
- Je me sens mieux…
- Tu crois que tu seras capable d’assurer la mission ?
- Je suis l’élément-clef de cette expédition. Si je me désiste, il n’y aura plus de mission.
- C’est vrai. Mais dis-moi, depuis quand tu as le sens du devoir ?

Raejian se retourna dans le lit en grognant :
- L’obéissance aveugle et le sens du devoir sont deux choses différentes. On peut désobéir à ses supérieurs pour contester le bien-fondé de leurs décisions, et leur obéir parce que leurs décisions servent à la préservation d’intérêts dépassant ceux du petit nombre. L’équipage entier n’est pas responsable de ce qui m’arrive. La logique veut donc qu’il ne souffre pas de ma rébellion.



La logique… Toujours aussi logique
- Et d’un autre côté, je protègerai ma famille en menant à bien cette mission.
- C’est surtout pour ça, hein ?
- Honnêtement, oui.
- Dors encore, je suis là…

Il ne me laissa même pas le temps de finir ma phrase. Je l’ai bordé, mâchonnant un peu du complément alimentaire que j’avais en poche :
- J’ai du boulot, mais t’en fais pas, je reste tout près…
Je me suis remis à pianoter sur la table de commandes : j’avais pigé le fonctionnement de la navette depuis longtemps, mais j’étais fasciné. Penser que tout ça, c’était grâce à Raejian…

***


- Bien, tout est prêt pour la mission. Messieurs, voici des combinaisons spécialement conçues pour cette mission. Elles contiennent un module dérivé des boucliers adaptés à la navette furtive.
- Une autre avancée exploitée sans le consentement de son initiateur…
- Que dites-vous, Data ?
- R… Rien, Capitaine…

J’ai dévisagé le Lieutenant-Commandeur : est-ce qu’il dénonçait le vol assumé de mes travaux ?
- Vous avez tous compris votre rôle, et l’importance de cette expédition…
- J’évalue à dix virgule quarante-huit pour cent nos chances de réussite en incluant dans ces statistiques la survie de tous les membres du corps expéditionnaire…
- J’en suis bien conscient. Et je sais que cela donne l’impression que je vous envoie à l’abattoir.

 

 

 

Je n’aurais pas trouvé meilleure métaphore.
- Êtes-vous prêts à assumer cette mission ?
- Prêt, Cap’taine !
- A vos ordres, Capitaine…
- Ou… Oui, monsieur…

Le Capitaine se tourna vers moi. J’ai croisé les bras :
- Il est hors de propos que je me désiste, ai-je raison ?
- En effet.
- Alors, je suis prêt.
- Je suis également en pleine possession de mes facultés, Capitaine.

Le Capitaine se retira tandis que l’équipe montait à bord de la navette furtive. Reginald et Elloran s’attachèrent à l’arrière, laissant Henri et le Lieutenant-Commandeur Data aux commandes.
- Enseigne Glex, pourquoi prenez-vous un malin plaisir à provoquer le Capitaine ?
- Parce que je suis un élément dont il ne peut se passer sur ce Vaisseau.
- Il va te saquer, un jour, méfie-toi tout de même…

Henri avait l’air inquiet pour moi. Je lui ai caressé la joue :
- Ne te soucie pas… Je sais ce que je fais…
Je me suis attaché à mon tour, et Henri fit décoller la navette :
- Boucliers occulteurs parés… Masquage de la signature enclenchée... En approche de la zone…
- Je détecte une entrée exploitable.

L’androïde avait raison. Henri corrigea le cap et posta la navette si près du Cube que je pouvais presque entendre les voix des millions d’individus à bord… Mais ce n’était probablement qu’une impression…
- Raejian, tu es sûr que ça va ?
- Je ne sais pas… J’entends des voix…



Henri laissa les commandes au Lieutenant-Commandeur et posa un genou devant moi :
- Un des symptômes dont le Docteur Crusher t’a parlé ?
- Je… Je vais bien…
- Je crois pas, non.
- Entrée engagée dans le Cube Borg.

Je me suis redressé, tâchant d’ignorer l’intense migraine que l’entremêlement constant de ces voix provoquait chez moi :
- Allons-y, dans ce cas.
- Aucun signe de résistance. Nous passons inaperçus. Débarquement prévu dans deux minutes.
- Mettez les combinaisons et enclenchez leurs boucliers.

Elloran prenait au sérieux son rôle de superviseur. Une fois occultés, nous avons quitté la navette pour investir les lieux. Les communicateurs internes allaient nous permettre de garder la liaison avec le Lieutenant-Commandeur, qui était le seul à ne pouvoir bénéficier de la télépathie créant une cohésion silencieuse dans le groupe.
- Je détecte une signature identique à celle du module de perfectionnement génétique.

Et cela provenait du couloir de gauche. Probablement l’un des doubles du module détruit lors de l’explosion : comme je l’avais supposé, ce module expérimental devait être mis à l’essai dans bon nombre de vaisseaux de la Ruche Borg.
- Nous ne pouvons pas être repérés. Et tant que nous ne nous montrons pas hostiles, l’équipage de ce vaisseau ne réagira pas à notre présence.

 

 

 

 

 

Le Lieutenant-Commandeur me dévisagea :
Comment savez-vous cela ?
Je me suis arrêté un instant : c’est pourtant vrai, je ne savais rien des Borgs, or ces allégations m’étaient apparues comme une évidence…
- Je… Le Capitaine m’a dit certaines choses sur les Borgs.

Il valait mieux que je réfléchisse à cela par moi-même, pour ne pas inquiéter l’équipe. La réussite de cette mission dépendait de ma capacité à accéder aux systèmes vitaux et à compromettre leur fonctionnement de façon conséquente.
- Poursuivons. Dès que nous serons arrivés, l’équipage considérera notre intrusion dans le cœur du système comme une menace. Il faudra opérer rapidement.

Plus nous nous avancions, plus clairement je percevais ces voix dans mon esprit…
« Ignore-les… Ignore-les… »
J’ai pu accéder aux systèmes principaux, sous la protection du Lieutenant-Commandeur.
« Intrusion détectée. Relayez. »
Oh non… J’entendais réellement les voix de cet équipage immobile…

Je me suis tourné vers l’équipe :
- Nous sommes repérés.
Aucun signal d’alerte ne s’est enclenché, et l’équipage est toujours immobile.
« Systèmes vitaux menacés. Enclenchez la procédure de neutralisation. »
J’ai retiré aussitôt ma main des circuits.

J’ignorais comment je l’avais appris, mais je savais en quoi consistait cette procédure.
- Ils vont envoyer un choc électrique dans les systèmes auxquels je touchais.
Comment savez-vous cela ?
- Je… J’entends les voix des Borgs… Dans ma tête…
A ces mots, les circuits émirent un grésillement caractéristique d’une surcharge électrique.



Je peux accéder de nouveaux aux circuits. Ils sont en cours de réparation, je perçois leur signature avec une grande clarté. Cette surcharge est une chance, mon intervention passera probablement pour une simple difficulté technique lors de la réparation.
Que je comprenne bien ce que tu as dit : tu entends les pensées des Borgs ?
- Oui. Le Docteur Crusher m’avait mis en garde, l’inversion de l’assimilation n’est pas parfaite.

Mais à y bien réfléchir… Cela pouvait être un atout !
- Plus un mot… Je me concentre…
Je tentais de discerner des informations utiles dans la rumeur constante des pensées des Borgs. Tout s’emmêlait, s’associait, une communication permanente…
« Procédure de neutralisation terminée. Unité d’assimilation requise sur place. »

Ils allaient vers nous. Mais ils ne pouvaient pas nous repérer, avec nos boucliers occulteurs…
« Raejian, je ne voudrais pas t’ennuyer, mais un groupe de Borgs est ici. »
« Je sais, Elloran, je sais… Ils sont venus nous assimiler, mais nos combinaisons nous rendent invisibles à leurs détecteurs. »
« Tu en es sûr ? »

Les Borgs fouillaient la pièce de leurs blocs oculaires.
« Aucune entité intruse détectée. »
« Initialisez l’étude du dysfonctionnement. »
L’un des Borgs s’avança vers moi, le bras en avant. Je me suis reculé, incitant les autres à m’imiter.
« Etude du dysfonctionnement en cours. »

Je l’ai attentivement observé se servir de son bras mécanique pour sonder les circuits. Il se retira :
« Etude du dysfonctionnement complétée. Manipulations non autorisées analysées. »

Ils ont compris que j’avais touché aux circuits.

 

Mais grâce à ce drone, je savais quoi faire…
« Recherche de l’entité responsable des manipulations non autorisées. »
Ils quittèrent le secteur sans même nous avoir remarqués.

Très efficaces, ces combinaisons à boucliers occulteurs…
Que fais-tu ?
- J’ai analysé la façon dont ce Borg a accédé aux circuits. J’en ai appris assez pour les désactiver.
J’ai fouillé habilement, touchant le processeur central : sa signature d’énergie était si puissante…
- Je suis au bon endroit. Reculez, cela peut être dangereux…

Je savais précisément comment trafiquer cette unité pour la détruire : ce système coordonnait sur tous les ponts les différentes actions des drones, en particulier les efforts de réparation. Si j’arrivais à le saboter, il suffisait de faire exploser le Cube en un point névralgique comme celui-ci…
« Intrusion détectée dans le système de coordination. Unité d’assimilation requise. »
- Ils reviennent vers nous ! Enseigne Murdock, une charge, et vite !

Henri me passa une bombe minuscule que j’introduisis dans le système de coordination :
- Placement effectué. Reculez-vous, et tenez-vous prêt à la mise à feu à mon signal…
« Unité d’assimilation sur place. Aucune présence intruse détectée. »
« Corps technologique étranger détecté dans les circuits de coordination. »
« Procédure d’extraction du corps étranger en cours. »

J’ai regardé Henri, levant la main. Il acquiesça, prêt à faire exploser la charge.
« Corps étranger… »
J’ai abaissé la main, et le bras du drone explosa avec les circuits de coordination. Un autre retira le membre pendant des circuits et procéda à l’extraction à sa place.
« Et maintenant, on fait quoi ? »



J’ai grincé, agacé : on ne pouvait plus entendre penser, ici !
« Je les écoute, taisez-vous ! »
« Circuits de coordination compromis. Circuits de coordination compromis. Circuits de coordination compromis. »
« Ne vous fatiguez pas, ils ne vous entendent plus. »

J’avais désactivé mon bouclier et retiré une protection de ma main gauche pour toucher le drone.
« Entité intruse détectée. Entité intruse détectée. »
« Oh, ça suffit. Je vous dis qu’ils ne vous entendent plus ! »
« Vous n’êtes pas Borg. Vous serez assimilé. »
« Oubliez ça. Les circuits de coordinations sont détruits, le Cube est entièrement déconnecté. »

Le Borg me regarda droit dans les yeux :
« Vous produisez la signature énergétique du module de perfectionnement génétique. »
« Votre module si merveilleux a fait de moi un Vulcain parfait, alors que j’avais également un héritage Betazoïde, qu’il a jugé imparfait. »
« Vous auriez dû être assimilé. Pourquoi n’êtes-vous pas Borg ? »

J’ai soupiré : c’est tout ce qui lui importait ?
« Parce qu’on a retiré la plupart des nano-sondes censées me transformer en zombie mécanique, voilà pourquoi. »
Il ne rétorqua pas. Je pressentais une certaine angoisse en lui.
« Nous nous sentons seuls… Où sont les voix ? »

 

 

 

 

 

Décidément, il est lent d’esprit, pour une créature qui se veut parfaite…
« La destruction de ce système a provoqué la rupture des communications. Aucun drone de ce Cube n’est relié aux autres, maintenant. »
« Nous ne pouvons agir seuls. »
« Exact. C’est bien pour ça que j’ai fait exploser ces circuits. »

Le Borg pencha la tête sur le côté :
« Pourquoi voulez-vous que nous ne soyons plus opérationnels ? »
« Nous avons des ordres. »
« Vous serez assimilé. »
Pff… Décidément, quelle conversation stérile…

J’ai haussé des épaules :
« Je doute que vous puissiez m’assimiler… »
Je lui ai retourné le bras, initiant la prise de neutralisation :
« Bonne nuit. »
J’ai resserré mes doigts, et il s’écroula au sol.

Les autres tentèrent de m’attaquer, mais l’un d’eux fut arrêté à moins d’un mètre de moi, se heurtant à un mur métallique invisible :
- Lieutenant-Commandeur ?
Je fais partie de cette expédition pour vous protéger.
J’ai neutralisé un autre drone, remerciant vivement l’androïde.

Henri se jeta sur le dos d’un drone encore désorienté et lui planta le bras arraché du drone abattu entre les omoplates :
Prends ça, le Borg !
Un grincement horrible me fit comprendre qu’il lui ouvrait le dos, et il planta une charge :
Cadeau de la maison !



J’ai sauté du robot-zombie et le fit exploser. Les autres partirent en fumée aussi.
Enseigne Murdock, comment avez-vous réussi à traverser leurs boucliers ?
- Ils en ont ?
Je ne peux que supposer que le bras du drone lui a permis de percer les boucliers, car ils sont réglés sur la même fréquence. Implanter une charge explosive devient alors possible.

Raejian ramassa un bras arraché par terre :
Armons-nous comme lui. Cela pourrait nous être utile en cas d’affrontement direct. Nos phasers seront rapidement inopérants.
Comment savez-vous cela, Enseigne Glex ?
Je sais qu’ils s’adaptent de façon quasi-instantanée.


Les autres trouvèrent un bras de drone Borg et le suivirent.
Mais cette faculté est compromise à-cause de notre intervention sur les circuits de coordination. Comme ils ne se communiquent plus en direct les informations, ils ne peuvent plus s’adapter à des impacts enregistrés par les autres drones. Ce qui nous donne plusieurs avantages : ce qui sera détruit ici ne sera pas réparé, et contrairement à eux, nous sommes toujours reliés.

J’ai dévisagé Raejian : ses deux assimilations ratées l’étaient-elles tant que ça ? Il savait quasiment tout des Borgs, et pourtant, on était là depuis moins d’une demi-heure…
Nous pouvons espérer réduire ce vaisseau en cendres en touchant tous les circuits vitaux. Nous ne risquons rien, tant que l’un des drones ne prendra pas l’initiative de réparer les circuits de coordination… Et nous évaluons les probabilités pour ce cas de figure à moins de deux pour cent.

 

 

 

Deux pour cent ?
- Comment peux-tu en être aussi sûr ?
Un drone n’est pas à proprement parler doté d’initiative. Cependant, l’un d’eux peut décider tout de même d’exécuter la première commande de réparation des circuits de coordination : de cela dépend étroitement la survie du Collectif, et les drones sont programmés pour l’assurer.

Il toucha l’engin stocké à proximité des circuits endommagés :
Un autre module de perfectionnement génétique… Il est inactif, mais il fonctionne selon ses paramètres habituels. Il est en attente d’une entité à perfectionner…
- A quoi ça peut leur servir, ce module-truc ?
Les Borgs ne tolèrent pas l’imperfection. Nous voulons assimiler des entités parfaites…

J’ai sourcillé : « Nous » ?
- Raejian, pourquoi as-tu dit « Nous voulons assimiler » ?
Ce module nous permet de supprimer les imperfections génétiques des entités que nous désirons assimiler, ainsi, le Collectif ne sera composé que de drones parfaits.
« Armez vos phasers, il y a un problème avec l’Enseigne Glex… »

Elloran tenait déjà Raejian en joue.
« Euh… Tu peux me dire quoi, exactement ? »
Vous serez assimilés après perfectionnement génétique.
- Tirez sur lui !
Toute résistance est inutile.

Les phasers firent feu, mais une sorte de bulle verte désintégra les rayons avant même qu’ils n’atteignent Raejian. Il se dirigeait vers les circuits endommagés.
- Il est adapté aux phasers ! Changez la fréquence !
- Fréquence changée.
- Tirez et changez de fréquence à chaque tir !



Mais aucun de nos tirs ne toucha Raejian. Il continuait sans sourciller à fouiller les circuits.
- Toutes les apparences indiquent que l’Enseigne Glex répare les circuits qu’il a lui-même détruits.
- Il est sous contrôle ! Il faut l’arrêter !
Je ne savais pas comment, mais il y avait bien un moyen…
- Mon p’tit Vulcain d’amour… Fais pas ça… Tu vas nous faire tuer, ou pire…

Il poursuivait la réparation :
Cette discussion est sans valeur. Vous serez assimilés.
Les circuits se mirent à clignoter, et il replaça la plaque protectrice :
Réparation des systèmes de coordination complète. En attente d’assimilation.
« Il est totalement contrôlé par les nano-sondes. »

Reginald répondit, relayé par le lien télépathique d’Elloran :
« Que pouvons-nous faire pour échapper aux Borgs… Et à l’Enseigne Glex ? »
« La menace la plus proche doit être neutralisée. »
« Raejian n’est pas une menace ! »
« Dans son état, je crains que si. Changeons la fréquence de nos boucliers occulteurs. »

Nous avons réglé nos boucliers sur la même fréquence qu’Elloran, coupant la communication avec la combi de Raejian :
- Lieutenant-Commandeur, modifiez la fréquence de votre bouclier sur la nôtre, nous devons fuir.
- Bien reçu, Sous-Lieutenant Werm. Devons-nous abandonner l’Enseigne Glex ?
- Pour le moment, nous n’avons pas le choix : il est déjà pratiquement l’un des leurs…

 


 

 

 

 

 

- Je suis désolé… Nous ne pouvions rien pour lui…
- Mais… Il va être assimilé… Il va devenir un drone…
- Nous trouverons un moyen de le sauver, mais si nous nous étions fait prendre tout de suite, nous serions nous aussi des drones, à l’heure qu’il est…
- Vous avez raison, Commandeur. Mieux vaut que les autres drones ignorent notre présence.

Data cligna des yeux :
- C’est inexact, Sous-Lieutenant. Une fois assimilé, l’Enseigne Glex livrera au Collectif l’ensemble de ses connaissances, incluant la technologie de l’Entreprise à laquelle il a eu accès… Et bien sûr, notre simple présence.
- La situation est très grave.

Data en convint :
- L’Entreprise et son équipage pourront sans difficulté être entièrement assimilés lors de la prochaine confrontation, cela par n’importe quel vaisseau du Collectif Borg.
- Que pouvons-nous faire, alors ?
- Retrouver Raejian avant qu’il ne soit transformé en zombie mécanique et leur botter le train !

J’ai retint les ardeurs de mon grand-père :
- Nous n’avons aucun plan. La mission a totalement échoué, nous sommes quatre contre tout l’équipage d’un Cube Borg…
- Mais ils ne nous voient même pas ! Nous pouvons dénicher Raejian et l’emmener loin d’ici !
- L’Enseigne Murdock dit vrai, quoi que son plan consiste quelque peu à « foncer tête baissée ».

Grand-père grinça :
- Puisque l’androïde est d’accord, on attend quoi ?!
- Le temps nous fait défaut. Je suis de l’avis de l’Enseigne Murdock.
- Oui, moi aussi.
- Allons le sauver, alors !



Raejian n’est pas très loin… Je perçois ses pensées…
C’est plutôt encourageant : cela peut signifier qu’il n’a pas encore été assimilé.
Et s’il était encore au même endroit ?

- Comment cela ? Il n’aurait pas bougé ?
Il l’a dit : les drones ne font pas preuve d’initiative. Et il a dit qu’il attendait d’être assimilé.

Elloran acquiesça :
Vous avez raison, de plus, ses pensées m’orientent dans cette direction. Retournons là-bas.
Nous avons couru jusqu’à cette salle où le module de perfectionnement génétique était stocké :
- Doucement, grand-père : n’oublie pas qu’il est contrôlé.
Quand je pense que c’est de ma faute… Si je ne lui avais pas remis la main dans ce machin…

Le Lieutenant-Commandeur se prononça :
Je détecte la présence de drones Borg arrivant dans notre direction.
Alors, on fait quoi ?

Trop tard, ils étaient déjà sur place. Ils commencèrent à lui implanter toutes sortes d’engins métalliques horribles, lui perçant l’œil gauche…

Raejian ne criait même pas.
- Entité parfaite assimilée. Entité parfaite matricule One of One. Unimatrice Alpha.
- One of One unimatrice Alpha prêt.
- Vérification des circuits de coordination requis, One of One.
- Exécution de la vérification.

 

 

 

 

Les autres drones s’en vinrent, le laissant procéder seul.
- Il faut trouver un moyen de le neutraliser et de saboter les circuits qu’il a réparés.
Elloran souffla, un peu pessimiste :
Je le connais : ils seront encore plus complexes et mieux protégés qu’avant qu’il n’y touche…
Je m’occupe de le neutraliser.


Grand-père a sauté hors de sa cachette, se plaçant devant Raejian qui ne le voyait pas. Comme il était dénué de sa combinaison, grand-père en fit autant et lui pris la main en l’embrassant, le plongeant visiblement dans la confusion :
- Je t’aime, Raejian…
Raejian tomba évanoui dans ses bras.

Grand-père ramena Raejian vers le groupe et remit leurs combinaisons respectives :
- Où as-tu appris à faire la prise des Vulcains ?
Il l’a utilisé sur moi si souvent que j’ai fini par comprendre comment ça marche. Et puis, nous avons fusionné mentalement au moins deux fois.
L’Enseigne Murdock est très surprenant. Sa capacité à apprendre est un atout de poids.


Le Lieutenant-Commandeur lui adressait un regard neutre. Qu’avait-il en tête ?
Sauriez-vous défaire ce que l’Enseigne Glex a fait ?
Vous voulez dire… Saboter les circuits qu’il a réparés ?
En résumé, il s’agit bien de cela.
Eh ben… Je vais tenter l’coup...


Après avoir retiré le panneau protecteur, il commença à étudier les circuits :
Je reconnais la patte de mon p’tit Vulcain préféré. Les retouches qu’il a faites se distinguent très nettement des soudures d’origine opérées par ces machines-zombie.
Pensez-vous pouvoir les défaire ?
Je pense pouvoir faire mieux… Et plus simple !




Il plaça une charge explosive à l’intérieur à l’aide d’un bras de drone arraché et l’enclencha avant de revenir à couvert au pas de course :
Planquez-vous, ça va sauter !
La charge explosa, mais les circuits semblaient n’avoir subi aucun dommage. Grand-père retourna vers le panneau et acquiesça.

Il se remit au travail :
Comme je l’avais prévu, les soudures d’origine sont bousillées. Reste plus qu’à désosser…
Il réussit à retirer le panneau entier et le déconnecta.
Comment avez-vous fait cela ?
Les soudures de Raejian étaient protégées contre la charge explosive, mais pas celles d’origine.


Il déchiqueta les circuits à l’aide du bras de drone arraché :
J’ai terminé. Avant de pouvoir réparer ça, les Borgs auront besoin d’apprendre à agir seuls.
Comment saviez-vous que les soudures faites par l’Enseigne Glex seraient protégées contre la charge, et pas celles d’origine ?
Pas l’temps ! Embarquons-le, vite !


Le Lieutenant-Commandeur souleva Raejian dans ses bras, et nous avons couru loin de la salle.
Où allons-nous, maintenant ?
On retourne à la navette, ce Cube est hors-jeu.
Et pour l’Enseigne Glex ?

On trouvera un moyen de le sauver de l’influence des nano-sondes, courez !

Grand-père nous mena jusqu’à la navette et prit les commandes. Comme Raejian semblait se réveiller lentement, il le neutralisa de nouveau :
Attachez-le, et mettez vos ceintures !
Il décolla brutalement, nous éloignant au plus vite :
- Enseigne Murdock à Entreprise ! Feu à volonté sur le Cube ! TIREZ !!!

Des tirs de phasers fusèrent du vide spatial et anéantirent le Cube.
Cube Borg détruit. Réglez la fréquence de vos boucliers pour atteindre la salle de chargement.
- Bien reçu, réglons la fréquence. Murdock, terminé.
- Cette manœuvre était fort impressionnante, Enseigne Murdock.
- J’ai bousillé leur coordination, il suffisait d’une pichenette pour les démolir complètement.

***


- Il va s’en sortir ?
- Je crains que non… Il est totalement assimilé. C’est un drone, maintenant.
- Mais vous avez sauvé le Capitaine ! Pourquoi vous ne pouvez pas le sauver, lui ?
- J’ai pu retirer son nodule lui permettant de communiquer avec les autres drones. Les Borgs seront incapables de retracer son signal et le penseront ainsi détruit.

J’ai trépigné, agacé :
- Je vous ai posé une question : pourquoi on peut pas le sauver ?!
- Malheureusement, toute stabilité dans son ADN dépend entièrement de la technologie Borg. Si je lui ôtais des pièces vitales, il pourrait se déstabiliser et mourir.
- Mais… Il peut toujours être des nôtres… Pas vrai ?

La doctoresse me dévisagea avec compassion :
- Vous êtes la personne la plus à-même d’aider sa vraie personnalité à refaire surface. J’aurai cependant quelques instructions à vous fournir concernant son nouveau mode de vie…
La doctoresse me donna un pad regroupant dans le détail les connaissances accumulées sur les drones Borg et me laissa repartir avec lui.



Je l’ai mené jusqu’à ses quartiers, où l’on avait installé ce truc bizarre qu’ils appelaient « alcôve » à la place de son lit.
- Bon… Voilà… C’est ici que tu vas dormir…
- Dormir ? Que veut dire dormir ?
- Euh… Ah oui ! Tu vas te régénérer, ici…

Raejian s’avança vers l’alcôve et darda son étrange bras mécanique :
- Ceci est notre alcôve ?
- La tienne, à toi tout seul, oui.
- Nous tout seul ? Nous nous sentons seuls…
- Je suis là, moi, d’accord ?

J’ai tendu la main, un peu tremblotant : je voulais prendre la sienne, mais j’avais peur qu’il n’essaie de m’assimiler aussi…
- Serrer la main ? Pourquoi ?
- Parce que… Je t’aime, Raejian… Tu ne t’en rappelles pas ?
Il me fixa de son bloc oculaire pendant quelques secondes et l’orienta vers nos mains.

Son œil libre cligna :
- Nous avons des souvenirs vous impliquant. Mais qui est Raejian ?
- C’est toi.
- One of One, unimatrice Alpha.
- Non, ça, c’est le matricule qu’ils t’ont donné! Ton nom, c’est Raejian Glex, tu n’es pas un Borg !

Il parut un peu perturbé :
- Nous avons un nom ? Nous ne sommes pas Borg ?
- Non ! Tu es un Vulcain, tu ne t’en souviens pas ?
- Vulcain. Espèce assimilée numéro…
- Oh, ça suffit ! Je cause à Raejian, là !

J’ai passé la main sur sa joue courue de vaisseaux saillants :
- Mon p’tit Vulcain d’amour… C’est à toi que je parle, pas à un zombie mécanique stupide…
Je l’ai embrassé, lui tenant la seule main qu’il avait encore de Vulcaine.
- Ceci est étrange… Nous ne savons pas quoi répondre.
- Très facile : fais pareil.

Raejian reproduisit exactement mon baiser. Je me suis retiré : non, il me copiait mécaniquement ! Ce n’est pas comme ça qu’il m’embrasse, d’habitude !
- Je ne sais pas si tu es encore sous cette carcasse de métal… Mais je continuerai à l’espérer tant que tu n’essaieras pas de m’assimiler.
- Nous ne comprenons pas…

Je lui ai désigné l’alcôve :
- Allez vous régénérer, One of One.
Raejian se plaça dos à l’alcôve, dos bien droit, et l’écran au-dessus de sa tête commença à faire des éclairs comme une boule de plasma plate.
Cycle de régénération en cours.

J’ai déposé un baiser sur la joue de Raejian, lui donnant un baiser Vulcain :
- Bonne nuit, mon p’tit Vulcain d’amour…
Je me suis assis sur une chaise, face à lui, me demandant ce qui pouvait bien lui passer par la tête alors qu’il semblait aussi désactivé que les machines qu’il aimait tant réparer…
- Et le robot qui disait qu’on te traitait comme un drone… Maintenant, t’en es un…



Réparation effectuée. Attendons ordres.
- Très bien, réparez l’unité défectueuse, One of One.
- Unité défectueuse détectée. Procédons aux réparations.
Nous avons placé notre bras dans l’unité et analysé les signatures compromises pour en isoler les composants émetteurs.

Nous avons effectué les réparations nécessaires, renforçant la sécurité des composants.
- Mission de réparation accomplie. Attendons ordres.
- Vérifiez les injecteurs auxiliaires, One of One.
- Vérification des injecteurs auxiliaires en cours.
Nous nous sommes avancés jusqu’aux injecteurs.

Notre bloc oculaire analysait les variables. Aucune signature compromise. Paramètres de fonctionnement optimaux.
- Vérification terminée. Aucune défaillance à signaler. Attendons ordres.
- J’ai besoin d’un recalibrage, ici.
- Allez recalibrer, One of One.

Nous nous sommes dirigés vers l’unité requérant le recalibrage. Nous avons placé notre bras et régulé tous les systèmes de l’unité pour procéder.
- Recalibrage effectué.
L’Enseigne Glex est demandé en salle de chargement 4.
- Allez en salle de chargement, One of One.

