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 [TOS] USS Baltimore

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Minos
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MessageSujet: [TOS] USS Baltimore   Mer 26 Mar 2008, 07:16

Bon, ça faisait longtemps que je voulais écrire une fan-fiction Star Trek, et j'ai enfin eu le temps de m'y coller. Voici donc les aventures de l'équipage de l'USS Baltimore NCC-1152, commandé par le sous-lieutenant Harry Harlington. Le rythme de parution devrait être de un par semaine.

Bonne lecture à tous !


Introduction

Le sous-lieutenant Harry Harlington transpirait à grosses gouttes, à cause de la température caniculaire qui le faisait littéralement cuire dans son uniforme. En tant qu’officier de Starfleet, il estimait qu’il devait cacher tout signe d’inconfort physique, aussi tâcha-t-il de rester aussi impassible que le plus pur des Vulcains.
La difficulté à conserver son stoïcisme était rehaussée par la conduite nerveuse de l’aspirant assis au volant, à ses côtés. Il semblait déterminé à pousser sa jeep pour battre d’improbables records de vitesse sur le chemin tapissé d’ornières. Suite à une énième embardée, Harlington comprit qu’il pouvait éteindre son bloc de données : impossible de travailler dans ces conditions-là. Les multiples problèmes qu’il avait à résoudre devraient attendre. Il croisa les bras sur sa poitrine et réfléchit à la situation.

Les rapports qu’il avait lu sur sa nouvelle affectation l’inquiétaient au plus haut point. Le cadeau empoisonné par excellence, semblait-il. Pensée confirmée par le délai qui lui était octroyé pour remettre son navire en état de marche, à savoir seulement un mois.
Son navire ! Il ne pouvait pas empêcher une certaine émotion de s’emparer de lui quand il songeait qu’il venait de recevoir son premier commandement. Pour s’assurer qu’il ne rêvait pas, il posa les yeux sur ses poignets. Pour la millième fois, il y découvrit le liseré pointillé d’or, insigne de son nouveau grade de sous-lieutenant, et fut aussi émerveillé de le voir que la première fois, trois jours auparavant. Au moins, il avait eu le temps de se faire au port de son uniforme doré, indiquant son appartenance à la branche de commandement.
Restait à se montrer à la hauteur, ce qui serait une autre paire de manches.

Il posa les yeux sur les alentours et fut impressionné de voir le nombre de navires de taille moyenne ou modeste, stationnés dans une partie des Quartiers Généraux de la Flotte, à San Francisco…penser que la plupart de ces vaisseaux ne revolerait jamais le sidérait. Et pourtant, dans ce périmètre où les navires obsolètes de la Flotte végétaient, certains étaient encore prêts à reprendre du service, et comptaient même quelques membres d’équipage, même si leur nombre était réduit au strict minimum vital…voire parfois moins.

– C’est celui-là, fit le conducteur, après avoir contourné une navette antédiluvienne.
Harlington se retint juste à temps de ne pas faire une grimace. Si la navette qu’ils venaient de dépasser était une antiquité, que dire du navire qu’il avait sous les yeux, et qui était sa destination, pire encore, son nouveau foyer ?

Pourvue de trois ponts, la corvette USS Baltimore NCC-1152 appartenait à la classe Pluton. Pourvue d’un équipage réduit, vingt-quatre membres capitaine inclus, elle avait déjà servie Starfleet pendant trois décennies, avant d’être rapatriée sur Terre après avoir subie de graves avaries suite à un engagement violent. De là, elle aurait due être réparée, mais de nouveaux modèles venaient d’être produits par Starfleet, qui s’était empressé d’y muter les officiers les plus méritants. Depuis lors, privée de commandant, la corvette avait peu à peu sombré dans l’oubli, et la remise en état dont elle avait besoin n’avait jamais été effectuée.
Deux ans et demi après son atterrissage, Harry Harlington avait le résultat sous les yeux.       La corvette était recouverte d’une épaisse couche de poussière. En une dizaine d’endroits, Harlington vit des impacts carbonisés. Tirs de phasers, peut-être ? Il trouva sidérant de voir que les réparations n’avaient pas été effectuées, surtout que le navire avait regagné la base deux ans et demi auparavant, et fut encore plus écœuré de découvrir que des pans entiers de la coque manquaient. De ces plaies béantes, il vit un enchevêtrement de fils et de structures métalliques, dont certaines étaient attaquées par une substance rougeâtre…de la rouille ? Voilà qui était inimaginable !
Son conducteur stoppa la jeep au pied de la rampe d’embarquement escamotable qui menait à l’intérieur. Harlington en descendit, empoigna son sac à dos et hocha la tête en destination du soldat. Celui-ci salua puis fit faire demi-tour à son véhicule, avant de mettre les gaz.
Harlington mit son sac sur son dos, soupira, avant de se mettre à gravir les vingt mètres d’escalier qui le séparaient du sas latéral de la corvette, qui faisait office d’entrée « officielle » et qu’il voyait ouvert. Arrivé en haut, il vit que personne n’était là pour l’accueillir. Etrange…il avait pourtant pris soin d’envoyer un message sur la fréquence de communications du navire. Et quoi qu’il en fut, on ne laissait pas l’entrée d’un navire sans surveillance, c’était un manquement pour le moins grave à toute règle élémentaire de sécurité.

Il entra, et son étonnement ne connut plus de borne quand il vit que le sol du couloir était sale, et que des toiles d’araignée couraient de place en place au plafond. Guidé par son bloc de données, dans lequel il avait téléchargé le plan du navire, il se planta devant l’ascenseur le plus proche et appuya sur le bouton qui l’appellerait. Rien ne se produisit. Il se rendit compte d’une anomalie à laquelle il n’avait pas fait attention jusque-là. Nul bruit ne parcourait le navire. Ni vrombissement, ni « bip » électronique d’aucune sorte. Le vaisseau était comme mort. L’éclairage n’était assuré que par les systèmes de secours, d’après ce qu’il en voyait.
Il poursuivit son exploration, à la recherche des quelques membres d’équipage qui auraient dû se trouver là. Il finit par entendre du bruit et porta ses pas vers leur origine, qui s’avéra être le mess, dont la porte était ouverte. Il s’arrêta sur le seuil, interloqué.
Là aussi, la propreté de la pièce n’était plus qu’un lointain souvenir. Quelques peintures avaient été accrochées aux murs, au mépris du règlement, et quelques posters représentant des femmes posant lascivement y baillaient paresseusement. Le comble était sans conteste les fils métalliques qui parcouraient la pièce, et sur lesquels pendait du linge !
Les trois humains qui se trouvaient dans la pièce, regroupés autour d’une table et cartes en main, n’avaient pas remarqué sa présence, trop concentrés sur leur partie de poker en cours.

Le sous-lieutenant Harry Harlington se força à garder son calme et expira lentement. Il entra en ordonnant d’un ton sec, digne d’un sergent-chef :
– Gaaarde-à-vous !

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Dernière édition par Minos le Jeu 30 Nov 2017, 12:53, édité 5 fois
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Minos
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MessageSujet: Re: [TOS] USS Baltimore   Jeu 27 Mar 2008, 14:34

Voilà, vu que j'ai un peu d'avance dans mon rythme d'écriture, et que les chapitres sont assez courts, voici déjà la suite. Bonne lecture à tous !


Chapitre 1 : prise de contact


Les trois hommes mirent deux à trois secondes pour réagir, avant de retrouver leurs réflexes de soldats ayant reçu un ordre de la part d’un supérieur. Ils bondirent pour s’aligner devant leur table de jeu et se mirent en position, raides comme des piquets.
Harlington posa son sac à dos par terre et se mit à faire les cent pas devant ses subordonnés, mains derrière le dos. De temps à autre, il leur décochait des regards assassins, juste pour le plaisir d’accentuer leur gêne. Une telle attitude était étudiée de sa part, et lui permettait de leur faire sentir à quel point ils avaient manqué à tous leurs devoirs.
Il se planta devant l’un des hommes, au visage émacié surmonté de cheveux bruns, et d’un teint pâle.
– Nom, grade, fonction à bord ? demanda Harlington, qui connaissait déjà la réponse, contenue dans son ordre de mission.
– Enseigne Dorin Lupescu, monsieur, détaché à la sécurité, répondit l’interpellé en roulant les « r ».
– Vous ? continua Harlington en s’arrêtant sur le suivant, cheveux noirs et teint mat.
– Enseigne Antonino Garcia, monsieur, pilote et navigateur de bord.
– Et vous ? termina Harry en faisant un nouveau pas de côté, pour scruter le visage poupin du dernier homme, plus jeune que les autres, cheveux roux, yeux verts et visage constellé de taches de rousseur.
– Aspirant Evander Mitchell, monsieur, sans fonction à bord, déglutit-il nerveusement.
– Mes données indiquent que vous avez été muté ici dès votre sortie de l’Académie, il y a trois mois ?
– Oui, monsieur. Je présume que ça a un rapport avec le fait que j’ai fini dernier de ma promotion, grimaça-t-il d’un ton aigre.
– Votre passé est derrière vous, et je m’en moque. Je ne juge les gens que sur leurs actes, par sur leurs cursus.

Harry reprit sa marche en silence, pour laisser ses hommes mariner dans leur jus. Enfin, il leur fit face et leur dit :
– Par ordre de l’Amirauté, moi, sous-lieutenant Harry Harlington, je prends le commandement effectif de l’USS Baltimore, immatriculation NCC-1152.
L’enseigne Garcia ne put se retenir de ricaner.
– Un problème, monsieur Garcia ? demanda Harlington sur un ton glacial.
– Permission de parler librement, monsieur ? se reprit Garcia, qui avait un peu de mal à recoller au protocole, depuis le temps qu’il végétait à cette affectation sans avenir.
– Profitez-en bien, ce ne sera pas tous les jours. Accordé, rétorqua sèchement le commandant.
– Cela fait deux ans et demi que nous avons atterri, et que les membres d’équipage ont été peu à peu mutés. Nous n’avons même plus de commandant depuis deux ans. Et vous venez nous dire que soudainement, l’Amirauté se souvient de notre existence, et veut que nous remettions le vaisseau en état de marche pour partir en mission…monsieur ?
Il faillit omettre de rajouter le « monsieur » de la fin de sa diatribe, mais s’en souvint juste à temps. Dans le même temps, il se rendit compte qu’il avait montré toute l’amertume que l’attitude de l’Amirauté avait induit en lui. Voilà qui pouvait mettre sur-le-champ un terme à sa carrière, mais il se consola en estimant qu’il était grand temps de faire cette mise au point, pour savoir à quelle sauce il allait enfin être mangé.
– Monsieur Garcia, cette corvette décolle dans exactement trente jours, pour accomplir la première mission de sa nouvelle carrière. Elle décollera avec ou sans vous. Si vous désirez demander votre mutation à une autre affectation, faites-le maintenant, je transmettrais.
Garcia resta silencieux trente secondes, perplexe, indécis, et mal à l’aise face à son commandant, dont les yeux noisettes ne le lâchaient pas. Quand il s’était engagé dans Starfleet, Antonino Garcia avait rêvé d’une grande carrière, mais celle-ci était bloquée dans cette voie de garage depuis plus de deux ans. Personne ne le prendrait sur un autre navire après une telle inactivité, et il le savait pertinemment. Seulement, à force de vivre dans l’oisiveté de l’épave qu’était devenue le Baltimore, il ne s’était jamais vraiment occupé de changer d’orientation professionnelle. Se pouvait-il que sa carrière soit relancée par ce nouveau départ ? Il finit par répondre :
– Je suis à vos ordres, monsieur.
– Bien. Monsieur Lupescu, en tant qu’officier de sécurité, je vous nomme à titre provisoire officier en second, le temps que nous ayons complété l’équipage. D’après mes informations, il manque un officier ici. Où se trouve l’enseigne O’Connor, détaché à l’ingénierie ?
– Je pense qu’il se trouve à la bibliothèque technique, monsieur, répondit Lupescu. Il y passe tout son temps.
– Contactez-le, je veux le voir sur-le-champ.
– Mais, monsieur…
– Quoi ? aboya Harlington.
– Notre système de communications ne fonctionne plus.
– Et vos communicateurs, où sont-ils ?
– Ils sont tombés en panne les uns après les autres, et n’ont jamais été réparés.
– Voici le mien. Garcia, Mitchell, remettez-moi immédiatement cette pièce en état. Je ne veux plus rien y voir traîner, ni même un grain de poussière. Est-ce clair ?
– A vos ordres, répondirent-ils à l’unisson.
Mitchell demanda timidement :
– Hum, monsieur ?
– Oui, aspirant Mitchell ?
– En ce qui concerne le ménage, il faudrait demander aux services logistiques de la Flotte de nous fournir en matériel, nous n’avons pas grand-chose à bord.
– Où sont vos tortues ? fit Harlington en faisant allusion aux petits robots de vingt centimètres de côté, montés sur roulettes et capables de monter aux murs comme aux plafonds et qui, une fois programmés, traquaient la moindre parcelle de saleté au sein des installations de la fédération.
– La dernière a rendue l’âme il y a six mois, monsieur.
– Et vous n’en avez pas demandé d’autres ?
– Personne ici n’est habilité à le faire, monsieur.
– Faites une demande par votre bloc de données.
– Nous n’en avons plus non plus, monsieur.
Sans un mot, Harlington sortit son propre bloc de données, se mit en liaison avec les Services Logistiques, et commanda vingt-quatre blocs de données, le même nombre de communicateurs, et deux « tortues ». Ceci fait, il conclut :
– Notre matériel est en route. Mitchell, jusqu’à nouvel ordre, je vous charge de la logistique à bord. Vous réceptionnerez nos marchandises et répondrez de leur état.
– Commandant, l’enseigne O’Connor est en route, intervint Lupescu.
– Bien. Mitchell, dès que cette pièce ressemblera à nouveau à un mess, vous irez vous poster au sas du navire. Personne ne rentre sans y avoir été invité. Prévenez-moi immédiatement quand O’Connor sera à bord. Garcia, vous continuerez à faire le tour du navire, au cas où d’autres pièces que celles-ci auraient besoin d’être rendues à leur fonction première.
Harlington sourit intérieurement en voyant Garcia pâlir. Visiblement, il n’y avait pas que dans le mess que ses hommes avaient pris leurs aises. Mais cela, il allait vite en avoir le cœur net.
– Lupescu, suivez-moi, nous allons faire le tour du bâtiment. Prenez mon bloc de données, vous y noterez tous les anomalies que je constaterais, et qui seront à corriger dans les plus brefs délais.
Dès que leur nouveau commandant fut sorti d’un pas vif, Lupescu sur ses talons, Garcia et Mitchell se regardèrent, encore sous le choc de la tornade qui venait de passer. Harlington repassa alors sa tête dans l’encadrement de la porte, et dit :
– Au fait, monsieur Garcia, la chemise ne fait partie de l’uniforme standard de Starfleet. Je vous serais donc gré de vous débarrasser de la vôtre, au profit d’une tenue plus adéquate !

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MessageSujet: Re: [TOS] USS Baltimore   Jeu 03 Avr 2008, 07:36

Chapitre 2 : impossible pari

Garcia et Mitchell parèrent au plus pressé dans le mess, en faisant disparaître dans leurs cabines respectives tout ce qui y était étranger au service. Vingt minutes leur suffirent pour faire place nette. Dans les couloirs, ils croisèrent à deux reprises leurs deux officiers supérieurs. Harlington s’exprimait d’un ton tranchant, autoritaire, et Lupescu prenait des notes au fur et à mesure sur le bloc de données. Quand il eut le loisir d’échanger un regard avec ses amis, ceux-ci virent un air de chien battu dans ses yeux.
Conformément à ses ordres, Mitchell se posta ensuite à l’entrée de l’USS Baltimore. Dix minutes s’étaient à peine écoulées qu’un camion se garait au pied de l’appareil. Cinq hommes en uniforme rouge en sortirent. Quatre d’entre eux déchargèrent prestement des cartons du camion, et les posèrent au pied de l’escalier. Le dernier, l’enseigne Mary O’Connor, monta les marches quatre à quatre pour rejoindre Mitchell.
– Qu’est-ce que m’a dit Lupescu ? On a un commandant, maintenant ?
– Oui, il…il donne des ordres et, entre nous, il n’a pas l’air très commode.
– Bon, je n’ai plus qu’à aller me présenter à lui, répondit l’ingénieur, en tirant sur sa tunique pour l’ajuster, avant de passer une main dans la frange blonde qui lui tombait sur le front.
– Hey, il me faut une signature pour la marchandise, fit l’un des hommes restés en bas.
– Vas-y, Mary, dit Mitchell, j’ai reçu ordre de ne pas bouger d’ici.
Quand elle fut en bas, l’officier de la Logistique secoua la tête et expliqua :
– Mes instructions sont de faire signer la décharge à l’officier de bord en charge de l’approvisionnement, un certain Mitchell.
Mary O’Connor remonta donc et, un peu essoufflée, garda l’entrée tandis que Mitchell descendait pour accomplir le premier acte officiel de sa nouvelle fonction.
Tandis qu’il commençait à monter un à un les lourds cartons, l’enseigne O’Connor partit à la recherche de son commandant. Vue la taille exiguë du navire, elle ne tarda pas à le trouver, sur la passerelle.

Elle effectua un impeccable salut et se présenta :
– Enseigne Mary O’Connor, à vos ordres, commandant.
– Repos, enseigne.
– L’aspirant Mitchell m’a chargé de vous annoncer que le matériel commandé est arrivé, monsieur.
– Parfait. Monsieur Lupescu, vous procéderez à la distribution des communicateurs et des blocs de donnée, lancerez les tortues à bord, et ferez mettre le reste sous clef, sous la responsabilité de Mitchell. Enseigne O’Connor, je vous nomme à titre provisoire ingénieur en chef du navire. Votre mission est de superviser toutes les remises en état afin que nous puissions décoller d’ici trente jours.
– Trente… ? C’est impossible, monsieur !
– Je ne veux pas le savoir, enseigne, rétorqua Harlington. Nous avons des ordres.
– Mais vous ne vous rendez pas compte, monsieur, de la somme de travail que cela va représenter !
– Faites-en la liste, et nous aviserons pour définir les priorités. Au boulot tout le monde ! Si vous avez besoin de moi, je suis dans ma cabine.

Harlington retourna au mess. Il fut satisfait de voir qu’à part l’omniprésente poussière, la pièce avait retrouvé son allure normale. Il attrapa son sac, que ses hommes avaient posé à l’entrée, et gagna sa cabine. Evidemment, la porte automatisée était en panne, comme les autres, aussi dut-il la débloquer manuellement avant de pouvoir entrer. La pièce, austère, se composait d’une couchette minuscule dans un coin, et d’un cabinet de douche-toilettes le long du même pan de mur. Une étagère qui courait jusqu’au plafond séparait cette partie « privée » de l’autre moitié de la chambre, où un bureau était fixé contre une cloison. Nulle de trace de l’ordinateur qui aurait dû d’y trouver. Restait un carré d’environ trois mètres de côté, que Harlington pourrait aménager comme bon lui semblerait.
Il sourit à la vue de la cabine pourtant exiguë. Voilà, il était chez lui ! Il attrapa son communicateur et s’ouvrit une fréquence :
– Mitchell, vous m’entendez ?
– Oui, commandant.
– Programmez une tortue et envoyez-la moi, je vous prie.
– A vos ordres, monsieur.
– Dressez la liste de tout ce dont nous allons avoir besoin pour vivre en autarcie, en commençant par des draps et des couvertures propres, et commandez-les auprès des Services Logistiques.
– Ce sera fait, monsieur.
D’ici une demi-heure, estima-t-il, et en attendant que la malle qui contenait le reste de ses bagages arrive, il aurait le temps de prendre ses aises. Il posa son sac sur la couverture légère et douteuse qui recouvrait sa couchette, et commença à déballer ses affaires.

Il fallut finalement une bonne heure pour que la cabine ressemble à un lieu de vie agréable. N’y manquaient que ses plantes, pour lesquelles il s’inquiéta, espérant qu’elles n’auraient pas trop souffert du voyage.
Quelqu’un frappa à la porte de sa cabine. Il la fit glisser et vit Mary O’Connor au garde-à-vous devant lui, son bloc de données à la main.
– Entrez, enseigne.
Les housse des deux fauteuils de sa cabine ayant moisi avec le temps, il ne la fit pas asseoir, et se contenta de lui faire face, les mains dans le dos.
Mary O’Connor prit son courage à deux et annonça le déluge de mauvaises nouvelles :
– Monsieur, la première chose à faire est évidemment de restaurer la puissance énergétique du navire. Le problème est que le système de survie qui l’équipe est un TX-23, et que ce modèle n’est plus fabriqué depuis vingt ans. Le Département Ingénierie de la Flotte ne dispose plus que de rares pièces, qui ne sont plus remplacées. Conclusion, nous ne pouvons pas réparer.
– Ce n’est pas le genre de conclusion que j’attends de votre part, enseigne, répondit Harlington d’une voix neutre.
– Je…j’ai réfléchi au problème, commandant, et je pense qu’il est possible d’adapter le système HZU-221. D’une part, c’est le tout dernier système qui ait été mis en fonction, et il est pourvu d’une adaptabilité qui devrait faire l’affaire.
Devrait, enseigne ?
– Fera, monsieur, corrigea l’ingénieur. Néanmoins, cela nécessitera de changer plusieurs kilomètres de câblages, pour des raisons de différences d’impulsion dans les transmissions. J’estime qu’il faudra quatre jours et autant d’ingénieurs pour effectuer ces ajustements.
– Quoi d’autre ?
– Nos nacelles de distorsion devront être changées pour coller aux dernières normes en vigueur, ainsi que la chambre à plasma et le réservoir de deuthérium. Comme toutes ces pièces sont standardisées le plus possible, pour être plus facilement adaptables aux différents navires de la Flotte, nous n’aurons pas trop de mal à les installer sur le Baltimore, monsieur. Huit ingénieurs chevronnés et trois semaines de travail sans répit devraient permettre d’en venir à bout.
– Ce délai aussi devra être raccourci, enseigne. Je m’occupe de vous trouver de la main-d’œuvre. Commandez toutes les pièces et les outils que vous estimerez nécessaires. Mais avant toute chose, je veux que vous vous assuriez que les systèmes de survie, eau, énergie, synthétiseurs de nourriture et tous ceux que j’oublie, fonctionnent le plus rapidement possible. A partir de maintenant, personne ne quitte le Baltimore sans autorisation. Le navire doit donc être à même de répondre à tous nos besoins quotidiens.
– Oui, monsieur. Monsieur…si je puis me permettre ?
– Oui, enseigne ?
– Vous avez parlé de trente jours d’ici le décollage ?
– En effet, enseigne.
– Je pense que le délai sera impossible à tenir, surtout qu’il faudra aussi remettre en état la coque, faire installer des senseurs et des détenteurs plus perfectionnés, remplacer tout l’équipement médical, sans oublier…
– Dressez vos listes et les priorités, coupa Harlington. Tout ce qui pourra être remis en état pendant le voyage attendra. Mais le reste sera accompli avant le décollage. Nous y veillerons. Envoyez une copie de votre rapport à l’enseigne Lupescu, afin qu’il fasse le lien avec Starfleet.
– A vos ordres, monsieur, répondit O’Connor avec un certain scepticisme.

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MessageSujet: Re: [TOS] USS Baltimore   Ven 11 Avr 2008, 14:21

Chapitre 3 : les premiers jours


Les trois jours suivants furent épuisants pour l’équipage réduit. Harlington était partout, donnant des consignes, demandant des éclaircissements techniques, et surtout jaugeant ses hommes sous la pression qu’il avait en partie imposée. Car s’il prenait un malin plaisir à les faire s’activer dans l’urgence, il n’était pas le seul responsable de cette frénésie. A vrai dire, il en était même une victime, comme son équipage.

Les circonstances dramatiques survenues à bord de l’USS Eagle, lors de sa précédente affectation, avaient eu des conséquences contrastées. Les premières, très importantes pour Harry, avait été l’obtention de son grade de sous-lieutenant, ainsi que son premier commandement. Une autre, dont il ne pouvait pas être tenu responsable, avait été de révéler l’incompétence de l’officier en second de l’Eagle, Peter Sanders. L’enquête qui avait été menée suite au fiasco de la mission avait vu Sanders être saqué et dégradé.
Là où les choses se compliquaient, c’était que ledit officier était le neveu de l’amiral Graham Sanders qui, malgré son intervention auprès de la commission d’enquête, n’avait pu éviter son triste sort à son neveu.

Quand Harry avait reçu la convocation de l’amiral Sanders, il avait craint le pire. Il avait eu raison…et tort à la fois. Durant leur entrevue, l’amiral n’avait cessé de le scruter sous toutes les coutures, comme à le recherche d’une faille. Mais dans le même temps, il s’était contenté de lui apprendre d’une voix glaciale sa nomination à la tête de l’USS Baltimore, corvette de classe Pluton, avec ordre de la remettre en état sous trente jours.
Harry avait remercié l’amiral d’un ton neutre, et s’était jeté sur son bloc de données dès qu’il avait quitté le bureau de l’amiral. là, il avait pu se rendre compte que son premier commandement risquait fort d’être le dernier, et était resté immobile, tétanisé, en se rendant compte qu’il serait impossible de remettre l’USS Baltimore en état dans le laps de temps imparti. Le navire ne valait guère mieux qu’une épave, sans parler de son équipage, réduit à peau de chagrin. Le cadeau empoisonné par excellence : telle était la vengeance de l’amiral Sanders, qui avait décidé que Harlington était coupable de la déchéance de son neveu.

Harry était sorti de sa torpeur vingt minutes plus tard et, sourire de prédateur aux lèvres, s’était mis en quête d’un moyen de transport pour rallier sa nouvelle affectation. Il relèverait l’impossible pari !

Pour les membres de l’équipage, les trois premiers jours de remise en état furent contrastés, passée la surprise initiale. Au départ, ils furent très excités d’apprendre que leur carrière allait décoller, en même temps que le navire. Leur enthousiasme et leur célérité furent impressionnants, jusqu’à ce qu’ils se rendent compte du travail titanesque qu’ils avaient à effectuer.
A partir de là, ils continuèrent les réparations, mais Harry sentit très vite que le cœur n’y était pas. Voilà qui était parfait pour lui, car il allait pouvoir montrer à ses hommes qu’il était plein de ressources et de surprises. Peu avant minuit, ce troisième jour, il prirent place autour d’une table dans le mess, pour leur briefing quotidien. Ils écoutèrent le sombre rapport de l’enseigne Mary O’Connor. Selon ce qu’elle avait dit à son commandant en aparté, il faudrait sept mois de travail, au même rythme que ces trois derniers jours, pour espérer avoir une corvette opérationnelle.
Tandis qu’elle parlait, Harlington observa les réactions de Lupescu, Garcia et Mitchell. Ils étaient las et n’écoutaient que d’une oreille. Ce que Harry comprenait et trouvait dommage tout à la fois. Ils manquaient de persévérance.
Un grand silence s’installa, suite à la fin du rapport de l’ingénieur, que Harry laissa se prolonger un certain temps. Ses hommes se regardèrent du coin de l’œil, puis finirent par se tourner vers lui. Dès qu’il eut toute leur attention, il prit la parole, posément.
– Enseigne O’Connor, répétez à nos camarades ce que vous m’avez dit cet après-midi, concernant le temps total que prendront les réparations.
Un peu interloquée, elle finit par obtempérer. Quand les membres de l’équipage comprirent que leur mission avait échoué avant même d’avoir commencé, ils restèrent plongés dans un silence fataliste.
Harry fit :
– Bien, nous sommes actuellement cinq membres d’équipage. Je vous rappelle que sur ce type de corvette, il y a un commandant, quatre ingénieurs, quatre pilotes et navigateurs, un médecin, un infirmier, quatre officiers scientifique, quatre officiers de sécurité et deux de logistique, soit vingt et une personnes. En outre, selon les missions, trois postes supplémentaires peuvent être occupés. Soit un équipage total se montant à vingt-quatre personnes.
J’ai étudié les dossiers de centaines de recrues potentielles et ma liste de choix finaux est partie au siège de Starfleet ce matin aux aurores. J’ai reçu la réponse suivante : dix-huit officiers manquants arrivent demain. Seule ma recrue pour le poste de médecin de bord semble poser problème, sans que j’en sache plus.
Je vous octroie donc un jour de repos demain, que vous pourrez mettre à profit en accueillant vos nouveaux camarades. Profitez-en également pour faire venir vos bagages, s’il vous en manque, ou voir des amis ou des proches. Je vous rappelle que nous décollons dans vingt-sept jours !

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MessageSujet: Re: [TOS] USS Baltimore   Jeu 24 Avr 2008, 09:42

Chapitre 4 : le nouvel officier en second


Lupescu, O’Connor, Mitchell et Garcia furent debout aux aurores le lendemain. Plus par curiosité et pour découvrir les nouvelles recrues, que pour faire leurs préparatifs de départ. Une sourde anxiété ne les quittait pas, à l’idée de ne pas être capables de remettre en état le navire dans le laps de temps imparti. Ils étaient également en proie à une certaine excitation liée à l’arrivée des futurs membres d’équipage.
Harlington fut le premier levé et quand ses hommes le découvrirent, il était assis dans le mess, plongé dans les données de son bloc de données. Il les salua d’un sourire et d’un simple signe de tête au fur et à mesure qu’ils arrivèrent, moins formaliste que ces trois derniers jours.
Mary O’Connor, seule parmi l’équipage à avoir enfilé son uniforme, se servit un café noir au synthétiseur de nourriture et vint se planter face à son comandant, une barre de contrariété sur le front. Elle s’éclaircit discrètement la gorge et Harlington leva les yeux vers son ingénieur.
– Bonjour, enseigne. Vous avez quartier libre aujourd’hui, vous n’étiez pas obligée de vous mettre en tenue.
– Oui, monsieur, mais…je me vois mal prendre du repos alors qu’il y a temps de faire à faire. Je…puis-je vous parler, monsieur ?
– Asseyez-vous, je vous en prie.
– J’aimerais savoir comment nous allons nous sortir d’une telle situation, monsieur, si ce n’est pas indiscret, fit-elle les yeux baissés, tout en portant d’une main légèrement tremblante son café à ses lèvres.
Harlington remarqua les cernes sous les yeux de son officier, et la fatigue qui l’habitait. Elle avait l’air tellement vulnérable qu’il se demanda si elle n’était pas déjà au bord de la rupture, prête à craquer sous la pression.
Il arbora un sourire rassurant.
– N’ayez crainte, enseigne, je sais ce que je fais et surtout comment réussir.
Comme Lupescu, lui aussi en uniforme, entrait à son tour dans le mess, il lui fit signe de les rejoindre. Ce dernier n’en menait pas large non plus, dépassé par les responsabilités que Harlington lui avait confiées. En tant qu’officier en second, il devait être partout, penser à tout, concrétiser les ordres qui lui étaient donnés. Pour ce faire, il devait tout savoir sur tout, afin de connaître les procédures les plus efficaces pour parvenir à ses fins. Il avait encore moins dormi que les autres depuis la prise de commandement de Harlington, et semblait avoir du mal à garder les yeux ouverts. Pourtant, il tentait d’être à la hauteur, même si la couche d’impassibilité derrière laquelle il se cachait s’émiettait petit à petit. Il ne parvenait à réprimer ses bâillements de lassitude qu’avec la plus grande peine.
– J’ai une bonne nouvelle pour vous deux. Monsieur Lupescu, vous avez fait de l’excellent travail en tant qu’officier en second, alors que la tâche était quasiment incommensurable dans de telles conditions. Vous avez réalisé un formidable intérim, qui aura préparé le terrain de fort belle manière au nouvel officier en second qui arrive aujourd’hui. Ainsi, vous allez pouvoir vous concentrer sur la section sécurité, dont vous êtes et resterez le chef.
Lupescu se contenta d’opiner du chef, mais le soulagement qui s’inscrivit sur ses traits fut assez éloquent.
– Il en va de même pour vous, enseigne O’Connor. Il n’y a rien à redire aux grandes lignes de votre plan de réfection du navire, mais il est impossible pour un seul ingénieur de formation, comme vous avez pu vous en rendre compte, de porter à bout de bras les réparations. Notre nouvel officier en second portera aussi la casquette d’ingénieur en chef. C’est une femme remarquable, très inventive, avec qui j’ai eu l’occasion de travailler récemment. Elle est auteure de plusieurs traités d’ingénierie, dans des domaines trop pointus pour que j’en connaisse plus que les noms, et qui lui ont valu quelques récompenses scientifiques.
– Et elle a accepté d’être mutée ici ? demanda Mary O’Connor, incrédule.
Sitôt cette question posée, elle s’empourpra en se rendant compte de sa maladresse, car elle sous-entendait que nul être sain d’esprit n’aurait demandé de son propre chef à se retrouver dans une telle galère.
Si le fin sourire de Harlington montra qu’il avait saisi l’allusion, il ne fit nulle remarque à ce sujet. Lupescu intervint, dans une pauvre tentative de détourner le cours de la conversation.
– Monsieur, vous êtes le commandant de bord, avec le grade de sous-lieutenant. Quel est le sien ? Il ne peut pas être plus important que le vôtre, mais à vous entendre, elle devrait déjà être au moins lieutenant.
– A vrai dire, elle vient de refuser une promotion pour rester sous-lieutenant. C’était la condition pour qu’elle puisse servir sous mes ordres.
O’Connor et Lupescu se turent, malgré les mille questions qu’ils auraient voulu poser. Quel était donc cet officier qui refusait une promotion pour se retrouver dans une voie de garage ? Cette femme avait-elle des liens autres que professionnels avec leur commandant ?
Le communicateur de Harry bipa.
– Harlington à l’écoute.
– C’est moi, fit une voix féminine et tranchante. Je suis devant l’écoutille du Baltimore, mais elle est fermée.
– J’arrive, ma chère.
Se tournant vers Lupescu et O’Connor, il demanda :
– Elle est là. Vous m’accompagnez ?
Ils se levèrent aussitôt, comme mus par un ressort.
Harry s’empara de sa tasse de café et sortit du mess en souriant, ses officiers sur les talons.

Harry déverrouilla l’écoutille, et Lupescu comme O’Connor se figèrent en découvrant le nouvel officier en second du Baltimore. Silhouette fine et élancée, engoncée dans son uniforme de Starfleet, dont le haut rouge indiquait son appartenance au département technique. Ses manches arboraient les liserés dorés de son grade de sous-lieutenant. Ses cheveux noirs étaient entortillés dans un impeccable chignon. Son teint blafard mettait en valeur ses yeux d’un vert émeraude. Et surtout…ses sourcils arqués, ses oreilles pointues et une impassibilité à toute épreuve indiquaient clairement son appartenance à l’espèce des Vulcains.
– Permission de monter à bord, commandant ? demanda-t-elle en se figeant dans un impeccable garde-à-vous.
– Permission accordée, lieutenant. Repos.
Se tournant vers ses officiers humains, il commença les présentations :
– Je vous présente le sous-lieutenant T’Savhek, ingénieur en chef et officier en second du Baltimore à partir de cet instant. T’Savhek, voici…
– …les enseignes Dorin Lupescu et Mary O’Connor, respectivement de la sécurité et de l’ingénierie, coupa T’Savhek. J’ai lu avec la plus grande attention les rapports que vous m’avez fait parvenir, commandant. Je me suis permise de retoucher quelque peu le plan de réfection du Baltimore. Quand organisons-nous un briefing pour en voir les détails ?
– J’ai donné quartier libre à mes officiers aujourd’hui, nous attendrons donc demain matin.
– Ce n’est pas un problème pour moi de le faire sur-le-champ, monsieur, répondit précipitamment Lupescu, visiblement désireux de plaire à cette femme aussi superbe qu’exotique à ses yeux.
– Pour moi non plus, ajouta O’Connor, nettement moins enthousiaste et qui semblait soupeser soigneusement son nouveau supérieur.
Instinctivement, Mary détestait déjà la nouvelle arrivante, et était prête à se défendre point par point sur les « retouches » que T’Savhek entendait apporter à son plan de remise en état.
– Parfait, allons au mess, fit nonchalamment Harlington, en buvant une gorgée de café.

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MessageSujet: Re: [TOS] USS Baltimore   Ven 11 Juil 2008, 10:41

Chapitre 5 : Briefing


Le briefing improvisé entre Harlington, Lupescu, O’Connor et T’Savhek resta dans la mémoire des humains. A vrai dire, seules les deux femmes prirent la parole.

Harlington se contenta d’admirer son nouvel officier en second, en proie à une tendresse certaine, qu’il prit bien soin de cacher derrière un masque d’impassibilité. Comme depuis le premier jour où il l’avait rencontrée, il était sous le charme. L’ovale de son visage était parfait, ses courbes aussi, de son point de vue. Il soupira intérieurement. Mais pourquoi diable avait-il insisté pour qu’elle le rejoigne, alors que le simple fait de la voir était une torture ? Il était son supérieur hiérarchique. Il était humain, et elle Vulcaine. Deux raisons évidentes pour qu’il ne se passe jamais rien entre eux. D’ailleurs, Harlington avait toujours pris bien soin de ne pas dévoiler ce que T’Savhek lui inspirait. En plus des raisons sus-citées, il refusait d’espérer qu’elle puisse s’intéresser à lui.
Lui sortait de nulle part, et n’avait dû qu’à des circonstances exceptionnelles de se retrouver sous-lieutenant, avec un commandement.
Mais elle…elle appartenait à l’oligarchie familiale dirigeant Vulcain, et on trouvait dans sa famille de grandes figures politiques, et quelques hauts gradés de Starfleet. Elle avait fini seconde de sa promotion, s’était déjà distinguée à plusieurs reprises dans le domaine scientifique, au sein duquel elle semblait promise à un grand avenir.
Certes, Harlington savait qu’elle était très compétente, pointilleuse et perfectionniste professionnellement parlant, comme la majorité des Vulcains. Mais force était de reconnaître que ce n’était pas la raison principale pour laquelle il lui avait demandé d’être mutée à bord du Baltimore.

Il avait presque eu honte en lui présentant cette requête, car il n’avait pas osé imaginer qu’elle accepte de se retrouver à un poste ressemblant fort à une voie de garage.
Elle s’était contentée de hausser un sourcil, et avait affichée sur son bloc de données les informations concernant l’USS Baltimore NCC-1152. Elle avait rapidement parcouru le dossier, avant de déclarer froidement :
– Trente jours pour remettre en état et décoller ? Impossible.
– On parie ? avait-il rétorqué avec un sourire carnassier.
Cette simple réplique de Harlington avait suffit pour la convaincre d’accepter. Ce n’était pas la première fois qu’il usait de cette expression, qui était l’une de ses favorites, et T’Savhek avait déjà pu constater sur l’USS Eagle qu’à chaque fois que Harlington y avait eu recours dans des circonstances où toutes les chances semblaient être contre lui, il avait contre toute attente, contre toute logique, réussit à se dépêtrer de situations a priori impossibles.
– Banco, avait-elle répondu d’un ton impassible, démenti par une lueur d’amusement dans les yeux.
Cet humain avait le don de la surprendre, car son impulsivité habituelle, au-delà de la compréhension logique de la Vulcaine qu’elle était, avait plus d’une fois fait ses preuves.

Harlington revint au présent et essaya de suivre la joute verbale de ses deux officiers ingénieurs. Mary O’Connor semblait décidée à se faire l’avocate du diable, et avançait avec véhémence tous les arguments possibles et imaginables selon lesquels il leur serait impossible de décoller dans les temps.
Harlington nota avec satisfaction que son nouvel officier en second avait réponse à tout, bien que certaines des réponses laissaient son interlocutrice dubitative.
Pour sa part, la discussion dépassant largement ses connaissances techniques, il se contenta d’avoir l’air attentif.
A un moment, il croisa le regard de Lupescu. Le chef de la sécurité était aussi prudemment muet que lui. Il décocha un sourire amusé à son commandant, qui le lui rendit discrètement.

Ce qui ressortit de ce briefing fut que T’Savhek avait pensé à tout. Elle approuva quelques idées de O’Connor, mais apporta des modifications à la majorité des autres réfections proposées. En deux circonstances, les améliorations proposées par T’Savhek amenèrent des contre-propositions de O’Connor, qui furent acceptées par la Vulcaine.

Vers la fin de la réunion, Mary O’Connor exprima son plus grand malaise face aux propositions de sa supérieure :
– Lieutenant, votre plan de réfection est parfait, mais je crois qu’il ne prend pas en compte la réalité de notre situation. Nous n’avons que vingt-six jours pour remettre le navire en état, et même vingt-cinq puisque nous sommes de repos aujourd’hui. Même si l’équipage était complet et que tout le monde soit affecté aux réparations et mises aux normes, il nous faudrait au moins trois mois pour terminer !
– Quatre vingt-sept jours, selon mes calculs, rectifia T’Savhek.
– Ça en fait tout de même soixante-deux de trop.
– Certes, mais notre commandant nous a demandé de fournir un planning de réparation complet. Je présume qu’il a effectivement pensé à ce décalage, je me trompe ? demanda la Vulcaine en se tournant vers Harry.
– Vous ne vous trompez pas, lieutenant T’Savhek, répondit Harlington. Je veux que les réparations et les améliorations soient le plus complètes possibles. J’estime qu’il serait trop dangereux de se contenter de faire des rafistolages, qui seraient faits dans les temps mais comporteraient des risques pour notre sécurité future. Donc faisons les choses bien, et ne vous inquiétez pas de la course contre la montre dans laquelle nous sommes engagés. J’ai quelques surprises en réserve pour y pallier.
Le briefing prit fin peu après, et les deux femmes ingénieurs filèrent peaufiner leurs plans de réfection. Lupescu et Harlington s’attardèrent.
– Je n’ai pas tout compris, mais elles ont l’airr de savoirr ce qu’elles font, reconnut Lupescu.
– Indubitablement, oui.
– En tout cas, quelles femmes ! rajouta l’officier de sécurité avec admiration.
– Je ne vous le fais pas dire non plus, enseigne !

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MessageSujet: Re: [TOS] USS Baltimore   Mar 15 Juil 2008, 18:50

Chapitre 6 : le médecin


Pour l’équipage, le reste de la journée fut consacré à l’accueil des nouveaux membres. Dans ses demandes pour compléter l’équipage, Harlington avait mis un soin particulier à faire en sorte que les officiers déjà présents soient responsables de section : beaucoup des nouveaux étaient aspirants et sortaient tout droit de l’Académie.
Trois officiers de sécurité, trois pilotes-navigateurs, deux ingénieurs, un infirmier et un officier logistique firent leur apparition tour à tour.

Ne manquait plus que l’équipe des scientifiques, qui serait composée de quatre personnes, et le médecin de bord. Il semblait que Starfleet ait du mal à faire son choix en ce qui concernait les premiers, et l’organisation avait purement et simplement rejeté le dossier du médecin que Harlington avait sélectionné. Ses demandes d’explication restèrent vaines.

Il passa plusieurs heures avec T’Savhek et O’Connor. Les deux ingénieures étaient plongées dans la tâche très complexe d’organisation des travaux. Pires qu’un puzzle de dizaines de milliers de pièces, les réparations devaient suivre une logique rigoureuse, pour éviter le risque de devoir défaire certaines mises à niveau. Pourtant, malgré leurs efforts, elles durent reconnaître que dans certains cas, le casse-tête était insoluble : les interactions entre certains circuits allaient les obliger à en démonter certains jusqu’à cinq fois, leur faisant perdre un temps précieux dont elles ne disposaient pas par ailleurs.

Harlington les laissa finalement à leur calculs savants, avant que la migraine qu’il sentait venir ne s’installe. Il salua distraitement tous les nouveaux, qui prenaient leurs marques dans leur nouvel environnement, et s’amusa de voir la plupart d’entre eux se mettre au garde-à-vous instantanément à sa vue, comme s’ils étaient encore à l’Académie. Il faudrait qu’il fasse une annonce via l’intercom général, quand celui-ci fonctionnerait, afin de donner pour consigne de se contenter d’un signe de tête en guise de salut, comme cela se faisait dans tout bâtiment de Starfleet.

Vers la fin de la journée, alors qu’il s’était retiré dans ses quartiers, son communicateur bipa.
– Commandant ?
– Oui, T’Savhek ?
– Le nouveau médecin vient d’arriver, monsieur.
Etait-ce de la désapprobation qu’il sentait dans sa voix ?
– Je viens.
Le protocole n’était pas sa tasse de thé, mais Harlington estimait que l’accueil de ses officiers supérieurs était un minimum auquel il devait se plier. Après le médecin, il faudrait qu’il recommence une ultime fois, avec le chef du département scientifique.

En arrivant devant l’écoutille du Baltimore, il fut confirmé dans son impression première : T’Savhek avait l’air pour le moins mécontente, même si elle s’attachait à cacher ce sentiment.
Harlington s’arrêta net en voyant le nouveau membre de l’équipage. Cheveux noirs et courts, peignés soigneusement sur le front. Yeux verts, comme T’Savhek. Même forme générale de visage qu’elle, avec des traits plus marqués car masculins. Légèrement plus grand qu’elle, avec les mêmes oreilles pointues et les mêmes sourcils arqués. La ressemblance entre eux était flagrante.
– Commandant, fit T’Savhek froidement, je vous présente l’enseigne Sulok.
– Enchanté, enseigne, répondit Harlington sans tendre la main, mais en exécutant un salut vulcain maladroit. Longue vie et prospérité.
– Merci, commandant, répondit Sulok avec une indifférence que Harlington trouva presque insultante.
A ses côtés, T’Savhek restait impassible, incarnation de la désapprobation.
– Où se trouvent l’infirmerie, ainsi que ma cabine ?
– Toutes ces données sont dans ce bloc de données, répondit T’Savhek en lui tendant l’objet.
– Merci, lieutenant. Commandant, si vous voulez bien m’excuser.
– Je vous en prie, répondit Harlington en regardant Sulok s’emparer de sa malle, la hisser sur son épaule, allumer le bloc de données et s’en aller.

Quand il fut hors de vue, Harlington se tourna vers son second :
– C’est votre frère…jumeau ?
– En effet, commandant. Mais je ne souhaite pas en parler.
– Ah ? Vous êtes en froid ?
– Je vous ai dit que…
– J’ai entendu, lieutenant. Mais s’il y a des problèmes relationnels entre des membres d’équipage, je dois le savoir, répondit-il avec une véhémence qui le surprit lui-même.
T’Savhek faillit s’autoriser un soupir, avant de répondre :
– Mon frère et moi-même sommes issus d’une famille importante sur Vulcain. Et certains de ses membres s’inquiètent pour ma carrière, au vu de l’affectation que j’ai accepté.
– En venant ici ?
– Oui. Ce navire a un goût très avancé de voie de garage, selon l’amiral Stelek.
– Il est de votre famille ? s’étonna Harlington.
– C’est mon oncle. Il a voulu annuler ma mutation à bord du Baltimore, et j’ai dû me battre bec et ongles pour le faire revenir sur sa décision.
– Ah ?
Harlington était un peu perdu dans tout cela. Il reprit son interrogatoire :
– Mais pourquoi avoir voulu à tout prix être mutée sur le Baltimore, alors que votre influente famille était contre ?
– Justement parce que je refuse que le népotisme dirige ma carrière. Avez-vous une idée du nombre de postes qui m’ont été proposés depuis que nous avons quitté l’Eagle ?
– Euh, non, aucune.
– Dix-sept. Toutes ces demandes émanaient de capitaines voyant d’un œil intéressé le fait d’avoir une nièce d’amiral à leur bord.
– Vous en êtes sûre ?
– Cinq d’entre eux glorifiaient mon oncle dans leur message de contact. Sept parlaient de leur propre famille, servant Starfleet depuis plusieurs générations. Les quatre derniers faisaient presque montre de servilité à mon encontre.
– Et le dernier ?
– Son message m’est resté en mémoire. Il disait ceci :

Bonjour T’Savhek,

J’ose espérer que vous allez bien depuis notre dernier contact, il y a deux mois.
J’ai le plaisir de vous annoncer que j’ai reçu le grade de sous-lieutenant et un commandement, conséquence directe de nos actions à bord de l’Eagle.
Visiblement, c’est un cadeau empoisonné, car il s’agit d’un navire qui n’a pas volé depuis deux ans et demi, et qu’il va falloir remettre en état en un mois. Mais comme d’habitude, je reste optimiste.
Je viens à l’instant de demander votre mutation sous mes ordres, tout en ne me faisant guère d’illusions. D’une part, vous avez obtenu le grade de lieutenant, ce qui vous place plus haut que moi dans la hiérarchie, et d’autre part, je suis certain que des navires prestigieux seront intéressés pour vous avoir à leur bord.
Mais je m’en serai voulu de ne pas avoir tenté ma chance, d’où ce message.

En vous souhaitant une bonne continuation dans votre carrière, et en espérant avoir de vos nouvelles prochainement.