Nous avons retracé l’itinéraire optimal vers la salle de chargement 4, et découvert une salle entièrement dénuée de population visible. Notre bloc oculaire donna le relais à nos détecteurs : nous n’étions pas seuls.
- Entité non-Borg répondant au nom d’Henri M. Murdock. Espèce : Terrien.
- Ouais, mais tu peux m’appeler Henri, mon p’tit Vulcain d’amour.

Le Terrien sortit d’un module de transport. D’étranges images l’impliquant nous revenaient à l’esprit, mais nous n’avions pas idée d’où elles provenaient, ni de la raison pour laquelle elles provoquaient quelques défaillances notables dans notre nodule cortical :
- Notre présence a été requise. Attendons ordres.
- L’ordre, c’est de te reposer, et de prendre du bon temps avec moi.

Le Terrien nous prit par la main et nous mena à l’intérieur du module de transport.
- Notre prochain cycle de régénération ne doit s’accomplir que dans sept heures, cinquante-cinq minutes et vingt-huit secondes.
- Oui, c’est ça... Mais ils t’ont exploité toute la journée, il est temps que tu t’accordes une pause !
Le Terrien établit ce même contact physique particulier qui nous ramenait d’autres images.

Mon bloc oculaire analysa l’expression du Terrien :
- Devons-nous reproduire ce contact ?
- Seulement si tu en as envie…
Envie… Ce Terrien employait régulièrement des termes qui n’avaient aucun sens et perturbaient malgré cela notre nodule cortical.

Il nous prit la main, passant le bras autour de notre taille, et nous renversa en position horizontale sur une surface à la dureté très approximative :
- Alors, ça te rappelle rien ?
- Des souvenirs similaires nous reviennent.
Nous avons établi de nouveau ce contact particulier, et une désactivation brutale survint.



Où sommes-nous ? Notre bloc oculaire n’analyse aucune technologie. Relais aux détecteurs… Nous ne comprenons rien : tout cet environnement émet des signatures technologiques…
- Arrêtez-vous !
Contact de température inférieure à zéro degrés centigrades proche de notre bloc oculaire.
- Je vous ai déjà vu… Mais vous étiez différent… Qui êtes-vous ?

Nous avons saisi l’objet de basse température que l’entité tenait :
- Arme archaïque. Origine : Terre. Système par percussion de projectile en plomb.
- D’accord, on va se calmer… Inutile de se fâcher, hein ?
Nous avons rejeté l’arme et laissé l’entité sur place. Terrienne, mais une signature technologique identifiable s’en dégageait.

Tout cet environnement émettait cette même signature. Comme si tout cela était produit par une seule et unique forme de technologie…
- Entité Terrienne détectée. Aucune signature technologique.
Nous nous sommes approchés : l’entité sans signature ne bougeait pas.
- Entité inopérante mais de valeur. Procédons à l’assi… L’assi…

Notre bras s’apprêtait à implanter les nano-sondes pour l’assimilation, mais notre nodule cortical était encore une fois pris de dysfonctionnements liés à des images intervenant sans ordre :
- Nous… Nous ne… Pouvons… Pas… Assimilation… Impossible…
Nous avons apposé notre bras pour envoyer des nano-sondes médicales. Quand l’entité fut de nouveau opérante, nous avons rappelé toutes nos nano-sondes.

L’entité nous regarda :
- Tu… Tu m’as sauvé…
- Ordinateur, arrête le programme.
Programme suspendu.
- Je vous l’avais dit ! Il reste encore un peu de mon p’tit Vulcain, là-dessous !

L’entité à terre se releva.
- Force est d’admettre que vous aviez raison, Enseigne Murdock.
- Ceci était-il une façon de nous tester ?
- L’Enseigne Murdock a risqué que vous l’assimiliez parce qu’il a cru en vous. Vous n’êtes pas un simple drone Borg, vous avez aussi des sentiments, et il vient de le prouver. Venez à l’infirmerie…

***


- Ils ont sacrément bossé ! T’es presque comme avant, mon p’tit Vulcain d’amour…
- Nous trouves-tu anormaux ?
- Je te l’ai déjà dit : pour moi, tu n’as jamais été anormal. Et tu ne le seras jamais. Mais au lieu de parler de toi au pluriel, fais-le au singulier : tu t’appelles Raejian… Et moi Henri.
- Nous… Je… J’essaierai. Sommes… Raejian est-il vraiment presque comme avant ?

Henri nous amena devant un grand miroir : un arc métallique remplaçait notre bloc oculaire, et nos deux bras présentaient un aspect presque identique à ceux d’Henri. Et ce visage… Ces oreilles en pointe… Ces yeux verts…
- Nous… Raejian se reconnait… Raejian est ce Vulcain devant lui ?
- Oui, Raejian. En-dehors de ce petit implant autour de l’œil, c’est bien toi…

Nous avons donné notre main gauche à Henri :
- Ce contact particulier… Ramène des souvenirs à Raejian…
Nous avons passé la main sur la joue d’Henri :
- Raejian aime Henri…
- Henri aime Raejian aussi…
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MessageSujet: Chapitre 6 : Sauvetage Temporel (partie 1)   Dim 10 Aoû 2014, 21:37

Même procédure: vous serez téléporté dans le Cube pour désactiver les circuits de coordination. Vous donnerez ensuite le signal pour qu'on vous téléporte à bord de l'Entreprise.
- Procédure enregistrée. Exécution initialisée.
- Énergie.
O'Brian appliqua les paramètres au téléporteur.

Raejian commença à se déconstruire molécule par molécule.
- Plutôt utile d'avoir un drone... Je retourne sur la Passerelle.
J'ai tapoté l'épaule de grand-père:
- Il va réussir, ne t'inquiète pas...
- Je m'en fiche. Je veux qu'il revienne en vie, c'est tout...

Il s'assit au bord du téléporteur.
- Tu ne vas pas attendre qu'il revienne?
- Je peux faire quoi d'autre?
- Eh bien... Viens, on surveille les signes vitaux et les perceptions de Raejian depuis la Passerelle...
- Tu m'avais jamais proposé ça...

J'ai pris le bras de mon grand-père pour l'obliger à se lever:
- Eh bien, maintenant, je te le propose, viens!
- Eh, deux minutes !
Je l'ai emmené avec moi, saluant le Capitaine:
- Monsieur... Permission de laisser l'Enseigne Murdock assister au déroulement de la mission.

Le Capitaine considéra mon ancêtre et acquiesça:
- Accordée. Mais qu'il n'intervienne pas.
- Il observera seulement, Capitaine. N'est-ce-pas...?
Grand-père croisa les bras, un peu grincheux:
- Ouais, ouais... C'est ça...

Il prit place face à l’écran, devant une console inoccupée, et le Lieutenant-Commandeur Data enclencha le processus d’interface :
- Connexion avec le nodule cortical de l’Enseigne Glex dans cinq secondes…
L’écran afficha un long couloir couru de pièces métalliques et baigné d’une lueur verdâtre.
- Le pouls de l’Enseigne Glex est régulier. Aucune augmentation notable de la tension.

Le Capitaine s’avança :
- One of One, si vous m’entendez, hochez de la tête.
La vision indiqua clairement que Raejian avait entendu.
- Très bien. Vous savez ce que vous avez à faire. Exécution.
Raejian avança dans ce corridor inquiétant.

Des centaines d’alcôves occupées couraient le long des deux parois. Les drones semblaient tous en pleine phase de régénération. Bien sûr, ils ne remarquaient pas Raejian, grâce à sa signature Borg et des nano-sondes provenant en partie du « module de perfectionnement génétique ». Pour eux, ce n’était qu’un drone semblable à un autre… Tant qu’ils ne le voyaient pas, probablement.
- Pourquoi l’avoir envoyé au milieu des zombies ?

Le Capitaine ne répondit pas : il n’avait pas à se justifier.
- Tu vois, grand-père, on ne peut pas téléporter quelqu’un dans la zone où les circuits vitaux sont localisés, car un champ d’isolement empêche toute téléportation. Raejian pourra y accéder sans problème, il l’a déjà fait une vingtaine de fois…
- Et il le fera jusqu’à ce que toute la flotte Borg soit détruite ?



J’ai haussé des épaules :
- L’assimilation de Raejian pose un problème de sécurité. Tout vaisseau Borg qui croisera notre chemin devra être détruit pour protéger tout le vaisseau et l’équipage… Encore heureux qu’il ne connaisse pas des codes compromettant aussi la sécurité des planètes de la Fédération…
- Et comment il fait pour détruire les vaisseaux ?

J’ai tapoté son épaule gauche :
- Justement, ça va venir, regarde bien…
Raejian était arrivé à la section où les circuits de coordination étaient reliés. Un autre module de perfectionnement génétique y était stocké.
- Saloperie de truc… Si j’avais su, je lui aurais dit de ne pas y toucher…

Raejian commençait à déconnecter les circuits, provoquant une alerte générale. Il sortit alors une sorte de cube noir et le plaça au centre de la pièce.
Mission accomplie. Champ d’isolement déconnecté. Charge prête à exploser.
- Picard à téléportation : verrouillez sur One of One et téléportez-le !
Ici la téléportation, nous l’avons verrouillé.

En quelques secondes, la vision sur écran changea de cette pièce obscure aux lumières bleutées tapageuses du bloc de téléportation. Grand-père se leva aussitôt et partit en courant. Je l’ai suivi, me demandant comment il pouvait savoir sur quel bloc Raejian se trouvait…
- Raejian !
- Henri…

 

 

 

 

 

Ils étaient déjà enlacés.
- Tout va bien, mon p’tit Vulcain ?
- Raejian est pleinement opérationnel, Henri.
- Content de l’apprendre. Tu viens ?
- Raejian doit recevoir le Docteur et l’Ingénieur en Chef.

Grand-père acquiesça, apparemment déçu :
- Oui, j’avais oublié… Bien… Quand on pourra se voir… Rien que tous les deux…
- Raejian établira un contact avec Henri pour lui notifier sa disponibilité immédiate.
- Okay. A plus tard…
Il apposa son index et son majeur sur ceux de Raejian et revint vers moi.

J’ai voulu le réconforter, mais il ne voulut pas dire un mot.
- Ecoute… On peut le voir pendant les rendez-vous avec le Docteur et Elloran. Je pense qu’aucun d’eux n’y verra d’objection…
- Je ne sais pas si j’ai réellement envie d’assister à ça…
- Je te comprends…

Il se défit de moi et repartit, probablement vers ses quartiers ou une salle de chargement pour briquer sa navette préférée : il l’avait mise au point avec Raejian depuis qu’on l’avait débarrassé d’une bonne partie des implants Borgs visibles pour lui redonner un aspect plus « Vulcain ».
« Il est un peu perdu, il faut lui laisser le temps. »
« Il faut dire qu’on lui enlève Raejian presque toute la journée… Ils n’ont pas un moment à eux. »

Elloran était près de Raejian à cet instant : j’entendais des pensées plus axées sur la mécanique en bruit de fond.
« Tu veux mon point de vue ? »
« Le fait qu’il soit devenu un vrai drone n’a rien arrangé à la façon dont on le traitait déjà depuis quelques temps… Je le connais, et je le partage. »



Elloran « soupira » intérieurement :
« Raejian est psychiquement épuisé, mais son cycle de régénération le fait tenir debout… »
« Comme un robot. »
« Oui… Le Docteur Crusher sera d’accord avec moi, je n’en doute pas. »
« On pourrait lui obtenir une permission, non ? »

Elloran discutait avec le Docteur :
- Oui, il est complètement épuisé. Je sais que mon diagnostic est entendu du Commandeur, mais ce n’est pas vraiment un secret.
- N’importe qui l’aurait remarqué. Pensez-vous que le Capitaine…
- Je ne m’aventurerai pas sur ce terrain. Le Capitaine est très frileux sur le sujet des Borgs.

Elloran contrôlait un nodule interne. Il répondit négligemment :
- Le fait d’en avoir un à ses ordres ne lui plait pas tant que ça…
- A mon avis, il n’est pas très à l’aise. Il préfère ne pas trop l’avoir sur son vaisseau… Mais ce n’est que mon opinion.
- Il est pourtant très utile. Sans compter que s’il était capturé…


Il rengainait son tricordeur :
- Les nodules sont stables.
- Je sais ce que vous sous-entendez. Aucune détérioration de l’ADN. Les quelques modifications esthétiques semblent parfaitement tenir. Pas de rejet.
- Tant que les cycles de régénération seront complets et les contrôles respectés, ça tiendra.


 

 

 

 

 

Le ton d’Elloran était sarcastique, et le Docteur parut ne pas l’avoir manqué :
- Nous ne pouvons guère mieux pour lui. Réactivez-le quand vous voudrez, j’ai fini.
- Moi aussi… Eh, le Vulcain au Bois Dormant… On se réveille…
- One of One, Unimatrice Alpha, opérationnel.
- Bonsoir, Enseigne Glex. Votre révision et votre évaluation médicale sont complètes.


Elloran songeait : il tentait d’être drôle pour alléger, mais à chaque réactivation, Raejian rappelait involontairement le lourd fait qu’il était un drone, avec un matricule et une Unimatrice attribués.
- Est-ce-que Raejian peut commencer un cycle de régénération ?
- Eh bien… Si vous en sentez le besoin… C’est à vous de décider.
- Décider… Raejian sera à l’alcôve.


Les pensées d’Elloran me laissèrent à comprendre qu’il avait quitté les quartiers de Raejian avec le Docteur Crusher, et qu’il retournait à-présent vers la salle des machines. Etant moi-même à mon poste auprès du Capitaine, je m’efforçais de me concentrer sur l’enregistrement du nodule cortical durant les missions de Raejian.
- Que pensez-vous de cela, Commandeur ?

J’ai sursauté : le Capitaine m’avait surpris. L’étude présentait les avantages de nous renseigner sur les technologies, configurations des vaisseaux et surtout, le comportement global des drones dans leur habitat « naturel »…
- Eh bien… Je dirais que… Leurs systèmes vitaux semblent bien concentrés en un même endroit… Mais nous n’avons pas encore eu l’occasion d’étudier une Sphère…

Le Capitaine leva l’index en le pointant vers l’arrière :
- Exact. Nous manquons d’informations. C’est pourquoi il est important de ne rien manquer sur ces enregistrements. Reprenons-les au début.
- Bien, Capitaine. Enregistrements réinitialisés.
Et l’on visionna de nouveau les enregistrements du nodule cortical.



Je me sentais mal de fouiller les perceptions de Raejian, comme si je violais son esprit…
« C’est nécessaire, Reg’, la sécurité de l’équipage en dépend… »
« Je sais, Elloran… Il a dit qu’il partait se régénérer ? »
« Oui, cela me surprend, son cycle était complet… Mais autant le laisser se reposer. »
- Commandeur Barclay, si vous avez des pensées à partager au sujet de ce visionnage, allez-y.

J’ai haussé des épaules :
- Je… Je…
- Je pense que le Commandeur culpabilise à l’idée d’espionner à répétition les perceptions de l’Enseigne Glex. Nous nous servons de lui comme d’un outil pour avancer technologiquement, mais cela sans son consentement, ce qui était déjà le cas avant qu’il ne devienne un drone.

Le Capitaine se tourna vers Data :
- Que dites-vous ?
- Simplement, que nous nous sommes servis de tout ce que l’Enseigne Glex a pu accomplir sans jamais le lui demander ou lui en attribuer le moindre mérite, qu’il a assuré son service jusqu’au moment où l’épuisement l’a empêché de tenir debout, et l’on oublie régulièrement qu’il a un nom.

Le Capitaine observa la face crayeuse de l’androïde qui le fixait sans ciller :
- Dois-je comprendre que vous soutenez cet avis ?
- Tout ce que j’ai énoncé ressort entièrement de mon opinion. J’avance l’hypothèse que le Commandeur partage mon ressentiment vis-à-vis de cette situation.
- Est-ce vrai, Commandeur ?

J’ai hésité un moment… Puis, en considérant le soutien de Data, j’ai croisé les bras :
- Oui, monsieur. Je pense comme le Lieutenant-Commandeur.
- Je vois… Et que me préconisez-vous ?
- Cesser de traiter l’Enseigne Glex comme un drone.
Data et moi avions répondu ainsi simultanément mot pour mot.

Le Capitaine se ferma totalement : je pouvais le sentir à son expression.
- One of One est un drone. Il sera donc traité comme tel.
Il se remit face à l’écran :
- Data, retour au visionnage.
- Bien, Capitaine.

J’ai discrètement tapoté sur le côté de mon cou pour m’apaiser : le Capitaine ne tenait pas compte de l’opinion de ses deux officiers supérieurs… Il était bloqué dans sa vision actuelle de Raejian…
- Une anomalie de fonctionnement semble affecter l’intelligence collective en sa présence.
- A quoi voyez-vous cela ?
- En présence d’individus non-Borgs non-hostiles, il n’y a aucune réaction… Mais regardez là…

Data revint en arrière sur l’enregistrement :
- A cet instant précis, on peut noter une activité. Chaque drone devant lequel l’Enseigne Glex passe semble réagir à sa présence. C’est probablement dû à sa double-signature Borg particulière.
- Que pouvez-vous me dire de cette réaction ?
- Les Borgs ont conscience que l’entité à proximité est non seulement des leurs, mais aussi parfaite.

Data haussa des épaules :
- Il se pourrait que ces Borgs tentent d’entrer en contact pour saluer l’entité qui leur est supérieure. Cela dénote d’une forme de hiérarchie qui n’existait pas jusque-là.
- Dans laquelle il y aurait la Reine Borg, les entités assimilées parfaites, puis les autres drones.
- L’Enseigne Glex pointerait le manque de logique, la Reine Borg étant elle-même imparfaite.



J’ai acquiescé intérieurement : c’est probablement ce qu’il en aurait pensé.
- Cependant, il est déconnecté du Collectif, les tentatives de contact échouent donc toujours.
- Cela présente un risque. Une entité parfaite assimilée mais déconnectée du Collectif va attirer l’attention de la Reine Borg, et sera un jour ou l’autre signalée à la Ruche comme menace…
- Devrions-nous alors cesser ces incursions ?

J’ai pris la parole, sûr de moi :
- Ce que je vais proposer est risqué, mais… Le reconnecter le temps de la mission serait un atout, en plus de le faire passer inaperçu.
- Si nous le reconnectons, il transmettra toutes ses connaissances aux Borgs.
- Si je ne m’abuse, c’est déjà fait. Tout ce qu’ils apprendront de lui, ils le sauront déjà.

Data me soutint sur ce point :
- L’Enseigne Glex ne sait rien de ce que nous analysons de ses perceptions. Il est rigoureusement tenu à l’écart de ces opérations au cas où il serait repris par les Borgs. L’option que présente le Commandeur a bel et bien les avantages qu’il leur prête.
- Bien, je suppose que le Sous-Lieutenant Werm est déjà informé. Je valide cette option.

Elloran me confirma dans la seconde :
« Je le reconnecterai à chaque mission, pour le déconnecter de nouveau à son retour. C’est une opération bégnine, aucun risque pour Raejian. »
- Le Sous-Lieutenant m’avise que cette option sera sans risque pour l’Enseigne Glex.
- Tant qu’elle est réalisable.

 

 

 

 

Il se retira. Data fit signe à un Enseigne de le relever et m’incita à le suivre au turbolift :
- Je ne souhaitais pas vous mettre dans l’embarras, Commandeur, croyez-le bien. Mais j’estimais nécessaire que le Capitaine entende notre opinion.
- Vous avez eu raison… Même si cela n’a eu aucun effet.
- Je compte bien protéger les intérêts de l’Enseigne Glex, Borg ou Vulcain.

J’ai dévisagé Data :
- Elloran m’a partagé votre sentiment à l’égard de l’Enseigne Glex, comme vous vous en doutez… En avez-vous déjà informé l’intéressé ?
- Non. J’ignorais qu’il s’agissait là d’un sentiment.
- Vous respectez son travail… Il a besoin de savoir qu’on le perçoit comme un être de chair.

J’ai posé la main sur l’épaule de Data :
- Je vous le demande : si réellement vous le respectez, faites-le lui savoir.
Data acquiesça :
- Allons à ses quartiers. Il serait du meilleur effet qu’un nombre conséquent de personnes viennent lui signifier qu’il n’est pas considéré comme un drone par tout le monde…

Il avait raison…
« C’est d’accord, Reg’, je viens aussi, attendez-moi devant ses quartiers ! »
Elloran allait se joindre à nous. Nous nous sommes donc mis en marche et, une fois aux portes, je l’ai vu accourir. Data acquiesça :
- Il est dommage que l’Enseigne Murdock ne soit pas avec nous… Il trouverait les mots…

J’ai sonné, mais il n’y eut pas de réponse.
- Ordinateur, localise l’Enseigne Glex.
L’Enseigne Glex est dans ses quartiers.
Curieux… J’ai de nouveau sonné, et quelques secondes plus tard, les portes s’ouvrirent :
- Ben, fiston, ça va pas ? Tiens, pourquoi vous êtes tous là ?



Nous nous sommes dévisagés :
- Vous étiez avec l’Enseigne Glex, Enseigne Murdock ?
- Pas de chichis entre nous, appelez-moi Looping, j’suis pas en service.
- Qui est-ce, Henri ?
- C’est l’androïde, mon petit-fils et son… Euh… Ami… Entrez, entrez…

Il nous laissa passer : la première chose qui attira mon attention, c’était ce lit en face de l’alcôve.
- Vous avez refait le mobilier ?
- Hmmm ? Ah, ça… Euh… Ben, c’est pour quand je viens : je me régénère pas dans un truc Borg.
Il grinça des dents, l’air un peu anxieux :
- Désolé, Raejian, c’est pas ce que…

Raejian se tenait debout devant le lit, à côté de mon grand-père. Il posa la main sur son épaule :
- Raejian ne souffre pas de la remarque de Henri. Que Henri ne s’en inquiète pas.
- Dis, il parle toujours comme ça ?
- Il y a déjà du progrès : le « il » a remplacé le « nous », et il s’appelle par son vrai nom, pas ce matricule idiot que le Capitaine continue à lui donner.

Raejian sourcilla :
- One of One place Raejian première entité parfaite dans l’Unimatrice Alpha, Unimatrice de Commandement Supérieur sous la direction immédiate de la Reine Borg.
- Je sais, je sais… Mais tu es un Vulcain, pas un Borg.
- Illogique : Raejian est composé à quarante-neuf virgule soixante-dix pour cent de technologie…

 

 

 

 

 

Grand-père barra ses lèvres de l’index, l’obligeant à se taire :
- Ce qui veut dire qu’il y a plus de Vulcain que de Borg en toi. Statistiquement, j’ai raison.
Raejian baissa les yeux, considérant probablement la chose.
- J’suppose que c’est pas moi que vous êtes venus voir… Je vais…
- Non, non, c’est très bien que tu sois là, grand-père.

Data confirma d’un signe de tête :
- Enseigne Raejian Glex, nous sommes venus vous affirmer notre soutien.
- Oui, nous ne sommes pas d’accord avec la façon dont le Capitaine te traite, Raejian.
- Le Lieutenant-Commandeur Data et moi-même l’avons signifié, mais notre avis a été ignoré.
- Veuillez préciser le motif de votre désaccord avec les égards du Capitaine vis-à-vis de Raejian ?

Grand-père haussa des épaules :
- En clair, il te traite comme un robot-zombie, et c’est là-dessus qu’ils sont pas okay.
- L’Enseigne Murdock a vulgairement mais efficacement résumé notre pensée.
- Un robot-zombie ?
- Pour le Capitaine, tu es un drone Borg, et rien de plus.

Raejian ne parut pas comprendre :
- Raejian est un drone Borg.
- Pour Elloran, pour le Lieutenant-Commandeur, pour moi, et pour Henri… Tu es un être humain.
- C’est incorrect. Un Vulcain n’est pas humain.
- Tu as compris, quoi ! Tu es un être sensible, pas une machine !

Il secoua la tête :
- Raejian est en partie une machine.
- Ce que nous percevons en vous est avant toute chose votre part d’humanité.
- Tu n’es pas juste un drone, tu peux dépasser ça : souviens-toi quand tu étais à deux doigts de m’assimiler, mais que tu as choisi me soigner…



Raejian semblait fixer sa main :
- Vous dites vrai… Raejian a un cœur… Raejian n’est pas qu’un drone…
- Alors, vous comprenez pourquoi il est illogique que le Capitaine vous traite comme un drone.
- Oui. Raejian comprend. Et Raejian vous remercie de faire valoir son humanité ainsi.
- Ne nous remerciez pas, Enseigne Glex. Votre travail a toujours été remarquable.

Raejian sourcilla :
- Que voulez-vous signifier par « toujours » ?
- De mon point de vue, peu importe votre race, votre savoir-faire est intact et considérable. Et vos contributions à la sécurité et la manutention de ce vaisseau également.
- Peu importe ma race…

Raejian acquiesça :
- Hybride, Vulcain ou Borg…
One of One, présentez-vous en salle des machines pour votre reconnexion.
Raejian appuya sur son communicateur :
- Ici One of One. Ordre reçu. Exécution en cours. One of One, terminé.

Nous étions quatre à dévisager Raejian, mais il haussa des épaules :
- Raejian ne pouvait faire acte de rébellion. Les circonstances lui ont paru inopportunes.
- Au contraire, c’était le bon moment ! Il va encore t’envoyer sur une mission, tu n’auras peut-être pas d’autre occasion !
- En effet, Raejian a probablement perdu une opportunité…

 

 

 

 

 

Il se tourna vers grand-père :
- Raejian souhaite l’accompagnement de Henri.
- Henri accepte.
Grand-père tendit la main gauche à Raejian. Il aurait très bien pu tendre l’autre, mais j’avais remarqué qu’il voulait toujours lui tenir la main droite depuis qu’il avait failli l’assimiler…

En effet, si le Docteur Crusher et Elloran lui avaient redonné une apparence globalement Vulcaine, son bras droit était toujours équipé comme celui d’un drone, capable d’assimiler ou d’injecter des sondes. Il le cachait sous une prothèse conférant une sensibilité comparable à celle d’origine aux doigts et à l’avant-bras artificiels qu’on lui avait créés. Il accepta tacitement d’offrir ces doigts à ceux de grand-père, et frissonna légèrement quand leurs paumes furent en contact.

Ils s’en vinrent ensemble, sans se lâcher la main.
- Votre ancêtre nourrit une profonde confiance en l’Enseigne Glex.
- Qu’est-ce-qui vous fait dire cela ?
- Le simple fait qu’il lui tienne la main capable de l’assimiler en quelques secondes. Cette prothèse n’empêche pas l’Enseigne Glex d’injecter des nano-sondes, et votre ancêtre n’ignore pas ce fait.

Data s’éloigna :
- Il est sûrement d’une compétence sans égale pour conserver l’humanité de l’Enseigne Glex.
- Où allez-vous, Lieutenant-Commandeur ?
- Appelez-moi Mr. Data… Mr. Barclay.
Dans son code, cela signifiait probablement qu’il pensait avoir tissé un lien d’amitié superficiel.

Il ne tenait qu’à moi de franchir le pas suivant pour lui confirmer…
- Bien, Mr. Data… Où allez-vous ?
- Sur la Passerelle. Le Capitaine s’interrogera sur les raisons de mon absence.
- Je viens avec vous… Je suis le second du Capitaine, après tout…
- En effet. Devisons chemin faisant, qu’en pensez-vous ?



Nous avons continué de discourir : Data était évidemment très instruit, mais ce qui me surprenait le plus, c’était son sens esthétique et son goût pour les arts en général.
- Mr. Data, j’aurais une question… Un peu particulière…
- « Sensible » ? « Gênante » ?
- Disons plutôt personnelle.

Data acquiesça :
- Je vous écoute.
- Vous êtes un androïde en quête d’humanité… Et vous prenez fait et cause pour un être né doué d’humanité que l’on traite en machine…
- Si vous sous-entendez que j’éprouve de l’empathie, cela me semble une conclusion appropriée.

J’ai haussé des épaules : ce n’était pas tout-à-fait ma question :
- L’auriez-vous fait si Raejian n’avait été qu’un membre d’équipage lambda sans aucun don ?
- Bien sûr. Je n’accorde pas plus de valeur à l’Enseigne Glex qu’à n’importe quel être vivant.
J’ai soupiré. Data tourna la tête :
- Cependant, je ne tends pas à nourrir des affinités quand je n’en ai pas. Ce qui n’est pas le cas ici.

Arrivés sur la Passerelle, Data reprit son poste, et je profitais d’un peu de répit pour m’asseoir sur le fauteuil de Commandement à côté de la chaise du Capitaine…
- Vous semblez tendu, Monsieur Barclay…
J’ai sursauté :
- Ah ! Dea… Conseiller Troy…

 

 

 

 

Elle était assise de l’autre côté, et je ne l’avais même pas remarquée…
- Le Capitaine ne va pas tarder à revenir de la salle de téléportation. Avez-vous encore les mêmes appréhensions que lors des autres missions de l’Enseigne Glex ?
- Oui… Mais je suis heureux que vous l’appeliez par son vrai nom.
- Parce qu’il a un autre nom ?

Son sourire indiquait clairement qu’elle me soutenait dans mon opinion : elle savait parfaitement que Raejian avait un matricule Borg, mais faisait certainement mine de l’ignorer.
- L’outil ne crée pas la fonction. Et nous sommes ce que nous décidons.
- Capitaine sur la Passerelle !
Je me suis levé avec Deanna pour saluer le Capitaine.