– C’est de moi, sourit Harry, aux anges.
– En effet, commandant. La seule et unique demande de mutation qui transpirait la sincérité. J’ai trouvé cela…rafraîchissant, et le challenge intéressant.
– Opinion non partagée par votre famille, ajouta Harlington, qui découvrait des implications qu’il n’avait pas imaginé jusque-là.
– Oui. Il est évident que mon frère a été muté ici pour me surveiller, et s’assurer que je ne mets pas ma carrière en danger.
– Je vois…je crois. Et…comment est-il ?
– Il ne vit que pour son travail, et se veut devenir le parfait Vulcain. Son plan de carrière est déjà établi : au sein de Starfleet, il veut finir commandant d’un vaisseau médical, avant d’intégrer l’Amirauté. Ensuite, il deviendra disciple puis maître de Kholinar.
– Du quoi ?
– Kholinar. C’est une école spirituelle vulcaine, dont les membres ne se contentent pas de maîtriser leurs sentiments. Ils vont jusqu’à les supprimer.
– Je trouve une telle idéologie étrange, avança Harlington.
– Pas pour un Vulcain, commandant. Ce sont nos émotions qui ont failli causer l’éradication de notre espèce. Depuis, tout Vulcain s’en méfie comme de la peste rigellienne.
– Quoi qu’il en soit et vu son plan de carrière, il est étrange qu’il ait accepté de faire partie de notre équipage.
– Ne vous méprenez pas, commandant. On ne lui a sûrement pas demandé son avis, et jamais il n’oserait s’opposer à un ordre de nos aînés.
– Mais vous, si, visiblement.
– Je suis Vulcaine, mais suis seule maîtresse de ma vie, dit-elle en plongeant son regard dans celui de Harry.
Harry crut y lire une intensité, un feu maîtrisé qui ne demandait qu’à sortir. Il faillit se laisser aller à un acte impulsif, avant de se reprendre et de détourner la tête, gêné.
– Travailler avec lui ne vous posera pas de problème ? demanda-t-il après un silence.
– Aucun, commandant, répondit-elle, à nouveau formaliste.

Quand ils se séparèrent peu après, Harry se maudit. Il avait été à deux doigts de tenter de la prendre dans ses bras pour l’embrasser fougueusement. Mais où avait-il la tête ? Elle était Vulcaine et lui humain, et sa famille gravitait dans les plus hautes sphères de Starfleet et de Vulcain.
Il devait se débarrasser définitivement de ses pensées insidieuses.
Ils étaient amis, et c’était déjà beaucoup, se dit-il. Il lui fallait être prudent, et ne pas tout gâcher. Même s’il trouvait la situation très frustrante. Et l’univers mal foutu.

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MessageSujet: Re: [TOS] USS Baltimore   Jeu 24 Juil 2008, 08:55

Chapitre 7 : Vaines avancées


Avant la fin de cette journée de repos, chaque membre d’équipage reçut un message sur son bloc de données, affectant tout le monde à la réfection du navire, et indiquant les horaires de travail pour les prochains jours. Chacun put constater que des journées de seize heures étaient prévues.
Si certains crurent à une erreur, ils déchantèrent aux aurores le lendemain matin, lorsque Harlington confirma sèchement ses ordres lors d’une courte réunion, au cours de laquelle il souhaita la bienvenue aux nouveaux arrivants.
T’Savhek organisa le travail : O’Connor, les deux nouveaux ingénieurs et elle-même se retrouvèrent chefs d’équipe, et les membres d’équipage dispatchés entre eux, Harlington y compris.

En quittant le mess, Sulok prit Harlington à part.
– Capitaine, en tant que médecin de bord, je proteste contre les horaires pléthoriques que vous voulez imposer. En conséquence de quoi, je compte déposer une plainte officielle contre vous auprès de l’Amirauté.
– Je croyais que les Vulcains étaient capables de travailler sur de longues périodes sans avoir besoin de repos ?
– En effet, capitaine, mais tel n’est pas le propos. Il n’y a que deux Vulcains à bord, et la majorité des membres de l’équipage sont humains, ce que je ne devrais pas avoir à vous rappeler.
– Pensez-vous que je sois stupide, enseigne ?
Une lueur farouche apparut dans les yeux de Sulok, mais ce fut d’une voix froide qu’il répondit :
– Non, monsieur. Mais je suis chargé de veiller sur la santé de l’équipage, or vos ordres la mettent en danger.
– J’en ai parfaitement conscience, docteur. Combien de temps pensez-vous que les hommes puissent tenir ce rythme, sans que leur efficacité ni leur santé en pâtissent ?
– Je l’ignore, monsieur. Il faudrait que je fasse des recherches.
– Et bien faites-les et communiquez-moi au plus tôt les résultats, répondit sèchement Harlington. J’attends de vous que vous m’apportiez votre aide pour la réussite de nos missions, pas que vous me mettiez des bâtons dans les roues. Nous adapterons les horaires de travail selon les résultats que vous me communiquerez. Cela vous semble-t-il correct, docteur ?
– Oui, capitaine.
– Alors que faites-vous encore là ? Vous avez du travail, ce me semble.
Sulok s’en fut sans dire un mot et Harlington, énervé par l’incident, attendit de se calmer avant de rejoindre son équipe.

Tout en obéissant au doigt et à l’œil à son chef d’équipe, l’enseigne O’Connor, Harlington conversa un peu avec ses hommes. Au début, son équipage fut intimidé, malgré ses efforts pour détendre l’atmosphère. Il finit par trouver un difficile équilibre entre la réserve due à sa position de commandant, et une ambiance de travail bon enfant.
Mais quand il comprit que la distance entre ses hommes et lui était quelque chose de normal, hiérarchie oblige, il se promit de dire à T’Savhek de le faire changer régulièrement de groupe, afin de mieux répartir la pression que sa fonction engendrait.

Lors de la courte pause déjeuner, Sulok vint faire son rapport. Le mess étant occupé par l’équipage, Harlington lui fit signe de le suivre jusqu’à sa cabine, et embarqua T’Savhek, O’Connor et Lupescu au passage.
Dès qu’ils se furent installés comme ils pouvaient dans les quartiers exigus de leur commandant, certains avec leur gamelle à la main, Sulok prit la parole :
– Capitaine, les hommes pourront travailler sur ce rythme démentiel pendant quatre jours. Ensuite, il faudra ralentir la cadence.
– J’en prends bonne note, docteur. T’Savhek, il faudra intégrer les paramètres et conclusions de Sulok au planning de travail.
– A vos ordres, commandant. Commandant ?
– Oui, lieutenant ?
– Je me suis livrée à quelques projections. En travaillant seize heures par jour jusqu’au dernier moment, nous devrions être en mesure de procéder à 54, 27% des réparations nécessaires.
– Seulement ? tiqua Harlington.
– Oui, monsieur. Vous permettez, docteur ? fit T’savhek en tendant la main vers le bloc de données de son frère.
Celui-ci le lui tendit sans un mot. Elle jeta un œil aux conclusions de Sulok, se livra à des calculs mentaux, et dit moins d’une minute plus tard :
– J’estime que le navire sera opérationnel à 36,58% avec ces nouveaux paramètres, monsieur.
– Ce sera mieux que rien. On y retourne, fit Harlington avec insouciance.
Les quatre autres lui emboîtèrent le pas, après avoir échangé des regards perplexes. Leur capitaine ne semblait pas inquiet alors que la situation n’avait jamais été aussi précaire.

Neuf jours s’écoulèrent, au cours desquels le moral baissa petit à petit. Si les officiers que Harlington avait reçu dans sa cabine avaient gardé pour eux la teneur de leur conversation, cela n’empêcha pas le reste de l’équipage de se rendre compte que les progrès qu’il accomplissait ne suffiraient jamais dans le laps de temps imparti.
Le commandant Harlington, en revanche, était d’excellente humeur, et certains se demandaient s’il n’était pas devenu fou. Pour sa part, T’Savhek était persuadée qu’il cachait quelque chose, mais il refusa de s’en ouvrir à elle malgré ses demandes pressantes.

Pendant ce temps, l’Amirauté n’avait toujours pas validé l’envoi sur le navire d’une équipe scientifique, et Sulok ne cessait de tourner autour de Harlington, comme s’il cherchait une faille à exploiter. Leurs rapports étaient emprunts d’une froideur extrême depuis que le docteur avait voulu dénoncer les méthodes de son supérieur. Et le Vulcain en vint à se demander s’il ne devait pas faire passer à son commandant des tests psychologiques. Il perdait manifestement pied avec la réalité, et le médecin de bord avait le pouvoir de le démettre de son commandement, même si ce type de procédure était rarissime.

Au soir du quinzième jour des réparations, et alors qu’il restait encore deux heures de travail pour tout le monde avant la fin de la journée, Harlington quitta son équipe et se dirigea vers l’intercom général le plus proche, enfin remis en état.
– Ici votre commandant. Vous pouvez cesser dès maintenant. Nous nous sommes tous donnés sans compter ces derniers jours, aussi avons-nous besoin de repos. Je vous donne donc quartier libre à compter de cet instant, et pour les trois jours à venir. Si certains veulent quitter le bord, l’officier en second T’Savhek supervisera les déplacements. Par ailleurs, j’attends les officiers T’Savhek, O’Connor, Lupescu, Sulok et Mitchell sur la passerelle. Merci de votre attention.
Passé un moment d’incertitude, des cris de soulagement puis de joie se firent entendre. Les cinq officiers appelés, au contraire, avaient l’air morose en pénétrant sur la passerelle. Mais à quoi pensait donc leur commandant ?

Harry Harlington était debout face à l’écran géant de la passerelle, la main posée sur le dessus de son fauteuil de commandement. Il n’avait pas encore pris le temps de s’y asseoir depuis sa prise de fonction. Ce fut T’Savhek qui ouvrit les hostilités.
– Commandant, je ne comprends pas. Puis-je vous rappeler que nos délais ne seront pas tenus, même en continuant sur notre rythme actuel ? Selon mes estimations, le navire n’est opérationnel qu’à 8,67%.
Harlington ne se retourna pas. Au contraire, il fit un pas en avant, et s’assit lentement sur son siège. Il le fit ensuite pivoter vers ses hommes, les yeux brillants d’une flamme indomptable.
– Lieutenant T’Savhek, pourquoi vous inquiétez-vous ? Puisque nos délais ne seront pas tenus quoi qu’il arrive, quel que soit le rythme que nous adoptons, qu’importe si les hommes prennent un peu de repos, par ailleurs bien mérité, je trouve ?
– Mais…commandant ! Est-ce à dire que vous abandonnez ?
– Il me paraît évident que le commandant Harlington ne parvient pas à gérer le stress provoqué par l’impossibilité de…
– Ce sera tout, docteur Sulok, coupa Harlington. Vos évidences ne le sont que pour vous, aussi vous saurais-je gré de les garder pour vous. Jusqu’ici, nous avons affecté tout le monde à la réfection du navire. Dès que les hommes reviendront de leur permission, je veux qu’ils se recentrent sur leurs tâches respectives. Je veux que les pilotes et navigateurs passent leur temps sur les simulateurs de l’Académie. T’Savhek et O’Connor, vous continuerez à superviser les réparations. Sulok, vous allez rendre l’infirmerie opérationnelle, et commencer à former votre assistant à vos méthodes de travail. Lupescu, organisez aussi le service de sécurité, et faites remplir l’armurerie du Baltimore. Quand à vous, Mitchell, en tant que chef de la logistique, je veux que établissiez la liste de tout le matériel dont nous sommes susceptibles d’avoir besoin, et que vous vous le procuriez.
Harlington scruta attentivement ses subordonnés un à un, pour s’assurer qu’ils avaient bien intégré ses ordres. Puis il sourit.
– Quelqu’un connaît-il le commodore Anton Van Peelse ?
T’Savhek et Sulok ouvrirent la bouche, mais Mary O’Connor fut la plus prompte à répondre :
– Il s’agit d’un des plus éminents professeurs d’ingénierie de l’Académie. Il enseigne à l’élite des élèves voués à sa discipline.
– J’ai suivi ses cours, ajouta T’Savhek. il est d’une compétence inégalée.
– Sa classe actuelle, reprit Harlington, compte une quarantaine d’éléments triés sur le volet. La majeure partie d’entre eux sera ingénieur en chef un jour ou l’autre. mais pour l’heure, ce ne sont que des cadets, et à ce titre, ils sont à l’école. Comme vous le savez, les classes spécialisées sont envoyées sur le terrain pour parfaire leur formation, par le biais de stages de mises en situation professionnelle. Après que j’ai pris connaissance de l’état du navire, et compris sur-le-champ que quels que soient les efforts déployés, nous échouerions dans notre tâche, j’ai pris contact avec le professeur Van Peelse. Il a admis que nos ordres étaient totalement irréalistes, et que nous n’avions pas une chance de réussir dans les délais impartis. C’est un homme de défi et je le savais en allant le voir. Aussi a-t-il accepté d’inscrire la réfection de l’USS Baltimore dans son programme scolaire, sous la forme d’un stage de terrain pour ses élèves, qui durera quinze jours et qui commence dès demain matin.
T’Savhek s’empourpra violemment en entendant ces paroles. En tant qu’officier en second, c’était à elle de proposer des solutions aux problèmes rencontrés par son commandant, or jamais elle n’avait eu cette idée, qui lui parut pourtant simple et élégante une fois énoncée.
– Ce sera un honneur de rencontrer le professeur Van Peelse, s’enthousiasma Mary O’Connor.
Bien qu’elle fut une passionnée de la technique, elle n’avait pas un talent inné dans la discipline, et tout ce qu’elle en connaissait, elle l’avait appris de A à Z, en partant de zéro.
– Voilà qui est…ingénieux, commandant, commenta sobrement Sulok, en regardant Harlington d’un œil nouveau, dans lequel Harry crut voir du respect l’espace d’un instant.
– Vous avez vos consignes. T’Savhek, occupez-vous de superviser tous ces changements, je vous prie.
– A vos ordres, commandant.
– Ce sera tout, messieurs dames. Passez une bonne soirée.
Alors qu’il se dirigeaient vers la sortie, après avoir salué leur commandant, T’Savhek fit volte-face et attendit que les autres soient partis.
– Commandant, si vous voulez ma démission, je suis prête à vous la donner sur-le-champ.
– Vous savez quel est le point fort des Vulcains, lieutenant ? demanda Harry en éludant la proposition.
– Non, monsieur.
– Ils sont opiniâtres. Donnez-leur un objectif, et ils l’atteindrons coûte que coûte, avec une régularité qui n’a pas d’égale. les Vulcains sont très patients, organisés et entêtés. Pouvoir s’appuyer sur des Vulcains est donc un atout essentiel, selon moi.
– C’est une manière de voir les choses, monsieur.
– Mais ils ont également une grosse faiblesse, je trouve.
– Monsieur ?
– Ils manquent d’imagination. J’espère que vous ferez mieux la prochaine fois, lieutenant.
– Je n’y manquerais pas, monsieur.
– Je refuse votre démission, T’Savhek, car j’estime que votre présence est un plus indéniable.
– Je ne suis pas d’accord, d’autant que vous venez de le prouver, monsieur.
– Tout être est perfectible, lieutenant, vous êtes d’accord ?
– Oui, monsieur.
– C’est en étant confronté à des situations nouvelles ou inhabituelles que nous nous améliorons dans la vie, je pense.
– Je vous l’accorde, et tâcherais de m’y confronter plus souvent à l’avenir.
– Et pourquoi ne pas vous y confronter dès maintenant, lieutenant ? Je vous invite au restaurant.
Elle faillit refuser, par réflexe. Mais cette invitation correspondait parfaitement à ce que Harlington venait d’énoncer avec son histoire de situations nouvelles et inhabituelles. Et les humains avaient le don de la surprendre avec leur illogisme, qu’elle trouvait parfois si rafraîchissant…surtout venant de cet humain là.
– Ce pourrait être une expérience enrichissante, commandant.
Harry sourit.

Leur soirée ne fut pas un succès. Ni l’un ni l’autre ne parvint jamais à se détendre. Ils se forcèrent à parler de tout et de rien, et ces échanges artificiels laissèrent souvent place à de longs moments de silence. C’est avec soulagement qu’ils y mirent fin.
Harlington se maudit de sa nullité. Il avait été en-dessous de tout.

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MessageSujet: Re: [TOS] USS Baltimore   Jeu 31 Juil 2008, 18:42

Chapitre 8 : dernière ligne droite


Le jour se levait à peine quand un autobus aux couleurs de l’Académie, rempli d’une cinquantaine de cadets en uniforme, se présenta au pied de l’USS Baltimore.
Le commodore Anton Van Peelse fut le premier à en sortir, et grimpa l’escalier qui menait au vaisseau, d’un pas léger bien qu’il ait dépassé la cinquantaine. Il avait la peau blanche, des pommettes saillantes, des petits yeux enfoncés et brillants d’intelligence. Un début de calvitie dans ses cheveux filasse et une épaisse moustache de même couleur complétait le tableau.
Harlington, T’Savhek, O’Connor et Lupescu l’accueillirent .
– Permission de monter à bord, commandant ? demanda Van Peelse en souriant.
– Accordé, commodore, répondit Harlington. C’est un honneur et un plaisir de vous avoir à bord, monsieur. Je vous remercie à nouveau d’avoir…
– Trêve de bavardage, lieutenant, je crois que mes hommes ont du travail. Faites-leur indiquer leurs positions. Et accordez-moi le plaisir d’une petite promenade à mes côtés.
– Comme vous voudrez, monsieur. T’Savhek, je vous laisse gérer les affectations.

Les deux officiers se mirent à déambuler parmi les vaisseaux stationnés alentour.
– Lieutenant, je dois bien admettre qu’il y a quinze jours, après avoir accepté d’envoyer ma classe travailler sur votre vaisseau, j’ai eu du mal à croire les ordres que vous aviez reçu. Avec un équipage traditionnel, il est impossible de remettre en état un vaisseau tel que le vôtre, obsolète par bien des côtés et ayant subi des avaries jamais réparées jusque-là. Surtout en seulement un mois. Si vous m’expliquiez ce que cela signifie ?
Harlington réfléchit longuement avant de répondre.
– Vous avez entendu parler des événements à bord de l’USS Eagle ?
– Vaguement. Lors de sa dernière mission, le capitaine est mort, le second s’est avéré incompétent, et deux membres d’équipage ont réussi à sauver le vaisseau du désastre.
Les deux membres d’équipage en question étaient T’Savhek et moi-même. Elle était déjà sous-lieutenant, et moi simple aspirant. Non seulement son grade a été confirmé, mais elle a été nommée lieutenant. Quant à moi, cet exploit m’a valu d’être nommé sous-lieutenant, et de recevoir un commandement. Celui du Baltimore.
– Bizarre que ce ne soit pas elle qui a reçu un commandement, vu qu’elle était la plus gradée de vous deux.
– C’est…surtout moi qui ait agi, et elle m’a suivi, m’apportant d’ailleurs une aide essentielle.
– Je vois, c’est votre prise d’initiative qui est à l’origine de votre promotion.
– Oui, monsieur.
– Mais qu’est-ce que c’est que cette promotion pourrie ? J’ai accès aux archives des Quartiers Généraux, concernant le présent et le devenir des vaisseaux, or le Baltimore devait prochainement être mis sur la liste des navires à désassembler.
– Quand le capitaine de l’Eagle est mort, c’est le commandeur Peter Sanders, son officier en second, qui a pris le commandement. Il a paniqué, provoquant la mort de dizaines de membres d’équipage. Aussi a-t-il été dégradé et rendu à la vie civile à notre retour de mission.
– Quel rapport avec le Baltimore ?
– Quand il a été notifié que j’allais recevoir un commandement, un des amiraux de Starfleet a fait en sorte que je passe sous sa responsabilité. L’amiral Graham Sanders.
Graham Sanders…comme dans Peter Sanders ?
– Oui. L’amiral est l’oncle de mon ancien supérieur. Il semblerait qu’il n’ait pas digéré le fait que T’Savhek et moi ayons sauvé l’Eagle, tandis que son neveu faisait n’importe quoi aux commandes.
– Il vous tient pour responsable de la chute de son neveu, et vous a donné des ordres impossibles à réaliser pour se venger ?
– C’est ce que je pense, monsieur. Plusieurs de mes connaissances à l’Amirauté ont confirmé cette version.
– Je vois. Il existe des familles qui, de génération en génération, se vouent à Starfleet, par tradition. Et il est vrai que les Sanders y ont une certaine importance. Vous avez conscience que l’amiral n’en restera pas là, même si vous réussissez cette première mission ?
– Oui, monsieur. Mais il va bien falloir que je réussisse à tenir en attendant que l’orage s’éloigne.
Van Peelse se tut. Ce petit avait du courage, aucun doute là-dessus. Grâce à ses propres relations, le commodore estima qu’il était peut-être possible de lui donner un coup de pouce en cas de besoin, si la situation se dégradait pour ce jeune officier.

Quand ils revinrent au Baltimore, les élèves de Van Peelse étaient déjà à pied d’œuvre. Leur professeur fronça les sourcils, et dès qu’il fut monté à bord, multiplia les coups de gueule et les imprécations, les mâtinant néanmoins d’encouragements. L’équipage habituel du vaisseau fut presque jeté dehors, car il gênait les apprentis ingénieurs. Seule l’équipe technique du bord resta, ainsi que Harlington qui, inutile, dut se contenter de se faire tout petit afin de ne déranger personne. Un comble pour le commandant de bord.

Au milieu de l’après-midi, T’Savhek rejoignit Harlington et lui annonça d’ores et déjà que la majeure partie des réparations serait finie dans les temps. Et selon elle, le reste pourrait fait en vol. Leur problème numéro un venait d’être résolu. Tout le stress accumulé jusque-là s’envola aussitôt.

Quand les élèves de Van Peelse quittèrent le navire, dix jours plus tard, T’Savhek estima que le Baltimore était opérationnel à plus de 93%, et quoi qu’il en soit en état de voler.
Entre-temps, Harlington avait appris de la part de l’Amirauté qu’il n’y aurait pas d’équipe scientifique d’affectée à bord pour le moment. Et il reçut une convocation de son supérieur hiérarchique, l’amiral Graham Sanders.

Sanders avait été ravi de dégotter le dossier de l’USS Baltimore NCC-1152, quand il avait fallu fournir au fraîchement promu sous-lieutenant Harry Harlington un premier commandement. N’importe quel officier supérieur sain d’esprit aurait décrété que le vaisseau était bon pour la casse. Voilà qui serait parfait pour mettre fin à la carrière du jeune insolent, à cause de qui son neveu avait été cassé et renvoyé.
L’amiral avait cru s’étrangler de rage en apprenant l’intervention de la classe du commodore Van Peelse. Mais toutes les procédures ayant été respectées, il n’avait pu s’y opposer. Et cette première mauvaise nouvelle à son goût n’était rien à côté de celle qui avait suivi. Les Services Techniques de l’Amirauté lui avaient demandé un rapport sur le pourquoi de ses ordres, concernant un navire qui aurait dû être retiré du service, ainsi que sur le délai imparti pour mener sa réfection.
Conscient qu’il avait dépassé les bornes et que sa carrière pourrait en souffrir, il avait longuement réfléchi avant de répondre point par point. Il était économiquement plus rentable et plus rapide de renflouer un vaisseau, plutôt que d’en faire construire un nouveau. Et il avait ajouté que comme Harlington avait déjà donné la mesure de ses capacités d’improvisation, il n’avait pas douté qu’il parviendrait à remettre le Baltimore en état en un mois. Sanders avait failli pleurer de rage en écrivant ces lignes : il ne voulait que la chute de ce misérable sous-lieutenant, et voilà qu’il était obligé de le complimenter pour couvrir ses arrières.

Quand il le reçut dans son bureau de l’Amirauté, il avait eu le temps de se calmer. Il le fit patienter une bonne heure avant de la faire entrer. Juste pour lui apprendre qui était le patron. Bien qu’il se trouva mesquin sur ce coup là, cela lui fit un bien fou.
– Asseyez-vous, lieutenant Harlington, fit-il froidement. Le navire est prêt à décoller ?
– Il le sera d’ici quatre jours, conformément aux ordres reçus, monsieur.
– Parfait, répondit l’amiral sans enthousiasme. Comme vous le savez, je suis le responsable de la sécurité aux abords de la Zone Neutre Romulienne. Afin de rompre quelque peu l’isolement de nos avant-postes chargés de la surveiller, et de m’assurer personnellement qu’ils sont en mesure d’accomplir leur mission, j’ai décidé d’en faire la tournée. Vous m’aurez donc comme passager lors de votre première mission aux commandes. Je vous enverrai mon aide de camp avec mes bagages. Prévoyez une cabine pour moi, et une autre pour lui. Je vais faire envoyer les détails de notre voyage à votre ordinateur de bord. Des questions ? demanda Sanders sur un ton indiquant qu’il ne valait mieux pas qu’il y en eut.
– Aucune, monsieur, répondit prudemment Harlington. Ce sera un honneur de vous avoir à bord, ajouta-t-il, parfaitement hypocrite.
– Honneur partagé, lieutenant, fit Sanders pour ne pas être en reste.
– Monsieur, la veille du départ, j’ai prévu une petite cérémonie avec l’équipage, pour fêter la réaffectation de l’USS Baltimore au sein de la flotte. Vous y voir serait un plaisir.
– Comptez sur moi, lieutenant, dit l’amiral en grimaçant un sourire. Vous pouvez vaquer à vos occupations, lieutenant, ce sera tout.
– Merci, monsieur. Bonne fin de journée à vous.
Les deux hommes se saluèrent avec civilité, alors même qu’ils se haïssaient.