Celui-ci prit sa place, et Data se tourna vers l’écran principal :
- Liaison avec le nodule cortical de l’Enseigne Glex dans cinq secondes. Je suggère que l’on rompe la liaison sonore : nous ignorons si les Borgs peuvent nous entendre via le nodule cortical.
- Rompez la liaison sonore.
- Rupture effectuée. Liaison avec le nodule cortical accomplie.

Le Capitaine leva les yeux :
- Sur écran.
- Détection d’entité parfaite assimilée.
- Matricule One of One.
- Unimatrice Alpha.


Le Capitaine sourcilla :
- D’où viennent ces voix ?
- En toute logique, des autres drones. L’Enseigne Glex ayant été reconnecté à la Ruche, il peut percevoir leurs pensées, et eux aussi. Cela présente un problème de sécurité.
- Je ne suis pas inquiète, l’Enseigne Glex sait contrôler ses pensées : après tout, c’est un Vulcain



Le Capitaine ne prêta pas attention à la pique subtile que venait de lui lancer Deanna. Tout ce qui l’intéressait, c’était la sécurité de son Vaisseau : inutile d’être télépathe pour se rendre compte qu’il se moquait éperdument de savoir si Raejian était Borg ou Vulcain.
- Unimatrice 4 à vos ordres, One of One.
- Poursuivez le cycle de régénération.


Les drones concernés obéirent. Raejian avança encore. C’était bien mené… Il avait évidemment conscience que les autres drones l’entendaient, alors il jouait le rôle du second de la Reine.
- Le pouls de l’Enseigne Glex augmente. Il semble dans un état latent d’anxiété.
- Pourquoi ? Il n’est pas en danger, tout ce Cube est sous ses ordres !
- Je peux avancer l’hypothèse qu’il ressent les émotions des autres drones, et que cela le perturbe.

Data fixa l’écran en prenant quelques mesures et secoua la tête :
- Non… En dépit des faits, il se sent seul.
- Seul ? Il a des millions de voix dans la tête, et il se sent seul ?
- Nous ne communiquons pas avec lui, et je pense que la seule voix susceptible de le rassurer serait celle d’un membre de l’équipage de l’Entreprise qu’il connaisse.

Le Capitaine soupira :
- Bien, j’ai compris… Picard à l’Enseigne Murdock : vous êtes demandé sur la Passerelle.
- Ici l’Enseigne Murdock. Bien compris, j’arrive.
Grand-père passa les portes quelques minutes plus tard.
- Vous n’avez pas mis longtemps.

 

 

 

 

 

Grand-père haussa des épaules :
- J’espérais secrètement qu’on m’autoriserait à venir ici pour voir s’il va bien.
- L’Enseigne Glex est actuellement dans un état d’angoisse latent, resitua Data.
- Il est angoissé ? Pourquoi ?
- Je pense qu’il se sent seul.

Data semblait se moquer pas mal d’avoir répondu à la place du Capitaine. Grand-père se précipita devant l’écran et l’observa :
- Je ne le vois nulle part…
- La caméra est placée dans son bloc oculaire. Vous voyez ici ses pulsations cardiaques…
- Ah oui, c’est évident, il est en panique…

Grand-père savait que les Vulcains avaient la capacité de dissimuler leurs états d’esprit, mais sans doute connaissait-il aussi les limites de cette faculté chez Raejian.
- Je peux lui parler ?
- C’est pour cela que nous vous avons appelé, Enseigne Murdock.
Data manipula sa console et acquiesça pour signifier que Grand-père pouvait communiquer.

Il lui laissa la place, et Grand-père parla avec une certaine émotion :
- Raejian… C’est moi…
- Henri… ?
- Oui, je suis venu te dire que je vois ce que tu vois en ce moment…

Il était en train de craquer, mais je sentais qu’il se retenait pour ne pas inquiéter Raejian :
- Je sais que c’est une mission périlleuse pour toi, mais je vois que tu as tout sous contrôle, alors continue, tu arriveras à tous les berner comme des gosses de bac à sable !
- Merci, Henri… Ce que Henri dit à Raejian le rassure réellement…
- Je suis auprès de toi, Raejian, n’oublie jamais ça…



Data coupa la communication, et la plupart des personnes présentes regardaient Grand-père avec des yeux éberlués. Il haussa des épaules :
- Bah quoi ? On est du même grade, on n’a pas le droit d’être en couple ?
- C’est que la majorité de l’équipage ignorait totalement que vous étiez engagé dans ce type de relation émotionnelle avec l’Enseigne Glex.

Grand-père ne répondit pas : il venait probablement de voir, tout comme moi, les drones qui abordaient Raejian. Ils avaient un air plutôt menaçant, même pour des robots sans la moindre expression sur le visage…
- Que se passe-t-il ?
- Sur ordre de la Reine Borg, vous n’êtes pas autorisé à accéder à ces systèmes.

Ce n’était pas bon du tout, ça…
- Nous sommes One of One, entité parfaite. Nous sommes supérieurs aux drones imparfaits.
- Vous ne l’êtes pas à la Reine Borg, One of One.
- Eh bien, ça va changer !

Le bras assimilateur de Raejian se dressa dans l’écran, et il anéantit les Borgs autour de lui.

Le Capitaine bondit de son fauteuil :
- Ce n’était pas du tout prévu ! Monsieur Data, rétablissez la communication !
- Communication rétablie, Monsieur.
- One of One, vous ne deviez passer en mode offensif qu’en cas de péril immédiat !
- Ces drones mettent la mission en péril de façon immédiate en bloquant le passage.

 

 

 

 

 

Le Capitaine grogna :
- Non ! Je voulais dire au cas où votre vie serait menacée !
Tout le monde le dévisagea, la stupéfaction générale régnant dans les regards.
- Vous vouliez protéger Raejian ?
- J’ai la charge d’assurer la sécurité de chaque membre de mon équipage, Enseigne Glex.

Je n’en croyais pas mes sens : le Capitaine ne considérait donc pas Raejian comme un simple drone parfaitement remplaçable, voire même indésirable… ?
- Vous devez rapidement quitter le vaisseau Borg, les drones ont probablement déjà assimilé votre présence à une menace directe.
- Bien compris. Raejian va trouver une voie d’extraction rapide.

Une voie d’extraction rapide ? Que voulait-il dire par…
- NON, RAEJIAN, NE FAIS PAS CA !!!
Trop tard : il avait transpercé une paroi du vaisseau, créant un trou d’aspiration directement vers le vide spatial…
- Pourquoi, Raejian… Pourquoi tu ne t’es pas simplement téléporté …

Le Capitaine appuya sur son badge :
- Picard à téléportation : verrouillez l’empreinte de l’Enseigne Glex immédiatement !
- Ici O’Brian : nous l’avons verrouillé, téléportation en cours…
- Dépêchez-vous, je vous en supplie…
J’ai approché Grand-père pour tenter de le réconforter.

O’Brian était le meilleur pour téléporter dans le vaisseau, il allait réussir…
- O’Brian à Passerelle : l’Enseigne Glex est à bord, mais il a besoin de soins, je contacte l’infirmerie immédiatement.
- Bien reçu, téléportation. Picard, terminé.
- Il a besoin de soins ? Je veux le voir !!!



Grand-père accourut vers le turbolift, et je le suivis du mieux que je pus :
- Il a été aspiré dans l’espace, c’est normal qu’il ait besoin de soins…
- Je veux savoir comment il va !
- Oui, je comprends, mais…
- Ah, Docteur Crusher, c’est ça ? Où est Raejian ?

Le Docteur Crusher sourcilla, un peu surprise de cette intervention brutale :
- Eh bien, il n’est pas encore arrivé… Son état ne permettait pas de le téléporter…
- Son état ?! Il est très mal, c’est ça ?
- Que Henri soit calme… Raejian est en vie…
Les portes de l’infirmerie venaient de s’ouvrir.

Deux brancardiers transportaient Raejian. Il était atrocement défiguré, mais on pouvait le reconnaître aux multiples arrangements cybernétiques typiquement Borg sur son corps.
- Pourquoi tu as fait ça ?
- La téléportation à l’intérieur du vaisseau Borg aurait pu verrouiller les empreintes des autres drones, ce qui aurait mis en danger l’équipage… Les ondes internes du vaisseau perturbent…

Raejian parut s’évanouir.
- Raejian !
- Niveau d’oxygénation du cerveau en baisse !
- Vérifiez l’état de ses vaisseaux sanguins…
- Je détecte un Accident Vasculaire Cérébral généralisé.

Le Docteur Crusher secoua lentement la tête :
- Nous l’avons perdu…
Grand-père blêmit et resta muet, même s’il avait ouvert la bouche.
- Je… Je ne sais pas quoi dire…
Grand-père haussa simplement des épaules et quitta l’infirmerie.

Je lui courus après : cette attitude ne me disait rien qui vaille.
- Ne fais rien de dingue, je t’en prie !
Il ne me répondit pas.
- Grand-père, je sais que c’est horrible pour toi, mais…
- Tais-toi, tu ne sais pas ce que j’endure.

Il arriva à ses quartiers et ouvrit. Sous le choc probablement, il oublia que je le suivais.
- Grand-père…
- Ecoute, c’est la deuxième fois que je perds toute raison de vivre… Je n’ai plus rien à faire dans cette époque où je n’avais déjà pas ma place…
Je ne l’avais jamais entendu parler aussi proprement. Il devait vraiment être brisé.

Il s’approcha du synthétiseur :
- Une corde en chanvre.
- Tu vas faire quoi avec ça ?
Grand-père fit un nœud et attacha la corde au plafond :
- Je vais faire ce que j’aurais dû faire depuis longtemps…

Il plaça un tabouret sous le nœud pendant, monta sur le tabouret et passa la tête dans la boucle large de la corde…
- Eh ! Je ne te laisserai pas le faire !
J’ai tiré sur la corde, la rompant avant qu’il ne fasse basculer le tabouret.
- Tout va bien… ?



Il semblait furieux, à-présent :
- Tu ne pourras pas me surveiller nuit et jour ! Dans ce foutu rafiot volant, il y a mille et une façons de se donner la mort sans être remarqué !
- Dans ce cas, je te relève de tes fonctions, et je te place en confinement restrictif.
- Tu ne ferais pas ça ?!

J’ai croisé les bras :
- Je le peux, et je l’ai fait simplement en te l’annonçant. Barclay à sécurité : placez l’Enseigne Murdock en confinement restrictif.
- Ici sécurité, bien reçu. Nous arrivons.
- Tu n’as pas de cœur. Me laisser mourir à petit feu au lieu de me laisser m’achever…

Je faisais de mon mieux pour l’ignorer… Mais je souffrais de l’entendre parler ainsi. Une fois la sécurité sur place, je m’en suis retourné à mes occupations sur la Passerelle…
- Reginald…
- Elloran ?
Il était juste derrière moi, et m’avait pris la main.

J’étais sans doute trop perturbé pour ressentir sa présence… Mais ce contact me tranquillisait.
- Je suis inquiet, Elloran… Raejian est mort devant Grand-père et moi, et Grand-père veut se tuer parce qu’il ne le supporte pas…
- Je le comprends… C’est une rude épreuve pour lui… Sans compter que le lien entre un Vulcain et son âme-sœur est plus fort qu’un simple lien amoureux même passionnel et fusionnel…


J’ai acquiescé : j’avais oublié ce détail.
- Que puis-je faire, Elloran ? J’ai perdu un ami, je ne veux pas perdre mon grand-père…
- Tu l’as déjà placé en confinement restrictif…
- Oui, mais il pourrait se laisser mourir de faim et de soif…
Alerte : forte concentration de chronitrons sur le pont 9.


Des chronitrons ?
- Veuillez m’indiquer la localisation du Capitaine Jean-Luc Picard.
Nous sommes restés interdits un instant : cette femme avait une sorte d’implant en métal sur l’œil et portait une combinaison assez étrange.
- Je suis le second du Capitaine. Vous pouvez parler.

La femme secoua la tête, serrant l’étrange module qu’elle portait sous le bras :
- Je regrette. J’ai reçu l’ordre impératif de communiquer les informations à ma disposition au Capitaine et uniquement au Capitaine Jean-Luc Picard.
- Je comprends. Nous allons vous conduire à lui…
Elle était apparue de nulle part, c’était suffisamment incongru pour que ça soit important.

Arrivés sur la Passerelle, le Capitaine dévisagea la femme :
- Qui est-ce ?
- Nous l’ignorons, Capitaine. Elle refuse de dire quoi que ce soit à toute autre que vous.
- J’ai l’ordre de vous communiquer des informations vitales, Capitaine Jean-Luc Picard.
- Venez dans mon bureau.

Ils restèrent un moment derrière ces double-portes automatiques, et le Capitaine en sortit en deuxième, le module de la femme sous le bras :
- Je vais affecter mes deux meilleurs éléments à cette mission.
- Bien, eux seuls devront avoir connaissance des informations que je vous ai communiquées.
- J’entends bien.



- Raejian sera un élément essentiel dans une guerre à venir. Sa mort était une erreur.
- Je ne comprends pas… Il n’était pas censé mourir ?
- En effet. La personne que vous avez vue est une Borg venue du futur pour nous permettre de réparer cette erreur…
- Et ce module…

Le Capitaine acquiesça :
- Il s’agit d’un module à chronitrons, capable de moduler une faille spatiotemporelle naturelle pour créer une altération praticable.
- Pourquoi n’a-t-elle pas tout simplement empêché la mort de Raejian ?
- Ils n’avaient pas la possibilité de revenir aussi loin. Elle m’a parlé de Directives Temporelles…

Le Capitaine haussa des épaules :
- Elle ne pouvait rien faire de plus que ce dont on l’avait chargée pour sa mission.
- Elle était en « mission temporelle », alors ?
- En effet. Et si je vous ai tous les deux appelés, c’est parce que vous allez faire de même.
- « Tous les deux »… ?

Les portes s’ouvrirent, et Grand-père arriva entre deux responsables de la sécurité :
- Vous pouvez le laisser, merci…
- Pourquoi on me dit rien ?
- Ces gardes ignorent pourquoi ils vous ont amené ici.
- Alors, c’est pour quoi ?

 

 

 

 

 

Le Capitaine sourit :
- Je vais vous offrir l’opportunité de retrouver l’Enseigne Glex…
Grand-père parut soudain plus réceptif.
- J’ai reçu la visite d’un voyageur temporel, qui a laissé ceci : un module à chronitrons… Il permet de voyager dans le temps.

Grand-père s’empara du module :
- Comment ça marche ? Il faut appuyer sur un bouton ? Le secouer ?
- Calmez-vous… Je vous ai appelé car vous êtes parmi les meilleurs pilotes, et que je suis assuré de votre motivation à assurer le succès de cette mission.
- Ah ça oui ! Alors, on fait quoi, le Grand Manitou ?

Le Capitaine s’assura que les portes étaient verrouillées et posa la main sur le module :
- Vous allez tous les deux embarquer à bord d’une navette. On recherche actuellement une faille spatiotemporelle naturelle. Pour les autres membres de l’équipage, il ne s’agit que d’une mission d’étude de la faille, mais pour vous, il s’agira de traverser cette faille pour remonter le temps.
- Et comment on fait pour arriver au bon moment ?

Le Capitaine haussa des épaules :
- Le fonctionnement de ce module est très complexe. Le vaisseau d’où provenait le voyageur temporel possède la technologie adaptée pour contrôler la trajectoire dans la faille…
- Et pas le nôtre, hein ?
- Au fait, où est-elle ?

Le Capitaine balaya l’air de la main :
- Elle avait un module plus compact qui lui permettait de retraverser la faille, mais elle devait respecter une limite de temps avant que l’altération ne se résorbe, sans quoi elle serait bloquée définitivement dans notre époque.
- Et nous serons soumis aux mêmes contraintes, je suppose ?



Le Capitaine acquiesça :
- C’est une entreprise risquée, je sais… Mais d’après ce que m’a dit le voyageur, de l’issue de cette Guerre dépend le destin de la Fédération…
- Je comprends parfaitement que…
- Qu’est-c’qu’on attend pour y aller ?! Raejian peut encore être sauvé !

J’ai haussé des épaules :
- Bien, alors nous y allons…
- Bonne chance, messieurs. Cette mission temporelle est déterminante pour des milliards de vies.
Il me confia le module à chronitrons, et je suivis Grand-père jusqu’au hangar où le Lieutenant Worf nous montra la navette qui nous était destinée.

Grand-père monta à bord, alluma les circuits de navigation et s’assit au poste de pilotage.
- Messieurs, cette navette particulière est équipée de tubes de stase curative. Vous pourriez en avoir besoin en cas de dommages internes dus à la proximité avec la faille spatiotemporelle.
- Bien, Lieutenant.
- Nous avons localisé une faille, vous en recevrez les coordonnées à bord.

J’ai acquiescé, et le Lieutenant Worf quitta la navette. Grand-père ne disait rien, les doigts sur les commandes de navigation. Je pouvais ressentir la tension en lui : il voulait sauver Raejian, il se moquait éperdument du reste.
- Reginald !
- Elloran ? Tu as pu venir dans le hangar ?


 

 

 

 

 

La porte de la navette s’ouvrit, et j’ai serré Elloran dans mes bras.
- Je n’aurais pas pu te laisser partir sans te dire « au revoir »…
- Et tu sais quelle est la véritable raison de ce voyage.
- Bien sûr. C’est formidable pour ton grand-père de pouvoir sauver Raejian.
- C’est impératif, comme tu le sais déjà.


Elloran me dévisagea, très inquiet :
- Fais bien attention à toi… Je ne sais rien en pratique des voyages dans le temps, mais c’est sûrement très dangereux…
- Je ferai de mon mieux pour revenir auprès de toi…

Nous avons échangé un baiser, et Elloran partit de la navette, m’adressant un signe de la main.

Grand-père ne décrocha pas un mot, même après l’ordre de décollage.
- Heu… Grand-père ?
Pas de réponse.
- Je pensais que tu serais enthousiaste à l’idée de pouvoir sauver Raejian…
- Je suis inquiet. Si nous sommes censés le sauver, pourquoi est-il mort tout de même ?

Je n’avais pas pensé à ça. J’ai haussé des épaules :
- Je n’en sais rien, peut-être qu’il s’agit d’une ligne temporelle alternative dans laquelle nous n’avons pas reçu la visite de cette jeune femme…
- Une jeune femme ?
- Oui, le visiteur temporel était une jeune femme blonde avec une sorte d’implant métallique…

Grand-père se recroquevilla sur lui-même :
- Comme Raejian…
- Un peu, oui…
- Il me manque… Je veux le sauver, mais je ne sais pas pourquoi, je ressens que cette mission va être un échec total qui me privera de lui pour toujours…



Il était complètement déprimé. Je n’ai pas su quoi dire, et nous approchions de la faille. Je me suis installé à côté du module à chronitrons, cherchant un genre de bouton ou de commande à activer pour qu’il crée une altération temporelle…
- Bien, comment c’est censé fonctionner… ?
Je ne trouvais strictement rien. Ce n’était qu’une boite en fer stérile avec un voyant blanc.

Je me creusais encore la tête quand le Capitaine nous contacta :
- Ici Picard à navette.
- Ici Barclay, Capitaine.
- Ceci est une communication privée. Vous êtes près de la faille.
- Oui, mais nous ignorons comment fonctionne le module…

La voix du Capitaine se fit lente :
- Engagez-vous dans la faille, le module réagira et activera sa charge de chronitrons.
- Comment sait-on vers quelle époque nous allons ?
- Vous allez devoir naviguer deux minutes dans l’altération. Pas une seconde de plus, pas une seconde de moins…

Deux minutes, à la seconde près…
- Je ne sais pas plus que vous comment fonctionnent les altérations temporelles. Bonne chance.
Il rompit le contact.
- Bien, allons-y alors…
Grand-père avait enclenché les commandes, et la navette fila à-travers la faille.

 

 

 

A notre arrivée, les contours de la faille se troublèrent, et elle nous avala entiers.
- J’ai enclenché le décompte, affirma Grand-père.
- Tu n’as pas l’air rassuré…
- Je te l’ai dit : je la sens pas, cette mission.
Il avait croisé les bras, les yeux rivés sur le compte à rebours qui défilait.

Il programma une trajectoire :
- J’ai trouvé une sortie, on pourra l’emprunter.
- Sois précis, Grand-père, on ne doit pas rester une seconde de plus…
- T’en fais pas, je sais ce que…
Vrrr…

J’ai détourné le regard :
- Le module à chronitrons… On dirait qu’il vibre.
- J’aime pas ça, moi, on sort, c’est le moment !
Il enclencha la marche avant.
… RRRRRR…

Le module vibrait comme s’il allait exploser.
- Eh, il a quoi, ce truc ?
- Je ne sais pas… J’ignore totalement comment il est censé fonctionner, c’est peut-être normal… Même si c’est réellement inquiétant…
- Raejian aurait su, lui…

Grand-père semblait pleurer en prononçait son nom.
- On est sortis…
Le module avait cessé de vibrer. Je me suis rapproché du poste de pilotage :
- Je ne vois pas le vaisseau Borg… Ni l’Entreprise
- Tiens, il y a une planète, là-bas…




Il désignait le caillou un peu aride à tribord.
- Je ne la connais pas… Approchons-nous, et en attendant, essayons d’établir une communication avec l’Entreprise
- C’est complètement idiot, ça ! Si on est bien au bon moment, je te rappelle qu’on est tous les deux censés se trouver à bord du vaisseau !

J’ai réfléchi : oui, c’était stupide…
- Ordinateur, peux-tu repérer l’Entreprise ?
Négatif. L’Entreprise est hors de portée des détecteurs de la navette.
- Ce n’est pas normal…
- On s’est complètement paumés ! Je parie qu’on n’est même pas à la bonne époque !

Mieux valait en être sûrs…
- Ordinateur, quelle est l’année Terrienne ?
Année Terrienne 2370.
- 2370… On n’est pas revenus en arrière, on est dans le futur !
- A l’évidence, oui… Mais je ne comprends pas … Ordinateur, y a-t-il des signes de vie à proximité ?

L’ordinateur analysa le secteur :
Négatif. Les détecteurs ne repèrent aucun signe de vie.
- Alors, la planète là-bas est morte… Ordinateur, identifie la planète à proximité.
Planète de classe M inconnue.
- On va faire un balayage de cette planète.

Grand-père nous rapprocha, haussant des épaules :
- Comme tu veux, mais je vois pas en quoi ça nous aiderait…
- J’ai le sentiment que cette planète est liée à notre mission…
- La planète est à portée. J’enclenche le balayage.
J’attendis sur le siège à-côté de Grand-père.

Lui ne disait rien. Il semblait plutôt concentré sur les données que relevait la navette.
- Fichtre…
- Tu as vu quelque chose ?
- Il y a des traces de civilisation. Ce caillou était habité, et ça date pas d’un million d’années.
- Oh non… C’est bien ce que je craignais…

Il me dévisagea, interrogatif.
- Je crois que cette planète a subi de plein fouet la guerre future dont le Capitaine nous parlait.
- Woa… Alors, ils sont tous morts à-cause de cette guerre ?
- Je crois bien... Mais qu’est-ce… Ordinateur, identifie l’objet repéré dans la section 56-G.
Objet identifié. Signature de Starfleet. Désignation : combadge.

Un combadge ?
- Ordinateur, à qui appartient ce combadge ?
Fréquence analysée. Empreinte utilisateur détectée. Ce combadge appartient au Lieutenant-Commandeur Barclay, Reginald, Endicott, troisième du nom…
Je me suis figé en entendant mon propre nom.


Je n’arrivais pas à avaler ce que j’en concluais :
- Ce combadge m’appartient… Je suis…
- Apparemment mort toi aussi à cette époque…
J’ai secoué la tête :
- C’est pire… Je suis responsable de la mort des dix mille habitants de ce monde



Grand-père sourcilla :
- Comment peux-tu en conclure que tu es responsable de ça ?
- Dans cette ligne temporelle, Raejian n’est plus censé exister depuis notre époque. Comme il est un élément-clef dans la guerre qui se prépare, son absence a fait perdre la guerre, et c’est à-cause de ça que tous ces gens sont morts !

Grand-père haussa des épaules :
- Oui, d’accord, mais pourquoi tu penses que c’est ta faute ? Le fait que ton combadge soit là ne prouve rien du tout…
- Ordinateur, y a-t-il d’autres signatures de Starfleet sur la planète ?
Négatif.

J’ai croisé les bras :
- Comment tu expliques que mon combadge soit le seul instrument de Starfleet présent ?
- Je ne sais pas… Tu as peut-être été envoyé en mission pour protéger ces gens, et…
- J’ai échoué. C’est aussi simple que ça.
- Bon, okay… Mais y’a plus grave, du genre : « on fait comment pour rentrer ? »…

Oui, en effet…
- Ordinateur, détecte l’altération temporelle la plus proche.
Altération temporelle détectée.
- Ordinateur, cap sur l’altération temporelle. Si on prend le tunnel dans l’autre sens, il y a de bonnes chances pour qu’on revienne au point de départ.
- C’est juste…

 

 

 

 

 

Grand-père enclencha la marche avant et mit le compte à rebours…
- Oui, deux minutes, c’est bien ça…
- Autant être sûrs de notre coup.
Il nous fit entrer dans la faille.
- Eh ben, ça secoue…

Quand le décompte parvint à vingt secondes de la fin, il remit les doigts sur les commandes :
- J’ai repéré une sortie, on va l’emprunter…
- Attention, Grand-père, nous devons être très pré…
Le module commençait à gronder.
- Eh, il a quoi ce truc… ?

Le décompte s’était arrêté.
- Vite, sors-nous de là !
Grand-père enclencha la marche à pleine vitesse, et en deux secondes, nous abordions la Terre, lancés trop vite pour éviter d’entrer dans l’atmosphère…
- Mais qu’est-c’qu’on fout dans le coin ?!

Je n’en savais vraiment rien… Et la Terre se rapprochait…
- Freine, Grand-père, on risque de faire des dégâts !
- Je réduis déjà la vitesse à pleine balle, on est pris par l’attraction terrestre !
Le sol se découvrit derrière les nuages : une longue plaine vide de toute habitation…
- Autant atterrir ici, on ne fera aucune victime innocente, au moins…

Grand-père serrait les dents :
- Atterrir, atterrir… Facile à dire… On va se crasher, oui…
- Se crasher comment ?
Il grinça :
- Du genre, de la tôle froissée partout et éventuellement des types cramés…
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MessageSujet: Chapitre 7 : Sauvetage Temporel (partie 2)   Dim 10 Aoû 2014, 21:40

Tu n’es pas sérieux ?!
Grand-père s’appliquait sur les commandes :
- Mais tu vas me laisser bosser ?! J’ai assez d’expérience de pilotage pour savoir comment va se finir un atterrissage en catastrophe !
- Désolé, désolé…

Il forçait à-présent sur les commandes comme un dément. Je me suis installé dans un coin, espérant que tout se passerait bien.
- Trop tard pour s’éjecter de la navette. Va falloir encaisser…
J’ai accroché ma ceinture.
- Crois-moi, ça te sauvera pas plus, fiston…

J’ai tout de même conservé ma ceinture, constatant que lui ne s’était pas attaché.
« Fiston… Il doit vraiment s’inquiéter… »
- Bon, au moins je vais limiter la casse…
« Il est vraiment fort… J’aurais complètement paniqué, à sa place… »
D’ailleurs, j’étais totalement en panique.

Je lui faisais confiance, là n’était pas la question, mais j’ai naturellement une prédisposition à l’angoisse. J’ai hasardé un regard vers le poste de pilotage : il continuait à s’acharner, même si on ne pouvait éviter la collision imminente à vive allure…
- Bon, on va sauver les meubles…
Il quitta brutalement le poste de pilotage.

 

 

 

 

Il s’approcha et découpa ma ceinture avec un couteau :
- Eh ! Où as-tu eu cette lame ?
Il me prit de telle façon que je ne pus m’en défendre :
- Je l’ai synthétisée avant qu’on ne me place en isolement. Je savais que ça serait utile.
Il ouvrit un des tubes de stase curative et me jeta dedans…
- Eh ! Mais qu’est-ce-que tu fais ?!

La navette trembla, et il me repoussa pour m’empêcher de quitter le tube :
- Je l’ai dit : je sauve les meubles.
- Mais, je…
- Reste là-dedans, c’est le seul moyen d’assurer le succès de cette mission !
Je me suis calmé, et il referma le tube.

D’où j’étais, je pus le voir retourner au poste de pilotage.
- Bon, enclenchons la stase, maintenant…
« Et comment je me réveille, moi… ? »
- Disons dix minutes, le temps de se crasher…
Je sentis l’endormissement me gagner.

Il était toujours en pleine action, conservant son calme malgré tout :
- Bon, la stase est en cours…
Sa voix me parvenait, de plus en plus lointaine et trouble…
« Bonne chance, Grand-père… »
- Bonne chance, fiston. Tu en auras besoin…

Il s’était retourné vers moi. Il laissa le poste de pilotage et se mit dans un coin, roulé en boule… Alors, ma vision s’évanouit, et je perdis conscience…



Où suis-je… ?
- Ah, le tube de stase…
Il était ouvert, probablement parce que la stase était finie…
- Grand-père… ? Grand-père, tu es là… ?
Personne dans la navette…

Pas même un corps inerte…
« Il s’en est sorti, j’en suis sûr. Pourquoi n’est-il pas resté à bord ? »
J’ai trouvé la porte de sortie, encore un peu embrouillé par la stase, et me suis aventuré hors de la navette dans l’espoir de le voir en train de tenter des réparations…
« Pas là non plus… »

Il n’était pas dans les parages. Pourquoi serait-il parti ?
« Bon, il a une formation militaire, peut-être a-t-il décidé de faire une reconnaissance des lieux pour établir la suite du plan… »
Il valait mieux que je reste à bord, dans ce cas. Il allait forcément revenir ici à un moment.
« Je me demande si les instruments de navigation sont encore fonctionnels… »

J’ai manipulé les commandes :
- Rien ?! Et la communication…
J’ai tenté tous les canaux, même les transmissions subspatiales…
- Rien ne répond… Mais que se passe-t-il… ?
Je ne pouvais pas non plus communiquer avec Grand-père.

La communication était probablement défaillante, elle aussi…
- Et le module à chronitrons…
Une sorte de jauge clignotait en rouge à la place du voyant blanc :
- On dirait qu’il est vide… Comment allons-nous assurer la mission… ?
J’espérais sincèrement que nous étions à la bonne époque.

J’ai attendu des heures… Mais Grand-père ne revenait pas.
- Il lui est arrivé quelque chose ! J’aurais dû partir à sa recherche immédiatement !
J’ai couru hors de la navette, activant un camouflage holographique de l’invention d’Elloran…
« J’espère que tu es là-haut… »
J’avais levé le regard vers les étoiles, brillantes autour de la Lune en cet instant…

L’altération temporelle ne semblait pas présente…
- Bien… Tout d’abord, savoir où nous avons atterri…
La Terre, oui, c’est certain… Mais où précisément… ?
- Bonjour, mon garçon, vous venez de la campagne ?
Je me suis retourné, et je ne pus répondre immédiatement.

J’avais face à moi un vieil homme au volant d’une… Fiat… Panda ?!
- Vous avez l’air un peu perdu…
- Euh, oui… Excusez-moi, mais je marche depuis assez longtemps, alors… La question va vous paraître un peu étrange, mais… Quel jour sommes-nous ?
- Le 17.

J’ai secoué la tête :
- Je veux dire, quelle année ?
L’homme ne parut pas comprendre, puis il haussa des épaules :
- Ah… Ben on est en 1984.
1984… Non…



Je devais lui paraître vraiment étrange, avec mes habits trop futuristes en plus…
- Vous voulez que je vous dépose ?
J’ai acquiescé lentement, sonné :
- Si ça ne vous dérange pas, merci…
- Montez, mon garçon, il y a de la place !

De la place… Pas vraiment… C’était un bien petit véhicule…
- Je vous dépose où ?
- A la ville la plus proche, merci… J’arriverai à me débrouiller…
- Soyez prudent, tout de même, vous avez l’air d’ignorer que c’est la guerre.
- La guerre ?

Ce mot trouva soudain écho dans ma mémoire : Elloran m’avait appris tout ce qu’il savait sur cette époque d’où venait mon ancêtre, et en effet, c’était ce qu’ils appelaient la « Guerre Froide »…
- Oui, je sais…
- C’est une drôle de tenue que vous portez… Vous travaillez dans quoi ?
- Euh… Je teste de nouveaux textiles… Censés protéger contre la chaleur.

Le vieil homme acquiesça :
- Je vois… Ah, nous y sommes !
Je ne voyais rien, à part quelques maisons et deux lampadaires solitaires.
- Je vais bifurquer à droite, vous avez de la chance.
- C’est une ville ?

L’homme haussa des épaules :
- P’tite ville de campagne, ouais… Pas de souci ?
- Non, c’est parfait… Merci…
- Toujours content de rendre service ! Bonne soirée !
Le véhicule étroit redémarra et s’éloigna.

Je me sentais un peu nauséeux après ce voyage en « Fiat Panda » : je n’avais jamais connu un tel inconfort de traversée… Comment faisaient-ils pour supporter ça ?
- Bon… Grand-père est peut-être dans les environs…
J’ai rejoint le premier bâtiment qui ressemblait à un établissement public et me suis présenté à l’accueil : je me souvenais d’images qu’Elloran avait partagées avec moi…

Et à l’évidence, c’était un petit motel de campagne… J’ai fait tinter la sonnette sur le comptoir.
- Oui, oui, j’arrive !
Une petite femme replète m’accueillit :
- Bonsoir, cher client… Vous voulez une chambre ? Nous servons encore le dîner…
- A vrai dire, je…

Elle me dévisagea :
- Oh, je connais cet air-là ! Vous n’avez pas un rond, et vous venez de la campagne profonde.
- Pas un rond ?
- Pas un sou, quoi !
« Un sou »… Ah oui, de l’argent ! Ils ne pratiquaient pas le troc, en 1984 !

J’ai acquiescé.
- Bon, j’ai l’habitude… Vous savez faire des trucs ?
- Pardon ?
- Vous touchez votre bille en quoi que ce soit, ou je peux juste vous coller au ménage ?
- Euh… Eh bien, je suis ingénieur…



Elle me toisa :
- Ingénieur ? Voyez-vous ça ? Eh ben vous allez venir par-là…
Elle me mena à une pièce encombrée de fourneaux et de réfrigérateurs. Je pouvais les reconnaître d’après mes souvenirs de ma communication avec Elloran.
- J’ai un vieux matériel, et il rend l’âme. Vous pouvez y faire quelque chose ?

J’ai acquiescé : ces antiquités ne devraient pas être tellement compliquées à réparer…
- Bien, mettez-vous au boulot. Si j’ai au moins un four et un frigo d’utilisables, la chambre est à vous aussi longtemps que vous vous rendrez utile ici.
- D’accord…
Je n’avais pas vraiment le choix.

Je me suis agenouillé près du premier four :
« Cela aurait été idéal pour Raejian… »
A y penser, je me demandais où était Grand-père… Avait-il déjà conscience d’être revenu à son époque ? Si oui, qu’allait-il faire ?
- Eh bien, je pense que ça fera votre affaire…

La gérante fit fonctionner le fourneau et sourit :
- Très impressionnant, l’ingénieur…
- Et j’ai eu le temps de m’occuper de ce réfrigérateur : il me semblait être le plus endommagé…
Elle ouvrit la porte et resta bouche bée avant de déclarer :
- Et l’ampoule fonctionne !

 

 

 

 

 

Je rougis un peu :
- Il y avait juste un faux-contact…
- Vraiment très impressionnant. C’est bon, vous avez la chambre pour cette nuit au moins.
Elle m’accompagna jusqu’au premier étage et me montra mon gain :
- Voilà, c’est douillet, et y a la télé.

Elle l’alluma comme pour assurer le bon fonctionnement de l’appareil :
Une mission spéciale vers les étoiles !
- Encore un lancement de fusée… Ils ont plus à faire au sol qu’en l’air !
La femme me laissa seul. Sans vraiment prêter attention au poste, je me suis assis dans le fauteuil qui lui faisait face…

Etais-je condamné à vivre à cette époque, sans Elloran… ?
Certaines spéculations avancent que des hommes seront placés dans un sommeil cryogénique à des fins de tests secrets, mais l’armée défend absolument cette thèse.
Sommeil cryogénique ? Fusée ?
Nous avons la fusée en visuel…

Un instant, je fus perturbé par cette vision sans trop savoir pourquoi… Puis je reconnus le premier étage de l’engin spatial :
- C’est la station orbitale où j’ai trouvé Grand-père !
Donc, ses amis allaient probablement se trouver là-bas pour empêcher qu’il ne soit satellisé… Et si Grand-père avait réfléchi et vu ce reportage tout comme moi, il ne manquera pas d’y aller !

Ce qui fait beaucoup de « si »… Mais de toute façon, c’était une chance à tenter !
- Reginald à Henri…
Pas de réponse. J’ai appuyé de nouveau sur mon combadge :
- Reginald Barclay à Henri Murdock…
- Elle est réveillée, la Belle au Bois Dormant ?



J’ai soupiré : au moins, il m’entendait et pouvait me répondre…
- Où es-tu, Grand-père ?
- Bah, dis-moi pas que t’as pas vu la télé…
- Si, justement.
- Ah ben alors tu sais où je suis…

Je l’ai secoué un peu :
- Grand-père, je suis sérieux ! Il se peut que notre présence ici soit responsable de ton arrivée au vingt-sixième siècle !
- Faut toujours que tu te colles tout sur le dos…
- Ecoute, je pense que l’altération temporelle que nous avons créée a absorbé la station orbitale.

Il parut plus attentif :
- Oui, tu as raison. Cela veut dire que tu peux revenir à ton époque si tu empruntes l’altération temporelle juste après la station orbitale…
- « Je » peux revenir ?
- Looping, à qui tu parles ?

Je ne connaissais pas cette voix…
- A personne, Général !
- Laisse-le Hannibal, il parle à son chien invisible…
- Tu viens avec moi ! Il est hors de question que je poursuive la mission sans mon pilote !
- Tu pourras te passer d’un pilote, j’en suis sûr.

J’ai acquiescé :
- D’un pilote, oui… Mais pas de mon grand-père…
- Reggie, fais-toi à l’idée que je ne suis pas à ma place dans ton époque, pas plus que tu ne l’es à la mienne… J’ai l’occasion de revivre auprès de mes amis…
- Et Raejian ?

Il ne répondit pas immédiatement. Son ton me parut dissimuler une certaine douleur :
- Raejian est mort, Reginald.
- Nous avons remonté le temps pour empêcher sa mort, tu te souviens ?
- Si tu arrives à rentrer à bon port, ça sera déjà un exploit ! Ne manque pas cette chance.
A ces mots, un rayon d’énergie me téléporta instantanément dans la navette.

J’ai appuyé de nouveau sur le combadge :
- Tu as conscience que cet engin est totalement hors d’usage ?!
Tout se ralluma à bord, à ma grande surprise.
- C’est ce que j’ai voulu te faire croire.
- Comment fais-tu pour piloter la navette à distance ?

Son ton se fit assez sarcastique :
- Piloter à distance… Tu ne crois pas si bien dire. Ordinateur, pilotage automatique, coordonnées transmises au navigateur auxiliaire.
Coordonnées comprises. Enclenchement du pilotage automatique.
- Ah, tu ne vas pas t’en tirer comme ça ! Ordinateur, téléporte l’Enseigne Murdock à bord !

Aussitôt, Grand-père apparut devant moi dans ses habits civils de l’époque, furieux :
- Pourquoi tu as fait ça ?!
- Que tu y croies ou non, nous allons sauver Raejian, et nous allons le faire ensemble…
Il ne semblait pas pouvoir bouger.
- Je… Tu…



Il tomba dans mes bras, en sanglots :
- Pourquoi ça fait aussi mal ?!
- Euh… Les Vulcains développent un lien très puissant avec leur âme-sœur… J’en déduis que tu es réellement l’âme-sœur de Raejian…
- C’est impossible… Je suis même pas de son millénaire…

Oui, en effet, c’était particulier…
- Et… C’est puissant comment ?
- Je t’avoue que je ne peux pas te le dire… Il parait que c’est presque symbiotique…
- Oh, c’est bien ma veine…
- Ecoute, on va le sauver… On a été envoyés pour ça, et on le fera.

Il acquiesça, essuyant ses larmes d’un revers de manche :
- D’accord.
- Bon, à quelle distance sommes-nous de… QUOI !?!
La fusée croisait notre trajectoire en direction de l’altération temporelle.
- Ordinateur, désengage le pilotage automatique et évite l’appareil à bâbord !

L’ordinateur répondit :
Trajectoire de collision en cours. Tentative d’évitement.
- J’aime pas trop quand je vois le nom d’une fusée devant ma fenêtre…
Grand-père avait repris les commandes.
- Tu penses que tu y arriveras ?

 

 

 

 

 

Il acquiesça :
- Mieux que cette écervelée qui n’a même pas remarqué qu’on allait percuter la fusée.
- Le pilotage automatique désactive les détecteurs.
- Ouais ouais, bon, on va foncer !
- Attention, on va la percuter !

Il secoua vivement la tête :
- Mais non, crois-moi, je sais ce que je fais !
Il réussit à dévier complètement la trajectoire, et la station orbitale détachée du corps de la fusée traversa l’altération temporelle.
- Okay, c’est à notre tour !

Il engagea la marche avant et fonça directement dans l’altération. Le module ne réagit même pas, sans doute complètement déchargé…
- Je vais prendre la même sortie que la station orbitale, on sera sûrs d’arriver au bon endroit de l’Univers, déjà…
- Mais non, Grand-père ! L’Entreprise a bougé depuis l’époque je t’ai trouvé !

Il se mordit la lèvre inférieure :
- Et merde…
Trop tard : il avait pris la sortie à la suite de la station, attendant juste que celle-ci ait achevé son voyage pour éviter d’arriver au même moment qu’elle.
- Bien, alors où et quand on est, maintenant… ?

J’ai scruté les environs : rien. Pas la moindre planète…
- Ordinateur, y a-t-il des signatures Borg dans le secteur ?
Affirmatif. Signature de transdistorsion Borg détectée.
- Je vois les coordonnées, on y va !
Grand-père était très enthousiaste… Mais on se jetait peut-être dans la gueule du loup…



Après tout, rien ne garantissait que c’était bien le vaisseau où Raejian avait péri. Ni que Raejian se trouvait à bord actuellement… Car en vérité, nous n’avions aucune idée de la date actuelle…
- Au moins, je sais qu’on est au bon endroit.
- Comment ça ?
- Ces coordonnées… Je m’en souviendrai toute ma vie…

Sa voix tremblait.
- Tu veux dire que c’est précisément à ces coordonnées que Raejian est mort ?
- Oui… Et si j’observe correctement la trajectoire de ce vaisseau Borg, il sera exactement là où nous nous trouvons dans moins de cinq minutes…
- Ah, alors on est au bon mom… Hein ?! Mais il faut partir, vite !!!

Grand-père croisa les bras :
- Je refuse.
- Non… N’oublie pas qu’on peut voir ce qui se passe dans le vaisseau depuis l’Entreprise
- Je ne suis pas fou.
Il manipula les commandes du vaisseau, et un hologramme se forma autour de lui.
- Et voilà, je suis un Borg, maintenant !

Vraiment astucieux… Seul un Borg pourrait faire la différence…
- Téléporte-moi à bord. Je vais retrouver Raejian, et je l’amènerai ici. Ensuite, on filera à fond les ballons pour échapper aux Borgs, et au moment adéquat, on téléportera Raejian sur l’Entreprise.
- D’accord, je marche dans le plan.
Grand-père tendit la main comme pour sceller l’accord.

 

 

 

 

J’ai avancé la main, mais il leva le pouce derrière son épaule :
- Raté ! Eh-hé !!!
Je ne m’étais pas attendu à ça. Mais il avait retrouvé la joie de vivre, j’aimais mieux le voir ainsi.
- Bien, le vaisseau Borg sera à portée de téléportation. Je masquerai notre signature pour qu’ils soient plus concentrés sur la présence de deux étrangers à leur bord que sur moi.

Grand-père sourit sous son apparence à demi robotique :
- Deux étrangers… Très bien dit, fiston…
Je l’ai téléporté. Il ne me restait plus qu’à me cacher, et attendre…
- Bon… La mission sera un succès, ce ne fut pas sans mal…
Mais une question s’imposait à moi : comment rejoindre la date d’où nous venions ?

Je pouvais me torturer les synapses des heures sur cette question…
- Reggie ! Téléporte-nous, vite, le blindage du vaisseau va céder !
La voix de Grand-père dans mon combadge me réveilla en sursaut :
- Tout de suite !
Ils apparurent, Raejian se défendant de la prise de Grand-père.

Mais je connaissais cette prise : même un Borg n’aurait pu s’en défaire.
- Lâchez Raejian !
Il semblait complètement paniqué.
- Du calme, Raejian… Tu es entre les meilleures mains possibles…
- Reginald Barclay… ?

Grand-père désactiva son déguisement :
- Surprise !
- Henri… Raejian ne comprend pas… Raejian n’a pas reconnu Henri…
- Mon camouflage était sans doute un peu trop sophistiqué…
Raejian enserra Grand-père.



Grand-père lui rendit l’étreinte :
- Ecoute… Il faut que je te dise quelque chose, et…
Raejian s’écroula.
- Tu lui as fait la prise de Spock ?
- En effet.

Moi qui pensais qu’il se serait empressé de l’embrasser, plutôt…
- Et pourquoi le mets-tu là-dedans ?
- Il faut le soigner d’urgence. La stase curative sera utile…
Il referma le tube alors que j’enclenchais une trajectoire pour fuir les Borgs.
- Dis-moi, Grand-père… T’es-tu demandé comment on allait rentrer ?

Il haussa des épaules :
- Ce que je me suis demandé avant tout, c’est comment j’allais sortir.
- Je comprends… Mais on n’est pas précisément à la bonne date…
- Il faut déjà s’assurer que Raejian survivra, et le renvoyer à bord…
- Tu as raison…

Nous avons pu échapper aux Borgs. Grand-père surveillait la guérison de Raejian :
- Je dois être terriblement inquiet… Le vaisseau n’arrive pas à retrouver une trace de lui…
- Oui, mais au moins, tu le reverras en bonne santé.
- C’est vrai… Raejian… Si tu savais comme j’ai envie de… Mais je ne peux pas…
- Pourquoi ?

Il secoua la tête :
- Ce serait comme voler l’amour de ma vie à mon moi passé.
- Tu arrives à faire la part des choses ?
- Je me demande seulement… Qu’est-ce-qui a fait qu’il n’a pas survécu, l’autre fois…
- Nous n’étions pas lancés à son secours…

Grand-père secoua la tête :
- Non, il était censé survivre, quelque chose a dû se passer… Quelqu’un du futur a peut-être voyagé dans le passé et déréglé le cours des évènements…
- Au moins, c’est réparé, c’est tout ce qui compte…
- S’il est un élément vital pour la guerre qui se prépare, alors il était sans doute directement visé…

Un instant, j’ai trouvé le concept ridicule, mais à y réfléchir…
- Mais celui qui s’en est pris à lui est probablement mort avec les drones Borg…
- Ouais, ils sont tous dans le vide, à l’heure qu’il est… Mais je pense pas qu’il agissait seul.
- Un mercenaire… Cela veut dire que ceux qui ont tenté d’éliminer Raejian n’en resteront pas là.
- Ouais, c’est c’que j’pense.

Il soupira :
- Dès qu’ils se rendront compte que leur plan a échoué, ils en feront un autre.
Stase curative complète.
Grand-père acquiesça :
- Ordinateur, arrête la stase curative et téléporte la personne dans le tube à bord de l’Entreprise.

Le tube s’ouvrit, et Raejian reprit conscience progressivement :
Commande enregistrée. Téléportation initialisée.
Raejian commença à disparaître, et quand sa dernière molécule quitta le tube, Grand-père tomba à genoux devant moi. Je voulus m’assurer qu’il allait bien, mais je fus moi-même pris de vertiges et me suis écroulé auprès de lui…



Pourquoi, Raejian… Pourquoi tu ne t’es pas simplement téléporté…
Le Capitaine appuya sur son badge :
- Picard à téléportation : verrouillez l’empreinte de l’Enseigne Glex immédiatement !
- Ici O’Brian : nous l’avons verrouillé, téléportation en cours…
- Dépêchez-vous, je vous en supplie…

J’ai approché Grand-père pour tenter de le réconforter. O’Brian était le meilleur pour téléporter dans le vaisseau, il allait réussir…
- O’Brian à Passerelle : l’Enseigne Glex est à bord, il semble un peu désorienté, j’appelle l’infirmerie immédiatement.
- Bien reçu, téléportation. Picard, terminé.

J’ai pris la main de Grand-père :
- Il va bien…
- Oui, il va bien…
- Allons à l’infirmerie.
Grand-père me suivit.

Je pouvais ressentir qu’il prenait cet événement pour un vrai miracle. En effet, survivre à l’expulsion dans le vide spatial avait quelque chose d’exceptionnel.
- Ah, Enseigne Murdock, Commandeur Barclay… L’Enseigne Glex a pu venir ici par lui-même, aucun signe alarmant n’a été repéré par nos tricordeurs. Il semble en parfaite santé.
- Henri… Tu… Tu m’as sauvé…

 

 

 

 

 

 

Grand-père pleura et le serra contre lui :
- J’ai pas la moindre idée de ce dont tu me parles, mais je suis si heureux !
- Je suis heureux aussi, Henri…
Son visage reflétait une profonde émotion.
- Dites, quelque chose a changé… Il ne parle plus de lui à la troisième personne…

Et il pleurait… Il embrassa même Grand-père et sourit :
- Merci, Henri. Tu avais raison, tu es toujours auprès de moi…
Il se tourna vers moi :
- Et Reginald… Je te remercie, tu l’as aidé à me sauver…
- Heu… Je ne vois pas de quoi tu parles…

Raejian parut perplexe.
- Enseigne Glex, L’Enseigne Murdock et le Lieutenant Barclay n’ont quitté le vaisseau à aucun moment pour vous venir en aide… Votre expulsion dans l’espace a probablement provoqué des hallucinations précédant une dégénérescence cérébrale… Mais vous n’en gardez aucune trace.
- Je veux être seul avec Henri.

Il tendit le bras dépourvu de sa prothèse de main humaine, et Grand-père saisit l’appareil d’assimilation qui y était greffé sans hésiter.
- Nous allons dans mes quartiers.
- Avec joie, et avec toi !
Ils passèrent les portes de l’infirmerie.

J’étais ravi pour Grand-père, pourtant, je sentais que quelque chose ne collait pas… J’avais au fond de moi un sentiment dont j’ignorais l’origine, comme si j’étais seul, perdu loin de chez moi… Pas le genre que l’on ressent sur le moment, mais plutôt un reste de ce que l’on a ressenti peu avant…
- Reginald…
- Elloran !



J’ai serré Elloran contre moi comme si je ne l’avais pas vu depuis des heures, peut-être même toute une journée… Comme si j’avais cru ne jamais le revoir…
- Eh bien, je t’ai manqué… Pourtant, nous étions en communication constante…
- Oui, c’est vrai, mais te voir en personne, c’est toujours mieux, hein…
- Reg’… Quelque chose ne va pas…

Ce n’était pas une question. Je l’ai pris par la main :
- Allons dans mes quartiers. J’aimerais te parler seul-à-seul.
- Je te suis, Reg’…
Une fois les portes de mes quartiers refermées, je me suis assis auprès d’Elloran :
- Depuis que Raejian est revenu, j’ai des sentiments étranges et… Déplacés…

Elloran posa les mains sur les miennes :
- Je les ressens aussi… Je perçois des souvenirs…
- Des souvenirs ?
- Oui… Comme si tu avais vécu une autre vie…
- Je ne me rappelle pas de ça…

Il ferma les yeux pour se concentrer sur ces souvenirs venus d’ailleurs. Je pouvais sentir qu’il les remuait, les faisait remonter à la surface pour que je puisse en prendre conscience… Et ce que je pus me remémorer alors était totalement incompréhensible…
… Raejian sera un élément essentiel dans une guerre à venir. Sa mort était une erreur…
… La personne que vous avez vue est une Borg venue du futur…

 

 

 

 

Etrange… Cela me disait quelque chose…
… Je suis responsable de la mort des dix mille habitants de ce monde…
A-partir de cet instant, des scènes entières me revenaient :
- Raejian !
- Niveau d’oxygénation du cerveau en baisse !

Crusher et ses infirmières s’affairaient autour de Raejian, et Grand-père était comme figé.
- Vérifiez l’état de ses vaisseaux sanguins…
- Je détecte un Accident Vasculaire Cérébral généralisé.
Crusher n’avait pas l’air optimiste. Elle secoua négativement la tête :
- Nous l’avons perdu…

Non, ce n’est pas comme ça que ça s’est passé…
- Tu ne pourras pas me surveiller nuit et jour ! Dans ce foutu rafiot volant, il y a mille et une façons de se donner la mort sans être remarqué !
Non, c’était Grand-père qui parlait comme ça ?
… C’est formidable pour ton grand-père de pouvoir sauver Raejian…

J’étais dans une navette avec Elloran et Grand-père. Une boite un peu stérile trônait, un simple voyant lumineux blanc brillant sur le dessus…
- Cela me revient à moi aussi…
- Qu’est-ce-que ça veut dire ?
- Que notre ligne temporelle est alternative à celle que nous aurions dû vivre.

Voyager dans le temps… C’est impossible…
- A moins que ça ne soit possible dans le futur, comme ce visiteur semblait l’indiquer.
- Je m’en souviens… C’était une jeune femme blonde… Une ancienne Borg…
- Te souviens-tu à quoi devait servir cette boite dans la navette ?
- Non… Je ne sais pas…



Elloran posa de nouveau les mains sur les miennes :
- Je vais essayer d’en savoir plus, tu veux bien… ?
- Oui. Cela me semble important, il était question d’une guerre, et d’une population anéantie par ma faute…
- Tu as dû le croire sur le moment, je suis sûr que tu n’y étais pour rien…

Je me suis laissé faire, et soudain, je voyais l’intérieur d’un appareil antique… Il me semblait même que j’étais en train de le réparer…
- Eh bien, je pense que ça fera votre affaire…
- Très impressionnant, l’ingénieur…
- Et j’ai eu le temps de m’occuper de ce réfrigérateur : il me semblait être le plus endommagé…

Une petite femme un peu ronde ouvrit la porte d’un autre appareil :
- Et l’ampoule fonctionne !
- Il y avait juste un faux-contact…
Elloran sourcilla :
- C’est étrange… Ces vieux appareils de cuisine n’existent plus depuis des siècles…

Il fouilla un peu plus ma mémoire dans cette période…
- Une Fiat Panda neuve ?! Mais ce modèle était commercialisé sur Terre dans les années 80 !
- Je n’y comprends rien… Ces souvenirs-là n’ont rien à voir avec le reste…
- Je crois que si. Je vois une fusée terrienne sur le point de décoller… Tu la suis dans la navette, elle va tout droit vers une sorte de faille spatiale… Vous y êtes entrés…

Le sentiment de solitude m’était revenu. Je savais d’où il provenait, à-présent…
- J’ai cru que j’allais rester bloqué dans cette époque à tout jamais…
- Oui. L’époque de ton ancêtre… Le jour même où il allait être envoyé dans la station orbitale où nous l’avons trouvé… C’est l’explication à sa présence à notre époque…
- Alors… S’il est ici, c’est parce que j’ai voyagé à son époque ?

Non, ça n’avait aucun sens… J’étais censé m’y rendre avec Grand-père, alors comment…
- Je perçois une possibilité… Cette faille pourrait bien venir d’ailleurs…
- Quelqu’un d’autre qui aurait voyagé dans le passé, à la même époque… ?
- Pour empêcher que ton ancêtre ne donne naissance à la lignée dont tu descends, peut-être.
- C’est très confus…

Elloran acquiesça :
- Nous devons en parler au Capitaine.
- Je suis d’accord.
Nous avons quitté mes quartiers en direction de la Passerelle.
- Ravi de voir que vous reprenez votre poste, Commandeur.
- Le Sous-Lieutenant Werm et moi avons des informations importantes à vous communiquer.

Le Capitaine nous fit venir dans son bureau et s’assit face à nous :
- Bien, je vous écoute…
- C’est assez compliqué, Monsieur… Disons que je me souviens d’avoir vécu tout autre chose que ce qui se déroule actuellement…
- Expliquez-vous… ?

J’ai tenté de clarifier au mieux :
- Pour être bref, Raejian était mort au cours de sa dernière mission, et un visiteur venu du futur nous a laissé une sorte de module permettant de voyager dans le temps. Le visiteur disait que nous devions sauver Raejian, car il sera un élément important dans une guerre future…
- Eh bien, c’est compliqué, oui… Si l’on se fie à ces souvenirs, notre ligne temporelle a été modifiée.



J’ai acquiescé :
- C’est cela même, Monsieur…
- Vous avez parlé d’une guerre… Pouvez-vous m’en dire plus ?
- Cela semblait très important… Comme si le destin d’une galaxie était en jeu…
- Le Commandeur oublie d’indiquer qu’un peuple entier sera décimé.

J’ai grincé : cela devait être ma faute, je n’avais pas envie d’en parler.
- Le Commandeur est persuadé qu’il est responsable de ce génocide.
- Je vois… Une guerre se prépare donc…
- Je préconise que nous cessions les opérations à répétition pour détruire les Borgs, et que nous concentrions nos forces et nos stratégies pour préparer cette guerre.

Le Capitaine acquiesça :
- Je suis d’accord avec vous, Sous-Lieutenant Werm. Nous suspendons les opérations anti-Borg immédiatement, j’informerai l’équipage que nous nous préparons à un conflit d’envergure.
- Bien, Capitaine. Nous en informerons l’Enseigne Glex.
- Vous pouvez disposer.

Alors que nous marchions dans les couloirs en direction des quartiers de Raejian, un avis général était diffusé par les communicateurs du Vaisseau :
A tout l’équipage, ici le Capitaine Jean-Luc Picard. Nous avons été informés qu’une guerre d’une importance capitale se prépare. Les opérations anti-Borgs sont suspendues jusqu’à nouvel ordre.
J’ai sonné à la porte.