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MessageSujet: Re: [TOS] USS Baltimore   Ven 08 Aoû 2008, 12:20

Chapitre 9 : la cérémonie


Harlington s’en voulut d’avoir invité l’amiral Sanders à la cérémonie de départ. Il avait décidé d’en organiser une pour aider à la cohésion de ses hommes. Une petite réunion informelle entre son équipage et lui, tout simplement. Avoir la présence d’un amiral changeait la donne. D’autant que ce ne fut pas tout.
Le commodore Van Peelse le contacta et, sous couvert de prendre des nouvelles, parvint à faire avouer à Harlington qu’il y avait une cérémonie. Le lieutenant se sentit obligé de l’inviter, ainsi que ses élèves, sans qui jamais ils n’auraient réussi.
Alors qu’il se demandait s’il devait ordonner à ses hommes de mettre leur uniforme de cérémonie, Sulok et T’Savhek lui apprirent que leur oncle, l’amiral Stelek en personne, serait là lui aussi, pour dire au revoir à ses neveu et nièce.
Deux amiraux, un commodore réputé…Harlington commença à stresser. Lui et son équipage avaient plutôt intérêt à faire bonne impression face à ce gratin de Starfleet.
Quand le pilote Antonino Garcia le prévint qu’un message venait d’arriver de l’Amirauté, il espéra que l’un de ses augustes invités s’était décommandé. Ses jambes se mirent à trembler brièvement quand il lut que l’amiral Nogura, commandant en chef de Starfleet, viendrait lui aussi.

La cérémonie était prévue à 1800. Prêt quatre heures plus tôt, Harlington commença à faire les cent pas, engoncé dans son inconfortable uniforme de cérémonie. Il mit à rude épreuve la patience vulcaine de T’Savhek, qui avait organisé l’événement, en lui posant les mêmes questions des dizaines de fois.
Quatre tables recouvertes de nappes avaient été installées dans le mess, et ornées de plateaux remplis d’amuse-gueules. En plus des divers breuvages proposés, alcoolisés ou non, les enseignes Garcia et Mitchell avaient préparé un punch maison. Harlington y goûta et, après avoir fini de s’étouffer avec tellement il était fort, félicita les deux hommes, tout en se promettant in petto de ne pas y toucher. Il pria pour qu’aucun membre de son équipage ne force trop sur ce punch.

Il nota avec satisfaction que tous ses hommes étaient là une bonne demi-heure avant l’heure fatidique. A compter de ce moment, il se réfugia dans sa bulle. Pas question de montrer le moindre signe de nervosité. Il serait d’une impassibilité vulcaine, décida-t-il.
T’Savhek, ayant vu ce changement, se glissa près de lui et lui murmura à l’oreille :
– N’oubliez pas de respirer, commandant.
Il la fusilla du regard. Mais quand il vit une lueur amusée dans ses yeux, chose assez rare pour être soulignée, il lui sourit et se détendit aussitôt.

L’amiral Graham Sanders fut le premier des invités à arriver. Sur ses talons, une superbe humaine d’une trentaine d’années, aux courbes harmonieuses et aux yeux aussi noirs que sa chevelure mi-longue, qu’il présenta comme étant son aide de camp, le lieutenant Sasha Viligo. Harlington fut assez fier de réussir à ne pas laisser son regard s’attarder trop longtemps sur ses jambes interminables, et répondit sur un ton qu’il espérait ne pas être trop charmeur.
Le commodore Van Peelse et sa classe arrivèrent à leur tour, et avec ce troupeau de cadets, le buffet fut assailli et une ambiance festive, presque déchaînée, s’installa. Un cercle plus digne se forma également, légèrement à l’écart, et comprenant les officiers supérieurs du Baltimore, Sanders, Viligo et Van Peelse. Une conversation badine y commença. Harlington crut voir Sanders gratifier Van Peelse d’une œillade assassin, auquel celui-ci sembla répondre par un sourire goguenard.
Les conversations animées baissèrent soudainement d’un ton. Un passage s’ouvrit parmi les cadets, qui se figèrent tous au garde-à-vous. Un Vulcain s’avança, qui semblait être dans la force de l’âge. D’un air serein qui semblait à l’épreuve de tout, l’amiral Stelek progressa d’une démarche presque féline, jusqu’au groupe des officiers, devant lesquels il s’inclina légèrement.
– Mesdames, messieurs, c’est un plaisir…
Harlington commença à lever la main pour exécuter un salut vulcain, y renonça car se sentit ridicule sans trop savoir pourquoi, et se contenta de lancer :
– Tout le plaisir est pour nous, amiral.
Il fit les présentations, et l’amiral hocha la tête à l’attention de chaque officier. Pour ses neveu et nièce seulement, il se fendit d’un salut vulcain, auquel ils répondirent. Alors que la conversation, inintéressante au possible, redémarrait, Stelek ne quitta dès lors plus Harlington des yeux, comme pour le jauger. Celui-ci fit ce qu’il put pour cacher son malaise, mais se sentit ridicule quand il lança deux réparties pour le moins niaises. Il cacha la rougeur de honte de son visage derrière son verre, que l’un des cadets venait de lui apporter, et pria pour que cette épreuve se termine le plus vite possible.

Stelek s’isola dans un coin du mess avec les siens.
– Alors ? demanda-t-il à Sulok.
– Cet humain…n’est qu’un humain, mon oncle. Certes, il a fait preuve d’une certaine ingéniosité en faisant appel à Van Peelse et à ses élèves, mais c’est tout. Il est respecté en tant que commandant, non pas à cause de ses actes, mais uniquement parce qu’il occupe la fonction de commandant. Je ne lui vois rien d’exceptionnel qui puisse justifier qu’on veuille lier sa carrière à la sienne.
T’Savhek saisit l’allusion mais se tint coi, jusqu’à ce que son oncle hoche la tête en guise de commentaire et se tourne vers elle en levant un sourcil.
– Est-ce donc la raison pour laquelle vous êtes venu, mon oncle ? Evaluer notre commandant ?
– T’Savhek, l’Amirauté suit de très près les cadets qui passent par Starfleet. Nous connaissons à 98,37% les futurs commandants de vaisseaux, de par leur parcours et leur mentalité. Ce Harlington fait partie des 1,63% restants, ceux qui se révèlent alors que rien ne semblait les prédisposer pour. La raison pour laquelle nous surveillons avec attention les membres de cette catégorie, c’est que leur taux d’échec au commandement est trois fois plus important que les officiers prometteurs repérés dès leur arrivée. Je dois être sûr que vos vies et celles de vos camarades ne sont pas en danger sous les ordres de Harry Harlington.
– Il est assez compétent à mes yeux pour que j’ai refusé une promotion afin de le suivre, mon oncle, je vous le rappelle.
– Je ne le sais que trop bien, T’Savhek, et j’ose espérer que cet intérêt n’est que professionnel.
– Si vous avez peur que je remette en cause le mariage qui a été arrangé pour moi dès ma naissance ou presque, soyez rassuré, mon oncle. Je connais mon devoir.
– Je l’espère, T’Savhek, je l’espère. Car en acceptant de servir sous ses ordres, tu mets un frein certain à ta carrière.
– Je n’en suis pas si certaine, mon oncle. Et de toute manière, je suis suffisamment mature, ce me semble, pour décider moi-même ce qui est bon pour moi. Aussi vous interdis-je de vous mêler de ma carrière au sein de Starfleet.
– Vous me l’interdisez, lieutenant ?
– Oui, amiral. Et vous cacher derrière votre grade ne changera pas à l’affaire…mon oncle.
– Bien. Je constate que tu es pleinement décidée à poursuivre sur cette voie. Il est donc inutile que je te rappelle tes devoirs de Vulcaine, je présume ?
– En effet, mon oncle. Vous pourrez rapporter à la Doyenne de notre Famille, T’Sol, que je suis toujours une digne femme de notre clan.
– Parfait. Rejoignons les autres.

Harlington n’eut pas le temps de s’appesantir sur ce que les Vulcains avaient bien pu se dire, qu’un silence sépulcral s’abattait sur le mess. Tout le monde se retrouva au garde-à-vous en un instant, et l’amiral Nogura fit son apparition. Harlington déglutit nerveusement et tira sur son uniforme.
– Repos, fit l’amiral en chef de Starfleet en fendant les rangs des cadets.
Il serra la main de tous les officiers supérieurs, y compris des Vulcains, et dit à Harlington :
– Veuillez m’excuser d’avoir imposé ma présence à votre petite sauterie, mais quand j’ai vu qu’un commodore et deux amiraux faisaient le déplacement, j’avoue que j’ai été assez intrigué.
– Vous n’avez pas à vous excuser, amiral, vous avoir parmi nous est un honneur sans bornes.
Harlington se demanda s’il n’était pas trop servile en prononçant ces paroles. S’ensuivit un silence gênant, rapidement rompu par Van Peelse, qui s’enquit auprès de Nogura des nouvelles normes techniques qui allaient entrer en vigueur au sein de Starfleet dans les mois à venir. Harlington fut soulagé de la diversion, mais s’inquiéta à nouveau très vite. Des nouvelles normes ? Cela signifiait-il que les réparations opérées à bord du Baltimore seraient obsolètes d’ici peu de temps ? Il croisa le regard de T’Savhek et crut y lire la même interrogation, ce qui ne le rassura guère.
– Vous vous êtes bien débrouillés sur l’Eagle, tous les deux, reprit Nogura à l’attention de Harlington et de T’Savhek. j’ai pris connaissance de votre prochaine mission : prenez bien garde à ne pas franchir la Zone Neutre. Nous n’avons pas besoin d’une guerre sur nos frontières, en ce moment.
– J’en ai pleinement conscience, amiral, répondit Harlington en se maudissant d’employer un ton aussi suffisant.
– Je ne vois aucun civil, commandant Harlington. Vous n’avez pas invité les familles des membres d’équipage ?
– Les…j’avoue que dans mon optique, cette cérémonie avait pour but premier de créer des liens entre mes subordonnés, amiral.
– Je vois, fit l’amiral en se tournant vers l’un des pilotes du Baltimore, qui bredouillait une chanson paillarde, sous les quolibets de ses collègues et des cadets.
Harlington soupira intérieurement : vivement que ce calvaire s’achève. Il dura pourtant encore une heure, entre le cercle d’officiers qui s’efforçaient de tenir une conversation fluide, sans temps mort, et des hommes d’équipage et des cadets qu’on entendait de plus en plus, au fur et à mesure qu’ils ingurgitaient l’alcool proposé sur les tables.
Il crut devenir fou quand l’un de ses hommes commença à vomir dans le mess. Heureusement, il fut vite évacué et les vestiges de son exploit furent promptement nettoyés. Aucun officier supérieur ne fit mine d’avoir remarqué quoi que ce soit.

Harlington lui-même en fut rapidement à son quatrième verre de champagne. Dès qu’il l’eut lampé en deux gorgées, il se rendit compte de son erreur, et qu’il allait devoir se calmer s’il voulait faire un tant soit peu bonne impression. D’autant que l’amiral Nogura ne cessait de le scruter. Finalement, l’amiral fit d’un ton faussement innocent :
– Veuillez nous excuser, messieurs dames, mais je vous enlève un instant le lieutenant Harlington. Les conseils d’un vieux briscard comme moi pourraient bien lui être utiles dans sa tâche.
Il prit Harlington par le bras et ils s’isolèrent dans un coin du mess.
– Lieutenant, je dois avouer que lorsque je vous ai décorés, le lieutenant T’Savhek et vous, suite à votre exploit, je ne m’attendais pas du tout à ce qu’on vous confie un commandement aussitôt après.
– Que voulez-vous dire, amiral ?
– Vous avez fait preuve d’initiative et de courage, mais êtes-vous taillé pour commander un navire et son équipage ? Je ne pense pas, sauf votre respect, que nous en ayons la certitude.
– Je…je ne sais pas quoi dire, amiral. Mais dans ce cas, pourquoi m’avoir promu commandant d’un vaisseau ?
– C’est la question que je me suis posée quand le rapport concernant votre nomination est arrivé sur mon bureau. Savez-vous qui est à l’origine de votre promotion ?
– A vrai dire, non, monsieur.
– L’amiral Graham Sanders.
– Ah ? Je ne l’aurais pas cru, monsieur, répondit prudemment Harlington.
– Regardons les choses en face, lieutenant Harlington. Je ne suis pas un imbécile et beaucoup de bruits parviennent à mes oreilles. Je sais qu’il vous en veut à mort, et qu’il vous considère comme responsable de la chute de son neveu, bien qu’une telle conclusion soit parfaitement idiote. A votre avis, pourquoi dans ce cas vous a-t-il obtenu un commandement ?
– Je…je ne sais pas, monsieur.
– J’y ai réfléchi pour ma part, et ma conclusion est la suivante : il veut votre tête.
– Et pour ce faire, il m’octroie un navire ? Je ne comprends pas.
– Vous n’avez eu aucune formation en vue de la tâche qui vous a été dévolue. Pensez-vous vraiment que n’importe qui peut devenir commandant de navire du jour au lendemain, sans aucune expérience ?
– J’ai…du mal à l’imaginer, en effet.
– C’est pourtant précisément ce qui vous arrive. Avez-vous entendu parler du Principe de Peter, énoncé au XXème siècle ?
– Non, monsieur.
– Il stipule que dans une entreprise, un employé normal qui s’élever jusqu’à son niveau d’incompétence, qui est le palier au-delà duquel il ne plus grimper. A l’inverse, un ambitieux ou arriviste va tout faire pour aller le plus haut possible, et atteint souvent un palier qui se trouve bien au-delà de son seuil d’incompétence. En conséquence de quoi, comme il n’aura pas les épaules assez larges pour assumer son rôle, s’en suit un risque certain de dysfonctionnement au sein de l’entreprise. Vous me suivez ?
– Oui, monsieur.
– A votre corps défendant, vous n’étiez rien ou presque, et vous voilà commandant d’un navire et responsable de la sécurité de votre équipage, et vous vous apprêtez à faire route vers la Zone Neutre Romulienne, région sensible entre toutes qui, si l’on n’y prend pas garde, pourrait voir le commencement d’une guerre dévastatrice. Je pense donc que l’amiral Sanders vous a nommé commandant, poste qui est logiquement bien au-delà de votre niveau de compétence, afin que vous vous discréditiez tout seul. Comme il vous accompagnera et qu’il a un grade bien plus important que le vôtre, il lui sera enfantin de vous écarter et de prendre lui-même le commandement si vous ne vous avérez pas être à la hauteur de la tâche.
– Je…n’y aurais jamais pensé, monsieur. Merci pour cet éclaircissement. Mais, si je puis me permettre : puisque vous savez tout ceci sur l’amiral Sanders, pourquoi ne l’empêchez-vous pas d’agir ? Car je suppose que vous n’avez aucune confiance en lui ?
– Les choses ne sont pas si simples, soupira Nogura. Dans les hautes sphères de Starfleet, il existe plusieurs factions, dont chacune a ses propres intérêts et buts. Je suis peut-être au pouvoir, mais je suis obligé de tenir compte de l’existence des autre factions et de certains de leurs desiderata, dans un souci d’équilibre, et afin de continuer à assumer mon rôle.
– De la politique…lâcha Harlington. Starfleet n’est donc rien de plus ?
– Bien sûr que si. Les valeurs qui accompagnent notre noble institution sont toujours présentes à mon esprit. Mais en tant que tête pensante de Starfleet, je suis obligé d’intégrer cette dimension politique dans mes réflexions.
– Où voulez-vous en venir avec tout cela, amiral ?
– A deux choses, à vrai dire. Je m’inquiète réellement pour votre équipage, d’où ma mise en garde contre votre inexpérience, qui pourrait vous être fatale. Et deuxièmement, il est évident que si vous vous révélez à la hauteur, vous deviendrez réellement un commandant, non plus simplement en droit mais surtout en fait. De là, une carrière intéressante s’ouvrira à vous, surtout si vous avez mon soutien pour vous protéger de la coterie de Graham Sanders.
– Je vois, amiral, répondit sobrement Harlington, peut-être un peu trop sèchement, écœuré par tant de manœuvres alambiquées.
Harlington rompit le silence gêné qui s’installa entre eux en remerciant Nogura pour ces éclaircissements, et ils rejoignirent les autres.

Quand les invités se retirèrent, une heure plus tard, Harlington put enfin souffler. Le pire avait été évité, et il n’avait pas été trop ridicule, estima-t-il. Il alla rapidement se coucher, mais eut du mal à trouver le sommeil, écrasé par le poids de la responsabilité qui lui avait été confiée, et par la crainte de ne pas être à la hauteur.

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MessageSujet: Re: [TOS] USS Baltimore   Ven 15 Aoû 2008, 20:40

Chapitre 10 : le départ


Comme de juste, avec l’arrivée d’un amiral à bord du Baltimore, Harlington dut changer de cabine car bien que spartiate, la sienne était la plus spacieuse du navire. Heureusement, avec l’absence de l’équipe scientifique, et les trois derniers postes du navire non pourvus, la place ne manquait pas.
Il s’acquitta de cette tâche dès l’aube, avec l’aide de Lupescu qui, l’ayant croisé les bras chargés, lui proposa son aide. Il n’était que huit heures du matin quand ils eurent fini d’empiler pêle-mêle les affaires de Harlington dans sa nouvelle cabine. Mais le commandant ne voulut pas s’occuper plus avant de son installation. Le départ était prévu à 1400, et il avait encore une tâche essentielle à accomplir avant de quitter la Terre.
Il demanda une jeep avec chauffeur aux services logistiques et se fit conduire à l’Académie.

En traversant les jardins de l’école, que lui-même n’avait pas eu la chance de fréquenter, il ne put s’empêcher d’éprouver de la fierté en voyant des cadets lancer des regards envieux à son uniforme. Il réussit à intercepter le commodore Van Peelse dans le département technique, juste avant que celui-ci n’entre dans un amphithéâtre pour y donner un cours.
– Excusez-moi, commodore, mais j’ai un gros problème sur les bras !
– J’en ai un aussi, mais sous le front, mon garçon. Quelle gueule de bois ! Qu’est-ce que je peux faire pour vous, Harlington ?
– Hier soir, l’amiral Nogura s’est inquiété de mon inexpérience en tant que commandant, et cela me taraude depuis. J’ai besoin de conseils !
– Vous décollez dans combien de temps ?
– Moins de cinq heures.
Van Peelse éclata de rire, avant de s’en excuser.
– C’est à croire que vous aimez les timings serrés, lieutenant ! Plus sérieusement, je ne peux rien pour vous, je n’ai jamais commandé de vaisseau.
Devant la déception évidente de Harlington, il ajouta :
– Allez voir de ma part le commodore Jericho, au département Pilotage et Navigation. Si lui ne peut pas vous aider, personne ne le pourra.
– Merci pour tout, commodore, et à la prochaine ! s’exclama Harlington avant de partir prestement.
– Bon courage, mon garçon, bon courage, murmura Van Peelse.

Harlington arriva essoufflé au secrétariat du département Pilotage et Navigation. Il apprit avec soulagement que le commodore Jericho donnait présentement un cours, et trouva rapidement dans quel amphithéâtre. Il hésita à entrer, répugnant à interrompre le cours. Il se sentait dans la peau d’un gêneur. Il se demanda s’il ne devait pas attendre que le commodore fasse une pause dans son cours qui, d’après les renseignements glanés au secrétariat, durait quatre heures. Mais en faisait-il ?
Comme il l’ignorait, et qu’il était pour le moins pressé, il respira un bon coup, tira sur son uniforme, et appuya sur le bouton qui commandait la porte de l’amphithéâtre.
Il avança d’un pas…et s’arrêta aussitôt, impressionné. Il venait de pénétrer dans ce qui devait être l’un des amphithéâtres les plus importants de l’Académie. Il surplombait les dizaines de rangées de sièges, toutes occupées par des cadets de l’Académie. Certains étaient même assis sur les escaliers qui descendaient jusqu’à l’estrade professorale.
Une simulation informatique et tridimensionnelle s’y jouait, qui représentait une bataille spatiale s’étirant tout le long de l’estrade, sur quatre mètres de hauteur.
La voix tranchante et autoritaire du commodore Jericho s’entendait très bien, même de là où il se trouvait.
– …et c’est alors que le capitaine Pike s’est retrouvé face à un choix cornélien, comme vous pouvez le constater sur cet hologramme…arrêt sur image.
Jericho leva les yeux sur Harlington, sembla-t-il à ce dernier, incertain à cause de la distance. Il en eut vite la confirmation quand le commodore dit, glacial :
– Entrez ou sortez, mais fermez la porte.
Harlington s’empourpra et activa la fermeture. Il prit ensuite son courage à deux mains et descendit l’allée centrale, en se frayant un chemin parmi les étudiants assis sur les marches. Le commodore Jericho ne le quitta pas des yeux, et le sous-lieutenant sentit le poids du regard de tous les cadets présents peser sur lui. Ses pas résonnaient dans le silence de mort qui s’était installé.
Arrivé face à l’estrade, il se fendit d’un garde-à-vous et salua le professeur.