 

 

 

 

 

Mais on ne répondait pas.
- Ordinateur, y a-t-il un problème avec les portes de ces quartiers ?
Négatif. Les portes ont été verrouillées sur l’ordre de son occupant.
Verrouillées ?
- Je pense que nous devrions attendre, Reg’.

Oui, moi aussi…
- C’est pour quoi… ?
Grand-père était devant moi, en maillot de corps et pantalon civil.
- J’ai comme l’impression que tout va bien…
- Ouais, nickel, j’te remercie, fiston… Tu voulais voir mon p’tit Vulcain d’amour ?

J’ai acquiescé :
- C’est juste pour lui dire que les opérations anti-Borgs sont suspendues. Le Capitaine a appris que quelque chose de plus important se profilait.
- Et c’est vous qui lui avez dit, hein ?
- Oui, en effet.

Il me serra contre lui :
- Merci, fiston ! Enfin, on va foutre la paix à mon p’tit Vulcain !
- Dis-moi… Tu ne te souviens pas de quelque chose d’étrange…
- Nan. De quoi tu parles ?
- Eh bien… Comme si tu avais vécu autre chose…

Grand-père haussa des épaules :
- Mis à part que mon p’tit Vulcain est persuadé que j’ai sauvé sa peau, rin de bizarre, nan.
- On pourrait lui parler ?
- Il se régénère dans son truc Borg, là… On a fêté nos retrouvailles comme il se doit, tu vois…
- Ah, d’accord… Dis-lui qu’on voudrait lui parler quand il sera… Régénéré…



Raejian, c’est parfaitement sérieux…
- Je comprends… Et savez-vous qui en a après moi ?
- Pas encore. Mais qui que ce soit, il envoie des mercenaires dans le passé afin de t’éliminer, ou d’empêcher que certains évènements liés à toi ne se produisent, pour que tu sois dans l’incapacité de réagir comme tu le devrais quand la guerre éclatera.

Raejian parut réfléchir :
- Cela expliquerait pourquoi Henri ne se souvient pas de m’avoir sauvé, et vous non plus.
- Ce sont probablement des homologues du futur alternatif où tu étais censé mourir qui sont venus pour te sauver lors de ta mission.
- Cela me parait très clair et logique. J’en déduis donc que l’on a voulu s’en prendre à Henri aussi.

Elloran acquiesça :
- On a probablement tenté de l’empêcher d’engendrer la lignée qui a fait naître Reginald…
- Ce qui signifie que Reginald est un élément-clef de la guerre, lui aussi.
- Alors, ils en ont après moi ?
- C’est probable. Ou peut-être t’ont-ils identifié comme élément perturbateur dans leurs plans.

Elloran songea : c’était une hypothèse plus évidente à ses yeux.
- Du fait que tu sois intervenu pour les empêcher de nuire à Raejian, ils ont compris que tu avais la possibilité de les arrêter, alors ils ont voulu t’éliminer aussi.
- Mais ils n’ont pas réussi, je suis toujours là.
- D’ailleurs, je me pose une question… Comment Grand-père a-t-il eu des enfants ?

 

 

 

 

 

On me regardait avec étonnement. J’ai haussé des épaules :
- Eh bien, comme il n’en avait pas encore eu au moment d’être placé dans cette fusée…
- Oui, c’est vrai… Et nous devons comprendre ce détail avant eux.
- Je saisis ce que sous-entend Elloran. Les ennemis du futur ont voulu empêcher Henri d’avoir des enfants dans le passé, mais ils ont échoué, car tu es toujours là.

J’ai marqué mon entendement d’un signe de tête :
- Ils vont donc tenter de localiser les descendants de Grand-père pour les éliminer…
- Ils pourraient essayer d’anéantir toute ta lignée, pour plus de sécurité.
- Mais le module à chronitrons nous a été apporté par quelqu’un du futur…
- Ils pourraient aussi s’en prendre à ce visiteur pour l’empêcher de nous apporter le module.

J’ai serré mes tempes :
- Et comment pourrait-on sauver cette personne du futur ?!
- On ne peut pas, c’est évident. Mais tu pourrais disparaître totalement, comme si tu n’avais jamais existé, car ce serait effectivement le cas.
- Et que faire pour empêcher ça ?

Raejian cligna de son œil humain :
- Il faut retrouver l’altération temporelle et localiser les fautifs.
- Et en admettant que nous y arrivons, comment ferons-nous pour revenir ?
- Il n’y a pas de « nous », Reginald. Cette fois, c’est Elloran et moi qui y allons.
- Hein ?! Mais… Pourquoi ?

Elloran posa la main sur mon épaule :
- Ces ennemis du futur doivent comprendre que s’ils s’en prennent à un seul d’entre nous, ils devront nous éliminer tous pour réussir. Ce serait bien trop compliqué, et ça les retarderait suffisamment dans leur plan principal.
- Mais leur offrir directement Raejian, ce n’est pas trop risqué ?



Raejian secoua la tête :
- Je ne suis pas censé savoir qu’on en a après moi, et ils croient également que je l’ignore. Cela me confère un avantage tactique sur eux.
J’ai haussé des épaules :
- Bien, mais et Grand-père ? Que crois-tu qu’il va en penser ?

Raejian sourit :
- Henri n’a pas conscience que j’étais censé mourir dans cette ligne temporelle.
- Tu ne comptes pas le lui dire ?
- Seulement une fois que nous aurons localisé et neutralisé l’ennemi, et que nous serons revenus. Et je compte sur toi pour ne rien lui dire…

J’ai soupiré :
- Bien…
- Viens, Elloran, nous avons une altération temporelle à détecter.
- J’arrive ! Reg’…
Il m’embrassa un peu fébrilement et m’adressa un signe de la main.

Je suis resté dans mes quartiers quelques temps, ne sachant que faire, et on sonna :
- Oui, entrez…
- Je te dérange pas, fiston… ?
- Non, Grand-père… Viens…
- Raejian et Elloran sont vraiment bizarres… Ils parlent d’un voyage…

Il s’est assis en face de moi. Je ne sus quoi répondre :
- En fait, ils partent pour une mission très importante.
- Et on n’est pas invités ?
- Non, ce sont eux seuls qui peuvent l’effectuer.
- Le Grand Manitou fait ses choix…

Rejeter la faute sur le Capitaine pour le moment était idéal pour ne rien lui révéler.
- Et ils en ont pour combien de temps… ?
- Pour être honnête, Grand-père… Je n’en sais rien.
- Tu as l’air inquiet…
- D’après ce qu’ils m’ont dit, c’est une mission très risquée…

Grand-père me serra dans ses bras :
- Je te comprends, fiston… Je sais pas comment je réagirais s’il arrivait des bricoles à mon p’tit Vulcain d’amour…
J’ai tiqué sur cette phrase : le fait est que moi, je sais comment…
- Je vais reprendre mon poste… A plus tard, Grand-père…

Je pris le turbolift vers la Passerelle, regardant Grand-père qui rejoignait les Hangars.
- Ah, Commandeur, ravi de vous revoir en fonction.
- Mes respects, Capitaine.
- Le Sous-Lieutenant Werm et l’Enseigne Glex m’ont fait part de leurs intentions, et nous avons localisé ce qu’ils m’ont demandé.

Je ne savais si je devais répondre « Bien, bien… » ou ne rien dire.
- J’ai conscience que c’est risqué, mais s’ils s’en prennent à vous aussi, il vaut mieux multiplier les cibles pour détourner leur attention.
- La navette approche de la faille, Capitaine.
- Bien, Monsieur Worf. Surveillez la navette jusqu’à ce qu’elle entre dans la faille.



Le Capitaine me tapota l’épaule et rejoignit son fauteuil. Je pris ma place à proximité de Deanna, qui perçut immédiatement mon état d’esprit : j’avais l’habitude des techniques Bétazoïdes, depuis le temps…
- Vous avez caché des informations importantes à votre ancêtre…
- Ce n’est pas vraiment vos affaires, Conseiller Troy.

Elle me dévisagea :
- Vous êtes si formel…
- Ecoutez, je m’inquiète suffisamment pour Elloran et Raejian, alors laissez-moi en paix.
- Je comprends.
- La navette est entrée dans la faille.

A cet instant, mon cœur se serra : Elloran était parti. Pour où et quand, je l’ignorais…
- Il faut préparer le conflit qui nous attend. Cette mission d’étude se passera de notre présence.
Une mission d’étude ? Pour les autres, ce sauvetage temporel n’était qu’une mission d’étude ?
- Commandeur Barclay, dans mon bureau.
- Bien, Monsieur…

Une fois les portes fermées, le Capitaine s’assura de les verrouiller :
- Bien, alors, vous êtes le seul à bord à savoir ce qui se prépare réellement…
- Au sujet de la guerre ?
- Oui. J’aimerais que vous me parliez de cette planète dévastée…
- Eh bien, je… Je me souviens qu’il n’y avait plus personne…

 

 

 

 

 

 

Le Capitaine sourcilla :
- Et qu’est-ce-qui vous fait penser que vous étiez responsable ?
- Je n’en sais rien, c’est juste ce que j’ai dit… Dans cette ligne temporelle alternative…
- Essayez de vous souvenir… Y a-t-il un détail particulier ?
- Non, je… Je me souviens que l’ordinateur de la navette avait détecté un combadge…

Et ça m’est revenu :
- Le mien !
- Votre combadge… Et la présence de votre combadge sur une planète dévastée aurait suffi, selon vous, à vous faire penser que vous êtes responsable de cette catastrophe ?
- Je n’en sais rien… L’Enseigne Murdock avait plutôt avancé l’hypothèse que j’étais mort aussi.

Le Capitaine acquiesça :
- Cela me parait plus logique.
- Je me souviens qu’il y avait dix mille habitants sur cette planète…
- Dix mille… Une planète de classe M de dix mille habitants, il ne doit pas y en avoir des millions.
- Je ne sais pas.

La voix du Lieutenant Worf retentit :
- Capitaine, nous croisons l’orbite d’une planète de classe M.
Le Capitaine appuya sur son combadge :
- Bien reçu, Monsieur Worf. Situation ?
- Elle semble abandonnée, à en juger par les récentes constructions sur son sol.

Le Capitaine acquiesça :
- Bien, je vais envoyer une équipe d’exploration. Picard, terminé. Commandeur, vous irez sur cette planète abandonnée. L’Enseigne Murdock sera votre pilote.
- Bien, Monsieur…
- Vous pouvez disposer.



Grand-père m’attendait déjà près de la navette, une brindille entre les dents.
- Tu l'croiras pas, le synthétiseur a refusé de me rouler une clope…
- Une quoi… ?
- Laisse tomber. Alors, on va visiter un caillou stérile ?
- C’est une planète qui présente des traces de civilisation récentes. Elle est à l’abandon.

Grand-père prit place au poste de pilotage :
- Et faut qu’on devine pourquoi bobonne est partie sans finir la soupe ?
- Euh…
- Bref, on y va.
Il alluma les circuits de navigation, et la porte du Hangar s’ouvrit devant nous.

La navette quitta l’Entreprise, la planète abandonnée en ligne de mire…
- Ouais, il a l’air normal, ce caillou…
- Il n’y a plus personne dessus, c’est bien le problème.
- Bon, on approche…
Nous fûmes en orbite en quelques minutes, et Grand-père nous fit atterrir.

Je descendis le premier après avoir vérifié que l’atmosphère n’était pas toxique, ce qui aurait expliqué la disparition des habitants… Et curieusement, cet endroit me rappelait quelque chose…
- Picard à navette : nous avons détecté des vaisseaux en approche de la planète.
- Ici Barclay, bien reçu. Attendons instructions.
- On a des visiteurs, fiston ?

J’ai confirmé d’un signe de tête :
- Des vaisseaux, apparemment. Cela pourrait être dangereux, mieux vaudrait se tenir prêts à repartir au cas où ils seraient hostiles.
Une vive lueur verte brilla dans le ciel.
- Oh, c’est pas normal, ça…

Non, pas du tout…
- Picard à navette : le vaisseau de tête a ouvert le feu sur nous.
- Sans aucune sommation ?
- Nous ignorons leurs intentions, le Conseiller Troy pense qu’ils souhaitent s’approprier cette planète abandonnée.

Grand-père croisa les bras :
- Eh ben, on est bien, tiens…
- Que faisons-nous, Capitaine ?
- Nous allons tenter de les occuper pendant que vous reviendrez à bord, ensuite nous quitterons le secteur, ils sont trop nombreux.

Grand-père voulut remonter pour nous faire partir, mais quelque chose tombait du ciel…
- Attention, grand-père !!!
Je me suis jeté sur lui pour le faire tomber loin de la navette.
- Eh, mais qu’est-ce-qui se…
VRAF.

La navette avait explosé, et le souffle incendiaire avait un peu déchiré mon uniforme…
- Tu n’as rien… ?
Grand-père siffla :
- Non, ça roule… Ouah, bravo les réflexes…
- Nous ne sommes pas tirés d’affaires : nous sommes bloqués, et en plus, ils tirent sur la planète…



Grand-père tentait de contacter l’Entreprise, alors que je voyais ce qu’on pouvait encore récupérer sur la navette.
- Eh bien, ce n’est pas brillant…
- Mon combadge ne fonctionne plus. Ils vont penser qu’on est crevés.
Il jeta son combadge à terre, furieux.

Je l’ai ramassé :
- Il pourrait encore nous servir, il y a probablement des interférences dues à l’explosion.
- A propos de combadge, où est le tien ?
J’ai tâté ma poitrine : c’est pourtant vrai, mon combadge avait disparu… Sans doute tombé lorsque mon uniforme a été en partie arraché par le souffle de l’explosion.

Aucune importance, il fallait se sortir de là…
- Eh regarde ! Un vaisseau atterrit !
Et ce n’était pas un vaisseau de la Fédération…
- On fait quoi, là… ?
- Il vaut mieux se rendre… On trouvera un moyen de s’échapper ensuite…

Mais sitôt la porte principale ouverte, des milliers d’armes furent pointées sur nous :
- Cible identifiée. Commandeur du Vaisseau de classe Galactique Entreprise de la Fédération des Planètes Unies, nom: Barclay, Reginald Endicott, troisième du nom.
- Cible identifiée ?!
- Vous avez été identifié comme voyageur temporel indésirable. Suivez-nous.

 

 

 

 

 

 

Soudain, je compris : ces aliens sont les ennemis du futur qui s’en sont pris à Raejian, puis à moi…
- Cible numéro deux identifiée : Capitaine Murdock Henri, origine : Etats-Unis, vingtième siècle.
- Je suis l’Enseigne Murdock ! Et je suis parfaitement à ma place dans ce siècle !
Il se jeta sur le chef de la troupe et lui asséna de violents coups de poings :
- C’est toi qui as voulu tuer mon Raejian ! SALOPARD !!!

Je n’en croyais pas mes sens : alors, il se souvenait de ce qu’on avait vécu dans cette ligne de temps alternative ?
- Maîtrisez-le ! Mais maîtrisez-le, enfin !!!
- Il est incontrôlable !
Grand-père ne se laissait pas faire : il arrivait à prendre ses assaillants…

… D’une façon qui me rappelait un peu quelque chose…
- Alors, tu me donnes un coup de main, ou quoi… ?
- Oui, oui, j’arrive !
Je lui ai prêté main-forte en tirant sur ceux qui tentaient de le maîtriser… Soudain, une navette descendit sur nous et nous téléporta au même titre que les quelque dix mille opposants…

Sauf que nous nous sommes retrouvés dans des tubes de stase curative, et les ennemis n’étaient pas à bord…
- Tu m’as sauvé, Henri… C’est à mon tour.
- Il suffit, Raejian. Il faut les renvoyer sur l’Entreprise et revenir à notre époque.
- Tu as raison, Elloran.

J’ai penché la tête par-dessus l’épaule de Raejian :
- Elloran ?
- Nous avons tout découvert, Reginald, et nous sommes venus vous sauver avant que vous ne soyez capturés et exécutés par les ennemis de la Fédération.
- Nous les avons livrés directement aux cellules de détention de l’Entreprise.

Raejian fit tinter les commandes de mon tube, et je m’endormis…
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MessageSujet: Chapitre 8 : Une si douce Assimilation...   Dim 10 Aoû 2014, 21:46

Picard à l’Enseigne Murdock : vous êtes demandé sur la Passerelle.
On me demandait ? Sur la Passerelle ?
- Ici l’Enseigne Murdock. Bien compris, j’arrive.
Comme j’errais un peu dans le secteur depuis le départ de Raejian, j’ai vite passé les portes.
- Vous n’avez pas mis longtemps.

J’ai haussé des épaules :
- J’espérais secrètement qu’on m’autoriserait à venir ici pour voir s’il va bien.
- L’Enseigne Glex est actuellement dans un état d’angoisse latent, m’indiqua l’androïde.
- Il est angoissé ? Pourquoi ?
- Je pense qu’il se sent seul.

J’ai accouru pour le rassurer… Mais où était-il ?
- Je ne le vois nulle part…
- La caméra est placée dans son bloc oculaire. Vous voyez ici ses pulsations cardiaques…
- Ah oui, c’est évident, il est en panique…
La seule façon de le calmer, c’était d’entrer en contact…

Je me suis tourné vers l’androïde :
- Je peux lui parler ?
- C’est pour cela que nous vous avons appelé, Enseigne Murdock.
Il fit tinter les commandes et me signala que je pouvais commencer.

 

 

 

 

 

Comme il me laissait son siège, je me suis adressé à Raejian en tentant de rester tranquille :
- Raejian… C’est moi…
- Henri… ?
- Oui, je suis venu te dire que je vois ce que tu vois en ce moment…
C’était évident, mais bon…

J’ai pris une profonde inspiration :
- Je sais que c’est une mission périlleuse pour toi, mais je vois que tu as tout sous contrôle, alors continue, tu arriveras à tous les berner comme des gosses de bac à sable !
- Merci, Henri… Ce que Henri dit à Raejian le rassure réellement…
- Je suis auprès de toi, Raejian, n’oublie jamais ça…

L’androïde rompit le contact, et je sentis toute la Passerelle me toiser.
- Bah quoi ? On est du même grade, on n’a pas le droit d’être en couple ?
L’androïde m’expliqua sur un ton neutre :
- C’est que la majorité de l’équipage ignorait totalement que vous étiez engagé dans ce type de relation émotionnelle avec l’Enseigne Glex.

Pff, ridicule. Comme si ça se voyait pas…
- L’Enseigne Glex semble plus calme. Vos paroles ont eu le meilleur effet sur lui.
- Rââvi.
- Il passe les lignes de drones sans rencontrer la moindre résistance.
- Il parvient aux circuits vitaux du Vaisseau Borg.

Je vis son bras de robot-zombie se tendre au-devant pour court-circuiter le système et y placer l’engin explosif habituel.
- Il a connecté la bombe et rompu le champ d’isolement autour de la salle.
- Picard à téléportation : verrouillez sur One of One et ramenez-le.
- Ici O’Brian, bien compris, Capitaine.



L’écran passa de nouveau de cette atmosphère étouffante à celle de la salle de téléportation. Je suis reparti aussitôt de la Passerelle pour retrouver Raejian :
- Tout va bien, mon p’tit Vulcain ?
- Raejian va bien, Henri.
- Henri est heureux de l’apprendre…

Je pris son bras dépourvu de prothèse pour le raccompagner dans ses quartiers.
- Encore une mission rondement menée, hein ?
- Oui, Henri. Raejian a accompli la tâche que le Capitaine lui demandait.
- Tu n’as pas envie d’un petit… Quelque chose ?
- Raejian croit comprendre ce que Henri sous-entend…

Il s’approcha de moi et retira le haut de mon uniforme. Il posa l’extrémité de son bras bourré de sondes Borg sur mon poignet nu, et je pus sentir les microscopiques robots-insectes se glisser sous ma peau et investir mon système nerveux…
- Henri aime ?
- Oh oui…

Les sondes Borg stimulaient une zone précise de mon cerveau, et pour être honnête… J’étais totalement accro à ce truc !
- Hmmm… Viens là, mon p’tit Vulcain d’amour…
Je me suis jeté sur lui pour l’embrasser, emporté par le flot de sensations que les sondes envoyaient dans tout mon corps…

Depuis qu’on avait découvert que Raejian était capable de contrôler ses sondes pour provoquer ainsi mon système nerveux, on avait pris goût à cette technique.
- Aaaah… La vache, ça fait du bien…
Il récupérait ses sondes, et je voyais malgré son visage semi-robotique qu’il en récoltait aussi les sensations que les sondes avaient enregistrées.

Nous sommes restés un instant enlacés. Je finis par m’écrouler sur le lit, alors que lui rejoignait son truc de régénération Borg.
- Régénère-toi bien, Raejian…
- Dors bien, Henri…
Je me suis endormi, encore dans les vapeurs…

Ce fut la sonnerie de la porte qui me réveilla :
- Te dérange pas, je vais voir qui c’est…
Raejian ne répondit pas : il était sûrement connecté à fond.
- Oui ?
- Grand-père… ?

J’ai souri :
- Mon petit-fils qui vient me rendre visite, et… Lieutenant Data… ?
- Nous espérions voir l’Enseigne Glex, mais il est heureux que vous soyez là également.
- Ben, entrez, il est dans son truc Borg, là…
- Merci… J’espère que nous ne vous dérangeons pas…

J’ai haussé des épaules :
- Nan, je pionçais un peu…
- Nous voulions parler de la condition actuelle de l’Enseigne Glex…
- Son statut de bombe anti-Borg vivante ? Ouais, j’écoute… ?
- Eh bien… Plusieurs membres de l’équipage sont contre cette exploitation de l’Enseigne Glex.



Plusieurs… ?
- Combien ?
- Nous ne savons pas exactement. Mais le Docteur Crusher et Deanna Troy en font partie.
- Et vous aussi, j’imagine…
- Au même titre que le Sous-Lieutenant Werm et Monsieur Barclay ici présent, en effet.

J’ai croisé les bras : ouais, ça nous avançait bien…
- Et quelle différence ça fait ?
- Il faut convaincre le Capitaine de considérer l’Enseigne Glex comme un membre à part entière de l’équipage et non un simple drone Borg.
- Un simple drone ? Vous n’avez pas idée de ce dont il est capable. Il est bien plus qu’un drone.

Je savais que ça n’aurait aucun sens pour eux, mais au moins, c’était dit…
- Raejian a de la visite… ?
- Oui, ils sont venus te soutenir.
- Soutenir… ? Pour quoi ?
- Parce que nous estimons que vous êtes exploité.

Raejian cligna de son œil humain :
- Les capacités de Raejian sont exploitées pour mener à bien une mission importante.
- On parle pas de tes capacités, mais de toi.
- Avant d’être assimilé, vous aviez compris qu’on vous surexploitait déjà pour vos grandes compétences d’ingénieur, et vous vous étiez rebellé contre cette situation.

 

 

 

 

Raejian fit cliqueter son bras de Borg :
- Rebellé. Raejian. Raejian se souvient.
- Puisque vous vous en rappelez, suivez cet exemple avant qu’il ne soit trop tard !
- Qu’appelez-vous « trop tard » ?
- Tant que le Capitaine pensera que vous lui obéirez sans réagir, il vous mettra en danger.

Raejian cligna encore :
- Raejian en danger… ?
- Oui ! Vous enchaînez des missions périlleuses à bord des vaisseaux Borg, cela pratiquement sans prendre de repos !
- C’est inexact. Raejian se régénère de façon optimale entre chaque mission.

J’ai croisé les bras, agacé, et Raejian me dévisagea :
- Raejian a dit quelque chose qui fâche Henri ?
- On n’a pas eu un moment à nous depuis des semaines avant ce soir !
- Oui, c’est exact, Henri… Et Raejian est triste de cette situation.
- C’est vrai, Raejian… ?

Raejian posa sa main humaine sur mon épaule :
- Je t’aime, Henri…
J’ai sûrement ouvert des yeux ronds à cet instant :
- Tu as dit « Je t’aime » ?
- Oui. Je t’aime…

Je ne pouvais même pas bouger : c’était trop beau… Il faisait exprès pour me remonter le moral… ? Ou alors, il avait réellement retrouvé la notion d’individualité… ?
- Dis-moi autre chose, allez, vas-y !
- Je… Je ne sais pas quoi dire…
Je me suis jeté sur lui pour l’embrasser.



Peu m’importait ce qu’il disait, c’était parfait tel que c’était dit !
- Bien, je crois comprendre que vous êtes d’accord pour reprendre vos droits en tant qu’individu.
- Je suis libre de mes choix et de ma vie.
- Vous détenez votre destin, maintenant. Il est heureux que vous ayez repris le dessus.
- Je suis un Vulcain, mes implants Borg sont là pour me servir et m’assister, pas l’inverse…

Il regardait son bras robotique :
- Et je détruis des Borg. Je ne suis pas Borg.
- Bien dit !
- Nous allons vous laisser, à-présent. Profitez bien de votre liberté, Enseigne Glex.
- Merci, Lieutenant Data.

Ils partirent, et j’ai regardé Raejian dans les yeux :
- Tu comptes vraiment envoyer paître le Grand Manitou ?
- Si par « envoyer paître », tu entends « refuser d’obéir », et par « Grand Manitou », tu fais référence au Capitaine de l’Entreprise… Alors oui, c’est ce que je vais faire.
- Pourquoi tu ne parles ainsi que maintenant ?

Raejian posa ses lèvres sur les miennes :
- Je ne voulais pas te causer de tort… Je pensais que nous étions seuls contre tout ce Vaisseau.
- Mais tu sais bien que Reggie et Elloran sont avec nous…
- Je ne voulais pas faire de tort à ta famille non plus.
- Tu aurais pu au moins me faire un signe… Me montrer que tu étais là…

 

 

Raejian me sourit :
- Je l’ai fait à chaque fois que j’ai envoyé mes nano-sondes dans ton système nerveux. C’est pour ça que tu aimes quand je le fais…
- Oh… Et je ne l’ai même pas compris…
- Je ne savais pas comment faire sans te mettre en danger…

Il me saisit la main :
- Je me rappelle des circonstances dans lesquelles nous nous sommes rencontrés… Je ne voulais pas que ça recommence…
J’ai sourcillé :
- Tu y penses encore ? Je crois pas qu’ils me remettront dans le Holodeck…

J’ai embrassé ses doigts :
- Et ils pourront complètement ré-encoder ma mémoire tant qu’ils voudront, rien ne pourra me faire oublier mon p’tit Vulcain d’amour…
- J’en suis persuadé, Looping
- Je connais ce ton-là… Tu m’as fait quoi ?

Raejian fit glisser son index depuis mon poignet jusqu’à ma nuque :
- Je n’ai jamais repris toutes mes nano-sondes…
- Hein ?! Tu m’en as laissées ?!
- Bien sûr… Elles ont en mémoire tout ce que tu as vécu, ainsi, même si ta mémoire est altérée de quelque façon que ce soit… Tu te souviendras de tout…

Je ne pouvais pas le croire : il m’a rendu hypermnésique ?
- C’est trop fort ! Attends, j’essaie un truc…
Je voulais savoir ce qu’elles avaient en mémoire, ses petites puces électroniques… C’était énorme, cette idée de pouvoir me souvenir de tout…
- Raejian est mort, Reginald.



J’ai secoué la tête :
- Eh, c’était quoi, ça ?
- Tu as eu un souvenir étrange ?
- Je me suis entendu dire à Reggie que tu… Tu étais… Mort
- Vraiment… ?

Je me suis concentré : j’avais probablement mal compris…
- Cible numéro deux identifiée : Capitaine Murdock Henri, origine : Etats-Unis, vingtième siècle.
- Je suis l’Enseigne Murdock ! Et je suis parfaitement à ma place dans ce siècle ! C’est toi qui as voulu tuer mon Raejian ! SALOPARD !!!

Non, ça, c’était parfaitement clair…

J’ai regardé Raejian :
- Je ne comprends pas… C’est comme si j’avais vécu une autre vie où tu étais mort…
- Je me souviens de t’avoir téléporté dans un tube de stase curative… Mes nano-sondes ont conservé ma mémoire intacte lors de toutes ces expériences…
- Ah oui ? Alors, tu peux me dire ce qui s’est passé ?

Raejian me sourit :
- Il n’y a plus rien à craindre, Looping… Tu as voyagé à-travers le temps pour me sauver, et tu as réussi à appréhender ceux qui en avaient après moi… C’est tout ce que tu as besoin de savoir…
- Un voyage dans le temps… C’est incroyable…
- Ce sera possible dans le futur. Pas encore maintenant, mais bien plus tard…

Il cligna de son œil humain :
- Et grâce à ces expériences temporelles, j’ai retrouvé mon individualité. J’ai attendu le moment propice pour le montrer.
- Je suis si heureux de te retrouver…
- Désolé de t’avoir laissé croire que j’étais toujours un « robot-zombie »…

J’ai haussé des épaules :
- Peu importe, puisque tu es hors de danger. Et que le Grand Manitou va te lâcher la bride.
- Je compte bien lui faire comprendre que je ne suis pas un équidé terrestre, oui.
- Et si on fêtait… Tout ça ?
Il réinjecta quelques sondes dans mon poignet, et je n’attendis pas qu’elles fassent effet…

Quand je me suis réveillé, Raejian était toujours auprès de moi sous la couverture. Il ne s’était donc pas régénéré… ?
« Mieux vaut ne pas le réveiller, il n’a pas dormi depuis des mois… »
Je l’ai simplement regardé quelques temps, jusqu’à ce que le Grand Manitou appelle :
- Picard à One of One, présentez-vous immédiatement en salle de téléportation.