Jericho était une légende au sein de Starfleet. Il avait commandé sept navires durant sa carrière, et avait frôlé la mort plus qu’à son compte. A l’origine de bon nombre de stratégies innovatrices, au cours des dizaines d’engagements auxquels il avait pris part, il avait décidé d’en faire profiter l’Académie après vingt années de service actif.
Il entrait dans la soixantaine, mais ses cheveux en bataille commençaient à peine à grisonner. Avec son profil d’aigle, son expression sévère et ses yeux brillants, il imposait le respect. On devinait aisément le chef, celui derrière lequel on peut s’abriter sans risque en estimant qu’il a une solution à tout problème rencontré. Une force de la nature. Harlington tenta d’ignorer ce charisme et dit :
– Veuillez m’excuser d'interrompre votre cours, commodore, mais je…
Jericho leva une main pour le faire taire et, faisant face à ses élèves, leur dit :
– Garde-à-vous !
S’ensuivit un brouhaha pendant quelques secondes à peine, au terme duquel tous les étudiants se figèrent, debout, face aux deux officiers de Starfleet. Jericho reprit :
– Regardez bien cet homme. Il est ce à quoi vous aspirez tous. Bien qu’il n’ait que le grade de sous-lieutenant, il a obtenu son premier commandement le mois dernier. Salut pour le lieutenant Harry Harlington, commandant l’USS Baltimore, immatriculation NCC-1152.
Harlington ne put s’empêcher de se sentir ému face à l’hommage. L’importance de sa fonction, déjà mise en avant la veille par l’amiral Nogura, lui sauta à nouveau au visage. Il sentit une grande fierté l’envahir, avant de la refouler aussitôt. La situation était certes très gratifiante, puisqu’il était présenté comme un exemple aux générations futures de Starfleet, mais depuis les mises en garde de l’amiral en chef de Starfleet, son enthousiasme avait été douché face au poids des responsabilités.
– Repos, dit-il après avoir salué à son tour, sobrement.
– Commodore, je suis désolé de…
– …Un commandant de vaisseau ne s’excuse pas, lieutenant, il s’explique, coupa Jericho, assez bas pour que nul autre n’entende.
– Je viens de la part de…
– …Van Peelse, je sais, il m’a prévenu tout à l’heure.
Se tournant vers ses élèves, il leur dit :
– Nous sommes arrivés au point crucial de la bataille. Le capitaine Pike a pris une décision essentielle. Laquelle ? A vous de le deviner. Vous avez quelques minutes, je dois pour ma part m’entretenir avec le lieutenant Harlington. Soupesez longuement vos décisions, car elles vont engager la vie de votre équipage.
Les deux officiers s’isolèrent derrière l’estrade.
– J’ai vu les rapports concernant l’Eagle. Toutes mes félicitations. Il fallait une sacrée dose de cran pour accomplir ce que vous avez fait.
– Merci, monsieur. Si je puis me permettre, comment se fait-il que vous sachiez qui je suis ?
– Je ne suis plus en service actif, mais je me tiens au courant de tout ce qui se passe sur le terrain. Et votre action a été la plus marquante ce dernier trimestre.
– Je comprends mieux. Si je suis ici, c’est parce que…
– …passé le moment d’allégresse d’avoir obtenu votre bâtiment, vous vous êtes rendu compte que vous n’avez aucune expérience du commandement ?
– Exactement, répondit Harlington, irrité par ce commodore qui semblait lire dans ses pensées .
– Qu’est-ce que vous croyez ? Qu’en quelques phrases, je vais pouvoir vous aider ? Ou que je vais vous prêter l’ouvrage s’intitulant « Etre un bon commandant en cent leçons ? ».
– Euh…un tel ouvrage existe vraiment ?
– Bien sûr que non. Et vous savez pourquoi ?
– Non.
– Chaque commandant a un style bien à lui. Cela dépend de sa formation, de son caractère, de la manière dont il interagit avec ses hommes. Vous débutez, vous n’avez donc pas de style, ou presque, même si je me suis laissé dire que vous avez fait preuve d’ingéniosité pour remettre votre vaisseau en état. Continuez comme cela : le commandant a toujours une longueur d’avance sur son équipage. C’est comme cela que vous vous ferez réellement respecter par lui. En tant que commandant novice, nommé sans avoir suivi le cursus classique, vos lacunes sont criantes en terme de stratégies de combat. C’est ce point qu’il vous faut travailler. Le reste n’est qu’accessoire, et vous l’apprendrez sur le tas.
– Accessoire, diriger un équipage ?
– Faites-le survivre aux problèmes que vous rencontrerez immanquablement, et ce sera déjà pas mal. Lisez les manuels de stratégie de l’Académie si vous avez du temps à perdre, mais je vous conseille mon propre traité avancé sur ce sujet. Et avant toute chose, il faut que vous connaissiez les limites de votre vaisseau et de votre équipage. En tant que commandant, vous êtes la tête pensante de cet alliance d’êtres vivants et de technologie. Ils ne sont que le prolongement de votre personne. Vous connaissez votre état physique, vous savez si oui ou non vous pouvez courir un marathon en deux heures. De la même manière, vous devez savoir quelles sont les performances optimales des ressources mises à votre disposition.
Harlington ne put qu’acquiescer, tout en essayant de graver ces paroles dans son esprit.
Jericho sourit, comme s’il lisait dans ses pensées, montra le bloc de données qui ne le quittait jamais, et ajouta :
– J’enregistre nos paroles depuis tout à l’heure. Vous voulez que je les transfère sur votre bloc de données ?
Harlington sourit en retour, impressionné par le commodore. Bien que plongé dans la situation présente, il avait également anticipé les conséquences et les besoins nés de cette conversation. Etait-ce donc cela, commander ? Réagir face à l’instant présent, et connaître les conséquences de ses actes, à moyen et long terme ?
– Quoi qu’il en soit, ayez toujours l’air sûr de vous. Un commandant qui a l’air de savoir ce qu’il fait inspire confiance.
– Et si sous ce masque, je fais une erreur mortelle ?
– Ce serait dommage. Je pense que vous avez un potentiel certain. Si vous vous plantez par incompétence, vous ne vaudrez pas mieux qu’un Peter Sanders. Donc si vous êtes en situation d’échec, faites en sorte que ce soit d’une manière glorieuse, si j’ose dire. Mieux vaut échouer en en faisant trop qu’en n’en faisant pas assez.
Harlington serait bien resté boire les paroles du commodore pendant des heures, mais celui-ci conclut :
– Maintenant, si vous voulez bien m’excuser, j‘ai un cours à finir. Procurez-vous Stratégies de Combat Spatial en sept volumes, et Psychologie du commandement, ce sera déjà un bon début. Et bon courage pour la suite.
– Merci, commodore. Qui sont les auteurs de ces ouvrages ?
– Moi, répondit le commodore Jericho avec un sourire goguenard.

Journal de bord du commandant Harlington, coefficient espace-temps 1513,4 : après avoir décollé avec succès, nous venons d’entrer en vitesse de distorsion. La prochaine escale est prévue à la base K-27, en bordure de la Zone Neutre Romulienne. Mes félicitations à l’équipage, et surtout à l’équipe technique : le navire est pleinement opérationnel et, d’après l’officier en second T’Savhek, est efficient à 112% des capacités optimales des vaisseaux de cette classe.

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MessageSujet: Re: [TOS] USS Baltimore   Dim 14 Sep 2008, 07:08

Chapitre 11 : la vie à bord


Une sourde anxiété ne quittait pas Harry Harlington, due à ses doutes grandissants sur ses capacités à être à la hauteur. Chaque page des ouvrages de Jericho lui renvoyait son inexpérience à la figure. Il en ressortait que le commodore avait été un excellent commandant. Harlington était persuadé que lui-même, placé dans les circonstances narrées par le commodore, aurait tout gâché depuis longtemps.
Extérieurement, il affichait un air sûr de lui, afin de montrer à ses hommes qu’il maîtrisait la situation, et que rien n’était capable de l’inquiéter. Il se demanda si ses hommes ne le jugeaient pas imbu de lui-même.
Dans les premières heures du voyage, il ne quitta pas sa cabine, avant d’estimer que c’était une erreur. Au contraire, il devait se montrer, se familiariser avec son équipage, lier des relations humaines avec lui. Il lui fallait veiller à ce que la somme d’individualités qui était sous ses ordres se transforme en véritable équipe : bien sûr, l’Académie voire des postes déjà occupés les y avait préparés, mais cette alchimie devait également être provoquée. Il décida d’aller poursuivre ses lectures au mess.

Sur un navire de taille plus importante, le mess était réservé aux officiers. A bord de l’exigu Baltimore, pourvu d’une petite vingtaine de membres d’équipage, une telle procédure aurait été pour le moins incongrue, aussi Harlington avait-il fait passer une note de service en autorisant l’usage à tout le monde, suivant un usage répandu dans Starfleet pour les bâtiments d’un tel gabarit. Ce serait en outre l’occasion de jauger de l’état d’esprit et du moral des troupes.

Quand il entra dans le mess, terme en soi impropre puisqu’il faisait aussi office de salle de détente, celui-ci était occupé par plusieurs membres d’équipage, seuls ou par petits groupes. Quelques rires fusaient, dans une ambiance bon enfant. Harlington constata avec soulagement que l’amiral Sanders ne s’y trouvait pas, et se dirigea vers une table, relativement isolée et pourvue d’un terminal informatique. Quelques membres d’équipage, surtout parmi les plus jeunes, surpris de son arrivée, voulurent se mettre au garde-à-vous, mais leur commandant les en dissuada, secouant la tête et lançant à la cantonade :
– Merci de cesser de me faire un salut militaire à chaque fois que vous me croisez. Un simple hochement de tête et un « bonjour, commandant » suffisent amplement. On ne va pas passer nos journées à se faire des courbettes…surtout quand nous ne sommes pas de quart !
Sa tirade énoncée, il ressentit un élan d’autosatisfaction en voyant les sourires soulagés sur le visage de ses subordonnés. Bien sûr qu’il voulait leur obéissance inconditionnelle. Mais il voulait aussi faire régner à bord une atmosphère décontractée.

Il passa devant une table occupée par T’Savhek et Sulok, un jeu d’échecs tridimensionnels entre eux. Son officier en second lui lança :
– Il faudra que nous reprenions nos parties, commandant.
– Dès que j’aurai une minute, T’Savhek, répondit-il dans un sourire, tout en pensant « Jamais ! ».
Quand ils étaient à bord de l’Eagle, Harlington avait été fasciné par T’Savhek : il n’avait jamais rencontré de Vulcain avant. Il avait trouvé les échecs tridimensionnels comme prétexte pour l’aborder, après qu’il l’eut vue y jouer seule. A vrai dire, il n’aimait pas ce jeu, auquel il s’avérait pour le mieux médiocre. Mais se montrer auprès de cette créature aussi belle qu’exotique n’avait pas été pour lui déplaire.
Quel cabot, se morigéna-t-il en s’asseyant, quelle vanité à l’époque ! Il s’inquiéta, à la pensée que l’affectation de T’Savhek obéissait peut-être à la même logique. Non, ce n’était pas possible. Il ne l’avait demandée à bord que pour ses compétences, et parce qu’il la connaissait un peu. Le fait qu’elle soit extrêmement séduisante n’entrait pas en ligne de compte. Quoique…
Refusant de suivre le fil de cette pensée, son regard erra à travers la vaste pièce. Sanders et son aide de camp n’étaient pas là non plus. Apparemment, ils se cantonnaient dans leurs quartiers, ce qui n’était pas pour déplaire à Harlington. Vues les relations pour le moins ambiguës qu’il entretenait avec Sanders, il valait mieux pour le commandant de bord comme pour l’amiral qu’ils se croisent le moins possible. Il se demanda brièvement si les rapports entre Sanders et la superbe Sasha Viligo n’étaient que professionnels, avant de soupirer intérieurement.
En se lançant à corps perdu dans une carrière au sein de Starfleet, il avait mis de côté ces histoires sentimentales. Il fallait croire que cela lui manquait. Malheureusement, le moment était plutôt mal choisi pour y songer. Ni maintenant, ni dans les prochains mois. Il amena à l’écran l’ouvrage de Jericho sur les stratégies et se plongea dans leurs études, en prenant des notes de temps à autre. Il s’était installé dos à un mur, pour que personne ne voit le sujet de ses recherches. L’apprendre pourrait avoir des conséquences désastreuses sur le moral à bord.

***
Au cours des jours suivants, chacun prit ses petites habitudes. Les membres d’équipage pouvaient être quasiment certains qu’à chaque fois qu’ils mettaient le pied dans le mess, ils y trouveraient leur capitaine, assis dans un coin et occupé à travailler furieusement sur un terminal. Bien qu’ils fussent curieux, nul n’osa venir l’importuner pour en savoir plus.
Cet état de fait convenait parfaitement à Harlington. Il commençait à mesurer à quel point ses lacunes en matière de combat spatial étaient criantes, et eut l’impression de se retrouver au pied d’une montagne inaccessible. Ressassant donnée sur donnée, il ingurgitait tout ce qu’il pouvait sur le sujet, même quand il n’était pas certain d’avoir réellement compris le contenu.
Il se livrait à des simulations informatiques dans sa cabine, mais se maudit en constatant que les programmes embarqués à bord étaient très limités. Il aurait dû y prêter une attention toute particulière. Penser que des membres de l’équipage risquaient de mourir à cause de cette négligence le rendait malade. Pourvu qu’il n’y ait pas d’incident était une pensée qui revenait souvent chez lui.
Harlington se rendait rarement sur la passerelle. Au début, sa gorge se serrait dès qu’il y mettait le pied, et à chaque fois qu’il s’asseyait dans son fauteuil de commandement. Il s’aperçut vite que la réalité de la fonction, cachée derrière le mythe qu’il s’était lui-même forgé, n’était pas très attrayante. Les heures de quart n’étaient que de longs moments d’ennuis entrecoupés par des rapports d’une routine affligeante, qu’il camouflait derrière un masque méditatif. Il en profitait pour faire le point sur les connaissances qu’il était en train d’acquérir.

L’équipage n’était pas désœuvré, loin de là : T’Savhek multipliait les exercices pour le tenir en alerte et optimiser ses performances, et évaluait toutes les sections du bâtiment tous les trois jours.
Les pilotes et navigateurs, menés par l’enseigne Garcia, peaufinaient leur art du pilotage sur des simulateurs dont les données étaient actualisées en permanence pour coller au plus près des performances du Baltimore : ils effectuaient inlassablement leurs gammes, tels que les arrimages aux bases stellaires ou les manœuvres, et les calculs de navigation, et testaient également leurs réflexes lors d’engagements fictifs. Harlington n’aimait pas tellement Antonino Garcia : s’il ne pouvait nier que le charisme de l’Ibérique aux traits harmonieux lui valait de francs succès, son attitude, mélange de nonchalance et de sûreté de soi, ne manquait pas de l’irriter. Harlington aurait aimé être aussi à l’aise que son pilote principal en toutes circonstances. Mais il se demandait surtout ce qui se cachait derrière cette apparence : Garcia s’écroulerait-il en situation de stress, ou resterait-il efficace ?
Quand Harlington s’était ouvert de ce problème éventuel à Sulok, médecin en chef, celui-ci l’avait gratifié d’un regard d’une froideur impressionnante, avant de lui répondre que les problèmes médicaux potentiels rencontrés par l’équipage étaient de son seul ressort, mais qu’il ne manquerait pas de l’en informer, s’il estimait qu’ils risquaient d’affecter l’efficacité des hommes.
Ce même Sulok était en train de former son équipe à la biologie moléculaire, afin de poursuivre ses propres recherches sur le virus hélicondratile. Harlington avait écouté les explications de Sulok sur ce sujet durant quarante-cinq minutes. Pendant les quarante dernières, il s’était borné à approuver, opinant du chef ou émettant des grognements en guise d’assentiment, ne comprenant rien à ce que lui racontait son interlocuteur. Au final, tout ce qu’il avait retenu était que Sulok était bien parti pour obtenir les plus grandes récompenses médicales de la galaxie. Il eut également l’impression d’être passé pour un singe, à peine savant, aux yeux de son médecin-chef.
De leur côté, O’Connor et T’Savhek s’étaient rapprochées, et s’étaient elles aussi lancées dans des recherches sur des avancées techniques qui, selon elles, pourraient peut-être s’avérer déterminantes pour la technologie de Starfleet. Rien que cela. Le sous-lieutenant Harry Harlington, commandant de l’USS Baltimore, était au bord de la déprime, habité par le sentiment de sa propre médiocrité.
A tout prendre, il préférait la présence de Dorin Lupescu et Evander Mitchell, respectivement en charge de la sécurité et de la logistique. Si le premier s’entraînait dur pour participer au championnat du monde de taekwondo, sur Terre, il n’en restait pas moins un homme simple et abordable, très heureux que sa carrière ait décollé. Quant au second, sa gentillesse presque pathologique en faisait quelqu’un de très apprécié parmi l’équipage. Grand mystère pour Harlington, qui ne s’en plaignait pas, au contraire, Mitchell avait le cœur sur la main mais nul ne n’essayait d’en profiter, à sa connaissance.
De temps à autre, l’amiral Sanders daignait sortir de sa cabine, le lieutenant Sasha Viligo sur ses talons. Harlington, mis au courant par T’Savhek que l’amiral déambulait dans les coursives, s’était senti obligé d’aller lui tenir compagnie, mais Sanders lui avait vite fait comprendre que sa présence n’était pas souhaitée. L’amiral et son aide ne frayaient avec personne, se contentant apparemment de promenades, entrecoupées d’apartés. Une situation qui convenait à Harlington.

En vérité, il en était presque à prier pour qu’il se passe quelque chose. N’importe quoi pour briser la monotonie régnant en maître à bord. Il allait être exaucé au-delà de ses espoirs, et plus vite qu’il ne l’avait escompté.

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MessageSujet: Re: [TOS] USS Baltimore   Ven 19 Sep 2008, 09:20

12 : le signal de détresse


Cette vie monotone se poursuivit quinze jours, durant lesquels Harlington fit des progrès conséquents en matière de stratégies de combat. D’un autre côté, il n’avait pas tellement hâte de les mettre en pratique. Seuls T’Savhek et son frère Sulok avaient osé lui demander quel était l’objet de ses recherches acharnées, mais il ne s’en était pas ouvert à eux. Si la curiosité de son officier en second le touchait – se pouvait-il qu’elle s’intéressât à lui ? –, il refusait d’apparaître devant elle en position aussi désavantageuse, voire humiliante : un commandant de vaisseau qui ne savait pas le diriger en situation de crise n’était pas digne d’occuper un tel poste, et il désirait impressionner la Vulcaine. Il éluda donc ses questions, en lui promettant qu’elle saurait tout le moment venu. Elle n’avait pas insisté.
Il fut nettement moins diplomate avec Sulok, qu’il soupçonnait de vouloir miner son autorité, en prenant en défaut ses capacités de commandement. Il lui avait donc répondu sèchement que cela ne le regardait pas, et le médecin n’avait pas insisté, sans quitter son habituelle impassibilité…que Harlington interprétait comme de l’arrogance et du mépris.

Au matin du seizième jour, Harry Harlington, café à portée de la main, occupait sa place habituelle dans le mess, les yeux rivés sur le compte-rendu d’une manœuvre particulièrement hardie tentée par Jericho, et qui était depuis lors connue sous le nom de Triple Boucle de Jericho, rien moins que cela.
L’intercom trilla et la voix de T’Savhek se fit entendre :
– Le commandant Harlington est demandé sur la passerelle.
Il lâcha un lapidaire « Je suis en route » dans l’intercom et, son mug à la main, s’engouffra dans l’ascenseur le plus proche.

Dès qu’il entra sur la passerelle, T’Savhek se tourna vers lui, quitta le fauteuil de commandement et resta tout à côté, les mains croisées dans le dos.
– Qu’est-ce qui se passe ? demanda Harlington en s’asseyant.
– Nous avons capté un signal de détresse, monsieur. A deux jours d’ici en vitesse de distorsion maximale.
– Un… ? Bon sang ! Avez-vous pu identifier qui l’a envoyé, et pour quelle raison ?
Lupescu, assis à la console de communications, se chargea de répondre :
– Le bâtiment est un cargo minier, immatriculé au registre de la Fédération des Planètes Unies. Apparemment, il a subi une panne de ses moteurs de distorsion, et ne dispose pas des pièces pour réparer sur place.
Le chuintement des portes de l’ascenseur se fit entendre derrière Harlington, et un coup d’œil lui permit de voir l’amiral Sanders et le lieutenant Viligo entrer sur la passerelle. Il les salua sèchement de la tête et demanda à T’Savhek :
– Sont-ils dans une situation qui nécessite une aide d’urgence ?
– A priori, non, commandant. Leurs moteurs en panne sont leur seul problème.
– Possédons-nous les pièces nécessaires pour les tirer d’affaire ?
– Non, monsieur, j’ai déjà vérifié ce point.
– Y a-t-il un autre bâtiment de Starfleet dans les environs, susceptible de les aider ?
– Oui, monsieur. L’USS Constellation du commodore Matt Decker. S’il détournait sa route dans l’heure qui vient, il pourrait rejoindre le cargo d’ici trois jours. Et c’est un bâtiment de classe Constitution : il a les moyens et le personnel pour venir à bout des problèmes techniques du cargo.
– Très bien, contactez-le et informez-le de la situation, s’il ne l’est pas déjà.
– Je doute qu’il le soit, monsieur, ses canaux de communications ne doivent pas être tournés vers cette région de l’espace.
– Dans ce cas, re…
– Je me permets de vous signaler, lieutenant, qu’il s’agit d’un signal de détresse, intervint l’amiral Sanders d’un ton tranchant.
– J’en ai bien conscience, amiral, rétorqua Harlington en faisant pivoter son fauteuil vers le haut gradé. Mais ce n’est pas une situation d’urgence, et nous n’avons pas…
– Ce sont des civils, il est de notre devoir d’aller les rassurer. D’autant que nous pourrions peut-être les aider, malgré ce qu’en dit votre officier en second. Et ce n’est pas en n’y allant pas que nous le saurons.
– Amiral, commença T’Savhek, il est hautement improbable que nous…
– Ce sera tout, lieutenant, coupa Harlington. Garcia, calculez la trajectoire qui nous mènera au cargo…comment s’appelle-t-il, au fait ?
– C’est le SS Orcus, monsieur.
– Entendu. Vitesse de distorsion maximale. Lieutenant T’Savhek, prévenez votre section.
– A vos ordres, répondit-elle laconiquement avant de vider les lieux, sans laisser la moindre expression transpercer sa carapace vulcaine.
– A la bonne heure, lieutenant Harlington, fit l’amiral Sanders. J’ai cru un instant que vous étiez un lâche. N’oubliez pas que Starfleet est au service des civils. Venir en aide aux nécessiteux fait partie de nos missions, au cas où vous l’auriez oublié. Ne serait-ce qu’en faisant acte de présence, en assurant autrui que nous sommes là et que nous veillons sur les nôtres.
– Je n’oublierai pas cette facette de Starfleet à l’avenir, amiral, soyez-en assuré.
Sanders se permit un large sourire que Harlington trouva malveillant, avant de quitter la passerelle à son tour, suivi comme son ombre par le lieutenant Viligo, qui semblait comme à son habitude indifférente à son environnement. Pourtant, Harlington la soupçonnait de jouer un rôle, car il lisait beaucoup de curiosité et de vivacité dans ses yeux bleus par ailleurs magnifiques.

La scène qui venait d’avoir lieu le contrariait. Il était censé être seul maître à bord après Dieu, comme le disait l’expression consacrée, et voilà qu’il venait de laisser son autorité s’effacer derrière celle d’un passager. Certes, celui-ci était plus haut placé que lui dans la hiérarchie de Starfleet, mais tout de même. En intervenant, Sanders savait qu’il minerait la position de Harlington, et le jeune lieutenant l’avait compris sur-le-champ.
Il avait interrompu T’Savhek car elle allait insister sur l’inutilité de dévier le Baltimore de sa route pour porter secours au cargo. Elle avait raison et elle le savait, tout comme Harlington, et tout comme Sanders lui-même. Mais Harlington aurait mis sa main au feu que l’amiral avait attendu impatiemment ce genre d’occasion pour s’opposer aux décisions des officiers de bord.
Harlington trouvait cette méthode méprisable. Et espérait qu’en cas de crise, Sanders aurait assez d’intelligence pour faire passer l’intérêt commun avant sa rancœur.

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MessageSujet: Re: [TOS] USS Baltimore   Ven 26 Sep 2008, 08:12

Chapitre 13 : les pirates


Journal de bord du commandant Harlington, coefficient espace-temps 1596,2. Nous sommes presque arrivés à la position occupée par le SS Orcus. Notre équipe d’ingénieurs, menée par le lieutenant T’Savhek, se tient à prête à être téléportée sur le cargo afin d’en diagnostiquer les problèmes techniques, même si T’Savhek doute fort que nous puissions y faire quoi que ce soit. L’enseigne Lupescu les accompagnera, en tant que chef de la sécurité. Simple précaution de routine.
Certains membres de l’équipage du
SS Orcus ont par ailleurs demandé à venir sur notre propre vaisseau : leur médecin chef, qui va bientôt manquer de certains antibiotiques, ainsi que leur navigateur, désireux d’obtenir des cartes actualisées de cette partie du quadrant. Bien entendu, il serait tout à fait possible de téléporter ces produits et données, mais je comprends parfaitement que nos futurs hôtes aient envie de rompre leur routine en venant nous rendre visite en personne.

Sur l’écran principal de la passerelle, le SS Orcus ne tarda pas à apparaître. Il n’était rien de plus qu’un gigantesque parallélépipède pourvu sur son avant d’une passerelle en forme de quart de sphère, et de deux moteurs de belle taille à l’arrière, pour l’heure éteints. Des traces de rouille le constellaient ça et là, et Harlington se demanda depuis combien de décennies il arpentait l’espace.
– Le capitaine Valment du SS Orcus nous contacte, commandant, fit Gork Nimar, l’officier de sécurité suppléant de Lupescu.
Harlington n’avait jamais rencontré de Tellarite avant la mutation du jeune aspirant à bord, et il trouvait fascinant de voir que derrière l’apparence porcine de cette espèce se cachait un caractère prononcé pour la négociation et les pourparlers. La première fois qu’il l’avait rencontré, il s’était attendu à l’entendre couiner et grogner, avant de se morigéner intérieurement : face à l’inconnu, ses réactions primaires n’avaient pas lieu d’être.
– Sur écran, monsieur Nimar.
Harlington faillit sourire en découvrant le visage du capitaine Valment. L’humain qui lui faisait face avait un regard dur, les traits sillonnés de rides profondes, et une barbe poivre et sel qui lui tombait sur la poitrine. Un véritable vieux loup de mer, avec un air plaqué sur le visage qui semblait proclamer « On ne me la fait pas, à moi, je ne suis pas né de la dernière pluie ! ».
– Bonjour, capitaine Valment, je suis Harry Harlington, commandant de l’USS Baltimore. Ravi de faire votre connaissance.
– Moi de même, commandant, grogna Valment, même si j’aurais préféré que ce fût en de meilleures circonstances. En tout cas, merci de vous être donné la peine de vous déplacer.
– Je vous en prie, capitaine. Me ferez-vous l’honneur de monter à bord pour une visite de courtoisie?
– Hum…voilà une offre bien tentante, à vrai dire. Le temps de laisser des consignes très strictes aux babouins qui me servent de subordonnés et je suis à vous ! Valment, terminé.
Large sourire aux lèvres, Harlington hocha la tête et fit signe à Nimar de couper la communication. Valment semblait assez pittoresque. Harlington était curieux de savoir si Sanders viendrait à la rencontre de ce personnage. Il ne l’avait plus vu depuis son incursion sur la passerelle, deux jours plus tôt, ce qui n’était pas pour lui déplaire.

Quand Harlington entra dans la petite salle de téléportation du bâtiment, son équipe d’ingénieurs était déjà partie à bord de l’Orcus. L’aspirant Kimiko Heitashi, petit bout de femme à l’expression espiègle, de la section sécurité, y attendait l’arrivée du navigateur de l’Orcus afin de le guider jusqu’à la passerelle, où ils auraient accès à la cartographie la plus récente de Starfleet concernant cette zone de l’espace. Deux autres membres de l’équipage étaient présents : Venamir Inriek, membre de la section pilotage/navigation, Zaldan aux doigts palmés et au caractère entier, présentement installé à la console de téléportation, et Thif, l’infirmier de bord, et donc adjoint de Sulok.
Harlington n’enviait pas ce dernier dans ce rôle, car non seulement il soupçonnait Sulok de pousser son subordonné au-delà de ses limites, avec le sens du perfectionnisme inhérent aux Vulcains, mais Thif était en outre Andorien…l’inimitié entre leurs peuples respectifs ne datait pas d’hier, même si les deux faisaient partie des espèces fondatrices de Starfleet.

Inriek manipula des boutons de la console, et le scintillement caractéristique du rayon téléporteur se fit entendre. Trois silhouettes humaines, d’abord indistinctes, se matérialisèrent peu à peu. Le capitaine Valment fut le premier à descendre du plot de téléportation, et Harlington constata que l’homme marchait pesamment et qu’il lui arrivait à peine à l’épaule.
– Bienvenue à bord, capitaine Valment.
– Merci, commandant. Voici Preston et Vintizen, deux de mes officiers de bord.
– Enchanté, messieurs. Me ferez-vous l’honneur d’une visite de la passerelle, capitaine ?
– A vrai dire, je préférerais de loin jeter un œil de convoitise sur votre salle des machines, si vous n’y voyez pas d’inconvénient.
– Dans ce cas, suivez-moi, fit Harlington en souriant.
Finalement, c’était Sanders qui avait eu raison, commençait-il à croire : avoir des invités permettait de casser la routine à bord. Tandis que ses officiers prenaient en charge ceux de Valment, il conduisit son homologue civil vers leur destination.

La salle des machines était occupée par l’aspirant Mitchell, désigné par T’Savhek pour y faire acte de présence pendant que toute l’équipe d’ingénieurs du Baltimore se trouvait sur l’Orcus. Les trois hommes ne furent pas longs à deviser gaiement.
– Je peux ? demanda Valment au bout d’un moment, en montrant du doigt un hublot donnant sur la chambre intermix du réacteur.
– Je vous en prie, fit Harlington.
L’événement qui suivit eut lieu beaucoup trop rapidement pour que Mitchell ou Harlington puissent réagir. Alors qu’il semblait fasciné par le spectacle qui lui faisait face, Valment fit brusquement volte-face. Dans sa main, un phaseur miniature pointé sur eux…
– Mais que…commença Harlington.
– Silence ! coupa Valment avant de sortir un communicateur de sa poche. Preston, Vintizen ?
– Passerelle sous contrôle, équipage paralysé, répondit le dénommé Vintizen.
– Idem en ce qui concerne l’infirmerie, assura Preston.
– Parfait ! Vintizen, infiltre-toi dans la console de sécurité et verrouille toutes les portes du Baltimore : nous devons piéger le reste de l’équipage.
– Je ne peux pas, il me faut le code d’accès d’un officier supérieur pour cela.
– Ne quitte pas, répondit Valment avant de se retourner vers Harlington.
– Commandant, je n’ai pas beaucoup de temps. Vous l’aurez compris, je prends le contrôle de votre navire. Le code, je vous prie ?
Sous le coup de la surprise, Harlington mit quelques secondes à réagir, avant de rétorquer :
– Mais à quoi est-ce que vous jouez ?
– Mauvaise réponse, dit Valment.
Le capitaine du cargo pointa son phaseur en direction des jambes de l’aspirant Mitchell et tira. Le genou du responsable de la logistique explosa, et il s’écroula à terre en hurlant.
– La prochaine fois, je vise la tête ! Le code, vite !
Harlington n’hésita pas et donna son code d’accès, indifférent aux conséquences et surtout désireux de gagner du temps. Quand il voulut s’assurer de l’état de Mitchell, qui se tenait la jambe et affichait un masque de souffrances, Valment l’en dissuada, en secouant la tête et en le menaçant de son arme.
– Je dois m’assurer qu’il ne va pas se vider de son sang, insista Harlington en se baissant tout de même.
– Aucun risque, jeune homme, mon phaseur est réglé sur une puissance intermédiaire et le tir n’a pas traversé.
Le jeune sous-lieutenant se demanda avec anxiété si certains de ses subordonnés avaient été tués lors de cette prise de contrôle, notamment l’équipe envoyée sur l’Orcus.
Dans le communicateur du pirate, la voix du dénommé Vintizen se fit à nouveau entendre :
– C’est bon, je suis rentré dans les systèmes.
– Bien, répondit Valment. Verrouille toutes les portes du vaisseau, à l’exception de celle qui ouvre sur le local technique J-27, et éteins l’intercom.
– C’est fait.
– Valment à Orcus, comment ça se passe ?
– Aucun souci à déplorer. L’équipe du Baltimore est sous bonne garde.
– Parfait, envoyez-nous les renforts.
Il coupa la communication et, montrant le local technique ouvert derrière Harlington, lui dit :
– Commandant, si votre camarade et vous voulez bien vous donner la peine…
Harlington attrapa Mitchell sous les aisselles et se mit à le traîner vers le local.
– Qu’est-ce que c’est que ce cirque ? Qu’est-ce que vous comptez faire ?
Valment le regarda avec une lueur farouche dans les yeux, et finit par lui répondre :
– Mes hommes et moi sommes des anciens de Starfleet. Nous en avons été renvoyés chacun tour à tour, tous suivant le même schéma : on nous imputé de soi-disant erreurs, qui nous ont coûté notre carrière.
– Et qu’espérez-vous en prenant le Baltimore ?
– Rien du tout, commandant. Une seule personne nous intéresse à bord : l’amiral Sanders.
– Mais…pourquoi lui ?
– Parce que tout est de sa faute, cracha Valment. A un moment ou à un autre, nous avons tous servi sous ses ordres, directement ou non, et il nous a fait renvoyer pour masquer ses propres erreurs, parfois dramatiques. Aujourd’hui, il va payer pour cela !
Pendant cette conversation, Harlington était parvenu à tirer Mitchell à sa suite, jusqu’à entrer dans le local technique. Le pauvre aspirant était muet, visiblement en état de choc.
– Starfleet ne vous lâchera pas, vous devez en avoir conscience, Valment.
– C’est la grande différence entre d’un côté mes hommes et moi, et de l’autre l’amiral Sanders : nous, nous assumons nos actes. Je n’ai rien contre vous ni contre votre équipage, Harlington. Nous allons ramener à bord votre équipe prisonnière sur l’Orcus, saboter votre antenne subspatiale et partir avec l’amiral… ainsi qu’avec vos cristaux de dilithium.
Harlington sentit la pression qui l’étreignait baisser légèrement. Sans antenne subspatiale, impossible de communiquer avec qui que ce soit, et sans cristaux de dilithium, pas d’accès à la vitesse de distorsion. Heureusement, ils seraient tous en vie. Sauf si certains acolytes avaient la détente aussi facile que leur chef, ou si l’un de ses propres hommes avait tenté un baroud d’honneur.

Valment verrouilla la porte du local, enfermant Harlington et Mitchell pour le coup.

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MessageSujet: Re: [TOS] USS Baltimore   Ven 03 Oct 2008, 19:39

Chapitre 14 : la contre-attaque


Harlington avait très peu de connaissances médicales, ce qui ne l’empêcha pas de faire un garrot juste au-dessus du genou de Mitchell, malgré l’affirmation de Valment quant à la non gravité de la blessure. Le responsable de la logistique était plus muet que jamais, et pour cause : il avait fini par basculer dans l’inconscience.
Harlington s’assit par terre, jambes croisées, mains sur le genoux et tête tournée vers le sol. Hébété, il avait besoin de reprendre ses esprits. Comment avait-il pu échouer à ce point ? Sa carrière, qu’il voulait glorieuse, était d’ores et déjà finie, au bout de quinze jours à peine passés dans l’espace. Il se demanda si un précédent commandant de bâtiment de Starfleet avait fait pire. Quelle que soit la réponse, il eut le sentiment qu’à l’avenir, l’univers entier le montrerait du doigt et l’écraserait de son mépris.
Il sortit vite de son abattement, car quelque chose en lui le poussa à se relever et à réagir. Tout était sûrement terminé et l’amiral perdu, mais cela n’allait pas l’empêcher de tout tenter pour réparer ses erreurs. Quand, une demi-heure plus tard, T’Savhek parvint à forcer la porte du local, il était prêt. Les kidnappeurs n’allaient pas l’emporter au paradis.

Harlington sortit du local et s’effaça aussitôt pour laisser passer Sulok, sa mallette médicale à la main. Plusieurs membres de l’équipage se trouvaient là, et tous avaient un point commun : l’air honteux qu’ils affichaient. Seule T’Savhek demeurait la personnification de l’impassibilité, et Harlington ne vit pas le moindre signe que son attitude n’était que façade.
– Tout le monde à son poste ! T’Savhek, avec moi, dit-il sèchement en se dirigeant résolument vers l’ascenseur le plus proche.
Dès qu’ils y furent entrés et qu’il eut ordonné à l’ordinateur de bord de les conduire sur la passerelle, il attaqua d’une voix froide :
– Rapport de situation !
– A l’exception de l’aspirant Mitchell, personne n’a été blessé. Dès que les pirates ont mis la main sur Sanders et Viligo, ils les ont emmenés avec eux. Notre équipe capturée sur le SS Orcus a été téléportée sur le Baltimore, et les pirates, après avoir détruit notre antenne subspatiale, sont passés en vitesse de distorsion, il y a vingt-trois minutes. Ils ont en outre dérobé nos cristaux de dilithium, y compris ceux de secours. Commandant, je prends l’entière responsabilité de l’échec de…
– Pas de ça avec moi, T’Savhek, il n’y a qu’un seul commandant à bord, donc un seul coupable.
Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent, et ils pénétrèrent sur la passerelle. Garcia et Inriek, occupant les consoles de pilotage et de communications, se retournèrent vers eux avec une expression de chiens battus. Harlington les ignora et s’assit dans son fauteuil. Il appuya sur le bouton de l’intercom intégré à l’accoudoir de son fauteuil et dit :
– Ici le commandant. Je n’ai pas dit mon dernier mot quant à notre situation. Vos nouvelles instructions ne vont pas tarder à suivre.
Il coupa la communication et se tourna vers le Zaldan :
– Inriek, collez-vous à la console scientifique, analysez les traces énergétiques qui subsistent dans la zone et identifiez la signature de l’Orcus. Dès que vous l’aurez, transmettez vos données à l’enseigne Garcia, afin qu’il nous calcule une trajectoire de poursuite.
Inriek se contenta d’acquiescer, même s’il brûlait d’envie de rappeler à Harlington que sans leurs cristaux de dilithium, ils n’avaient plus accès à la vitesse de distorsion. Mais vu le ton presque mordant qu’employait son supérieur, il n’osa pas s’y risquer.
Harlington pianota à nouveau sur l’accoudoir et dit :
– Infirmerie, ici Harlington. Comment va l’aspirant Mitchell ?
– Il irait mieux plus vite si vous ne m’interrompiez pas dans cette opération chirurgicale délicate, répondit froidement Sulok.
– Je vous saurais gré de vous dispenser de commentaires mal placés, docteur. Je suis encore le commandant de bord, et je veux votre rapport médical.
– La blessure n’est pas grave, bien que spectaculaire. Le régénérateur de tissus est déjà à l’œuvre. Il faudra entre douze à dix-sept jours pour que l’aspirant Mitchell soit intégralement remis et puisse reprendre ses fonctions à bord.
– Bien, docteur, voilà qui est beaucoup mieux. Harlington, terminé.
Il se tourna vers son officier en second et dit :
– Lieutenant T’Savhek, j’ai lu avec la plus grande attention tous les rapports concernant la remise en état du navire. Je veux dire tous les rapports techniques, dans lesquels apparaissent toutes les pièces qui ont été changées, celles qui ont été évacuées comme celles qui ont été amenées à bord. Ainsi, dans l’un des rapports, il était noté que nous avons deux jeux de cristaux de dilithium : un principal, et un autre de secours. Mais une chose m’a frappé à cette lecture, et j’ai vérifié ce point plusieurs fois : il n’était nulle part fait mention des anciens cristaux de dilithium, qui se trouvaient pourtant à bord lors de mon arrivée, même s’ils avaient été déconnectés du système. Ma question est donc : qu’est-ce que vous en avez fait ?
Harlington eut la satisfaction de voir son interlocutrice incapable de dissimuler sa surprise…pendant au moins deux secondes, une éternité émotionnelle pour une Vulcaine.
– Les cristaux précédents étaient fissurés, et donc trop sujets à une explosion pour y avoir recours. Mais j’ai préféré les conserver à bord, au cas où…
– Le cas où, c’est maintenant, T’Savhek ! Faites remettre ces cristaux en place, et nous irons chercher nous-mêmes l’amiral Sanders !
– Mais…ils sont fissurés, commandant. Ils pourraient bien nous lâcher au bout d’une minute.
– Ou d’un mois, rétorqua Harlington. Vous renforcerez le champ de contention autour, et surveillerez seconde par seconde leurs performances, afin que nous puissions les désamorcer sur-le-champ en cas de problème. Je vous laisse gérer les problèmes techniques, vous êtes mieux armée que moi pour cela. A moins que vous n’ayez une meilleure idée ?
– Non, commandant. Je m’en occupe immédiatement.
Garcia et Inriek, l’air de rien, n’avaient pas manqué une miette de cette conversation, et savoir qu’il y avait une chance pour qu’ils réparent leurs erreurs leur donna un regain de motivation pour s’atteler à leur tâche.

Trois quarts d’heure plus tard, Garcia et Inriek avaient réussi à déterminer la trajectoire du SS Orcus. Presque deux heures après, T’Savhek annonça que les anciens cristaux de dilithium avaient été installés, et restaient stables pour le moment.
– En avant toute, Garcia ! ordonna Harlington sur un ton de colère froide.

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MessageSujet: Re: [TOS] USS Baltimore   Ven 10 Oct 2008, 09:13

Chapitre 15 : la poursuite


Journal de bord du commandant, coefficient espace-temps 1588,1. Nous avons engagé la poursuite des ravisseurs depuis trois heures, et parvenons pour l’instant à suivre leurs traces. J’ai demandé à l’enseigne Garcia d’essayer d’anticiper la trajectoire de l’ennemi, mais il s’avère impossible de deviner où il compte se rendre. Notre base de données scientifique n’a pas été actualisée depuis deux ans en ce qui concerne cette région de l’espace. Cette dernière ne figurait pas sur notre plan de vol, et nous n’avons pas d’équipe scientifique à bord. Cela explique cette lacune, qui devra être corrigée dans les meilleurs délais dès notre retour.

Harlington, assis dans son fauteuil de commandement depuis des heures, était d’un calme olympien, qui l’étonnait lui-même. Il parvenait à évacuer l’énorme pression qui pesait sur ses épaules, et avait la lucidité nécessaire pour réfléchir à la suite des événements.
Il avait ordonné à T’Savhek et Lupescu de préparer une équipe d’abordage, ce qui pouvait toujours servir, et surtout, il avait passé en revue tout ce qu’il avait appris ces derniers jours dans les ouvrages du commodore Jericho. Il se rendit compte, avec une surprise teintée de satisfaction profonde, qu’il avait retenu beaucoup de choses sur les engagements spatiaux.
Il n’était pas certain de se sentir prêt – car pouvait-on jamais réellement l’être quand il s’agissait de mettre en balance sa vie et celle de son équipage ? – mais avait la certitude de pouvoir défendre leurs chances en situation de combat.
Peut-être se trompait-il. Cela, il ne le saurait que le moment venu.

***

La réunion de crise eut lieu à Starfleet Command, présidée par l’amiral en chef Heihachi Nogura. Les douze amiraux présents ignoraient la raison de leur convocation, mais ne tardèrent pas à le savoir, quand le chef suprême de Starfleet prit la parole :
– Merci d’être venus, mes amis. Vous savez peut-être que l’amiral Graham Sanders a embarqué à bord de la corvette de classe Pluton USS Baltimore, immatriculation NCC-1152, il y a quinze jours. Sa mission était d’inspecter nos bases stellaires avancées le long de la zone neutre romulienne. Depuis hier, nous avons perdu le contact avec le Baltimore, et nous avons reçu ce message, directement envoyé à l’Amirauté.
Nogura s’effaça pour laisser libre l’écran géant qui se trouvait derrière lui. Un humain au visage buriné par le temps et pourvu d’une longue barbe apparut et prit la parole, l’air revêche :
– Pour ceux qui ne me connaissent pas, je suis l’ancien capitaine de Starfleet Jack Merridock Valment. Vous trouverez dans mon dossier les raisons qui ont vu mon éviction de Starfleet, au terme d’une comparution, aussi injuste que honteuse, devant la cour martiale de l’Amirauté. Comme je l’ai toujours clamé depuis cet événement indigne, j’ai toujours été innocent des griefs qui ont été lancés contre moi, mais tout le monde m’a ignoré et tourné le dos. La faute à un homme. L’amiral Graham Sanders. Je ne suis pas le seul officier à avoir subi ses foudres : chaque fois qu’il a commis des erreurs, il a trouvé des boucs émissaires à qui faire porter le chapeau. Des dizaines d’officiers compétents ont ainsi été radiés des cadres par sa faute.
Aujourd’hui, ces anciens officiers, que je commande, et moi-même détenons l’amiral Graham Sanders. Nous allons nous pencher sur toutes les exactions dont il s’est rendu coupable au cours de sa carrière, pendant un procès que vous aurez l’occasion de suivre en direct. Et ne vous leurrez pas : le verdict sera la mort.
Valment, terminé.

Un silence de mort s’abattit dans la pièce. Nogura, qui avait déjà visionné le message, en avait profité pour observer les réactions des membres de l’État-Major présents. Il avait eu droit à un beau florilège d’émotions : sourires à peine dissimulés, colère, impassibilité, perplexité.
Pour sa part, et même s’il n’aimait pas Sanders, Nogura était partagé entre une inquiétude légitime pour le Baltimore et son équipage, avec qui tout contact avait cessé, ce qui laissait supposer le pire, et une colère sourde contre les ravisseurs. Ils avaient raison sur un point : plus d’une fois dans sa carrière, l’amiral Sanders s’était sorti de situations compliquées de manières peu orthodoxes, voire suspectes pour certaines. Mais dans la mesure où aucune preuve de sa déloyauté n’avait jamais été apportée, Nogura était obligé de considérer Sanders comme étant blanc comme neige.
Sa colère avait deux sources : les méthodes des ravisseurs et l’enlèvement en lui-même. Ce pseudo-procès qui s’annonçait le mettait hors de lui, car si les enquêteurs et les services secrets de Starfleet n’avaient jamais pu trouver de griefs officiels à reprocher à Sanders, nul doute à ses yeux que les « preuves » que les kidnappeurs avanceraient lors du procès ne seraient qu’allégations et ragots. Et le fait même qu’un amiral puisse être enlevé et utilisé comme une marionnette le faisait bouillir intérieurement, car c’était une attaque directe contre les institutions de Starfleet.

***

Sur la passerelle du Baltimore, chacun s’activait en silence, pleinement concentré sur sa tâche. Harlington passait inlassablement en revue tout ce qui pourrait se produire dans les heures suivantes. Comme il n’était pas devin, ses réflexions ne pouvaient lui être d’aucune utilité, mais elles lui faisaient passer le temps.
Derrière lui, les portes de l’ascenseur chuintèrent en s’ouvrant, et Sulok vint se poster près de lui, à sa gauche.
– Comment va Mitchell, docteur ? demanda Harlington.
– Le processus de guérison est entamé, commandant.
– Bien.
– J’ai cru comprendre que nous nous sommes lancés à la poursuite des ravisseurs ?
– En effet, docteur, nous avons un amiral à récupérer, au cas où vous l’auriez oublié.
– Commandant, je… euh… permission de parler librement ?
Harlington fronça les sourcils mais opina du chef.
– Je pense que nous devrions faire demi-tour, commandant. Il est évident que nous ne sommes pas armés pour une telle « récupération ». Notre équipage n’est pas au complet, et notre navire n’est sans doute pas assez puissant pour mener cette opération. Sans parler de nos cristaux de dilithium abîmés, véritables bombes à retardement. La logique suggère que nous mettions le cap sur la base stellaire la plus proche et que nous passions le relais à un vaisseau plus adapté à ce type de mission, comme un navire de classe Constitution, par exemple.
– Vous avez été promu officier en second, Sulok ? demanda sèchement Harlington.
– Non, commandant.
– Pourtant, vos remarques ressemblent fort à celles dont T’Savhek m’a fait profiter.
– Mon opinion conjuguée à la sienne vous fera-t-elle changer d’avis, commandant ?
– Non.
– Mais commandant, je vous l’ai dit, la logique…
– Je laisse la logique aux Vulcains, ayez donc l’amabilité de laisser l’irrationalité aux humains. Autre chose, Sulok ?
– Non, commandant, fit Sulok sur un ton guindé, avant de quitter la passerelle.

La porte de l’ascenseur venait à peine de se refermer que l’enseigne Garcia annonça de sa console de pilotage :
– Commandant, je crois que nous les tenons !
– C’est-à-dire ?
– La piste s’arrête, et d’après nos cartes, il y a un ancien astéroïde minier tout près d’ici.
– Bien. Alerte rouge, tout le monde aux postes de combat !

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MessageSujet: Re: [TOS] USS Baltimore   Lun 20 Oct 2008, 20:11

Chapitre 16 : le procès

L’amiral Nogura avait fait en sorte que la diffusion du pseudo-procès de l’amiral Sanders soit la plus limitée possible, contrairement à ce qu’avaient prévu ses ravisseurs. Les équipes techniques de Starfleet étaient parvenues à intercepter le signal de diffusion et à le brouiller, et seuls les membres de l’État-Major, à nouveau réunis, en avaient la primeur.

Nogura était révolté par les accusations proférées par les ravisseurs, d’anciens officiers de Starfleet. Remettre ainsi en cause la plus haute émanation de la Fédération des Planètes Unies était inadmissible, même si une part de lui n’avait aucun mal à croire les griefs prononcés à l’encontre de l’amiral Sanders par les insurgés.

Stelek, l’amiral Vulcain en charge des Services Secrets de la flotte, ne bouillonnait pas moins que son supérieur, intérieurement. Il ne quittait pas des yeux la vidéo tridimensionnelle du « procès », et plus particulièrement le visage impassible de Sanders. Il ne pouvait s’empêcher d’éprouver de l’admiration pour son collègue, traîné dans la boue et placé dans l’impossibilité de se défendre.
Car ce que l’État-Major ignorait, y compris Nogura, était que Graham Sanders, sous le couvert d’être en charge de la Zone Neutre Romulienne, était en fait à la tête d’une section des Services Secrets qui n’apparaissait même pas dans l’organigramme de l’organisation.
Cette section, les Opérations Spéciales, était chargée de toutes les besognes inavouables de Starfleet, et jouait un rôle important dans certaines opérations de propagande. Seul l’amiral à la tête des Services Secrets, ainsi que le Président de la FPU lui-même, étaient au courant de l’existence de cette entité cachée.

Stelek était empli de compassion pour Sanders : les ravisseurs annonçaient leur version des faits, leur vérité, mais toutes leurs accusations se basaient sur des erreurs d’interprétation... qui ne pouvaient être rectifiées. Ni officiellement, ni même officieusement.
Sanders allait être tué, Stelek en était persuadé. Mais il le serait pour de mauvaises raisons.

***

Graham Sanders n’avait que du mépris pour ses accusateurs. Ceux-ci n’étaient que des enfants, qui ne connaissaient que la surface des événements qu’ils lui lançaient à la figure, et au cours desquels il avait soi-disant agi de manière inhumaine.