Raejian se retourna dans les couvertures en grognant : ça l’avait réveillé.
- One of One, répondez.
- Y’a pas de One of One ici, vous sonnez aux mauvais quartiers.
Il n’y eut pas de réponse pendant quelques minutes, puis le Grand Manitou rappela :
- Picard à One Of One, présentez-vous immédiatement en salle de téléportation.

Raejian se releva brutalement dans les couvertures :
- Puisque je vous dis qu’il n’y a pas de One of One ! Ici, c’est Raejian Glex !
- Ne jouez pas avec moi, One of One. Nous avons localisé un autre vaisseau Borg, tout est en place pour que vous fassiez votre travail.
- Mon travail est de réparer les appareils sur le Vaisseau, pas de détruire des vaisseaux.



Le Capitaine s’impatienta :
- Depuis que vous avez la possibilité de détruire la flotte Borg, votre nouveau travail est de détruire leurs vaisseaux !
- Je regrette, mais je ne me suis pas engagé pour déclarer une guerre ouverte aux Borg !
Une guerre ouverte… Une guerre !

J’ai pris la main de Raejian :
- Je crois qu’il va y avoir une guerre…
- Je sais, Henri. Je n’ai pas employé ce mot par hasard.
- Une guerre ouverte ?
- Vous n’avez pas manqué que ces opérations anti-Borg se sont multipliées ces jours-ci…

Le Capitaine ne réfuta pas :
- En effet. Nous sommes apparemment dans une zone qu’ils fréquentent en particulier.
- Vous n’y êtes pas du tout : ils sont après nous !
- Que dites-vous là ?
- J’ai analysé les circuits de navigation avant de placer l’engin explosif…

Il se gratta la nuque en grognant :
- … Et il se trouve que l’ordre a été donné à tous les Vaisseaux Borg, de pourchasser un Vaisseau de la Fédération des Planètes Unies dont les spécifications ne laissent aucun doute sur l’identité…
- Vous voulez dire que vous saviez qu’ils nous ont pris en chasse, et vous n’avez rien dit ?
- Vous ne me demandez jamais de remettre un rapport, et j’ai eu la faiblesse d’agir en drone…

 

 

 

 

Raejian bailla largement :
- … Puisque c’est ainsi que vous me considérez. Et un drone ne prend pas d’initiative.
- Très bien, alors que préconisez-vous ?
- Laissez-moi dormir, et j’aurai les idées plus claires après.
- One of One, vous avez une mission !

Raejian se recoucha :
- Je m’appelle Raejian Glex, et conformément à mon emploi du temps, je ne suis pas en service avant demain matin.
- Bien… Enseigne Glex, vous avez une mission hors de votre service à accomplir.
- Je n’en ai pas été informé préalablement.

Il grogna, visiblement las :
- Je suis censé connaître ma mission avant de partir.
- Votre mission est la même que toutes les autres depuis près de deux mois…
- Désolé, mais One of One connaissait sa mission. Moi, je l’ignore.
- Alors, vous refusez d’obéir ?

Raejian croisa les bras :
- Avisez-moi selon le protocole en règle pour Starfleet de ma mission, assurez en conséquence ma sécurité lors de la mission, comme l’exige le règlement sur le chapitre des devoirs d’un Capitaine envers les membres de son équipage, et moyennant reconsidération logique de mes attributions avant l’accomplissement de ma mission, j’accepterai.

Il faisait appel au règlement pour piéger le Capitaine… Astucieux… Et très Vulcain.
- Bien, venez dans mon bureau pour être informé de votre mission. Picard, terminé.
- Tu es un champion !
- Il n’est pas nécessaire de voyager dans le temps pour rétablir le cours normal des choses…
Il s’était rendormi. Je l’ai alors bordé en douceur…



Puisque vous êtes de nouveau parmi nous, Enseigne Glex, nous allons appliquer le protocole.
- J’entends bien qu’il en soit ainsi.
- Mmm… Oui, alors voici votre mission : infiltrer le vaisseau Borg pour déconnecter les circuits vitaux et le champ d’isolement, puis déposer un engin explosif. Une fois que vous l’aurez connecté aux circuits vitaux, vous serez téléporté de nouveau sur l’Entreprise.

Raejian croisa les bras :
- La mission est claire. Concernant mes attributions, j’estime ne plus être un simple ingénieur.
- Exprimez-vous…
- Etant donné que je dois m’adapter constamment à la configuration des vaisseaux qui change consécutivement à mes activités dévastatrices, une attribution de tacticien me semble logique.

Le Grand Manitou fut comme deux ronds de flan :
- Tacticien ? Vous n’êtes pas sérieux ?
- Cumulée à mon attribution d’ingénieur. J’ajoute que l’organisation des Borg se modifie à chaque fois que j’accomplis cette mission qui semble identique pour vous. Donc, je dois adopter une autre stratégie pour endormir leur méfiance. Voulez-vous une autre raison ?

Le Grand Manitou secoua la tête :
- Non, ça ira… Donc, vous voulez être Officier-Tacticien et Ingénieur…
- Je ne demande pas une reconsidération de mon grade, seulement une reconnaissance officielle de ma polyvalence à bord de l’Entreprise.
- Et cela se traduirait de quelle façon, selon vous ?

Raejian ne sourit pas, mais je pouvais ressentir sa profonde satisfaction :
- Tel que le préconise le protocole en vigueur dans le cas d’une double-attribution.
- Très bien. Nous appliquerons le protocole après votre mission. D’accord ?
- D’accord, si je dispose d’un module de téléportation portatif en cas de péril immédiat.
- Un module de téléportation portatif… ? Mais nous n’en avons pas…

Raejian sourit :
- Je me charge de cet aspect technique. Je demanderai seulement que la navette B-47 soit libre et prête à décoller durant toute ma mission.
- Bien. Requête accordée, en vertu du devoir de protection du Capitaine envers son équipage.
- Le temps de me préparer, et j’arrive au Hangar.

Je suivis Raejian jusqu’à ses quartiers et m’assis au bord du lit :
- Dis, tu as créé un module de téléportation… ?
- Il est au point, avec une limitation de poids : il ne peut générer son propre champ d’énergie.
Il sortit une boite et l’ouvrit :
- Eh, j’ai déjà vu cet engin-là !

Il haussa des épaules :
- Tu m’as vu y travailler dans une navette. Je testais la connexion depuis l’ordinateur de bord.
- Oui, c’est ça... Tu m’avais expliqué que ça permettait de « piloter la navette à distance »…
- Entre autres choses. C’est un simple dispositif relié aux commandes de navigation. Je l’ai conçu au cas où j’aurais besoin d’une navette pour m’emmener loin d’un vaisseau Borg.

Il soupira :
- Cependant pas tout-à-fait au point au niveau de la téléportation. Sans cette fonctionnalité spécifique, avoir une navette pilotable à distance ne m’est pas d’une grande utilité.
- Et il pourrait téléporter loin ?
- Non, c’est pour cela que j’avais besoin de pouvoir piloter une navette en premier lieu.



Il s’acharnait sur sa télécommande grandeur nature tout en m’expliquant.
- Alors, pendant tout ce temps, tu assurais ta sécurité toi-même ?
- On ne m’a pas laissé suffisamment de temps pour ce faire, mais oui, c’était mon intention.
- Pourquoi ne m’avoir rien dit ?
- Pour ne pas te donner de faux-espoirs. Je ne suis pas assuré de le rendre pleinement fonctionnel.

Il me prit la main et se servit de son bras mécanique pour saisir et activer la télécommande…
- Enseigne Murdock ? Officier Glex ?
- Le Capitaine n’a pas perdu de temps, semble-t-il.
- Il a toute confiance en vous, Officier Glex. Il a annoncé votre double-attribution avant même que vous n’ayez accompli votre mission, car il sait que vous réussirez.

Le sourcil de Raejian se dressa :
- Réellement ?
O’Brian haussa des épaules :
- Oui, c’est ce qui ressortait dans l’annonce. Au fait, puis-je vous demander comment vous êtes arrivés en salle de téléportation ? Je ne vois aucune procédure…

Raejian tapota l’épaule de O’Brian de son bras Borg, ce qui le fit un peu frissonner :
- Ne vous posez pas trop de questions, c’est moi qui ai fait cela.
Il activa de nouveau la télécommande, me reprenant la main, et nous nous sommes retrouvés dans une navette que je connaissais bien… Mais je ne l’avais pourtant jamais pilotée…
- Je te présente ma navette spéciale.

 

 

 

 

 

Il me montra deux tubes horizontaux qui ressemblaient à des couchettes d’infirmerie :
- Voici des tubes de stase curative. Ils sont basés sur les outils médicaux de Starfleet, et permettent de soigner des lésions importantes, internes comme externes… Ils ont également un côté Borg très prononcé : la stase curative est une technique de régénération des tissus héritée de l’alcôve Borg.
- Epatant ! Et ce plancher lumineux, là… ?

Il me montra que les mêmes planchers étaient placés dans les deux tubes :
- Ils permettent la téléportation à bord de la navette directement dans le tube de stase. Et si tu regardes le poste de pilotage, tu verras qu’on peut aussi se téléporter directement sur le siège.
- Wouah, c’est trop fort ! J’aimerais piloter ce petit bijou…
- Tu l’as fait, Henri… Souviens-toi…

J’ai réfléchi à ces mots, et cela me revint :
- Ah oui… Quelle bonne blague ça aurait pu être, dans une autre situation.
- Bon, tout est prêt pour ma mission.
- Je voudrais être ton pilote…
- C’est trop risqué, Henri… A moins que…

Il parut fouiller un dispositif additionnel du tableau de commandes, et soudain, je me suis retrouvé avec un bras de Borg :
- Eh ! Tu m’as fait quoi ?
- Pas de panique, ce n’est qu’un hologramme… J’ai modulé les fréquences optroniques en fonction de ma vision de drone pour m’assurer que même un Borg s’y tromperait.

J’étais déguisé en Borg ! Incroyable ce qu’il savait faire avec ses petits insectes !
- Il masque aussi les signatures biologiques et mécaniques pour en créer des fausses. J’espérais ainsi qu’on ne me reconnaîtrait pas, car je savais que la Ruche pouvait s’en prendre directement au Vaisseau pour me retrouver. Je voulais brouiller les pistes avec ce dispositif. Maintenant, reste à bord, je me rends en salle de téléportation. Une fois sur le terrain, je te téléporterai avec moi…



On ne parlait plus depuis dix bonnes minutes : en plus de l’atmosphère glaciale du vaisseau, Raejian devait faire son possible pour ne pas laisser entendre aux autres que je l’accompagnais. Tous étaient là, à épier ses moindres mouvements, et pour le moment, ils n’avaient pas remarqué la présence d’un drone vagabond dans le dos de Raejian.
« J’espère vraiment que tout va bien se passer… »

Jusque-là, je n’avais aucune idée de l’angoisse qu’il endurait à chaque fois qu’il débarquait dans ces vaisseaux endormis… Et c’était monstrueux. Tous ces visages à-moitié robotiques, neutres et sans vie qui semblaient regarder dans le vide…
« Eh, il m’a regardé, celui-là ! »
Raejian m’avait assuré qu’ils ne pouvaient me détecter, mais ce drone avait levé la tête.

Raejian tourna le regard vers le drone et tendit son bras Borg. Le drone avança et resta immobile quelques instants : ils « parlaient » sans doute… Quand Raejian abaissa son bras, le drone s’en vint à son alcôve et recommença à se régénérer.
« Pfffouh… T’es vraiment fortiche… J’ai bien cru qu’on était mal… »
Raejian poursuivit la route, s’assurant en ne me regardant pas que je restais inaperçu.

Nous sommes arrivés dans une zone dont la configuration me laissa penser qu’on touchait au but. Raejian leva son bras robotique pour toucher aux circuits principaux. Je l’ai regardé faire sans un mot, sans un son…
- Attention !
Je me suis jeté sur Raejian, l’empêchant de justesse de prendre un tir Borg entre les épaules…

 

 

 

 

 

Et pour la peine… C’est mon épaule qui l’avait encaissé…
- Henri !
- T’occupe pas de moi, mon p’tit Vulcain, continue !
Les drones arrivaient vers nous. Ils visaient tous Raejian, mais je me suis placé en bouclier humain : j’allais y passer, okay, mais je devais permettre à Raejian de poursuivre…

J’en avais encaissées de pires, et l’hologramme qui me déguisait camouflait ma blessure. C’était mieux comme ça, car je ne voulais pas que Raejian s’inquiète de mon état.
- Allez, approchez…
Les drones voulurent attaquer, alors j’ai attrapé le panneau métallique que Raejian avait enlevé pour accéder aux circuits vitaux.

Le tir se perdit dans l’alliage du panneau, mais sa force me fit tomber sur le cul :
- Ouah, la vache !
- Le Capitaine demande ce que tu fais ici.
- Dis-lui d’aller se faire voir ! J’essaie de faire réussir la mission, là !
Raejian plaça l’engin explosif.

Je me suis tourné juste une seconde pour le féliciter :
- Bravo, Raejian, tuAOUH !!!
J’avais pris un tir entre les côtes à gauche.
- Tu dois être grièvement blessé.
Raejian prit sa télécommande et y planta le bras.

Quelques secondes plus tard, j’étais dans ce tube de stase, et je sentais l’engourdissement me gagner déjà…
Procédure de stase curative initialisée. Pilote automatique enclenché.
« Non, Raejian est encore… »
Il apparut dans l’autre tube : il avait essuyé quelques tirs, lui aussi. J’espérais seulement que…



Vous avez pris un risque inconsidéré en accompagnant l’Officier Glex.
- J’avais besoin d’un pilote, et la présence de l’Enseigne Murdock s’est révélée déterminante alors que les drones m’attaquaient. S’il n’avait pas été là, j’aurais fort probablement essuyé le tir mortel qui m’était destiné.
- L’argument du pilote ne tient pas beaucoup, Officier Glex. Il n’a pas piloté la navette.

Raejian haussa des épaules :
- Ah oui ? Alors, comment expliquez-vous que la navette soit arrivée près du Cube et qu’elle soit repartie vers l’Entreprise ? Elle l’a fait toute seule… ?
- Oui, bien… Et vous comptiez en faire état ?
- Parce que je dois remettre un rapport de mission ?

Le Grand Manitou grinça :
- En tant que membre de l’équipage assujetti au règlement de Starfleet, oui.
- Ah, très bien. En ce cas, je pars préparer mon rapport immédiatement.
- La prochaine fois, avisez-moi de ce genre de modifications… Vous pouvez disposer.
- Capitaine.

Raejian quitta le bureau, droit et fier.
- Eh bien, tu l’as eu ! Il est obligé de te considérer tel que tu es, maintenant !
- Il fallait bien qu’il l’admette. Maintenant, excuse-moi, mais j’ai un rapport à rédiger…
Il se retourna vers moi une fois que les couloirs furent déserts et me prit la main :
- En attendant, je te laisse un petit quelque chose…

 

 

 

 

 

Je sentis ses sondes courir mon corps, et il s’en alla.
- Tiens, te voilà Grand-père… Euh, tout va bien… ?
- Voui voui… Ze vais trèèès bien…
- Ouhlà, tu as l’air bizarre… Tu ne veux pas aller à l’infirmerie ?
- Nan, t’inquiète, Raejian prend soin de moi, déjà…

Reggie me prit par le bras :
- A propos de ça, il ne s’est pas régénéré depuis près de trois jours, et c’est dangereux pour lui…
- Raejian n’est pas un Borg…
- Je sais, mais ses implants ont besoin de l’alcôve pour…
- Je sais, fiche-moi la paix.

J’ai passé mon chemin, pressé de revoir Raejian…
- Picard à Enseigne Murdock, vous êtes attendu à la navette B-47.
Grrr… Et zut, on peut pas me lâcher un peu les baskets ?
- Ah, vous êtes là, Enseigne… Nous voudrions vous poser des questions sur cette navette, le projet secret de l’Officier Glex… Vous devez être informé…

J’ai croisé les bras :
- La navette B-47 est en effet son projet secret. Mais il a confiance en moi pour ne rien dire.
- Il vous a interdit d’en parler ?
- Il ne m’a pas explicitement autorisé à en parler.
- Enseigne Murdock, c’est un ordre : dites-moi ce que vous savez sur la navette B-47.

J’ai souri :
- Vous n’avez qu’à y entrer vous-même.
- Nous ne pouvons pas. L’accès est verrouillé, seul un Borg peut ouvrir les portes.
- Ah, c’est ballot, parce que justement, voyez-vous, je ne suis pas Borg.
- Enseigne Murdock, allez dire à l’Officier Glex de venir déverrouiller ces portes.



J’ai secoué la tête :
- C’est dommage, il est justement en pleine rédaction de son rapport sur la dernière mission.
- Le rapport attendra. Faites-le venir.
- Vous n’avez qu’à l’appeler. Vous ne vous êtes pas gêné pour m’appeler et m’interroger sur son projet dans son dos…

Le Grand Manitou me toisa, furax :
- Picard à One of One, venez immédiatement à la navette B-47.
- Il n’y a pas de One of One ici. Vous vous êtes manifestement trompé.
- Bien, Officier Glex, venez immédiatement à la navette B-47.
- Bien reçu, Capitaine, j’arrive.

Quelques secondes plus tard, la porte de la navette s’ouvrit :
- Vous aviez besoin de moi, Capitaine ?
- Comment… Il n’y avait personne à l’intérieur…
- J’ai utilisé mon module de téléportation personnel. Il est relié aux circuits de cette navette.
- L’Enseigne Murdock refuse de nous communiquer le moindre élément concernant celle-ci.

Raejian haussa des épaules :
- C’est que je ne l’ai pas autorisé à vous révéler quoi que ce soit. Mais puisque je suis ici, disposé à tout vous dire, l’Enseigne Murdock est habilité à parler de la navette B-47, à-présent.
- Merci, Officier.
Raejian leur offrit le tour complet des équipements.

 

 

 

 

Quelques minutes plus tard, je me retrouvais avec lui dans ses quartiers, alors qu’il achevait de rédiger son rapport sur notre mission chez les Borg :
- Tu as été à la limite de l’affrontement avec le Capitaine. Je suis honoré que tu gardes mes secrets avec une telle loyauté, mais défier notre Capitaine n’était pas nécessaire.
- J’ai fait ce qui me semblait juste.

Raejian laissa son pad numérique et vint me masser les épaules, injectant quelques nano-sondes supplémentaires dans ma nuque :
- Tu es si tendu… Quelque chose ne va pas… ?
- Naaan… Tout va bien…
J’en étais presque endormi : la torpeur m’emportait sous l’action des nano-sondes.

La voix de Raejian était comme une berceuse pour moi… Pour tout dire, je me sentais un peu nerveux en effet… Mais tellement fatigué en même temps…
- Tu as besoin de repos… Tu peux rester ici.
- Merci, mon p’tit Vulcain d’amour…
Je crois bien que je me suis écroulé comme une montagne.

Après avoir piqué un bon roupillon, je me sentais plus frais. Raejian était toujours là, mais il ne faisait plus rien.
- Tu as fini ton rapport ?
- Il n’y avait pas grand-chose à dire. Tant et aussi longtemps qu’ils fouilleront mes perceptions au moyen de cette caméra dans mon bloc oculaire, il me sera inutile de disserter.

Je ne croyais pas ce qu’il me disait :
- Attends… Tu veux dire qu’ils ne t’enlèvent jamais cette caméra… ?
- Non, je l’ai en permanence.
- Mais c’est dégueulasse ! Elle ne doit servir que pour les missions, et encore, je trouve immonde le fait qu’on t’espionne comme ça, même pendant les missions !



Raejian haussa des épaules :
- Tu ne devrais pas te mettre en colère pour si peu…
- C’est ignoble, et c’est tout ! Je vais en toucher deux mots à Elloran…
- Non ! Il ne fait qu’obéir, et on lui a dit de me laisser la caméra…
- Très bien. Dans ce cas, je vais me plaindre à la source…

J’ai relevé les manches, et me suis dirigé vers la sortie, mais je sentis la main humaine de Raejian sur mon épaule :
- Ne m’oblige pas à te neutraliser, Henri…
- Laisse-moi partir !
- N’affronte pas le Capitaine. Je saurai le convaincre de me faire retirer cette caméra.

Je me suis calmé : je ne tenais pas à perdre conscience de la main de Raejian.
- Bon, c’est okay, j’irai pas le voir…
- Viens avec moi… Il y a quelque chose que j’ai envie de faire depuis très longtemps…
Il me fit allonger sur le lit, défit avec dextérité la fermeture de mon pantalon, et glissa son bras Borg dans mon sous-vêtement…

La sensation m’électrisa immédiatement :
- Bon sang, Raejian, pourquoi t’as pas fait ça plus tôt…
- Tu aimes… ?
- Oh oui… Envoie tout ce que t’as…
Elles se faufilaient sous la chair tendue de mon membre… Les nano-sondes…

 

 

 

 


Les nano-sondes rampaient dans mon intimité, touchant de leurs pattes effilées les récepteurs adéquats juste à la microseconde qu’il fallait…
- Je crois que je…
Raejian baissa alors la tête et découvrit mon anatomie le temps de l’engloutir…
- Oh, la vaaache…

J’y croyais pas, c’était trop bon ! Et Raejian envoyait toujours plus de nano-sondes directement dans mon corps caverneux… Je tenais, je tenais, je…
- Aaaaaah…
J’avais cédé. Je me suis effondré alors que Raejian maintenait sa prise.
- Oh, ça recommence…

Il gonflait encore. Mon cœur s’emballa, et j’ai juste pu crier :
- RAEJIAN !!!
Il se retira, couvrant mon corps d’un drap supplémentaire.
- Je… Je ne…
- Chhh… Tu es en état de choc, Henri… Repose-toi…

En état de choc… En pleine extase post-orgasmique, oui !
- Je t’aime, Henri…
J’ai répondu d’une voix rauque :
- Moi aussi je t’aime, Raejian…
Nous nous sommes embrassés.

Il me laissa dans le lit : je tremblais violemment.
- J’espère que tu t’en remettras vite.
- Et moi non…
Il reprit un dossier en cours, et je me suis retourné sous le drap :
« Bon sang, c’que j’adore ce siècle… »



A chaque mission, j’accompagnais Raejian. Je lui ai sauvé la mise plus d’une fois à ces occasions, et au retour, il remettait un rapport en bonne et due forme au Capitaine, qui avait accepté depuis de lui faire ôter la caméra, comme il y avait déjà quelqu’un sur place qui pouvait l’aider « en cas de péril immédiat », comme il le disait.
- Très bien, vous pouvez disposer…

Et à chaque mission accomplie, nous avions pour coutume de fêter ça…
- Oh oui… Hmmm… Allez, fais-le maintenant…
- Tu es sûr ?
- Je suis prêt, là…
Raejian retourna sous la couverture, et je le sentis poser son bras robotique sur mon bas-ventre.

Il le fit glisser jusqu’à mon membre déjà tendu…
- AAAAH ! Oh… C’était plus fort…
- Désolé, tout va bien ?
- Oui, oui, pas de souci… Tu peux le refaire, tout pareil… ?
Il haussa des épaules, et je sentis la même vague brutale posséder mes sens.

C’était presque trop pour un seul homme…
- Raejian… J’ai envie…
- Un peu plus ?
- Nan… Approche ta main…
Il tendit sa main humaine. Je la pris et l’apposa sur mon visage.

Il haussa son sourcil :
- Une fusion mentale ?
- Bien sûr ! Tu croyais pas que j’allais tout prendre pour moi comme un égoïste ?
- Bien, si tu le demandes…
Dès qu’il opéra la fusion mentale, je l’entendis pousser des gémissements bruyants.

Il ne semblait pas maîtriser les sensations qu’il m’offrait, aussi ai-je senti une nette baisse…
- Raejian… Pitié… Donne-m’en plus…
- Je ne tiens pas, Henri…
- En douceur, mais plus… Je vais craquer…
Il brisa alors la fusion mentale, et j’ai cédé quelques secondes plus tard.

J’étais dans les vapes, mais furieux qu’il ait refusé d’aller au bout avec moi…
- Henri, je suis désolé, je n’ai vraiment pas l’habitude…
- L’habitude, ça se prend ! Je voulais que tu saches ce que tu me fais, je voulais partager, comme ça se fait dans un couple normal !
- Tu as l’air vraiment en colère contre moi… J’ai mal fait ?

J’ai acquiescé vivement :
- Aussitôt que tu as rompu la fusion, oui.
- Je te promets que j’essaierai de tenir, la prochaine fois…
- Y aura pas de prochaine fois !!!
- Mais… Que veux-tu dire ?

Je me suis rhabillé :
- Que c’est fini. Tu entends : fi-ni !!! Je croyais vraiment que tu voudrais jouer le jeu, c’est mon plaisir d’en donner autant à l’autre, et comme je suis incapable de savoir ce qui te plait, j’ai cru bêtement que tu accepterais de faire comme je le pensais… Mais tu agis vraiment comme… Comme… Un drone.



Je n’ai plus revu Raejian pendant plusieurs jours. Je m’appliquais à faire décoller des navettes fraichement réparées pour vérifier que les instruments de bord fonctionnaient bien… Mais il me manquait quelque chose… Pas ces moments intimes que nous partagions… Plus simplement ceux que nous avions ensemble, même en public…
- Grand-père, je suis vraiment désolé pour ce qui est arrivé…

J’ai fait tinter les commandes de navigation pour les vérifier :
- Nous n’voyons pas d’quoi tu parles.
- Eh bien… Que ça n’ait pas marché avec Raejian…
- C’est du passé, faut s’y faire.
- Mais enfin, vous étiez si bien ensemble…

J’ai haussé des épaules : c’est vrai. Mais toute bonne chose a une fin.
- Tu ne fais que travailler depuis près d’une semaine…
- Ouais, et pis après ?
- J’ai consulté des temps de service, et… As-tu seulement pris un peu de repos… ?
- MAIS TU VAS NOUS FOUTRE LA PAIX ?!

Je m’étais énervé comme ça, sans raison…
- Viens avec moi, je pense que quelque chose ne va pas…
J’ai obéi sans discuter : c’était pas dans mon caractère de me fâcher.
- Ah, Commandeur… Tout va bien ?
- Oui, je vais bien… Mais je voudrais que vous examiniez mon Grand-père.

 

 

 

 

 

 

 

La doctoresse sourit : ça faisait un temps infini que je m’étais refusé aux examens de routine, alors elle devait se réjouir de me tenir.
- Pas de problème. Asseyez-vous ici, Monsieur Murdock…
J’ai pris place sur une couchette, et elle passa son tricordeur médical partout autour de moi :
- C’est très étrange… Je détecte la présence de technologie alien dans son système limbique…

Les nano-sondes dans ma mémoire… Zut…
- Et d’autres semblent reliées directement à son système nerveux central…
Sûrement celles qui me mettaient dans un drôle d’état en ce moment...
- De quelle technologie s’agit-il, Docteur Crusher… ?
- Oh, c’est bon ! C’est des nano-sondes Borg que nous avons dans le crâne et sur les nerfs, voilà…

Reggie me fixa avec un air ébahi :
- Des nano-sondes ? Tu veux dire que Raejian t’a assimilé ?
- Foutaises ! Raejian ne nous fera jamais ça !
- Monsieur Murdock, pourquoi l’Officier Glex vous a-t-il injecté des nano-sondes ?
- Nous n’avons pas à répondre, c’est personnel.

La doctoresse insista :
- Ecoutez, nous devons savoir la raison de la présence de ces sondes dans votre corps, car cela peut à long terme être très dangereux pour vous…
- Nous avons dit que nous n’avons pas à répondre.
- Docteur… L’Officier Glex ne s’est pas régénéré depuis plus de deux mois… Croyez-vous que…

La doctoresse me dévisagea explicitement :
- Quand, pour la dernière fois, avez-vous reçu une injection de nano-sondes ?
- Bon… Il y a huit jours bien comptés...
- Il était dans un état étrange, d’ailleurs, et très irascible.
- Parce que tu nous emmerdais avec Raejian, alors que nous essayons de l’oublier !



Là, je m’énervais encore… Mais qu’est-ce-qui m’arrive…
- Vous avez conscience que quelque chose ne va pas, Monsieur Murdock… Qui plus est, vous parlez de vous à la deuxième personne du pluriel… Depuis quand le faites-vous ?
J’ai hésité : je ne l’avais même pas remarqué.
- Je pense que tout ceci est étroitement lié aux nano-sondes que vous avez reçues.

Elle me fixa :
- Vous êtes en train de vous faire assimiler. Ce n’était pas l’intention de l’Officier Glex, mais elles sont, tout comme lui, affectées par l’absence prolongée de régénération. Peu importe la fonction qu’elles étaient censées assurer en arrivant dans votre corps, elles commencent à se détériorer et reprennent leur fonction initiale : assimiler la technologie et les êtres vivants dans le Collectif.