– Moi, Rupert Valnius, je vous accuse d’avoir démis mon père Franz de son commandement, et de l’avoir muté sur la planète-jungle d’Essonex III, où il a participé à une mission qui s’est avérée être suicidaire, car j’ai mené mon enquête, et aucune équipe de secours n’était prévue pour récupérer le petit commando que vous y avez envoyé !
Pauvre imbécile, pensa Sanders. Ce que tu ignores, c’est que ton frère était aussi un trafiquant de drogues dures, et que je l’ai placé devant l’alternative suivante : voir ses agissements révélés au grand jour, être dégradé et emprisonné ; ou aller mourir sur Essonex III, se sacrifier pour anéantir la base de généticiens qui y élaboraient des neurotoxines mortelles. Ainsi, son nom et son honneur seraient préservés, et sa veuve toucherait une pension. On en a fait un héros !

– Moi, Elronn Hunter, vous accuse d’avoir fait abattre l’USS Vancouver, tuant ses quatre cents membres d’équipage par la même occasion, sans leur avoir laissé la chance de résoudre le problème médical auxquels ils étaient confrontés.
Pauvre crétin, j’étais en communication permanente avec leur médecin qui, bien qu’éminent membre de l’Académie de Médecine de Vulcain, m’a avoué son impuissance à combattre le virus mortel qui décimait l’équipage. C’est lui-même qui m’a recommandé, en dernier recours, de détruire le navire, pour faire cesser la propagation du virus !

– Moi, Til’Marinn Amonn, vous accuse d’avoir harcelé mon mari, qui commandait l’USS Vigo. Vous avez passé deux mois à son bord, ne manquant pas de le critiquer et de le harceler en public, jusqu’à ce que cédant à la pression, il se suicide. A la suite de quoi vous avez quitté le bord sans une once de remords, et sans un regard en arrière ! Malgré mes efforts, aucune cour martiale n’a daigné vous condamner pour ce forfait abject !
Et si je te disais que ton mari avait une maîtresse klingonne, à laquelle il avait transmis des informations classées secret-défense, mais qu’il avait été assez malin pour détruire toute preuve directe l’incriminant ? Ce n’était que grâce à l’un de nos prisonniers klingons que j’avais su la vérité, et nos sérums de vérité avaient confirmé son histoire. Malheureusement, ce genre de données n’était pas acceptées dans le cadre d’une cour martiale, d’autant que le prisonnier klingon était au secret car détenteur de beaucoup d’informations explosives. Il fallait mettre ton mari hors d’état de nuire…

Graham Sanders supporta sans broncher une quinzaine de témoignages de cet ordre, tout en continuant à y répondre mentalement, point par point. Il n’était pas fier de ce qu’il était, ni de l’image qu’il renvoyait à autrui, mais si ses méthodes étaient peu orthodoxes, elles étaient nécessaires. Il faisait le sale boulot, car il fallait que quelqu’un le fasse. Discrètement, sans se plaindre, et étant certain de laisser rancœur et haine dans son sillage. Ses pairs de l’État-Major ne l’aimaient pas, mais le défendraient par principe. Seul l’amiral Stelek connaissait réellement tous les sacrifices auxquels il avait consenti… mais pas plus que lui-même, il ne pourrait avouer la vérité à quiconque.

***

Le Baltimore quitta la vitesse de distorsion non loin de l’ancien astéroïde minier, portant sur leurs cartes le nom d’Aldataïr-235.
– Levez les boucliers, phaseurs en batterie, ordonna Harlington par-dessus l’alarme tonitruante. Et coupez-moi cette fichue sirène, j’aimerai encore pouvoir me servir de mes tympans à l’avenir !
Garcia manœuvra lentement le Baltimore pour le mettre en orbite autour d’Aldataïr-235, tandis qu’à côté de lui, Lupescu était prêt à se servir des armes du vaisseau en cas de menace.
– Je détecte trois vaisseaux en approche, commandant, annonça calmement T’Savhek. Ils sont en train de contourner l’astéroïde.
– Ouvrez une fréquence.
– C’est fait, commandant.
– Ici le lieutenant Harry Harlington, de l’USS Baltimore. Rendez-nous l’amiral Sanders, ou nous venons le chercher.
– Je reçois une réponse, commandant.
– Sur écran.
Le visage buriné du capitaine Valment apparut, sur ce qui semblait être la passerelle d’un vaisseau.
– Je ne m’attendais pas à vous voir, Harlington. Bravo, belle opiniâtreté. Mais cela ne changera rien au sort de l’amiral Sanders. Faites demi-tour ou vous mourrez !
Harlington allait répliquer quand une explosion secoua le vaisseau. Lui-même n’évita de se retrouver à terre qu’en agrippant les accoudoirs de son fauteuil.
– Rapport ! lança-t-il après fait signe à T’Savhek de couper la communication.
– Il semblerait que nous ayons heurté une mine, monsieur. Nos boucliers tiennent le coup.
– Comment se fait-il que vous ne l’ayez pas détectée avant ?
– Je pense qu’elle était occultée, monsieur. Il est probable qu’il y en ait d’autres.
– On n’a pas le temps de s’en occuper. Surveillez les trajectoires de nos trois amis : ça nous fera autant de routes sûres si nous parvenons jusque-là.
– Ils convergent sur nous, commandant ! annonça Garcia.
– À quel type de vaisseaux avons-nous affaire ?
– Des frégates de type Lunpaar, monsieur. Ils nous sont inférieurs en tous points… mais ils sont trois.
– Commandant, intervint Lupescu, deux d’entre eux suffirrraient à avoirrr rrraison de nous.
– Choisissez-vous une cible, Lupescu, et feu à volonté !

Lupescu ne se fit pas prier et envoya plusieurs salves de phaseurs sur la frégate du milieu, ce à quoi les trois vaisseaux répondirent sur-le-champ de la même manière. Alors que les boucliers de la frégate allaient lâcher, les deux autres se postèrent devant pour la protéger, et recommencèrent à tirer sur le Baltimore. Harlington nota que Garcia n’était pas un mauvais pilote du tout, et qu’il parvenait à éviter un nombre non négligeable de tirs. Mais il sut aussi que cela ne suffirait pas.
– Nos boucliers sont en surrrchauffe, commandant, cria Lupescu. Encorrre deux voirrre trrrois coups au but et nous n’en aurrrons plus !
– Garcia, vitesse d’impulsion maximale ! Lupescu, lancez le rayon tracteur sur l’appareil de tribord !
– La Boucle de Jericho, monsieur ? demanda Garcia, impressionné.

Valment en avait vu d’autres, et le jeune lieutenant qui lui faisait face ne l’impressionnait guère. Le peu d’estime qu’il avait pour son adversaire fut confirmé quand le rayon tracteur du Baltimore se verrouilla sur l’une des frégates latérales, et que le vaisseau de Starfleet prit de la vitesse.
– Pauvre imbécile, marmonna Valment, j’ai servi sous les ordres de Jericho, je connais toutes ses astuce. Ces jeunes commandants n’ont vraiment aucune imagination…
Tout haut, il annonça :
– Préparez-vous à tirez sur la position 5.1.2, il va incurver sa trajectoire par ricochet.

– Attention, tenez-vous prêts, fit Harlington, tendu. Lupescu, vous allez lancer trois torpilles à photons sur notre prisonnier à mon ordre. Dès que ce sera fait, vous couperez le rayon tracteur. Maintenant, feu !

Quatre secondes plus tard, Lupescu en avait terminé. La frégate, prise dans le rayon tracteur, fut incapable d’esquiver les torpilles, et ses boucliers ne résistèrent pas à ce tir groupé. Elle partit à la dérive.
Quant au Baltimore, il fila droit vers l’astéroïde dès que le rayon tracteur, coupé, eut cessé de le rabattre vers les frégates. Valment avait compté sur une Boucle de Jericho classique, mais Harlington ayant changé de stratégie en plein milieu de son application, les tirs anticipés des frégates ratèrent largement le vaisseau.
– Faites le tour de l’astéroïde, monsieur Garcia. T’Savhek, profitez-en pour le sonder, je vous prie. Salle des machines, rapports d’avarie ?
– O’Connor au rapport, monsieur. La mine a provoqué une décompression, mais nous avons scellé hermétiquement les compartiments atteints. Nous travaillons activement à rétablir la puissance des boucliers. Ils sont à 40% pour l’instant, monsieur.
– Merci, enseigne. T’Savhek, que font les deux frégates qui restent ?
– Elles restent sagement de l’autre côté d’Aldataïr-325, monsieur.
– Bien. On y retourne. Que tout le monde soit plus vigilant que jamais.
Deuxième round, pensa-t-il…

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MessageSujet: Re: [TOS] USS Baltimore   Ven 24 Oct 2008, 08:59

Chapitre 17 : la bataille


Les cinq anciens membres de Starfleet, assis solennellement devant une longue table, prononcèrent tour à tour le mot fatidique : « coupable ». L’un d’entre eux se leva et dit :
– Amiral Graham Sanders, vous avez été condamné à l’unanimité par ce tribunal, et la sentence sera la mort. Avez-vous quelque chose à dire avant l’exécution de cette décision de justice ?
Sanders resta silencieux. Il avait décidé de rester fidèle jusqu’au bout à ses idéaux, à Starfleet. Il mourrait avec dignité, la tête haute. Et savourait la frustration qu’il provoquait chez ses ravisseurs en ne leur répondant pas. Pathétique victoire, mais c’était tout ce qu’il lui restait.

***

– Ils nous contactent, commandant.
– Un instant. O’Connor, ces boucliers ?
– 55%, monsieur.
– Parfait, continuez comme ça, je vais tenter de gagner un peu de temps. Sur écran.
Le Valment qui apparut était plus préoccupé que précédemment.
– Lieutenant Harlington, félicitations pour votre manœuvre hardie. Mais n’espérez pas nous jouer ce genre de tour une nouvelle fois.
– Vous n’avez aucune idée de ce dont je suis capable, Valment. Et vous allez l’apprendre à vos dépends.
Ceci dit, Harlington tendit le bras à l’horizontale devant lui, poing fermé.
– Que faites-vous ? demanda Valment.
– Je mesure l’intervalle, Valment, je mesure l’intervalle.
Un regard à T’Savhek, et celle-ci coupa la communication.
– L’intervalle, monsieur ? demanda-t-elle en levant un sourcil.
– Tout est bon pour le déconcentrer, T’Savhek, sourit Harlington. Qu’ont détecté les senseurs sur l’astéroïde ?
– Nous avons de la chance, il n’y a pas de matière qui interfère avec leur fonctionnement. Ceci dit, si j’ai détecté quinze personnes, dont douze humains, je ne vois pas à quoi cela nous avance.
– Moi je vois, c’est l’essentiel, répondit-il sèchement. Où se trouvent les signes vitaux que vous avez détectés ? Sont-ils dispersés ou ensemble ?
– Ils semblent se trouver dans un périmètre restreint, monsieur. Ils sont tous armés, car je détecte également des nœuds focaux d’énergie qui correspondent à des fuseurs, monsieur.
– Chaque signe vital est associé à un fuseur, vous en êtes sûre et certaine, lieutenant ?
– Oui, commandant.
– Aucune forme de communication n’émane de l’astéroïde ?
– Difficile à dire, vu que notre antenne subspatiale est hors service. Mais je pense que non, j’en aurai des échos dans les grilles d’analyses scientifiques.
– Bon. Garcia, nous faisons demi-tour.
– Monsieur ?
– Faites-nous quitter l’orbite, en prenant soin de laisser Aldataïr-325 entre nous et nos ennemis. Vous allez décrire une large boucle pour que nous puissions fondre sur l’astéroïde, et vous, Lupescu, vous allez le détruire en balançant tout ce que nous avons. Si les êtres à son bord sont tous armés, ce sont des ennemis, et l’amiral ne se trouve pas parmi eux. Il est donc forcément à bord d’une des frégates.
– À moins qu’il ne se trouvait dans celle que nous avons détruite, commandant, releva T’Savhek.
– Non, Valment aurait été plus affecté que cela, m’est avis. Quoi qu’il en soit, il est trop tard pour faire machine arrière. O’Connor, vous allez redistribuer la puissance du navire : je veux que chaque parcelle d’énergie, hormis des systèmes de survie, soit affectée aux boucliers. Avec un peu de chance, ceux de nos ennemis seront affaiblis voire rendus inopérants. Dès que nous aurons fini de subir l’onde de choc, vous redistribuerez l’énergie normalement. Exécution !

Harlington ne l’aurait pas avoué pour rien au monde, mais lui-même trouvait qu’il y avait beaucoup d’impondérables à son plan. Heureusement, T’Savhek n’eut pas le mauvais goût de les relever. Il en fut soulagé : peut-être estimait-elle que ça pouvait fonctionner ?
Le Baltimore avait tout juste fini de faire volte-face, prêt à s’élancer vers sa cible, que les frégates ennemies surgirent de la face cachée de l'astéroïde pour le prendre en tenaille.
– Ils arrivent trop vite ! Garcia, vitesse maximale ! Lupescu, feu à volonté !
L’officier de sécurité tira salve sur salve, et une bonne partie de ses tirs fit mouche. Les explosions se succédèrent à la surface d’Aldataïr-325, et l’astéroïde ne tarda pas à se morceler en de multiples blocs rocheux qui jaillirent dans toutes les directions.
Les frégates avaient eu le temps de prendre du champ, mais l’une d’elles perdit ses boucliers au contact d’un énorme débris d’Aldataïr-325, et se mit à dériver.
– Celui-là est hors d’état de nuire, dirigez-nous vers l’autre, Garcia. Lupescu, paré à tirer ?
– Parrré, monsieur. Mais je n’ai plus d’énerrrgie que pour quatre tirrrs, je pense.
– Alors tâchez de ne pas rater la cible ! Feu !
Lupescu avait bien estimé les capacités offensives restantes du Baltimore : il eut droit à ses quatre tirs, et un seul rata l’objectif. Les deux premiers furent suffisants pour vaincre la résistance des boucliers de la frégate, et le troisième provoqua une explosion au niveau de son pont supérieur.
– Ils dérivent à leur tour, annonça T’Savhek, impassible.
– Parfait. Pouvez-vous les scanner, afin que nous soyons sûrs de savoir sur quelle frégate l’amiral se trouve ?
– Je crains qu’il y ait trop d’interférences dues aux débris pour que cela soit possible, monsieur.
– Répondre « non » suffisait amplement, lieutenant. Garcia, mettez le cap sur le premier à avoir surgi de derrière l’astéroïde. Logiquement, c’est là que se trouvent les têtes pensantes. Avec un peu de chance, c’est notre cible.
– Les têtes pensantes militaires au sein de ce groupe d’insurgés, peut-être, mais rien n’indique que l’amiral Sanders s’y trouve également.
– Vous avez une meilleure idée, T’Savhek ?
– Non, monsieur.
– Alors on y va ! Lupescu, préparez une équipe de sécurité, nous allons aborder leur frégate… et je viens avec vous !
– Il n’en est pas question, commandant, intervint T’Savhek avant que Lupescu n’ait pu acquiescer. Le règlement de Starfleet interdit à ses commandants de vaisseaux de se trouver en première ligne dans des endroits potentiellement dangereux, et nous sommes en plein dans ce type de cas de figure. C’est à l’officier en second de prendre ce risque.
Harlington faillit rétorquer qu’il n’avait pas confiance dans la capacité de T’Savhek à improviser, mais il s’abstint de justesse. Voilà qui aurait été pour le moins maladroit, surtout face à l’équipage. Il ne trouva rien de mieux à faire que d’opiner du chef.
Dépité, il regarda ses deux officiers quitter la passerelle, et se promit de réfléchir à des astuces futures pour contourner ce point de règlement.

Les vaisseaux de classe Pluton tels que l’USS Baltimore disposaient d’un sas pressurisé pour s’accoler aux navires de même taille, aussi Garcia se lança-t-il dans une approche prudente, et très lente. Trop pour Harlington, qui trépignait intérieurement. Il se demanda même si Garcia était capable d’exécuter la manœuvre. Après tout, bien qu’il ait été soumis à des séances intenses de simulateur avant leur départ, Harlington n’avait pas eu le temps de lire les comptes-rendus précis rédigés par T’Savhek, se contentant de lire les lignes de conclusion. Le mot « acceptable » dansa dans son esprit en repensant au commentaire laissé par son second à propos des performances de pilote de Garcia. Et ce ne fut pas pour le rassurer.

Finalement, à la suite d’un léger soubresaut, Garcia annonça, tendu :
– Nous sommes amarrés, commandant.
– Bien joué, Garcia, répondit Harlington, avant de pâlir en voyant son pilote le front trempé de sueur et les mains légèrement tremblantes.
– Nous entrons, annonça sobrement T’Savhek dans l’intercom.

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MessageSujet: Re: [TOS] USS Baltimore   Ven 31 Oct 2008, 09:30

Chapitre 18 : le guet-apens


T’Savhek jaugea l’équipe d’intervention : Lupescu était concentré, le Tellarite Gork Nimar avait sa tête des mauvais jours, et Kimiko Heitashi avait abandonné son air espiègle. La Vulcaine fit signe à ses hommes de se tenir prêts et activa l’ouverture du sas, après s’être assurée que chacun avait le doigt sur la gâchette de son fuseur.
La coursive qui leur faisait face étant déserte, ils commencèrent leur progression, prudemment. T’Savhek sortit son tricordeur pour scanner les lieux et, ayant repéré la direction de la passerelle de la frégate, fit signe à son équipe de la suivre. Des interférences mettaient à mal les capacités du tricordeur, et si T’Savhek repéra une vingtaine de bio-signes, elle fut incapable de les localiser précisément.
Elle reprit sa marche, l’équipe de sécurité sur les talons. Ils arrivèrent sans encombre jusqu’à l’ascenseur qui menait à la passerelle. La Vulcaine hésita une seconde ou deux avant de s’y engouffrer avec ses hommes.
– Passerelle, annonça-t-elle calmement.

L’ascenseur venait à peine de se mettre en branle qu’elle vit les bio-signes sur son tricordeur s’agiter. Elle sortit son communicateur.
– T’Savhek à Harlington.
– J’écoute, lieutenant ?
– Nous sommes dans l’ascenseur qui mène à la passerelle, mais selon toute vraisemblance, nous allons tomber dans un guet-apens.
Entendre T’Savhek prononcer ces mots sur un ton qu’un humain aurait qualifié de badin sembla quelque peu surréaliste à Harlington, qui n’en sentit pas moins ses cheveux se dresser sur sa tête.
– T’Savhek, je…, commença-t-il, avant de se rendre compte qu’il n’y avait rien à dire. Dans l’ascenseur, l’équipe de son officier en second était coincée, et il n’y pouvait rien, aussi frustrant cela soit-il.
– Bonne chance, ajouta-t-il simplement, alors qu’il avait envie de hurler. Garcia, la téléportation est-elle toujours impossible ?
– Oui, monsieur. Les débris se dissipent peu à peu, mais pas assez vite pour l’instant.
– Estimation du temps qu’il faudra pour qu’elle soit à nouveau effective ?
– Je ne saurais le dire, monsieur, avoua-t-il piteusement.
– Bon. Je vais constituer une deuxième équipe d’intervention, au cas où les nôtres auraient besoin de renforts.Inriek, remplacez l’enseigne Garcia et continuez à surveiller ce paramètre. Garcia, je vous confie la passerelle. Si le bâtiment est en danger, vous mettez le cap sur la base stellaire la plus proche, est-ce bien clair ?
– À vos ordres, commandant.
– Bon courage, Garcia.
– Merci, commandant. Et bonne chance à vous.

***

Quand l’ascenseur arriva à destination, l’ouverture coulissa. Bien que le tricordeur de T’Savhek eût indiqué la présence de six personnes sur la passerelle, celle-ci sembla vide au premier abord, à l’exception de l’aide de camp de l’amiral Sanders, Sasha Viligo, et de Valment, qui la tenait par le bras et se faisait un rempart de son corps, fuseur pointé sur sa tête. Dès qu’elle fut entrée, l’équipe du Baltimore braqua ses fuseurs sur le capitaine ennemi. Valment annonça :
– Rendez-vous, vous n’avez aucune chance. Au moindre signe de menace, je la tue. Et mes hommes sont en train de converger vers la passerelle.
T’Savhek aperçut les quatre hommes de Valment : ils les tenaient également en joue, abrités derrière des consoles.

T’Savhek ne répondit rien. Sans quitter Valment des yeux, Elle estima la position du panneau de contrôle de l’ascenseur dans son dos et, d’un geste vif, le détruisit d’un tir de fuseur. Si l’équipage de Valment voulait les rejoindre, ils seraient obligés d’employer les couloirs de maintenance.
– Vous ne faites que retarder l’inévitable, lieutenant. Je ne le répéterai pas, lâchez vos armes ! cracha Valment.
T’Savhek réfléchit furieusement, passant en revue des dizaines d’options en moins de cinq secondes. Elle se maudit de n’avoir pas eu l’occasion de mettre au point des techniques d’intervention concertées avec ses officiers de sécurité. Quoi qu’elle entreprenne, ils manqueraient de coordination. La logique la fuyait, elle n’avait plus le temps d’y recourir. Lui fallait une idée, et sur-le-champ.
Elle se décala légèrement pour avoir un pas d’avance sur Lupescu et, ramenant discrètement une main dans son dos, lui fit signe de se tenir prêt, dans le langage de bataille de Starfleet. Elle espéra qu’il reconnaîtrait le signe et qu’il réagirait au quart de tour.
– Valment… prononça-t-elle simplement en tournant légèrement la tête vers Lupescu, en espérant que son officier comprenne qu’elle s’adressait à lui, avant de tirer dans deux directions opposées et de se laisser tomber à terre.
Son premier tir atteignit la console de pilotage, derrière laquelle se dissimulait l’un des pirates. Elle connaissait par cœur ce type de console, et avait tiré précisément là où l’anticourt-circuits courait derrière. La moitié de la console explosa et l’homme, touché de plein fouet par l’explosion, hurla de douleur avant de s’affaisser.
Le deuxième tir de T’Savhek, quasiment instantané, toucha la console scientifique derrière un autre pirate, et plus particulièrement le senseur de bio-signes, dans lequel du gaz toxique circulait. Le jet de gaz qui en émana enveloppa la tête du pirate et l’aveugla. Il porta les mains à ses yeux brûlés et hurla de douleur.

Valment et ses deux hommes restants répliquèrent aussitôt, comme l’équipe du Baltimore. Le déluge de feu ne dura que dix secondes, avant qu’un silence sépulcral ne s’abattît, uniquement troublé par le chuintement de la fuite de gaz de la console scientifique.
Dès le premier tir, Valment avait projeté un lieutenant Viligo impassible mais pâle comme la mort vers l’équipe de T’Savhek qui, dans le feu de l’action, les avait tous deux paralysés.
T’Savhek, qui avait effectué un roulé-boulé pour s’abriter derrière une console, releva prudemment la tête. Rien ne bougeant, elle prit le risque de se redresser, et alla s’assurer que les cinq pirates étaient inconscients. En revanche, eux n’avaient pas réglé leurs armes sur la fonction « paralyser »…
Le lieutenant Viligo gisait au sol. T’Savhek se pencha sur elle et s’aperçut vite qu’elle était simplement inconsciente : seuls les tirs paralysants des membres de l’équipage du Baltimore l’avaient touchée. Lupescu, inerte, avait tout le côté droit de son visage ensanglanté, sans que T’Savhek puisse déterminer sur l’instant la gravité de ses blessures. L’enseigne Gork Nimar couinait de douleur, recroquevillé en chien de fusil, la main sur le ventre. Du sang noirâtre s’en écoulait en une mare qui s’agrandissait peu à peu. L’aspirant Kimiko Heitashi était la mieux lotie. Blême et adossée contre une console, elle se confectionnait maladroitement un garrot autour de la cuisse, transpercée par un tir. Quand elle croisa le regard de T’Savhek, elle lui lança un sourire las pour la rassurer sur son état de santé.

T’Savhek attrapa la trousse de premiers soins, qu’elle avait pris avec elle par précaution, et en sortit un tricordeur médical. Lupescu, inconscient, ne semblait pas être en danger. Ce qui était le cas de Gork Nimar. Elle lui injecta une seringue hypodermique de stabilisant, et préféra le plonger dans l’inconscience, ce qui lui éviterait de se blesser par mégarde. Il fallait l’évacuer de toute urgence sur le Baltimore. Sulok devait le voir le plus tôt possible.
Mais comment faire, alors qu’entre la passerelle et le sas se tenait tout l’équipage ennemi ? Une autre équipe du Baltimore pouvait les sortir de là, mais se posait toujours la question de secourir l’amiral Sanders. T’Savhek avait compris que l’officier de l’Amirauté ne se trouvait pas sur cette frégate-là, mais sur l’autre. Sinon, nul doute qu’il aurait été l’otage de Valment sur la passerelle à la place du lieutenant Viligo. Quelle option allait privilégier Harlington ? Mettre ses hommes en sécurité ou aborder l’autre frégate ? En tant que Vulcaine, elle n’aurait pas hésité une seconde à sa place, et serait partie à l’assaut de l’autre frégate pour secourir l’amiral. Elle eut peur que le cœur humain de Harlington soit tiraillé entre ces deux choix, tandis qu’elle ouvrait son communicateur pour lui présenter son rapport.

Harlington n’avait pas chômé et se trouvait déjà en salle de téléportation avec la deuxième équipe d’intervention quand T’Savhek lui annonça les nouvelles. Il bondit sur l’intercom :
– Garcia, où en est la téléportation ?
– Elle est possible, mais trop risquée selon les paramètres de sécurité.
– On n’a pas le choix ! Si on ne fait rien, Gork Nimar va mourir !
Harlington se précipita sur la console de téléportation et lança ses ordres :
– Sulok, préparez le bloc et envoyez-nous un brancard ! T’Savhek, allumez le communicateur de Nimar, qu’on le localise pour le ramener !
Très tendu, Harlington commença à pianoter sur la console, en priant pour qu’il ne soit pas trop tard pour sauver le Tellarite. Heureusement, le commandant du Baltimore connaissait sur le bout des doigts le fonctionnement de ce type de console, car il avait toujours été fasciné par le concept de la téléportation. Il ne lui fallut pas plus de dix secondes pour mener à bien la configuration des systèmes, repérer le signal du communicateur de Nimar, et mettre en marche le téléporteur, dont le son feutré se fit entendre.
Garcia n’avait pas exagéré, concernant les paramètres de sécurité. Le faisceau du téléporteur refusa obstinément de se verrouiller sur le signal, ne parvenant pas à faire le tri parmi les multiples interférences. Harlington pianotait comme un fou, éliminant les sources parasitaires les plus évidentes et, se rendant compte que cela ne suffirait pas, il verrouilla tout de même le système sur tous les paramètres qui lui parurent les plus adéquats.
Il secoua la tête pour se débarrasser de la sueur qui coulait dans ses yeux, attentif à la manœuvre délicate et corrigeant la procédure au fur et à mesure que des alarmes se mettaient en route. Après ce qui lui parut être une éternité, le Tellarite apparut enfin sur un plot de téléportation.
Tremblant de tous ses membres, Harlington s’adossa contre un mur, tandis que l’équipe médicale menée par Sulok emmenait rapidement l’enseigne Nimar vers l’infirmerie. Harlington éprouva une immense fierté en captant le regard empreint de respect dont Sulok le gratifia en sortant.

Harlington s’épongea rapidement le front et reprit son communicateur. Il restait encore tant de choses à accomplir…
– T’Savhek, statut de votre équipe ?
– Les enseignes Lupescu et Heitashi nécessitent des soins, mais ils ne sont pas en danger immédiat, monsieur. Bien qu’inconsciente, le lieutenant Viligo va bien.
– Bon. Pensez-vous pouvoir vous barricader sur la passerelle, le temps que nous allions récupérer Sanders sur l’autre frégate ?
– Affirmatif, commandant.
– Alors je vous laisse, lieutenant, bonne chance !

T’Savhek ne répondit rien. Elle venait de mentir à son supérieur mais n’en éprouvait aucun remords. Son équipe et elle ne tiendraient pas longtemps dans leur position précaire. Mais l’essentiel étant que l’amiral Graham Sanders soit récupéré, elle ne voyait aucun inconvénient à se sacrifier avec ses hommes. Son devoir était clair.
L’aspirant Kimiko Heitashi fut sidérée de constater l’aplomb avec lequel T’Savhek avait déformé les perspectives de survie de l’équipe. Lupescu inconscient, elle-même hors d’état de se mouvoir, ils n’avaient aucune chance de résister, ni de faire bonne figure en cas d’attaque. Quelque chose en elle avait envie de hurler son envie de vivre, et se révoltait à l’idée qu’ils allaient peut-être devoir se sacrifier pour sauver un amiral aussi antipathique. Mourir pour une telle cause lui laissait un goût de cendre dans la bouche, mais elle était trop disciplinée pour polémiquer ou contredire sa supérieure.

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MessageSujet: Re: [TOS] USS Baltimore   Ven 07 Nov 2008, 08:16

Chapitre 19 : le sauvetage


Harlington lança une nouvelle série d’ordres et Garcia, sur la passerelle, s’empressa de les relayer. Le Baltimore se détacha de la frégate, abandonnant l’équipe d’intervention à son sort, et mit résolument le cap sur la deuxième où, selon les déductions de T’Savhek, l’amiral Sanders devait se trouver.
Harlington était sur des charbons ardents. Il aurait pu attendre cinq minutes de plus pour récupérer son équipe, temps nécessaire pour que les interférences se dissipent assez pour que la téléportation soit possible sans danger. Mais c’était courir le risque que les pirates reprennent la main et se débarrassent de l’amiral.
Il fallait surprendre l’ennemi. Il faudrait cinq minutes au Baltimore pour atteindre la position de l’autre frégate. Les pirates devaient penser que comme précédemment, le vaisseau de Starfleet allait s’arrimer. Ils concentreraient sûrement leurs efforts à sécuriser la zone d’arrimage, tandis que l’équipe d’intervention du Baltimore serait déjà à bord par le biais de la téléportation.

O’Connor avait déserté la salle des machines, laissant ses deux aides s’occuper des réparations les plus urgentes tandis qu’elle gérait l’envoi de Harlington et de son équipe sur la frégate. Les données défilant sur la console de téléportation étaient de bon augure. Les débris d’Aldataïr-325 se dispersaient paresseusement, même si des explosions retentissaient de temps à autre, lorsqu’ils coupaient la trajectoire de mines occultées. De manière générale, les interférences pouvant affecter les performances du téléporteur étaient en nette régression, au fur et à mesure que l’ordinateur de bord les intégrait dans ses paramétrages.
Harlington balaya du regard ses hommes. Faire un choix parmi eux avait été difficile, car entre l’équipe restée sur l’autre frégate et un nombre minimum requis pour manœuvrer le Baltimore, les possibilités n’étaient pas légions. En fin de compte, il allait partir à l’abordage avec le dernier membre de la sécurité disponible, l’Andorien Gotram, et Vilmalia N’Wakalin, l’officier de la logistique assistante d’Evander Mitchell, à la peau sombre et aux yeux noisette.
L’officier de sécurité était d’un calme olympien, tandis que N’Wakalin semblait très nerveuse.
– Tout ira bien, lui lança Harlington, parfaitement hypocrite. Réglez vos fuseurs sur « paralysie ». Dès qu’on débarque, on tire sur tout ce qui bouge, otage ou non. Il faut frapper vite et fort. Dès qu’on met la main sur Sanders, on dégage aussi sec. Des questions ?
Après un briefing aussi pitoyable, ni Gotram ni N’Wakalin n’osa en poser une.
– Commandant, je suis en mesure de vous téléporter sur leur frégate, annonça O’Connor.
– Parfait, allons-y !
Chacun se plaça sur un plot de téléportation et Harlington ordonna :
– Énergie.

Ils se matérialisèrent dans la salle de téléportation de la frégate, vide, à leur grand soulagement. Harlington sortit son tricordeur et la configuration du vaisseau, obtenue grâce au relevés de T’Savhek sur le vaisseau jumeau, apparut. Il indiqua une direction et ouvrit la marche.
Ils se retrouvèrent nez à nez avec un pirate, sorti brusquement d’une pièce débouchant sur le couloir. Il fut promptement paralysé, et l’équipe investit la pièce dont l’homme était sorti. Elle était vide et servait manifestement de quartier d’habitation. Ils y traînèrent le corps et restèrent dans les lieux, après avoir verrouillé la porte.
Harlington fit signe à Gotram, qui alluma le serveur informatique de la chambre.
– Alors ? demanda le commandant.
– Ça va être du gâteau, monsieur. Vieille frégate, vieux matériel… aisément piratable.
– Alors allez-y, et pressez-vous. Nous devons savoir où se trouve l’amiral !
Intérieurement, Harlington pesta contre les tricordeurs, incapables de différencier les êtres autrement que par leurs espèces…
Malgré son assurance, il fallut plusieurs minutes à l’aspirant Andorien pour contourner les systèmes de sécurité du réseau informatique de la frégate, et accéder aux données plus sensibles.
– Je l’ai ! Il se trouve dans une grande pièce, peut-être un mess, au niveau inférieur à notre position. Ils sont quatre avec lui. Voyez, j’ai isolé une caméra de sécurité.
– Parfait ! En avant !
Ils sortirent des quartiers et reprirent leur progression, plus prudents que jamais. À deux reprises, ils durent en découdre avec des pirates esseulés, qui furent mis hors d’état de nuire avant d’avoir pu donner l’alerte.
Harlington ne l’aurait avoué pour rien au monde, mais il s’attendait au pire. Il trouvait cela trop facile. Ce fut pourtant sans encombre qu’ils arrivèrent en vue de la porte du mess.
– On entre et on arrose, annonça-t-il, avant de faire face à la porte, ses hommes à ses côtés.
La porte chuinta en s’ouvrant.

Comme convenu, ils déclenchèrent un feu nourri, sans même prendre la peine de regarder sur quoi ou qui ils tiraient. Harlington vit des corps tomber, et quand il fut certain qu’aucun ne bougeait, il lança :
– Cessez le feu ! Gotram, verrouillez la porte ! N’Wakalin, soyez vigilante.
L’Andorien s’acquitta de sa tâche avec célérité, tandis que les doigts de N’Wakalin se crispèrent nerveusement sur son fuseur en étudiant les lieux.
Harlington se rapprocha des corps. Quatre pirates… et l’amiral Sanders, ligoté à un siège qui avait basculé avec lui quand il avait été touché. Tous plongés dans l’inconscience. Le commandant sortit son communicateur :
– Harlington au Baltimore, vous me recevez ?
– Haut et clair, monsieur, annonça Garcia, soulagé.
– Cinq à remonter, monsieur Garcia, fit Harlington avant d’empoigner la tunique de l’amiral.
Quand le rayon du téléporteur eut fait son œuvre, les pirates inertes se retrouvèrent seuls dans le mess.

Harlington descendit du plot et se précipita sur l’intercom :
– Nous sommes à bord, Garcia ! Cap sur la première frégate, nous devons récupérer l’autre équipe. Dès que ce sera fait, je veux que les phaseurs soient réparés et qu’on détruise les moteurs de distorsion des deux frégates. Nous pourrons alors mettre le cap sur la base stellaire la plus proche, et de là faire revenir un autre vaisseau pour capturer les pirates. Je vous rejoins sur la passerelle dès que j’aurai fait un saut à l’infirmerie pour prendre des nouvelles de Nimar.
Il se tourna vers ses hommes, occupés à libérer l’amiral.
– Comment va-t-il ?
– Mon tricordeur indique qu’il est simplement inconscient, monsieur, sourit Gotram.
Harlington allait lancer un soupir de soulagement quand la voix de Garcia cria dans l’intercom :
– Commandant ! Une corvette vient de sortir de distorsion !
– Harlington jura et sortit de la salle en courant.

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MessageSujet: Re: [TOS] USS Baltimore   Dim 16 Nov 2008, 09:23

Chapitre 20 : la corvette


Harlington eut à peine le temps de calmer les battements enfiévrés de son cœur dans l’ascenseur, d’éponger la sueur de son front, et de tirer sur sa tunique d’un geste nerveux, que la porte s’ouvrit sur la passerelle, assombrie par la lumière tamisée de l’alerte rouge.
Garcia quitta aussitôt le fauteuil de commandement et regagna le poste de pilotage.
Harlington se laissa tomber lourdement dans son fauteuil, en se demandant combien de mauvaises surprises cette maudite journée allait encore lui réserver ?
– Rapport ?
– La frégate que vous avez quittée s’est précipitée sur la corvette dès son arrivée, monsieur. Ce n’est pas un modèle utilisé par Starfleet.
– Merci, j’avais deviné, rétorqua sèchement Harlington. La frégate avec nos hommes ?
– Elle dérive toujours, monsieur.
– Sommes-nous à portée de téléportation ?
– Oui, mais avec la densité de débris, il va nous falloir nous rapprocher si nous voulons les sortir de là. Et nous ne pourrons pas utiliser la téléportation si nous devons lever nos boucliers.
Harlington grogna de dépit, avant d’appuyer sur l’intercom intégré à son accoudoir.
– O’Connor, où êtes-vous ?
– J’ai quitté la salle de téléportation pour la salle des machines, monsieur. J’ai estimé que les réparations redevenaient prioritaires. Ai-je eu tort ?
– Non. Quel est l’état du Baltimore ?
– Nos boucliers sont efficients à 80%, et nos réserves d’énergie remontent lentement. Nous devrions avoir assez de puissance pour lancer une dizaine de tirs de phaseurs.
– Bon. Profitons qu’ils soient occupés pour mettre le cap vers notre équipe. Garcia, faites en sorte que notre approche protège la frégate où se trouvent nos hommes.
– A vos ordres, commandant.
– Inriek, demanda Harlington à l’autre pilote, en charge de la console tactique, un comparatif des performances de cette corvette vis-à-vis de la nôtre ?
– En théorie, nous lui sommes légèrement supérieurs, monsieur. Mais vu ce que nous avons essuyé récemment, je pense que le rapport de force tourne désormais en leur faveur.
– Ils passent en vitesse d’impulsion, monsieur, intervint Garcia. Droit sur nous !
– Accélérez aussi. O’Connor, il faut quelqu’un en salle de téléportation pour récupérer nos hommes. Maintenant !
Sans attendre la réponse, il appuya sur un nouveau bouton et lança :
– T’Savhek, vous êtes là ?
– Oui, commandant.
– Nous arrivons, préparez-vous à être évacués. Il faudra faire vite, un nouveau danseur est entré en piste.
– Un… danseur, monsieur ?
– Une corvette ennemie, lieutenant, rectifia Harlington en pestant intérieurement contre la manie des Vulcains d’interpréter littéralement toute les expressions imagées typiquement humaines.
Il coupa la communication et dit à Garcia :
– Gardez les boucliers levés tant que nous serons devant la frégate. Vous allez la contourner, et c’est à ce moment là que vous les baisserez pour pouvoir téléporter notre équipe.
– Mais monsieur, c’est la frégate qui sera exposée au tir ennemi !
– J’en ai bien conscience, Garcia. La frégate nous servira de bouclier, et nous n’aurons que peu de temps pour récupérer nos hommes et lever les boucliers à nouveau. Salle de téléportation ?
– O’Connor à l’inter, monsieur.
– Vous êtes prête, aspirant ? demanda Harlington, étonnée qu’elle ait fait l’aller-retour… et en si peu de temps.
– Affirmatif.
–Bon, le timing sera serré, attention !

L’enseigne Garcia pianota furieusement sur sa console de pilotage pour incurver la trajectoire du Baltimore quand celui-ci fut presque sur la frégate.
– Baissez les boucliers ! ordonna Harlington. O’Connor, ramenez-les à bord !
La corvette n’était pas décidée à laisser le navire de Starfleet réussir sa manœuvre de sauvetage, et il se mit à lancer tir de phaseur sur tir de phaseur. Le Baltimore fut touché deux fois avant de pouvoir se cacher derrière la frégate. Cette dernière encaissa à son tour trois tirs directs, dont le dernier la fit se briser comme une coquille d’œuf.
Harlington ignora les rapports d’alerte qui affluaient de tout le vaisseau, occupé à se cramponner de toutes ses forces aux accoudoirs de son fauteuil. Étrangement, il se sentait déconnecté de la situation, comme si rien de tout cela n’avait d’importance… ou comme si rien ne pouvait lui arriver.
– Je les ai ! cria O’Connor à travers l’intercom.
– Boucliers ! ordonna Harlington. Et feu à volonté !
L’échange de feu fut de courte durée, car la voix de T’Savhek se fit entendre :
– Commandant, je suis en salle des machines. Nous perdons trop de puissance, nous devons fuir. Nous allons être détruits si nous restons.
Quelque peu vexé de ne pas obtenir la cerise sur le gâteau, à savoir la destruction ou la mise hors service de la corvette ennemie, Harlington se fit vite une raison. Après tout, l’essentiel avait été réussi : l’amiral, son aide de camp et l’équipe de T’Savhek avaient été récupérés. Et surtout, personne n’était mort… même si l’aspirant Nimar, en soins intensifs à l’infirmerie, était loin d’être tiré d’affaire.
Harlington trouva de mauvais augure de ne pas avoir de nouvelles du docteur Sulok, mais ce n’était guère le moment de s’en préoccuper.
– Vitesse de distorsion maximale, monsieur Garcia. Cap sur la base stellaire 23.
– A vos ordres, monsieur.
Ce n’est qu’à cet instant que Harlington se rendit compte que ses mains tremblaient légèrement.

Epilogue

Quelle ne fut pas la surprise des opérateurs de la base stellaire 23 en charge des senseurs quand le Baltimore apparut sur leurs écrans, alors que tout le monde croyait le bâtiment détruit.
Le responsable de la base, le commodore Jingsham, fut impressionné par le rapport que lui fit Harlington. Sanders, en revanche, avait été très peu loquace depuis sa libération, et ne s’était même pas fendu d’un remerciement à l’égard de Harlington. Il ne fallut que deux jours pour que Starfleet lui trouvât un vaisseau pour le ramener sur Terre, car il décida d’annuler sa tournée des bases stellaires aux abords de la zone neutre romulienne.
Les retrouvailles entre le lieutenant Viligo et l’amiral Sanders avaient été étranges aux yeux de Harlington : ils s’étaient bornés à se saluer de la tête, mais Harlington avait senti qu’un orage d’émotions contenues menaçait d’exploser. Il n’en avait pas su plus car ils s’étaient éclipsés rapidement vers les quartiers de Sanders.

L’équipage du Baltimore put goûter un repos bien mérité, et Harlington octroya une semaine de permission à tout l’équipage, pendant que les ingénieurs de la base se chargeaient des réparations du vaisseau, sous la surveillance de T’Savhek.

Les officiers blessés au cours de la mission, Lupescu, Heitashi, Mitchell et Nimar reçurent une citation, ainsi que Harry Harlington, pour la manière dont il avait géré son commandement.
Nimar était arrivé à la base dans un état critique bien que stable, et il fut vite tiré d’affaire, même si sa convalescence prendrait des semaines. De son côté, Lupescu n’avait pas été loin de perdre son œil droit suite à sa blessure, ce qui aurait sonné le glas de sa carrière au sein d’un vaisseau de Starfleet. Il en porta tout de même les stigmates, en perdant 50% de ses facultés visuelles sur cet œil. Quant à Mitchell, l’opération qui consista à reconstituer son genou fut un succès, même si là encore, la convalescence et la rééducation prendraient du temps.

Les sous-lieutenants Harry Harlington et T’Savhek furent promus au grade de lieutenants. Dorin Lupescu, chef de la sécurité, fut promu au grade de sous-lieutenant, de même qu’Antonino Garcia, le responsable du pilotage, et le médecin de bord, Sulok. Evander Mitchell, responsable de la logistique, fut promu au rang d’enseigne.
Harry Harlington était satisfait de ses hommes : certains pensaient leur carrière finie quand il avait pris son commandement, mais il avait réussi à les remettre dans le bain, et ils ne l’avaient pas déçu. Certes, cet équipage était encore inexpérimenté et manquait de liant, mais ce qu’ils venaient de vivre était déjà un bon début.
De leur côté, les membres d’équipage avait pu jauger leur commandant, et leur verdict lui était très favorable. Il ne manquait pas de ressource, il l’avait prouvé dès le départ, et il considérait ses hommes bien plus comme des personnes que comme des pions, ce qu’ils n’avaient pas manqué d’apprécier.

La halte sur la base stellaire 23 dura deux semaines, au terme desquelles de nouveaux ordres arrivèrent en provenance de l’Amirauté. Du fait du départ de l’amiral Sanders, la tournée des bases stellaires le long de la zone neutre romulienne fut annulée, au profit d’un autre type de tournée : le Baltimore fut chargé d’aller rendre visite à une série de colonies financées par la Fédération. Ses soutes furent remplies de ravitaillement en tous genres, des rations de survie aux équipements de première nécessité.

Harry Harlington était assis dans son fauteuil, sur la passerelle. Coudes reposant sur les accoudoirs, mains jointes, il ne pouvait s’empêcher de laisser traîner les yeux sur le liseré doré qui ornait les manches de son uniforme moutarde. Lieutenant. Il avait du mal à s’y faire, et en était encore à se gonfler de fierté dès qu’il y pensait.

Il balaya la passerelle du regard, lentement.
Il sentit une bouffée de chaleur, vite réprimée, en observant la silhouette aux courbes harmonieuses de T’Savhek, penchée sur la console technique. Comme à son habitude, elle avait entortillé ses longs cheveux noirs dans un impeccable chignon, et une frange droite, dégradée sur les côtés, descendait jusqu’à la moitié de son front. Il aurait voulu plonger dans les yeux verts de la Vulcaine pendant des heures, et se demanda quel goût pouvait avoir ses lèvres fines.
Elle leva les yeux vers lui, comme si elle avait perçu son désir ou ses pensées. Il ne put s’empêcher de rougir et se demanda si elle l’avait remarqué. Il lui lança un sourire piteux auquel elle répondit en levant un sourcil interrogatif. Il secoua la tête et regarda ailleurs.
Un tintement discret se fit entendre du côté de la console de communications. Le Zaldan aux doigts palmées qui tenait le poste à titre provisoire, l’aspirant Venamir Inriek, annonça :
– Le contrôle de la base nous autorise à décoller, monsieur.
– Bien. Envoyez mes salutations au commodore Jingsham. Monsieur Garcia, quart d’impulsion.

L’USS Baltimore, immatriculation NCC-1152, se mit à frémir, et le ronronnement feutré de ses moteurs changea d’octave. Harry Harlington sentit l’excitation le gagner. Ça y est, c’est reparti !

Sa permission lui avait permis de se rendre compte que tout comme lui, l’enseigne… non, le sous-lieutenant Garcia nourrissait la même passion que lui pour les technologies d’antan. Il esquissa un sourire et fit :
– Tournez la clé de contact, monsieur Garcia.
– A vos ordres, commandant, répondit le pilote, se prêtant au jeu.
– Desserrez le frein à main.
– Fait, monsieur.
– Enclenchez la première.
– Monsieur, je proteste, je ne conduis que des voitures automatiques. Les leviers de vitesse me donnent des boutons !
– Faites rugir les chevaux, monsieur Garcia. Distorsion 3.

Les étoiles se mirent à défiler sur l’écran panoramique. Harlington se sentait bien. En paix avec lui-même, et avec l’univers. Cette paix dura six jours. Quand le Baltimore se retrouva en orbite autour de Narnaya Prime et contacta la surface, la colonie de la Fédération qui y était installée ne répondit à aucun appel…

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MessageSujet: Re: [TOS] USS Baltimore   Dim 21 Oct 2018, 11:20

Je viens de terminer ce roman et en le lisant j'en ai oublié l'auteur, signe que l'histoire est prenante
J'aime beaucoup le duo que forme les jumeaux vulcains
Je me demande comment les rapports entre les personnages vont évoluer dans les prochains romans...je vais voir çà sous peu
Et je déteste ce Sanders!!
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MessageSujet: Re: [TOS] USS Baltimore   Dim 21 Oct 2018, 22:28

Black Silver a écrit:
Je viens de terminer ce roman et en le lisant j'en ai oublié l'auteur, signe que l'histoire est prenante

On est plus dans le registre de la novella, c'est-à-dire une histoire plus longue qu'une nouvelle mais plus courte qu'un roman.

Black Silver a écrit:
J'aime beaucoup le duo que forme les jumeaux vulcains
Je me demande comment les rapports entre les personnages vont évoluer dans les prochains romans...je vais voir çà sous peu
Et je déteste ce Sanders!!

Je voulais des choses différentes par rapport à ce qu'on a toujours vu. Alors oui, l'officier en second Vulcaine, c'est du réchauffé, mais pour le reste, je me suis attaché à dépeindre des persos "normaux", qui ne s'aiment pas tous les uns les autres, et qui font ce qu'ils peuvent car ils ne sont pas l'élite de Starfleet.

Merci pour l'avis^^

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[TOS] USS Baltimore

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