J’ai croisé les bras :
- Nous n’aurons, à aucun moment, à vous dire comment c’est arrivé ?
- Je ne pense pas que ce soit très utile.
- Bien, alors nous acceptons d’être examinés davantage.
- Allongez-vous…

Je me suis couché sur le dos, et la doctoresse poursuivit son examen :
- Je vois… Les nano-sondes sont fixées sur votre système nerveux et semblent stimuler une partie précise de votre cerveau… J’ignore ce qu’elles devaient faire à l’origine, mais elles sont à l’évidence défaillantes, et actuellement, elle créent chez vous un surplus hormonal vous rendant colérique.
- On peut corriger ça ?

 

 

 

 

 

 

La doctoresse haussa des épaules :
- Le seul moyen serait que l’Officier Glex vous retire intégralement toutes les nano-sondes qu’il a injectées dans votre corps et en envoie d’autres pour réparer les dégâts causés à votre organisme… Mais cela ne sera possible qu’après régénération complète de l’Officier…
- Des dégâts ?! Les nano-sondes ont fait des dégâts ?

La doctoresse acquiesça :
- En se détériorant, elles affectent les centres nerveux où elles sont attachées. Certaines ont déjà commencé à empoisonner vos nerfs, qui envoient des informations erronées à votre cerveau.
- Et… Elles vont toutes se détériorer… ?
- Toutes, je le crains. Les nano-sondes affectées vont infecter les autres.

La doctoresse continua de m’examiner :
- Si toutes les nano-sondes dans votre corps étaient parfaitement saines, il n’y aurait aucun problème à ce qu’elles y restent… Mais dans le cas présent, toutes seront bientôt un poison à retardement pour votre système nerveux…
- Que devons-nous faire… ?

Elle soupira : ça n’allait pas me plaire, c’était évident.
- Vous devez convaincre l’Officier Glex de retirer la totalité des nano-sondes qu’il vous a injectées depuis le début, de se régénérer complètement, puis de vous soigner au moyen des nano-sondes qui seront redevenues saines et viables…
- Bon, bon…

Mais je répugnais à cette idée : l’obliger à aller dans son truc Borg, comme un drone…
- Nous vous faisons confiance, ces nano-sondes ne sont pas viables, même pour une assimilation.
- Oui, c’est ça…
Elle insista encore plus lourdement :
- Il en va de votre santé. J’ignore si vous n’êtes pas en danger de mort, à l’heure actuelle…



Quelle bande de fouineurs ! De quoi se mêlaient-ils ? Et puis, de quel droit me demandaient-ils de forcer Raejian à agir comme un Borg, alors qu’il était…
- Oh non… Nous commençons à dérailler…
Cette fois, je devenais réellement fou à lier. Je pouvais sentir ces impulsions nerveuses tellement désagréables qui me provoquaient…

Je me suis précipité vers les quartiers de Raejian.
- Oui, qui est-ce ?
- C’est nous, Raejian, ouvre vite !
Les portes basculèrent pour me laisser passer.
- Tout va bien, Henri ? Tu as l’air en nage…

Je repris mon souffle : en plus de la course folle, l’angoisse m’étreignait le cœur, et ma poitrine se soulevait par saccades brutales.
- Raejian… Tu dois retirer toutes les nano-sondes… De notre corps…
- Notre corps ?
- Elles sont en train d’empoisonner nos nerfs… Nous t’expliquerons… Fais vite…

Raejian posa le bras sur ma nuque, et ma respiration reprit un rythme normal :
- Merci… Maintenant, tu dois te régénérer jusqu’au bout…
- Me régénérer… ? Henri, tu ne vas pas bien… ?
- Fais ce que nous avons dit… Pitié…
J’avais probablement une mine horrible, car il s’était déjà mis dans son alcôve.

Je l’ai regardé fermer les yeux. Je me suis allongé sur le lit, épuisé…
- Henri… Henri, tu m’entends… ?
J’ai rouvert les yeux : je me sentais étrangement bien…
- Que s’est-il passé ?
- Quand mon cycle de régénération s’est achevé, je t’ai trouvé inconscient…

Il posa les lèvres sur une plaie fraîche que son bras assimilateur avait faite à mon poignet :
- Alors, j’ai injecté des nano-sondes pour te soigner…
Ah, ça expliquait tout…
- Tu as fait exactement ce qu’il fallait…
- Bien. Et si tu m’expliquais ce qui t’est arrivé, maintenant ?

Je tentais de corriger le « nous » latent qui ressurgissait à chaque tournure de phrase, mais Raejian comprenait ce qui était arrivé :
- Mes nano-sondes ont commencé à t’assimiler… Je n’aurais pas dû négliger mes cycles de régénération aussi longtemps…
- Mais nous redeviendrons normaux…

Il sourit :
- Dans quelques temps, oui… Les nano-sondes non-viables avaient commencé à déconnecter les processus de ton cerveau qui te permettaient de conserver la conscience de ton individualité.
- Donc, nous étions bien en train de nous faire assimiler ?
- Indépendamment de ma volonté, oui.

J’ai souri à Raejian :
- Nous t’aimons…
- Je t’aime aussi… Ne t’inquiète pas, tout se passera bien… Le temps que tes processus cérébraux soient reconnectés dans leur configuration d’origine…
- Dommage… Imagine ce que nous aurions pu faire, si nous avions été Borg aussi…



Grand-père, je suis heureux que tout soit rentré dans l’ordre.
- Nous le sommes aussi, Reginald.
Reggie sourcilla, et j’ai éclaté de rire :
- Je t’ai bien eu, hein ?! T’en fais pas, je suis très loin d’être un drone Borg, maintenant !
- Henri est toujours d’humeur si « blagueuse », comme il le dit lui-même…

Reggie acquiesça :
- C’est toujours comme ça dès qu’il va mieux.
- Alors, quelle sera votre prochaine mission en tandem ?
- Nous allons explorer une planète de classe M abandonnée. L’on craint que l’ennemi ne vienne à s’en emparer pour en faire un avant-poste militaire.

J’ai appuyé le rapport de Raejian :
- Des aliens ont déclaré la guerre à la Fédération, et ils ont déjà capturé des navettes d’exploration dans le secteur de cette planète.
- Cette situation est très lourde de conséquences sur les relations diplomatiques entre les planètes du secteur et la Fédération. L’ennemi compte coloniser ces autres planètes.

Elloran dévisagea Raejian :
- Coloniser les autres planètes du secteur ?
- D’après les rapports, il s’agit d’un peuple sans planète d’attache, une civilisation très avancée semblant très désavantagée par son sous-nombre au premier abord. Or, leur technologie surpasse de loin la nôtre. Nous ignorons encore de quoi ils sont capables.

 

 

 

 

 

Reginald acquiesça :
- Nous soupçonnons qu’ils soient à l’origine de l’absence de population sur la planète de classe M abandonnée où ils veulent s’établir.
- Ils seraient capables d’anéantir un peuple ?
- La planète est plus petite que la Terre, pour prendre une référence subjective.

Raejian haussa des épaules :
- Toujours est-il que nous sommes sollicités au même titre que la navette B-47.
- Les technologies que Raejian y a introduites seront un atout dans notre poche en cas de pépin.
- J’espère que tout se passera bien, alors…
- Nous devons vous laisser. Merci pour cette discussion…

Raejian nous téléporta dans la navette B-47. Comme on avait déjà notre ordre de mission, il ne restait qu’à décoller…
- Je vais entamer un cycle de régénération rapide dans un tube de stase curative. Désactive-le dès que nous serons en orbite.
- Pas d’souci, mon p’tit Vulcain d’amour !

Je l’ai regardé s’endormir dans le tube… Dire que je m’étais fâché avec lui… Que j’avais affirmé ne plus jamais vouloir le revoir… Je devais être complètement fou. Mon cœur battait la chamade rien qu’à l’observer…
- Bonne nuit, Raejian…
Je mis le cap sur la planète abandonnée.

L’espace environnant était parfaitement dégagé. Pas la moindre trace de ces pirates intersidéraux dont parlaient les rapports…
« Tiens, une communication entrante… ? »
J’ai accepté, et fis face à un Ruskov qui semblait avoir gagné concours de buveurs de vodka :
- Vous avez pénétré l’Espace de l’Empire Leordan. Préparez-vous à être capturés sans résister…
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MessageSujet: Chapitre 9 : Origine Incontrôlable   Lun 18 Aoû 2014, 20:29

Mon Grand-père s’est fait prendre par l’ennemi…
- Nous n’avons plus de nouvelles de la navette B-47 depuis que ce vaisseau est entré dans le champ des détecteurs…
Le Capitaine repassait les images de la capture de la navette : on pouvait la voir filer dans toutes les directions pour tenter d’échapper au colosse de métal qui la suivait…

C’était le style de Grand-père… Mais ce rayon-tracteur braqué dans le vide l’avait attirée à lui…
- Ils possèdent une technologie nettement supérieure à la nôtre.
Elloran se concentrait :
- Il me semble connaître cette technologie…
- Pourtant, nous n’avons aucune donnée concernant ce peuple.

Elloran haussa des épaules :
- Je ne connais pas l’essentiel de la technologie, mais les rajouts qui ont été effectués sur ce vaisseau unique me rappellent de très près les implants Borg de l’Officier Glex.
- Les implants Borg ?
- Ils ont la même composition, et ce rayon-tracteur…

Il acquiesça :
- Je suis certain qu’il s’agit de technologie Borg.
- Nous avons clairement établi que ce peuple n’est pas Borg.
- Ils ont sûrement pris cette technologie sur les vaisseaux que nous avons fait exploser !
- Des pilleurs de technologie… Cela existe…

 

 

 

 

 

Elloran fixait le vaisseau mis à l’arrêt :
- Ils ont déclaré la guerre à la Fédération, et ils ont pillé les Borg… Pourquoi… ?
- Je peux suggérer que ce peuple soit à la dérive depuis longtemps, et que l’opportunité de prendre de la technologie aussi évoluée leur a paru alléchant. Cependant, j’ignore s’ils veulent aussi voler la technologie de la Fédération : elle est nettement moins évoluée que cette des Borg.

Ainsi avait parlé Data. Il analysait la situation avec logique et discernement, mais nous manquions cruellement de données sur ce peuple.
- Nos tentatives d’entrer en contact avec ce vaisseau se sont soldées par un échec. Quelqu’un a-t-il une idée pour régler ce conflit ?
- Je suggère d’envoyer une navette à leur rencontre.

Une autre ? La Fédération n’avait pas déjà perdu suffisamment de navettes ?
- Monsieur Data, j’estime beaucoup vos stratégies, mais je pense qu’envoyer une navette se solderait par une capture immédiate de son équipage…
- Ai-je dit que nous allions y mettre un équipage ?
- Je ne vous suis pas, Monsieur Data.

Data expliqua son raisonnement :
- Puisqu’une part de la technologie à bord du vaisseau est Borg, nous pourrions envoyer une navette sans équipage, dans laquelle se trouverait un virus informatique apte à désactiver les équipements issus des pillages de ce peuple. Ils se retrouveraient ensuite sans défense, et nous pourrions entamer des pourparlers.

Brillant… Vraiment brillant…
- Et nous disposons d’un tel virus ?
- Bien sûr. Vous souvenez-vous de « Un », le jeune drone Borg que nous avions accueilli ?
- Oui, nous l’avions renvoyé dans la Ruche en renonçant à faire de lui une bombe vivante…
- Mais la forme géométrique censée attaquer le système Borg est toujours en notre possession.



Le Capitaine acquiesça :
- En effet.
- Le Sous-Lieutenant Werm est à-même, je pense, de manipuler et introduire le virus dans l’ordinateur de bord de la navette. Pour la rendre plus alléchante, nous pourrions aussi ajouter quelques éléments de technologie Borg.

Elloran acquiesça :
- Oui, c’est tout-à-fait possible.
- Bien. Monsieur Data, je vous laisse instruire le Sous-Lieutenant au sujet du virus. Que tout le monde reprenne son poste. Commandeur, suivez-moi dans mon bureau…
J’obéis, laissant Elloran aller de son côté au Hangar avec Data.

Le Capitaine m’invita à m’asseoir :
- Vous vous demandez sûrement pourquoi je tenais à vous voir en privé…
- Eh bien… Oui, Monsieur…
- Comme vous l’avez compris, nous avons déjà, par le passé, accueilli un drone Borg à bord… Depuis que l’Officier Glex en est devenu un, j’ai eu beaucoup à réfléchir sur sa condition…

Il commanda du thé au synthétiseur :
- J’ai conscience de l’avoir traité comme un robot, mais j’oubliais que les drones ont aussi une sensibilité, héritée de leur ancienne condition plus humaine…
- Je ne crois pas qu’il faille me présenter des excuses, Monsieur.
- Non, pas à vous, en effet… Mais j’ai des questions à vous poser.

 

 

 

 

 

J’ai frotté nerveusement mon avant-bras :
- Je vous écoute…
- Vous avez un contact plus ou moins direct avec l’Officier Glex… Pouvez-vous me dire comment son individualité a pu refaire si brutalement surface ?
- Eh bien… Je pense qu’il l’a dissimulée…

Le Capitaine sourcilla :
- Ainsi, il ne l’aurait jamais perdue ?
- Si, mais quelque chose l’aura faite revenir… Cependant, j’ignore quoi…
Le Capitaine souffla sur son thé et but quelques gorgées :
- Bien… Il m’a été rapporté que l’Officier Glex injectait régulièrement des nano-sondes…

Il reposa sa tasse :
- … Dans le corps de votre ancêtre. Savez-vous pour quelle raison ?
- Non, Grand-père a catégoriquement refusé de fournir toute explication à ce sujet.
- Et vous ne craignez pas que cela ait un effet indésirable ?
- Il semble que tout ait été réglé… Je ne me fais pas vraiment de souci pour cela…

Le Capitaine me dévisagea :
- En effet. Le plus urgent est de libérer les prisonniers de ce peuple inconnu.
Il but une gorgée et parut surpris :
- Que faites-vous… ?
- Euhm… C’est une technique Betazoïde qui…

J’ai cessé de tapoter sous ma mâchoire :
- Oubliez ça.
- Bien, je n’ai rien de plus à vous demander. Vous pouvez disposer.
J’ai salué le Capitaine. Je me suis remis à tapoter : j’angoissais réellement pour Grand-père… Livré à un ennemi puissant, il devait être en panique, sans défense…



Que s’est-il passé, Henri… ?
- On s’est fait avoir, voilà c’qui s’est passé.
- Par qui donc… ?
- Probablement les mêmes qui ont capturé les autres navettes.
- Je… Je ne peux pas bouger…

J’ai tourné la tête vers Henri : il était maintenu par des sangles de métal sur une table ressemblant de près à celle que les Borg utilisaient pour les assimilations.
- J’ai essayé de leur échapper, mais ils ont verrouillé un rayon-tracteur puissant sur la navette…
- Nous sommes en fort mauvaise posture… Je vais tenter de nous en sortir…
Mais mon bras Borg était plus fortement attaché, comme si nos geôliers connaissaient les Borg.

Cela semblait évident : nous avions littéralement entraîné les Borg dans notre sillage jusqu’à cet endroit de l’Univers, ils avaient probablement dû en découdre avec eux…
« Je reconnais cette technologie ! C’est un dérivé des circuits primaires Borg ! »
- Quelque chose cloche en plus du reste, Raejian ?
- Je crois que ces individus ont pillé de la technologie Borg…

Et cela expliquait aisément leur supériorité : nous avions laissé des épaves de Cubes et autres vaisseaux Borg derrière nous. Il y avait fort à croire que ce peuple apatride s’était emparé des technologies encore fonctionnelles, pour les intégrer à leur unique vaisseau.
- Ils m’ont dit qu’on avait pénétré l’Empire Leordan… Tu sais ce que c’est, toi, un Leordan ?
- La mémoire du Collectif m’informe que cette espèce a été anéantie voilà un siècle…

 

 

 

J’ai frémi :
- … Par les Borg eux-mêmes.
- Eh ben, y’a eu des survivants, et ils ont une dent contre tout ce qui est Borg, à mon avis.
- Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi ils ont déclaré la guerre à la Fédération des Planètes Unies au lieu de la déclarer ouvertement aux Borg…

Ce n’était pas logique : en représentants de la Fédération, nous détruisions progressivement la flotte Borg, celle-là même qui était responsable de leur errance…
- J’ai pigé ! Ils ont repéré un Borg dans l’Entreprise -autrement dit toi-, et ils en ont conclu que les Borg et la Fédération se sont ligués !
- Oui, c’est logique… Toute cette histoire est un malentendu, à n’en pas douter…

Il était là, auprès de moi, et je ne pouvais même pas lui toucher la main… Juste pour le rassurer… Et pour me rassurer moi-même… Je n’en avais pas l’air, je le savais, mais j’éprouvais une vive angoisse à la pensée que ces pilleurs de technologie Borg allaient probablement me déconstruire implant par implant pour utiliser à volonté chacun d’entre eux… Ne laissant de moi qu’un maigre squelette et quelques lambeaux de chair…

Ils n’auraient sûrement aucun état d’âme à me torturer de la sorte… Pour eux, je n’étais qu’un simple drone Borg, coupable immédiat et sans la moindre forme de procès de la destruction de leur monde…
- Raejian… On va s’en tirer.
Comment faisait-il pour demeurer aussi optimiste ?

Il était évident que nous n’avions aucune chance : en dépit de la force surhumaine du Vulcain que j’étais, et de la puissance mécanique de ma partie Borg, j’étais moi-même totalement neutralisé… Statistiquement, nous étions perdus…
- Pourquoi tu me réponds pas ?
- Nous ne nous en sortirons pas, Henri…



Je sentais les larmes me monter aux yeux… Et je sentis un contact chaud sur ma paume :
- Je t’ai dit qu’on va s’en tirer, Raejian… Crois-moi…
J’ai tourné la tête : il avait réussi à me prendre la main, et il la tenait doucement.
- Comment, Henri… ?
- Fais-moi confiance, j’ai déjà survécu à pire que ça…

Il souffrait visiblement : la torsion qu’il avait effectuée simplement pour me prendre la main devait être particulièrement douloureuse pour un être humain normal. Il relâcha sa prise et resserra les doigts sur son torse…
- Tu ne vas pas bien, Henri… ?
- Laisse-moi me concentrer… Je sais que je peux…

Je vis alors une chose que je n’aurais jamais crue possible : les nano-sondes s’échappaient de sous ses ongles et se glissaient dans la serrure numérique des sangles…
- Henri… Comment fais-tu cela… ?
- Peux pas parler… Me concentre…
Les sangles qui l’enserraient se détachèrent.

Il se releva en se massant le poignet : les nano-sondes revenaient par où elles étaient sorties.
- Oh, on n’a pas fini, mes toutes belles…
Il posa la main sur la serrure de mes sangles. Je ne l’ai pas questionné : il se concentrait de nouveau pour y injecter les nano-sondes.
« C’est vraiment incroyable… Comment un être humain peut-il user des nano-sondes comme… »

 

 

 

 

Un drone. Non… C’était impossible, je ne l’avais pas…
- Et voilà, tu es libre !
Les sangles étaient relevées. Je l’ai vu rappeler les nano-sondes à lui.
- Henri, comment as-tu fait cela… ?
- Tu vas rire, mon p’tit Vulcain d’amour…

Il se fit craquer les doigts :
- Il semblerait que tu m’aies en quelque sorte… Assimilé
- Tu es un drone aussi ?
- Je crois, ouais, dans une certaine mesure…
- Et cela ne te fait pas peur ?

Henri haussa des épaules :
- Nan… On fait des trucs géniaux avec ces petites bêtes.
Je le vis caresser l’une des nano-sondes qui rampait sur sa main :
- Mais oui, tu es super… Papa t’adore… Allez, rentre avec tes sœurs…
- Tu parles à tes nano-sondes ?

Henri confirma d’un signe de tête :
- Elles sont vivantes, elles ont leur volonté… Tout comme nous.
- Tu n’as pas changé… Tu as l’air parfaitement humain…
- Parce que j’ai aucun implant visible. Normal, vu que je suis pas encore passé sur une table d’assimilation Borg. Mais certaines nano-sondes sont logées dans mon cerveau, tu le sais…

Oui, je le savais… Mais je n’avais voulu à aucun moment assimiler Henri… Pourquoi donc mes nano-sondes auraient-elles brusquement décidé de…
- Décidé… ?
Henri afficha un large sourire :
- Ouais, t’as pigé : elles ont décidé de m’assimiler. Et j’avoue que je me suis un peu laissé faire…



Je n’arrivais pas à le croire :
- Tu as laissé mes nano-sondes t’assimiler… ?
- Elles venaient de toi… Je savais que je n’avais rien à craindre…
Il prit mon bras Borg et le caressa :
- Tu as tellement pris soin de moi avec elles… Je voulais pouvoir faire la même chose pour toi…

Il sourit :
- L’occasion s’est présentée, alors je l’ai saisie… C’est tout.
- Tu as accepté de devenir un drone pour me rendre heureux… ?
- Oui.
- Mais… Je n’avais pas besoin de cela, Henri… J’ai seulement besoin de toi…

Henri leva la main droite, doigts tendus :
- En ce cas, je jure solennellement de ne pas user de mes nano-sondes pour… Oups ! Reviens-là, petite canaille !
La nano-sonde qui s’était échappée de son index revint dans son pouce.
- Ehm… Donc, je ne les utiliserai pas mes nano-sondes pour… Ce que tu sais…

Il m’adressa un regard malicieux :
- … Sauf évidemment, si tu me le demandes, hmm… ?
- Nous verrons cela plus tard, Henri. Nous devons trouver les autres prisonniers et les sauver.
- Ah oui, il y en a d’autres…
Il me caressa la joue et m’embrassa.

Nous sommes partis à la recherche des autres prisonniers. Henri déverrouilla la première porte :
- Wouah, c’est le zoo, ici !
La mémoire du Collectif Borg m’informait qu’il y avait dans cette grande salle des Klingons, des Ferengis, des Vulcains, des Betazoïdes, quelques humains…

Et de nombreuses espèces jamais rencontrées par la Fédération, qui ne portaient donc qu’un numéro d’espèce attribué par les Borg.

Chaque individu était maintenu dans un tube de stase dérivé de l’alcôve Borg, et placé en sommeil artificiel comme pouvaient en témoigner ces moniteurs : leurs fonctions vitales conservaient un rythme très lent. J’ai implanté mon bras Borg pour comprendre…
- Henri… Ils sont en train d’effacer la mémoire de ces individus…
- Effacer leur mémoire ? Mais pourquoi ?

Je l’ignorais… Mais en fouillant un peu plus, j’ai trouvé un programme secondaire :
- Ils veulent leur faire croire qu’ils sont du même peuple… Ils sont probablement trop peu nombreux, alors ils viennent puiser dans les forces des autres peuples qui s’opposent à eux.
- Alors, ils lèvent une armée avec leurs prisonniers ?
- Je le crains, en effet…

J’ai retiré mon bras Borg.
- Comment on va les sortir de là ?
- Interrompre ce processus est très délicat. Nous pourrions endommager leurs cerveaux de façon irréversible et potentiellement létale.
- Mais tu sais comment faire, hein ?

J’ai haussé des épaules :
- Il s’agit d’une technique Borg, destinée originellement à modifier les processus cérébraux supérieurs de la personnalité, afin de supprimer toute notion d’individualité chez un drone.
- Ils ont juste bricolé deux trois trucs pour que ça efface la mémoire.
- En ces termes, oui. J’ignore si l’on pourra leur rendre leur mémoire déjà perdue…



Henri acquiesça :
- Mais ce qui compte, c’est qu’ils en gardent un peu, non ?
- Oui. Je vais tenter l’extraction et la suppression du programme.
J’ai implanté mon bras, fouillant de nouveau les circuits...
« Voici la source du programme… »

Il me fallait simplement désactiver le signal…
- EH ?!
La serrure que je fouillais s’était refermée sur moi. Henri voulut m’aider, mais c’était inutile : le piège s’était refermé sur mon implant de façon à ce qu’il soit totalement arraché si je parvenais à l’enlever de là.

La porte opposée s’ouvrit alors, et une créature au faciès rougi nous héla :
- Alors, on est réveillés ? Prêts pour la seconde phase, je pense…
- Ouais, c’est ça !
- Mais ils prennent vraiment n’importe quoi… Je leur ai dit mille fois que nous n’avions pas besoin de simples humains…

La créature fixait Henri comme on auscultait une bête curieuse :
- Ils sont si faibles… Sans aucun intérêt…
Henri ne réagissait pas. Pourtant, je le connais, il aurait réagi au quart de tour…
- Et ces membres si frêles… Pourquoi ne vont-ils pas plutôt chercher des Vulcains…
Il lui tenait le poignet.

Henri eut un rictus amusé :
- Les humains peuvent vous réserver bien des surprises, vous savez…
- Mais… Que… Des nano-sondes Borg ?!

 

Elles couraient sur son bras et se glissaient sous sa peau. Henri profita de l’étonnement de la créature pour le neutraliser à la manière Vulcaine et récupéra ses nano-sondes. Il les injecta dans la serrure qui m’emprisonnait :
- Allez, mes jolies… Mettez un joyeux foutoir là-dedans…
Quelques secondes plus tard, la serrure me laissa libre, et les tubes de stase s’ouvrirent.
- Oh… Que s’est-il passé…
Henri soutenait un humain qui peinait à rester debout.

Il l’aida à s’asseoir :
- Ne vous inquiétez pas, tout va bien se passer…
J’ai fait de mon mieux pour réconforter les autres prisonniers avec lui, et à raison de quelques nano-sondes, nous fûmes en mesure de les rétablir.
- Je ne me souviens de rien… Qui êtes-vous ?

Henri tendit la main :
- Enseigne Henri M. Murdock, pilote à bord de l’Entreprise.
- L’Entreprise… Alors, la Fédération est venue à notre secours…
- Un peu par-hasard, oui…
- Eh ! Mais c’est un Borg !

Henri lui tapota l’épaule :
- Pas de panique, il est avec nous, celui-là.
J’ai tendu ma main humaine :
- Officier Raejian Glex, Ingénieur et Tacticien à bord de l’Entreprise.
L’humain me serra la main, un peu tremblotant.



Nous avons quitté la grande salle avec tous les prisonniers, mais nous fûmes aussitôt stoppés dans notre évasion par les geôliers en armes.
- Ils ont des armes Borg ! Nous sommes perdus…
- Pas de panique, les mecs ! Après tout, ils ne sont pas seuls à disposer d’armes Borg…
Henri m’adressa un clin d’œil, et nous sommes partis à l’assaut.

Ce qui me frappa dans l’affrontement qui s’ensuivit, c’est qu’Henri était capable d’injecter des nano-sondes depuis de multiples endroits de son corps : en plus de ses deux mains, une simple morsure lui permettait d’infecter l’ennemi avec les sondes Borg. Je pouvais gager que s’il était pieds nus, il aurait pu s’en servir également…
- WOAAAAAAARH !!!

Il avait mordu l’un de nos assaillants. Les nano-sondes s’infiltrèrent depuis ses gencives pour rejoindre probablement l’épine dorsale de la cible, qui tomba et convulsa. Rapidement, tous étaient à terre, se tordant et gémissant.
- N’ayez pas peur, ils ne souffrent pas du tout… Raejian, tu peux m’aider… ?
Nous nous sommes appliqués à placer les agresseurs dans les tubes de stase.

Henri tendit les doigts :
- Allons, mes chéries, revenez…
Les nano-sondes sortirent de tous les corps endormis, rejoignant Henri.
- C’est incroyable… Vous êtes un drone, vous aussi ?
- Nan… J’ai juste quelques milliards de petites amies prêtes à me donner un coup de patte.

 

 

 

 

 

Henri me saisit par mon bras Borg et sourit :
- Allez, on s’évade de cette taule !
Alors que nous étions en pleine course, j’ai exposé mon étonnement :
- Tu as bien dit : quelques milliards ?
- Depuis le temps, elles ont fait des petits, ouais.

Je ne comprenais pas : je n’avais laissé qu’une dizaine de nano-sondes… Comment pouvaient-elles se multiplier dans un organisme non-Borg ?
- Je pense que c’est par ici…
Il posa sa paume sur la serrure numérique, et la porte contrôlée par la serrure s’ouvrit.
- Où nous emmènes-tu, au fait ?

Henri haussa des épaules :
- J’ai repéré ta signature dans le fatras Borguesque de ce vaisseau. Je nous dirige vers le hangar où ils ont entreposé toutes les navettes, dont la tienne.
- Comment as-tu fait ? Je n’arrive pas à repérer ma propre signature…
- Le cœur, ça sert à plein de trucs, à part pomper du sang…

Nous sommes arrivés dans le fameux « hangar »… Qui s’avéra être en réalité un atelier où l’on décortiquait les navettes capturées.
- Oups… J’ai bien peur qu’il ne reste pas grand-chose de la navette…
- J’arrive à repérer ma double-signature Borg et Vulcaine…
- Oui, c’est par-là !

Nous avons couru avec nos protégés jusqu’à la source de la signature…
- Ouf, ils l’ont pas trop abimée…
- Je crains qu’ils n’en aient extrait toute technologie Borg.
- Et alors ? On n’en a pas besoin pour la faire voler !
- Tu as raison : j’ai déjà le meilleur pilote que je pouvais espérer pour nous faire rentrer…



Je lui tenais la main. Je l’ai embrassé pour marquer ma confiance en lui…
- Ben quoi ? Vous avez jamais vu un Borg et un humain en couple ?
Nos protégés nous dévisageaient étrangement, mais aucun ne répondit.
- Bien, allons-y !
- Eh, une seconde : comment allons-nous tous rentrer dans cette seule navette ?

Henri haussa des épaules :
- Y a pas besoin qu’on y soit tous en même temps…
Nous savions ce que nous avions à faire. J’ai pris Henri dans mes bras :
- Fais bien attention à toi…
- Je f’rai d’mon mieux, mon p’tit Vulcain d’amour !

Henri prit les commandes de la navette et s’en alla.
- Eh ! C’est ça votre plan ? Nous laisser là ?
- Ne vous inquiétez pas, il va simplement se place à distance de téléportation.
Le contestataire insista :
- Mais comment nous…

Nous étions à bord de la navette :
- … Allons nous téléporter hors d’ici… ?
- C’est fait. Maintenant, excusez-moi…
J’étais revenu à bord du vaisseau ennemi.
- C’est épatant ! Comment vous faites ça ?

Je savais qu’ils faisaient référence au fait de pouvoir se téléporter malgré de champ d’isolement Borg qui empêchait normalement toute opération de ce type.
- La navette qui vous attend est dotée d’un dispositif de mon invention, dérivé de la technologie Borg, capable d’annuler l’effet du champ d’isolement qui vous a retenus prisonniers. Tenez mes bras pour être téléportés avec moi sur la navette.

Quand je suis revenu auprès d’Henri, les autres avaient disparu :
- Ils sont sur l’Entreprise ?
- Ouais, tout s’est bien passé.
- Je t’en apporte d’autres. Prépare-toi à envoyer ceux-ci à bord.
- Eh attendez, et que…

J’étais déjà sur le vaisseau ennemi… Mais nos protégés étaient encerclés :
- N’opposez aucune résistance, et dites-nous où sont les autres…
- Eh ! Un Borg !
- Sale robot ! Tu vas payer pour notre peuple !
Ils se jetèrent sur moi, mais ils ne purent me maîtriser.

Je me suis débattu, tant que ma force démultipliée me le permettait…
- Qu’attendons-nous ? Sommes-nous officiers de Starfleet, ou non ?!
Une approbation sonore courut les rangs des rescapés, et ils se jetèrent sur l’ennemi.
- Pardonnez-moi, Monsieur, mais la logique veut que je vous neutralise…
Un Vulcain venait d’exécuter la fameuse prise de Spock pour me libérer.

Je l’ai remercié d’un regard, décidant d’adopter la technique d’Henri pour bloquer les ennemis.
- Permettez-moi de vous dire que vous formez un couple admirable, Officier Glex…
- Merci du compliment…
- Sous-Lieutenant Slenek. Votre compagnon est très particulier… Où l’avez-vous rencontré ?
- Près d’un Holodeck. C’est une longue histoire.



Bien, accrochez-vous, et serrez les fesses : y’a pas beaucoup d’place dans cette navette !
J’ai activé les commandes de navigation, direction l’Entreprise : inutile de trainer dans le coin, certains dormeurs du rafiot de l’espace allaient bientôt se réveiller…
- Longue vie et prospérité, Enseigne Murdock…
- Ouais, salut, ça roule ?

Je sentais le charme tout Vulcain derrière moi. Je devais rester concentré sur ma trajectoire...
- Puis-je me hasarder à vous poser une question ?
- C’est déjà fait, mais allons-y pour une autre…
- Comment avez-vous rencontré l’Officier Glex ?
- J’étais enfermé dans une simulation Holodeck, et il m’a fait sortir.

Le Vulcain marqua une hésitation :
- Vous êtes très étrange, si vous me permettez de juger sur votre langage et votre apparence…
- Si vous voulez savoir d’où je viens, la réponse est : Terre, Etats-Unis d’Amérique, an 1984.
- 1984 ? Vous êtes donc un voyageur temporel ?
- Malgré moi, ouais.

Le Vulcain se posta à côté de moi :
- Sous-Lieutenant Slenek. J’ai modestement prêté main-forte à votre compagnon.
- Ouais, il m’a raconté ça… Merci du coup d’main…
- Je vous en prie, c’était tout naturel. Comment êtes-vous devenu un Borg ?
- Raejian m’a injecté des nano-sondes, et elles ont fait leur boulot, c’est tout.

 

 

 

 

 

Slenek sourcilla :
- Il vous a assimilé ?
- C’est pas son intention de base, mais j’ai choisi de laisser ces petites chéries faire leur job.
- Comment peut-on choisir de devenir un Borg ?
- Y a pas mal d’avantages, quand on n’est pas un simple drone dans la ruche…

Slenek regarda l’écran principal : l’Entreprise se profilait à l’horizon.
- Comment vous définissez-vous, si vous n’êtes pas un drone ?
- Je suis un être humain avec des nano-sondes, c’est tout…
Slenek n’ajouta rien.
- Vous êtes curieux, hein…

Slenek s’approcha :
- Entre nous, Enseigne Murdock… Vous êtes réellement le T’hy’la de l’Officier Glex ?
- Ouais.
Je n’avais pas hésité une seconde : pour moi, c’était l’évidence-même.
- Comment le savez-vous… ?

Je l’ai dévisagé : il me faisait marcher… ?
- Pourquoi toutes ces questions ?
- C’est que… J’ai pu remarquer votre entente… Et je n’ai pas encore trouvé le mien…
- Ah, je vois, vous voulez savoir ce que ça fait…
- Je souhaiterais ne pas me fourvoyer si jamais cette expérience venait à…

Une jeune Betazoïde se mit de l’autre côté :
- Pardon, Enseigne Murdock… Mais où sont tous les autres ?
- Déjà à bord de l’Entreprise… Eh, Slenek, ça va ?
Il ne disait plus rien, totalement figé.
- Enchantée, Slenek. Je suis l’Officier en second Niaxxana Prevey.



Slenek eut l’air de sortir de sa transe :
- Oh ! Pardonnez-moi… Je suis le Sous-Lieutenant Slenek…
- Je ne crois pas que nous soyons du même vaisseau, Sous-Lieutenant…
- Non, en effet…
- Ce fut un réel plaisir. A plus tard, Sous-Lieutenant Slenek…

Elle a tourné les talons, et j’ai donné un coup de coude à Slenek :
- T’as un ticket avec elle, mon gars.
- Un ticket… ?
- Tu lui plais, c’est évident !
- Mais… Nous ne sommes pas du même grade, ni du même vaisseau…

J’ai haussé des épaules :
- Pfff, et alors ? J’suis même pas du millénaire de Raejian !
- Hmmm… Oui, il est vrai…
- Et j’te f’rais remarquer qu’on n’est pas du même grade non plus… En plus, si tu donnes déjà des raisons pour refuser de choper l’poisson, c’est qu’elle te plait aussi…

Slenek me fixa, visiblement surpris :
- Comment pouvez-vous savoir cela ?
- Allez, fonce, mon gars : bientôt, elle repartira sur son vaisseau, et tu la reverras jamais ! Alors que si tu entames quelque chose avec, vous resterez en contact !
- Oui, je n’ai que peu de temps pour mener à bien ce premier contact.

Il causait vraiment comme un Vulcain en mission… Mais au moins, il y allait.
- Nous arrivons bientôt, Henri… ?
- Dans cinq minutes.
- Cette navette remplie ne laisse pas beaucoup de place à l’intimité, n’est-ce-pas… ?
- Oh, ne t’en fais pas pour ça…

Je montrais du doigt la Betazoïde qui enlaçait Slenek.
- En effet, certains n’attendent pas la faveur de l’intimité…
- Ils avaient pas l’temps : ils sont pas du même vaisseau.
- Je comprends…
- A tous les passagers, ici le Capitaine de la navette : on va rentrer chez maman. Terminé.

Raejian sourit :
- Capitaine… Dire que tu as été Capitaine, à ton époque…
- Eh ouais. Bon, c’est le moment de l’arrimage en douceu…
Bong.
- J’allais dire « en douceur » ? Pardon, je m’avance un peu.

Nos passagers étaient pas mal secoués, mais bon, au moins ils étaient en vie.
- Bienvenue à bord, Enseigne Murdock. Bienvenue à Bord, Officier Glex.
Le Klingon salua, l’air de plus en plus surpris, chaque passager qui descendait de la navette.
- Bien, on va vous trouver un lit en attendant de retrouver vos vaisseaux !
- Merci pour tout… Nous serions probablement encore soumis à leur volonté, sans vous…

Une navette quitta soudainement le hangar à quelques rangées de là, et fila droit vers le vaisseau ennemi comme si elle cherchait à se faire remarquer.
- Eh, c’est quoi, ça ? On a réussi à tous les sauver, et vous en refoutez d’autres ?
- Il s’agit d’un plan d’action destiné à désarmer l’ennemi. Venez, mesdames et messieurs…
On a suivi le Klingon hors du hangar, en quête de quartiers libres…



Allez, mes chéries… On va faire une belle surprise à mon p’tit Vulcain d’amour…
- Grand-Père ? Je te croyais à l’infirmerie… ?
- Ah, fiston, c’est toi… Ben ouais, la doctoresse m’a appelé, mais j’avais mieux à faire.
- Grand-Père, tu dois obéir au médecin-chef…
- C’est pas demain la veille qu’Henri Murdock sera le toutou d’une bonne femme !

J’ai croisé les bras et l’ai observé : il travaillait sur une navette.
- Que fais-tu ?
- Les Leordans ont retiré toute technologie Borg de cette navette. Je tiens à réparer ça, Raejian s’est donné beaucoup de mal pour la concevoir…
- Mais tu n’as aucun outil…

Grand-Père sourit et me montra son index :
- Pas besoin d’outils, quand on a ça !
Une nano-sonde s’échappa de sous son ongle. J’ai reculé, effaré :
- ELOIGNE CETTE CHOSE !!!
- Allons, allons, elle ne te fera pas de mal… Elle est à moi…

La nano-sonde rentra par là où elle était sortie.
- Je croyais que tu n’avais que quelques nano-sondes fixées au cerveau…
- Elles se sont mariées et ont eu beaucoup de bambins.
- Tu devrais aller à l’infirmerie, tu ne sais pas ce que la présence de ces nano-sondes dans ton organisme peut provoquer…

 

 

 

 

 

 

Grand-Père croisa les bras :
- Ridicule. Je contrôle parfaitement la situation… Oups !
Une nano-sonde venait de sortir d’entre ses cheveux.
- Excuse-moi, mais… Est-ce que tu peux faire sortir ces choses de partout ?
- J’ignorais encore qu’elles pouvaient s’échapper de ma tignasse, mais oui, je crois…

J’ai secoué la tête pour marquer ma désapprobation :
- Tu n’as pas l’air de les maîtriser si bien que ça…
- Oh, je leur laisse leur liberté, en fait… Tant qu’elles restent sur moi, elles peuvent circuler…
- Je ne te comprends pas… Tu es quasiment un drone Borg… Et ça a l’air de te faire rire !
- Ben ouais, c’est marrant ! Je suis un Superman avec ces petites bêtes !

Je le savais un peu original, mais là, je me demandais si son placement en maison psychiatrique à son époque n’était pas largement justifié…
- Tu sais au moins que les Borg pourraient nous retrouver ?
- Je n’ai aucun lien avec le Collectif. Et s’ils viennent nous chercher des noises, je botterai leurs fesses Borguesques !

Il se remit au travail :
- J’insiste pour que tu ailles à l’infirmerie.
- Et j’insiste pour que tu me lâches.
- Très bien, tu ne me laisses pas le choix… Enseigne Murdock, je vous donne l’ordre de vous rendre séance tenante à l’infirmerie pour passer un examen médical complet.

Grand-Père me dévisagea, l’air à-peine étonné :
- Ah, tu uses de ton grade ? C’est pas un peu de l’abus de pouvoir ?
- Je m’inquiète pour toi.
- Eh bien désolé, mais je ne t’obéirai pas.
- Tu as fait partie de l’Armée, en ton époque. Tu avais un supérieur.



Grand-Père se tourna comme s’il voulait que je ne le voie pas :
- Merci de me rappeler ça…
Son corps se couvrit brutalement de nano-sondes.
- EH !? Mais qu’est-ce-qui t’arrive ?
- Je pleure. Hannibal était plus que le Colonel Smith…

Les nano-sondes convergèrent ensemble vers ses mains :
- C’était mon ami.
- Je ne voudrais pas avoir l’air de détourner la conversation, mais tes nano-sondes ont quitté ton corps pendant que tu « pleurais »…
- Ah, ça ne l’avait pas encore fait… C’est probablement leur façon de me réconforter.

Il haussa les épaules, soupirant :
- Bon, d’accord… J’irai à cet examen. Laisse-moi juste terminer le travail sur la navette.
- Bien. Et viens me voir dès que tu sauras de quoi il retourne.
- Marché conclu.
Je l’ai laissé poursuivre son travail, l’observant tout de même.

J’étais curieux de le voir en plein ouvrage, avec ces nouvelles aptitudes… Mais il n’y avait pas grand-chose à voir : les nano-sondes sortaient de ses doigts pour s’infiltrer dans les circuits, allaient et venaient, puis se glissaient de nouveau sous ses ongles.
- Raejian est au courant ?
- Evidemment que non, c’est une surprise !

 

 

 

 

J’ai soufflé :
- Je voulais parler des nano-sondes. Il sait que tu en as maintenant des milliers et que tu t’en sers pour à peu près tout et n’importe quoi ?
- Comment tu crois que je nous ai sorti des griffes des Leordans… ?
- D’accord… Et qu’en pense-t-il ?

Grand-Père claqua de la langue :
- Il est surpris que ses nano-sondes se soient multipliées en moi, et que je sois capable de les utiliser à ma guise.
- Il n’a pas exprimé d’inquiétude ?
- Il me fait confiance. Et avec ton copain Betazoïde, ça se passe bien ?

J’ai sourcillé :
- Quel rapport ?
- Tu te mêles trop de mes affaires de couple. Alors, je me permets de me mêler des tiennes.
- Raejian saurait s’il y a danger pour toi ou non, c’est tout.
- Ce qui ne répond pas à ma question…

Bon, puisqu’il le fallait…
- Nous n’avons que peu d’opportunités de nous voir, tu le sais.
- Tout comme Raejian et moi. Ce qui ne nous empêche pas d’avoir confiance.
- Elloran n’est pas un Borg, et moi non plus.
- Ah, c’est ça ?!

Il s’était dressé devant moi, furieux :
- Parce que nous avons des nano-sondes, nous ne sommes plus dignes de confiance ?!
- Je n’ai pas dit ça…
- Tu l’as sous-entendu !
- Grand-Père, je… Où vas-tu… ?



C’est surprenant… Le processus normal d’assimilation s’est en effet déroulé, mais l’Enseigne Murdock semble avoir un contrôle total sur les nano-sondes…
- Je vous l’ai dit : je suis pas un drone ! Ah, au fait, j’ai pas un « contrôle » total, elles font un peu ce qu’elles veulent, tout comme moi…
- Ce qu’elles veulent ? Une nano-sonde n’a pas une volonté propre…

Henri croisa les bras :
- C’est c’que tu crois, la doctoresse.
- Je sais que je ne devrais pas vous demander ça, mais pourquoi Raejian vous a-t-il injecté ces nano-sondes dans le corps ?
- C’est personnel. Je ne dirai rien.

J’ai posé les poings sur les hanches :
- Et si Raejian acceptait de tout dire, vous parleriez ?
- Si Raejian veut, alors moi aussi.
- Bien. Werm à Officier Glex, vous êtes attendu à l’infirmerie.
- Ici Glex. Bien reçu, j’arrive…

Raejian arriva quelques secondes plus tard, en plein milieu de la pièce.
- Quel farceur ! Tu te téléportes à tout-va !
- Raejian… Vous avez, de façon fréquente, injecté des nano-sondes dans le corps de l’Enseigne Murdock durant quelques semaines…
- Je sais qu’elles sont responsables de son assimilation.

 

 

 

 

 

 

J’ai secoué la tête :
- Je veux seulement savoir pourquoi vous lui avez fait ça.
- A vous entendre, je l’ai violé.
- Violé ? Il ne s’agissait pas de ça…
- Ces nano-sondes étaient là pour prendre soin de lui et optimiser ses performances.

Bien détourné, Raejian… Mais avec moi, ça ne prend pas.
- C’est un motif plus personnel, je me trompe ?
- Si vous le pensez, ne cherchez pas plus loin.
- J’ai besoin de savoir à quoi devaient servir ces nano-sondes pour déterminer si rien de dangereux ne risque d’arriver à Henri, c’est tout…

Raejian adressa un regard à Henri qui voulait dire : « Je peux en parler ? », et Henri opina du chef visiblement à contrecœur.
- Bien… L’injection de nano-sondes n’est rien de plus qu’un jeu érotique entre nous.
- Un jeu érotique ?!
- Oui. J’envoie des nano-sondes stimuler son système nerveux pour lui procurer du plaisir.

Henri savait ce que j’en pensais, aussi roula-t-il les yeux en arrière :
- J’suis accro à ça, et jusqu’à preuve du contraire, j’en suis pas mort.
- Alors, cela vous aide ?
- Eh bien… Pas vraiment.
- Il était alors inutile de vous dévoiler cette information…

J’ai senti qu’on m’enserrait au creux de l’épaule.
« Hé, mais que fait… »
Je m’étais écroulé.
- Ouuuh… J’ai un mal de crâne…
- Elloran, ça va ?



Reginald était arrivé, et il m’aidait à me relever :
- Oh… Qu’est-ce-que je fais là… ?
- Tu étais en train d’interroger Raejian et Grand-père, tu ne t’en souviens pas… ?
- Non. Ils sont venus à l’infirmerie aujourd’hui… ?
- Eh bien, oui… Tu as voulu savoir si les nano-sondes… Attends un peu…

Il me tourna légèrement la tête :
- Cette marque sur ta nuque… Ils ont voulu bloquer ta mémoire !
- Bloquer ma… Mais pourquoi ?
- Parce qu’ils t’ont révélé un détail de leur vie intime qui les gênait, et que cela s’est de plus révélé totalement inutile… Alors, ils ont probablement voulu que tu oublies ça.

Mais c’était sans compter sur la connexion permanente que Reginald et moi entretenions.
- Tu les as entendus…
- Bien sûr. Tu as oublié que nos esprits sont entremêlés en permanence.
- C’est pour ça que tu es arrivé…
- Je t’ai senti perdre conscience, je suis venu aussitôt.

J’ai tourné la tête vers le Docteur Crusher :
- Ils l’ont neutralisée, elle aussi…
- Et bloqué sans doute sa mémoire : je distingue la même cicatrice sur sa nuque.
- Où sont-ils allés ?
- Je l’ignore, je ne les ai pas croisés en venant.

 

 

 

 

 

Me frottant la nuque, je pus sentir la cicatrice :
- Ah, ça fait mal…
- Ordinateur, localise l’Officier Glex et l’Enseigne Murdock.
L’Officier Glex se trouve au Hangar 6 avec l’Enseigne Murdock.
- Tiens donc… ? On essaie de s’offrir une escapade en amoureux ?

Reginald me fit asseoir :
- Barclay à Passerelle : un lancement non-autorisé est sur le point de se produire au Hangar 6.
- Ici Picard, nous n’avons reçu aucun signal d’intrusion.
- Les gardes ont probablement été neutralisés avant d’avoir pu donner l’alerte. Je préconise le blocage immédiat des portes du Hangar 6.

Le Capitaine répondit quelques secondes plus tard :
- Vos directives ont été suivies, une équipe de sécurité se dirige vers le Hangar 6. Pouvez-vous me dire ce qui se passe, exactement ?
- Deux personnes comptent s’enfuir du Vaisseau à bord d’une navette modifiée. Si nous les laissons partir aux commandes de ce véhicule, nous ne serons pas en mesure de les retrouver !

Le Capitaine parut plus concerné :
- Des déserteurs ? Qui sont-ils ?
- Il s’agit de l’Enseigne Glex et l’Enseigne Murdock.
- Deux entités potentiellement recherchées par le Collectif Borg. Nous ne pouvons pas les laisser s’échapper dans l’espace, ce serait trop risqué.

Reginald baissa le regard :
« Désolé, Grand-Père… Je devais le faire… »
« Pour leur propre sécurité, Reginald… »
« Je sais… Je dois retourner sur la Passerelle… »
« Il faut les arrêter. C’est important. »



Ah, la bande de vaches !
- Que se passe-t-il, Henri ?
- Ces ahuris ont bloqué les portes !
- Laisse-moi recalibrer l’armement primaire de la navette…
Je me suis penché sur le panneau de contrôle.

Henri claqua de la langue :
- Tu sais que comme ça, tu me distrais un peu de la tâche… ?
- Tu aimerais bien, hein… ?
- Et comment !
- J’ai fini. Tu peux faire feu.

Henri activa les phasers de la navette, et la porte fondit directement sur ses gonds :
- Waaaah ! C’est GENIAL !!!
- Fonce, le bouclier thermique nous protégera des projections de métal en fusion.
- Okay, pleins gaz !
La navette décolla sans plus de cérémonie et fila entre les étoiles.

Henri pilota jusqu’à ce que nous soyons à distance de toute influence extérieure et activa le bouclier furtif qu’il avait reproduit d’après mes travaux :
- Cette navette est presque comme à l’origine…
- Nos chères petites m’ont aidé. Elles ont une excellente mémoire.
- Je n’arrive pas à croire que tu aies fait tout ça juste pour me faire plaisir…

Henri passa les bras autour de mon cou :
- Au début, c’était l’intention… Si j’avais su qu’on fuirait à bord, j’aurais synthétisé des bougies et un menu romantique…
Nous nous sommes embrassés. Comme certaines de ses nano-sondes se glissaient en moi par de multiples interstices, plusieurs des miennes venaient lui rendre visite aussi…

Nous avons échangé pendant toute l’étreinte, sensations, souvenirs et pensées… Dès que je le touchais, une nano-sonde s’insinuait par ma peau et caressait mon système nerveux…
- Ouaaah… C’est comme notre tout premier baiser…
- Je m’en souviens…
Et j’ai réitéré l’expérience.

Toutes ces merveilles que j’éprouvais à-présent… Henri les avait goûtées avant moi, à chaque fois que je jouais à l’assimilateur avec lui… ?
- Eh ouais, mon p’tit Vulcain d’amour… T’en avais pas idée, hein… ?
- Oh non…
Il haletait : je le sentais au bord de l’extase… Ou peut-être était-ce moi…

Je ne parvenais plus vraiment à distinguer mon état d’esprit du sien. Tout ça était si nouveau pour moi, et j’explorais cette facette de notre relation sans la moindre crainte ni retenue… Et Henri ne semblait pas le moins du monde effrayé. Sans doute était-ce grâce à ses premières expériences… Nous en avons presque ignoré l’alerte sur le panneau de contrôle :
- Ohlà ! Ils sont à notre poursuite ?

Je me suis penché sur le panneau :
- Ils ne peuvent pas nous détecter, le bouclier furtif Borg ne peut être percé que par…
Nous avons échangé un regard : inutile de le dire.
- Ouais, ça sent vraiment pas bon…
- Ce n’est pas l’Entreprise qui nous poursuit…



Sur l’écran principal, un immense Cube Borg s’afficha, immobile et terrifiant.
- Oh bon sang ! Faut dégager d’ici, et vite !
- En distorsion maximale, nous ne pourrons pas leur échapper.
- Je repère une signature particulière dans leur sillage…
- Je la vois aussi… C’est une signature de transdistorsion !

J’ai calibré certains paramètres des boucliers externes :
- Suis la trace résiduelle de cette signature !
- Okay, pleins gaz !
Cela impliquait de croiser la trajectoire du Cube, mais dans notre situation, mieux valait agir plutôt que se laisser capturer…

Henri poussa les machines au maximum.
- Je détecte l’activation d’un rayon-tracteur.
Henri tira une charge explosive qui atteignit directement la zone du rayon-tracteur. Henri avait conscience que le bouclier Borg du Cube le protégeait de l’armement conventionnel… Ce simple projectile devait être plus complexe qu’il n’y paraissait…

Je vis soudain le rayon en formation s’effondrer aussi sec :
- Comment as-tu fait ça ?
- J’ai injecté des nano-sondes dans l’explosif. Elles se sont libérées et ont traversé leurs boucliers grâce à leur signature Borg, et ont désactivé le rayon-tracteur. Mais t’en fais pas, elles reviennent déjà vers nous…

Je les vis sortir du panneau de commandes, réintégrant le corps d’Henri.
- Ahhh, ça fait du bien !
- Nous avons un peu de temps, fonce vers la signature !
- Pas de souci !
Il poussa encore les machines.

 

 

Quand nous eûmes abordé la source la plus solide de la signature de transdistorsion, je me suis relevé de mon observation :
- Emprunte le conduit de transdistorsion.
- Hein ?! Mais ça peut nous envoyer n’importe où, n’importe quand !
- Justement, ce conduit va se refermer bientôt. Je peux en modifier l’intégrité structurelle.

Henri acquiesça :
- Je te fais confiance, Th’y’la…
C’était la première fois qu’il m’appelait ainsi. Je sentais une profonde sincérité dans l’utilisation de ce terme typiquement Vulcain. Il entama la traversée du conduit.
- Je vais effectuer des changements pour que le Cube qui nous poursuit ignore notre destination.

J’ai déployé les boucliers Borg auxiliaires pour éviter la déstructuration de notre navette, puis en ai provoqué l’expansion pour que le conduit se distorde de façon subtile : ainsi, nous allions arriver en un lieu et une époque différents de celui dont venait le Cube, mais celui-ci n’en saurait rien, et se contenterait de recréer un conduit identique à celui qu’il avait traversé.
- Maintiens la trajectoire, je détecte la première sortie à trois cents kilomètres…

Comme Henri dépassait la sortie, je pus voir que l’espace s’étendait, vierge de toute trace Borg.
- C’est pas croyable… On est de retour à la maison…
- Que veux-tu dire ? Nous sommes à des années-lumière du Système Solaire…
- La distance est une broutille : nous sommes revenus au vingtième siècle, mon époque !
- Nous serons bien plus tranquilles, ici ! Allons-y, Henri, direction la Terre !



La navette a disparu après avoir emprunté un tunnel de transdistorsion Borg.
- Il n’y a aucun moyen de savoir où ils sont ?
- Ni où, ni quand. Je crois savoir que leurs tunnels permettent des déplacements temporels sur de courtes périodes…
- Sont-ils en danger ?

Le Capitaine haussa les épaules :
- La question à poser serait plutôt : font-ils courir un danger à qui que ce soit ?
- Que voulez-vous dire ?
- S’ils ont fait un saut dans le passé, le futur peut être compromis. L’inverse est également risqué.
- Deux Borg dans le passé… C’est un risque potentiel.

Deux Borg…
- Mon grand-père n’est pas un Borg, et il ne l’a jamais été… Il a juste des nano-sondes Borg…
- Il est aussi Borg que je l’ai été, et que son compagnon l’est actuellement. Le Sous-Lieutenant Werm a raison : nous avons laissé deux Borg s’enfuir à-travers le temps.
- Nous ne pouvions les repérer : les boucliers Borg les dissimulaient !

Le Capitaine acquiesça :
- Je sais que votre compétence n’est pas à mettre en cause.
Il soupira et se tourna vers l’espace :
- Tout ce que nous pouvons espérer, c’est qu’ils feront bon usage des leurs, peu importe où et quand ils se trouvent…

 


Il suffit d’y croire, T’hy’la…
- Je le sais…
Je me suis allongé auprès de Raejian, sur le tapis de mousse au cœur de la clairière.
- Tu es prêt ?
- Après ce séjour dans le futur, je pense que nous ne pourrions lui offrir meilleur monde.

Raejian acquiesça. Nous étions tous deux nus, chairs frémissantes exposées au Soleil levant :
- Viens plus près…
Je me suis approché jusqu’à ce que nos corps soient pleinement en contact. Nos nano-sondes s’entremêlèrent de façon subtile, convoyant d’infimes particules…
- Ne résiste pas… Elles savent ce qu’elles font…

Je le savais… Mais cette sensation de perdre un peu de soi… Et cette étrange masse entre nous qui semblait nous relier tels des siamois…
- Il arrive…
A ces mots, des bruits indistincts parvinrent à mes oreilles :
- Eeeeeh… Ouaaaah…

Un nouveau-né s’était formé à-partir de l’union de nos ADN. Nous l’avons regardé avec tendresse pendant quelques minutes :
- Est-ce possible, Raejian… ?
Il acquiesça, caressant le visage du garçonnet :
- Il est là, Henri… Notre fils est là…
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MessageSujet: "L'Etrange est à Bord", c'est fini!    Lun 18 Aoû 2014, 20:32


Je viens de poster ici le 9e et dernier chapitre de "L'Etrange est à Bord".

J'espère que vous avez apprécié la lecture de cette fanfiction crossover entre l'Agence Tous Risques et Star Trek...

Et que la fin vous plaira aussi!


Je vous invite à prendre connaissance du premier épisode de "Code Trekkers":

Je travaille sur le second épisode, alors patience...
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L'Étrange est à bord

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